‹ Nos petits journalistesChapitre 6 sur 37 · HENRI ROCHEFORT · texte numérisé non relu

HENRI ROCHEFORT

Il y est même encore un peu, au Charivari.

Trois ou quatre fois par mois, il y publie des articles politiques très-remarquables, autant par leur vigueur que par l'honnêteté et la franchise qui y débordent à chaque ligne.

Je ne connais pas un seul ennemi à Rochefort, je lui connais bien des amis dévoués. C'est ce que nous appelons, nous autres du petit journal, une bonne nature.

J'ai rencontré Henri Rochefort à l'Hôtel-de- Ville, — un jour où Pierre Véron, m'y venant trouver, m'a appris, à ma grande surprise, qu'une des plumes les' plus courageuses, les plus jeunes et les plus spirituelles du Charivari, y signait comme moi, chaque matin, la feuille de présence.

En 1861, Rochefort fut nommé sous-inspecteur des beaux-arts, —toujours à l'Hôtelde-Ville. — C'était certes une position des plus honorables, — il l'a gardée deux ans à peine.

Comme inspecteur des beaux-arts, il n'inspectait que les décors des Variétés, et un peu,

mais très-peu, les crinolines des pensionnaires de M. Cogniard.

— Je ne puis continuer ce travail pénible.

me dit-il un beau soir au café Véron, et puis, écrivant au Charivari, je me sens mal à Taise en émargeant les états de la ville. Voici ma démission, remettez-la demain au chef du personnel.

Je connais Rochefort, j'ai dû obéir.

Depuis ce temps, il gagne au théâtre dix fois ce qu'il gagnait comme employé, et il est libre, — le rêve de toute sa vie !

Henri Rochefort passe dans le monde artiste pour un de nos plus spirituels écrivains.

On cite de lui des mots très-drôles. — J'en ai un, peu connu, dans mon sac; qu'il en sorte î

Rochefort était témoin d'un duel, et la scène se passait dans les bois de Meudon, entre sept et huit heures du matin. Il pleuvait à torrents.

Témoins et adversaires cheminaient depuis une heure sans trouver une place convenable

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pour s'égorger le plus proprement possible.

On s'arrête un moment pour prendre haleine.

— Sapristi ! s'écrie l'un des adversaires, je suis traversé jusqu'aux os.

— Eh bien, dit alors Rochefort, si vous êtes traversé jusqu'aux os, l'affaire est arrangée, puisque le duel est au premier sang.

En effet, l'affaire en resta là, car tout le " monde se mit à rire, et tout le monde fut désarmé.

Au Figaro, Rochefort occupe, à l'heure qu'il est, le premier rang, comme il l'occupait il y a six mois au Nain jaune. Le Vaudeville, le Palais-Royal, les Variétés, le Gymnase, l'Ambigu, les Folies-Dramatiques lui ont joué plusieurs pièces et ne s'en sont pas trouvés plus mal.

Je citerai entre autres les Mystères de l'Hôtel des Ventes-, les Roueries d'une inyènue, Un homme du Sud, la Vieillesse de Brididi, les Pinceaux d'Héloïse et Sortir seule.

Le soir d'une première représentation, regardez Rochefort attentivement :' c'est un portrait du moyen âge descendu de son cadre.

Voilà pour le moral et pour le physique.

L'homme d'esprit que je vais essayer de peindre à grands coups de brosse, habite le Gros-Caillou, et cependant il est né dans les environs de la rue d'Amsterdam, le 3 juillet 1832.

Nous avons de ces cas-là dans le petit journalisme — ne pas s'en étonner.

A dix ans, Pierre Véron n'était pas tout à fait de la force de Paganini; mais en revanche, il lisait aussi couramment Ovide,

Virgile et Lucain qu'un professeur de Sorbonne. Il dévorait avec avidité tous les livres de la bibliothèque paternelle mise à sa disposition : depuis Rabelais jusqu'à Victor Hugo, sans excepter les Pensées d'un emballeur, Paul et Virginie. l'Arétin et Bossuet.

A Tàge où les autres s'appliquent à faire des cocottes et des petits bateaux, Pierre Véron, lui, s'appliquait à quitter le plus tôt possible le collège, une de ses antipathies les plus prononcées. Il en est sorti, du reste, par la grande porte, le front couvert de couronnes universitaires et le prix d'honneur sous le bras. Je gagerais, même avec certitude de gagner, que le Prévost-Paradol du Charivari dont je m'occupe en ce moment, devait cacher sous ces couronnes-là plus d'un roman, plus d'une tragédie en cinq actes, plus d'une comédie, — le tout panaché de classicisme et de romantisme, selon les.

heures.

