‹ Nos petites coloniesChapitre 7 sur 44 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

l.dininistTation.«— Les missionnaires. — Climat. — Grandes pluies.

— Production. — La culture.

Notre colonie, qui est rëgîe par la même législation que le Sénégal, en dépend pour certaines questions. Elle est gouvernée par un commandant assisté d'un chef du service de l'intérieur et d'un chef du service judiciaire. Le chef du service de l'intérieur cumule les fonctions de chef administratif : il a, en cette qualité, la direction de tout ce qui concerne la comptabilité et l'administration des services militaires.

Le commandant est secondé par un conseil qu'il préside et dont font partie le chef du service de l'intérieur et deux indigènes nommés par lui. Ce conseil est chargé de statuer sur toutes les questions relafîves à l'administration de la colonie.

Le service de la justice a été organisé par décrets des 1*^ juin 1878, 20 avril 1879 et 26 décembre 1881. Aux termes de ces décrets, la justice est rendue par un tribunal de première instance^ composé d'un juge président.

Ce magistrat connaît des affiiires civiles, commerciales et correctionnelles. Les crimes sont jugés au Sénégal, à moins qu'ils n'aient un caractère politique on ne soient de nature à compromettre l'action de l'autorité française, auquel cas ils sont jugés sur place par un tribunal criminel spécial.

Mais, à côté dé l'autorité officielle qu*exercele commandant dont nous venons d'indiquer les fonctions, -existe l'influence morale du nom français; aussi, <juoique les chefs indigènes aient conservé un sembknt <le pouvoir dans leurs tribus, quoiqu'ils se parent du nom pompeux de rois, leur puissance est devenue absolument nominale, et leur rôle se borne presque exclusivement à maintenir un bon ordre que les habitants ne cherchent pas à troubler. Partout, et dans toutes les circonstances, c'est la volonté du comman- 4iant qui prévaut, qu'il s'agisse d'un diflFérend entre <leux tribus, ou même de Télection d'un chef.

A cette influence officieuse qui s'est imposée aux populations et qu'elles ont facilement acceptée, est ^cnue s'ajouter celle de nos missionnaires^ qui n'a pas été la moins efficace. Certes, nous ne voulons pas dire •que les conversions aient été nombreuses, les nègres abandonnant difficilement les superstitions qui constituent le fond de leur religion. D'une nature essentiellement sensuelle et d'une intelligence bornée, ils acceptent mal les théories spiritualistes ; mais c'est rgar l'esprit des enfants confiés à leurs soins que les missionnaires ont pu agir, et ceux-ci, en rentrant vchez eux, y rapportent les belles leçons qu'ils ont ^reçues. En outre, ils acquièrent presque tous un état; car, à part les heures de classes auxquelles ils sont .astreints, ils fournissent chaque jour quelques heures •de travail manuel et apprennent dans les magnifiques jardins de la mission catholique, de la mission américaine et des Sœurs, où l'on récolte les légumes de nos -contrées, à cultiver les plantes si utiles de leur pays. De retour dans leurs tribus, ils peuvent instruire

Jeurs compatriotes, s'ils réussissent à triompher de leur paresse et de leur apathie. Presque tous ces enfants deviennent jardiniers, charpentiers ou maçons. Ces résultats sont dus surtout à Mgr Bessieux, qui a consacré quarante années de sa vie à cette œuvre de régénération, et qui, pour atteindre le but qu'il fi'était proposé, a puisé dans une volonté et une énergie surhumaines^ la force de supporter aussi longtemps les fatigues d'un travail incessant et de résister à ce climat sous lequel les autres Européens ne séjournent pas impunément plus de deux ou trois ans.

Malgré la situation équatoriale du Gabon, la chaleur n'y est pas excessive, mais elle est constante. Si le thermomètre monte rarement au-dessus de 33% plus rarement encore il descend au-dessous de 23°; la moyenne habituelle est de 28**, ce qui constitue déjà une température assez élevée, que l'humidité et la tension électrique de l'air achèvent de rendre insupportable. Ces fâcheuses conditions empirent encore pendant l'hivernage ; alors le corps fatigué s'affaisse, sans trouver le repos dans l'immobilité ni la réparation de sesforces dans le sommeil ; l'intelligence allour- Jîe s'endort et les appétits s'éteignent.

Tristes effets, qui sont hors de proportion avec /élévation de la température, et dans lesquels il faut voir la résultante de plusieurs causes dont celle-ci n'est pas toujours la plus active. Combien de fois lefi %'^oyagears n'ont-ils pas remarqué ce défaut d'harmonie entre les indications de leur thermomètre et la ^nsation de chaleur dont ilâ sont accablés ! Il est frappant au Qabon.

