SOSTHÈNE
Je ne le nommerai pas, mais- il se reconnaîtra, et ceux qui le connaissent le reconnaîtront encore mieux.
Il a quarante ans bien sonnés, il est le fils d'une concierge, il n'a plus de cheveux, plus de dents, quelquefois des bottines vernies, mais jamais de chaussettes; il est laid, sentie faubourg Antoine qui l'a vu naître, déjeune d'un morceau de fromage de gruyère et boit du petit bleu, le matin, mais le soir insulte.
vers minuit, les garçons de Brebant, et leur prouve, Brillât-Savarin en main, qu'une perdrix, pour être exquise, doit être cuite à point, et que la meilleure manière de bien relever une sauce, c'est de l'étudier cinq heures durant.
Il est de ceux qui, sans pudeur, disent : Me voilà, je m'appelle Sosthène ; hier, un journal a publié ma prose et Paris m'appartient.
Il est de ceux qui nous saluent et qui nous volent nos mots et jusqu'à notre style.
Il est de ceux pour qui l'âlcôve de ces petites dames n'a pas de mystères, qui crachent sur les tapis en moquette que de jeunes fous ont payés, qui empruntent vingt sous à la femme de chambre, tutoient le concierge et n'admirent d'Alfred de Musset que Gamiani.
Il est- de ceux enfin qui nous gâtent, à nous autres honnêtes, consciencieux et pouvant lever haut la tête, notre beau ciel.
J'ai rencontré Sosthène au sortir du collège, ayant encore ma naïve tunique de lycéen que