Pierre Véron est un piocheur dans toute

l'acception du mot. Ce qu'il a écrit de lignes, depuis dix ans, ce qu'il a creusé et épuisé de sujets, ce qu'il a usé de rames de papier est prodigieux.

Alexandre Dumas lui-même en tomberait à la renverse.

Tous les compositeurs de musique ont noté ses romances, tous les compositeurs d'imprimerie ont pâli sur sa copie aussi indéchiffrable que bien écrite, tous les caissiers de journaux, grands et petits, ont compté avec lui et connaissent sa signature.

Le travail est son élément.

A dix heures du matin, Véron se met à la besogne. Il s'attelle au char de la copie avec bonheur; il n'est heureux que la plume à la main., assis devant son bureau couvert de feuilles d'un papier bien blanc qu'il noircira toute la journée et que le soir il portera au Charivari, au Monde illustré, au Journal amusant, au Nabi jaune, au Journal politique, au Petit J<mmaL

Assurément, il y a là de quoi effrayer le soldat de l'écritoire le plus intrépide; eh bien, ce n'est pas tout : après les journaux de Paris, Véron s'occupe des journaux de province.

Ceux-ci contentés, il lui faut encore satisfaire ceux de l'étranger.

En un seul jour, on l'imprime à Paris, à Lyon, à Bordeaux et à Londres, sans compter les reproductions, qui sont nombreuses.

Naturellement, vous allez crier à l'absurde, à l'invraisemblance. — De pareils tours de force sont impossibles! ajouterez- vous. Ce garçon-là ne mange donc pas? Il ne vit donc pas comme tout le monde ? Est-ce donc un phénomène?

Évidemment.

Et en voulez-vous la preuve? Elle est des plus convaincantes.

Ses correspondances et ses articles terminés, Véron travaille encore. Il avait tout à l'heure dix rédacteurs en chef qui lui demandaient de la copie, il la leur a donnée;

maintenant, voici venir son éditeur qui ne lui laisse pas de répit, son éditeur qui vend ses livres comme des petits pâtés, des livres de bon aloi, où la fantaisie coudoie la vérité, où les bons mots pétillent, où l'action ne se ralentit jamais, où le vice et le ridicule sont bafoués de main de maître; des livres, en un mot, qui marchent tout seuls. Je demande pardon de l'expression aux gens guindés et aux membres de l'Institut, elle rend bien ma pensée.

Ajoutez à cela que Pierre Véron trouve encore le temps de s'occuper de théâtre.

Il a sur la planche trois ou quatre grandes pièces. Les directeurs les recevront un jour et le public les applaudira un soir.

Vous le voyez, le phénomène littéraire est complet. — Robert Houdin a inventé la bouteille inépuisable, Pierre Véron, lui^ a réalisé le miracle du cerveau inépuisable.

J'avais donc raison.

Un rapin de lettres du Tintamarre, le même

du reste, qui a écrit ce volume, a fait de lui l'épitaphe anticipée qui va suivçe, elle trouve ici sa place : v

Ci-gît l'auteur, dont la joyeuse muse Gréa : Paris s'amuse, Cribla des traits de sa gaîté Les Marchands de santé.

Railleur do nos travers, frondeur de nos sornettes, Il menait les ébats de ses Marionnettes.

Du Charivari les grelots Sonnaient entre ses mains l'hallali des Veuillots. Avant qu'à ses écrits, pétillants de satire, Rebelle soit le rire, Les arbres parleront

Et les PIERRES VERRONT.

Je n'ai rien à ajouter.

Et maintenant, à un autre!

Louis Leroy ! Voici un nom sympathique, voici une existence devant laquelle je me sens à l'aise, voici un honnête écrivain !

Vive Leroy !

L'auteur des Plumes du Paon a commencé d'abord par graver la topographie au Dépôt de la guerre, section de la carte de France.

Là, il coudoya un gamin de peu d'avenir comme graveur, qui finit par jeter le burin

aux orties pour se livrer à un état un tantinet plus glorieux et lucratif : celui d'auteur dramatique.

On a déjà reconnu Théodore Barrière.

Les plus nobles aspirations s'étant emparées de Louis Leroy, il résolut de devenir grand paysagiste, et, pour payer ses premières leçons, il vendit le lit de plume de sa mère.

Hâtons-nous de dire qu'à l'époque de cette vente, il était orphelin.

Il barbouilla pendant quelques mois pas mal de toiles avec un talent qui aurait pu être plus complet, sans nuire encore à la réputation de Claude Lorrain, réputation que M, Courbet trouve exagérée, mais n'en croyez rien, chers lecteurs.