En somme^ ce climat, avec ses oscillations thermo-

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métriques qui ne dépassent pas dix degrés, est ujii forme; mais il est par suite uniformément débilitant et ce caractère se retrouve dans les maladies qu'il en gendre. Pas d'affections excessives, peu de dyssenteries peu d'insolations; mais beaucoupde fièvres pernicieuses car le pays est très marécageux, et, pour tout 1 monde, l'anémie avec son cortège de lassitudes san causes, de douleurs sans lésions, et de débilité sans re mède (1).

A cette description déjà peu engageante du climat il faut ajouter les pluies, qui arrivent vers le 15 sep tembre et durent jusqu'aux premiers jours de janvier puis elles cessent pendant six semaines environ, pé riode que dans le pays on appelle petite saison sèche mais qui, pour n'être pas pluvieuse, n'en est pas moin^ humide, lourde à supporter et féconde en maladies graves.

Après ce temps d'arrêt, elles recommencent, tombant par torrents, accompagnées d'interminables et magnifiques orages, et exerçant sur la santé les plus dé plo râbles effets. Après quoi, trois mois de sécheresse viennent pomper jusqu'à la dernière goutte cette cataracte annuelle.

Ainsi, sept mois de pluies, dont quatre de déluge, tel est le climat du Gabon.

Un pareil pays peut séduire un instant le voyageur avidft de nouveautés, mais l'Européen qui n'y est pas reteiju par de sérieux motifs n'y séjourne pas; en tous cas, s'il arrive à s'y acclimater, c'est à titre personnel, ses descendants ne s'y implanteront pas, car ce

(1) Docteur Griffon du Bellay. Le Gabon (Tour du Monde, 18 :.* .

climat n*est pas fait pour la femme blanche. Celle qui braverait ici les périls de la maternité tenterait une entreprise mortelle pour elle-même peut-être, et à coup sûr stérile pour sa race.

Faut-il s'étonner après cela que le nombre des Européens et surtout de nos nationaux soit aussi peu considérable au Gabon ? que le commerce, malgré toutes les tentatives faites pour lui donner le développement que comporterait ce pays, soit aussi peu important, et qu*il se restreigne à quelques produits d'échanges ?

L'ivoire, le caoutchouc, l'ébène et le bois rouge de teinture forment la base du trafic de notre colonie; malheureusement, ce commerce, déjà presque insignifiant, ne reste pas absolument entre nos mains ; il est accaparé par deux maisons : l'une anglaise et l'autre allemande, qui bientôt monopoliseront tout le mouvement commercial du Gabon. Le commerce français n'est représenté à Libreville que par quelques petites maison^ de détail; tous les autres comptoirs sont à Glass, village anglais, et à Prince Glass.

L'élevage des bestiaux, très difficile, demande des «oins constants et multipliés. Les troupeaux du gouvernement, malgré la peine qu'ils donnent, et bien qu'ils «oient renouvelés constamment, ne font que dépérir ; il n'y a réellement que ceux des missions françaises et américaines qui soient dans un état de prospérité satisfaisant.

La principale* culture du pays est le manioc qui, avec le poisson sec, constitue le fond de la nourriture des indigènes. Il y a aussi quelques plantations de riz et de maïs, mais elles sont de faible importance. On a

essayé à Sîbange la culture du café ; cette tentative est récente et n'a pas encore donné do résultats.- Si elle réussit, comme tout le fait supposer, il y a lieu d'espérer que cet exemple sera imité par beaucoup de commerçants.

La culture qui doit procurer le plus de bénéfices aux planteurs, et sur laquelle doivent porter tous leurs efforts, est celle du palmier, qui donne une huile très appréciée, vendue à un prix assez élevé. Cette espèce de palmier, originaire du pays, y croît avec une grande activité et, une fois le terrain préparé, ne demande plus beaucoup de soins.

Pour arriver à donner à cette culture une certaine importance, il faudrait s'avancer dans l'intérieur, défricher une forêt de palmiers, en ne laissant subsister que les sujets jeunes et vigoureux, et avec l'aide de Krowmen engagés sur la côte de Guinée, les planteurs arriveraient en fort peu de temps à obtenir de beaux bénéfices.

Les attaques ne sont pas à craindre de la part des indigènes, et des navires à vapeur montent et descendent continuellement le cours des fleuves jusqu'à une «Bsez grande distance.

HB GABON. 75

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