Ces malheureuses toiles restant obstinément dans l'atelier qui les avait vues naître, Leroy se retourna d'un autre côté. Il mordit avec rage à l'eau-forte, et plusieurs médailles vinrent attester aux yeux de ses camarades de bureau , envieux de sa gloire naissante,

comme ils le sont tous, du reste, que le peintre avait eu raison de céder la place au graveur. *

Parmi ces eaux-fortes , aujourd'hui trèsrecherchées des amateurs, je citerai une Vue prise en Port-cn-Bessin^ la Croix des quatre Saints, un Sermon sur la tempérance et enfin la Grotte de la mer sauvage (Belle-hle).

L'appétit vint en gravant, et bientôt l'eauforte parut insuffisante à charmer les veilles de l'employé du ministère de la guerre.

Souvent, entre deux morsures, il lui était arrivé de commettre des écrits d'une grande originalité, au point de vue de la poésie surtout. Banville y aurait trouvé certainement à redire.

Léon Cléry, l'avocat, un des aigles du jeune barreau, lui proposa de bâtir un drame en collaboration. Tous deux se mirent à gâcher.

Une forte pièce en neuf tableaux, pleine de cadavres, d'oubliettes, de meurtres et de viols (il y en avait cinq au second acte), vit le

jour et fut baptisée: Les Résurrectionnistes.

Cela promettait, n'est-ce pas?

Heureusement pour M. d'Ennery, l'ouvrage fut refusé partout à l'unanimité. — Nous y avons perdu deux dramaturges ; en revanche, nous y avons gagné un auteur dramatique de premier ordre et un avocat de mérite.

Cette collaboration avec son ami Cléry avait été assez difficile ; on s'était traité de niais, et cela avec une facilité vraiment déplorable, mais que justifiait l'issue malheureuse de l'affaire.

De là vint à Louis Leroy une horreur profonde de la collaboration ; il prit le parti de travailler seul, et, par une belle matinée de printemps, il jeta furtivement dans la loge de Constant, le portier de l'Odéon, trois actes en prose : la Conquête de ma femme.

bonheur ! Alphonse Koyer reçut la pièce et la joua. Succès peu productif, mais joli petit succès.

Quelque temps après, Leroy eut la bonne

fortune de faire la connaissance de Cham, qui, le jugeant un garçon d'avenir et reconnaissant en lui toutes les qualités requises pour réussir, jura de ne prendre aucune nourriture et de laisser croître sa barbe jusqu' au jour où il ferait ses débuts au Charivari.

Ce fut l'affaire d'un moment. Cham se rasait et dînait le même soir en compagnie de Louis Huart et de Louis Leroy, qui s'entendirent parfaitement.

Depuis, ma foi, depuis... vous connaissez le reste : Louis Leroy a grandi de mille coudées; il a donné à i'Odéon deux pièces charmantes , qui resteront : les Relais et les Plumes du Paon; il a collaboré au Figaro, au Nain jaune, à V Illustration, et partout on l'a trouvé ce qu'il est réellement : un écrivain de premier ordre, et un garçon d'infiniment d'esprit.

Modeste et timide comme une pensionnaire du Sacré-Gœur, Louis Leroy est peut-être

homme à se fâcher des grains d'encens que je viens de lui brûler sous la moustache.

Il aurait tort, et moi, j'ai raison, car je représente la postérité avec mon tout petit livre, je lui dois la vérité pleine et entière.

Signe particulier : Louis Leroy professe un souverain mépris pour les petites dames, le Beaune première et les écrevisses bordelaises.

Etienne Carjat est né à Fareins, village du département de l'Ain, situé sur les bords de la Saône, le 1 er avril 1828.

J'espère que je suis bien renseigné.

N'en dites rien à personne, je tiens ces détails et ceux qui vont suivre de M. de Montalembcrt, qui va, de temps à aulrc, flâner dans les salons de photographie de la rqc Laflitte, sous le fallacieux prétexte d'y serrer la main d'Emile de La Bédolière.

Carjat débarqua à Paris en 1840, accompagné de papa et de maman qui renvoyèrent à la mutuelle pendant deux ans et le placèrent ensuite en apprentissage chez un dessinateur de tapis et de papiers peints, nommé Henry. Cet artiste, élève de Bouchot, forcé par la nécessité de faire de l'industrie, le prit en affection et, après lui avoir enseigné le dessin à ses heures de loisir, le mit à même de gagner ses jolis 6 fr. 50 c. par jour.

Je gagne à peu près cela au Tintamarre, et cependant je suis bachelier !

Oh 1 le petit journalisme ! — ne m'en parlez pas î

Pendant la période de sa prime jeunesse, Etienne était invariablement, chaque dimanche, -l'hôte assidu des paradis de la Porte- Saint-Martin, de l'Ambigu, du Cirque et de laGaîté. Cette petite débauche, bien naturelle à son âge, développa chez lui le goût passionné du théâtre. A cette époque (1848), il se mit bravement à confectionner, avec l'a-

plomb de l'ignorance scénique, un grand drame héroïque et révolutionnaire intitulé Salvator Rosa. Depuis lors, il a refait ce drame sept ou huit fois et il est intitulé aujourd'hui, je ne sais pas pourquoi, le Pêcheur d'Amalfi.

Avis à M. Anicet Bourgeois et à la Société nantaise.

Carjat a joué aussi la comédie à l'École lyrique, mais ses débuts furent tels qu'il dut renoncer à l'espoir d'éclipser jamais la gloire de Frederick Lemaître.

Ne pouvant briller sur les planches comme acteur, il essaya de plus belle de les escalader comme auteur. Il commit, en 1854, deux vaudevilles perdus dans les cartons du théâtre Beaumarchais. Sa fréquentation du monde des acteurs lui donna alors l'idée de faire leurs charges, et il publia une série de grandes lithographies portraits-charges : le Théâtre à la ville.

Cette fois, le succès ne se fit pas attendre, et Carjat renonça définitivement et sans re-

gret au dessin industriel, dont les- exigences mathématiques irritaient depuis longtemps son imagination quelque peu vagabonde. Il fit les charges du Diogène qui sont tout simple ment de petits chefs-d'œuvre, et, le journal mort, faute d'abonnés, il parcourut la province son portefeuille sous le bras, envoyant, quand il en avait le temps, quelques croquis au Gaulois.

A Bade, où pendant quatre années consécutives ses dessins firent florès, -il conquit l'amitié de Méry qui sut apprécier sa nature franche et son talent et qui l'engagea à persévérer dans la bonne voie qu'il s'était tracée. Les Russes et les Anglais surtout furent ses principaux modèles. Tout allait à ravir, mais dame roulette aidant, il revint à Paris, Gros- Jean comme devant, c'est-à-dire très-gêné

Carjat remordit de plus bello au théâtre et, en collaboration avec MM. Labrousse et Paul Mahalin, il fabriqua un grrrrrrrand drame militaire pour le Cirque : les Martyrs de l'Au-

triche, lequel drame fut reçu, mais disparut du tableau après quinze jours de répétition et après la paix de Villafranca.

Las des déboires de la vie littéraire, il prit son courage* à deux mains. Il fallait vivre.

Ayant trouvé un commanditaire intelligent, il se décida à tenter la fortune en faisant de la photographie, pas comme tout le monde, de la photographie artistique.

Il y réussit promptement. Malheureusement, le naturel revenant au galop, voilà mon étourdi qui fonde le Boulevard, un journal très-bien rédigé, un journal charmant, d'accord, mais qui, comme beaucoup d'autres, mourut de mort violente après quinze mois d'existence.

Vous voyez que, bien que photographe, bien que dessinateur, bien qu'auteur dramatique, Etienne Carjat a droit à une place dans ce livre, car le Boulevard a compté, il a eu du succès.

Je ne suis pas éloigné de croire qu'il recom-

mence l'épreuve, il a la foi. Pour le quart d'heure, il pioche comme un nègre blanc, pestant et rageant contre les grosses dames et les femmes maigres qui veulent toutes ressembler à Léonie Leblanc, et n'ayant un peu de bon temps que lorsqu'il lui arrive une tête intelligente ou une jolie femme. Ces deux articles-là sont bien rares à Paris ; plaignons donc un peu le photographe, mais applaudissons bien fort l'artiste dont la vie laborieuse a été si féconde en agitations et en tribulations de toutes sortes.

Je te dirai de douces choses, Et peut-être tu souriras !

A l'aide de ces deux vers de Victor Hugo, je puis, sans crainte, affronter mon sujet, je puis , sans trembler, essayer de présenter à mes lecteurs Auguste Villemot, l'homme de France le plus expert en l'art si difficile d'écrire spirituellement.

Auguste, je vous en préviens, je vous dira de douces choses.

Je vous dirai : Vous me plaisez, car vous avez la phrase facile, le rire franc, l'attaque sincère, la critique légère, railleuse toujours, mordante quelquefois, méchante jamais ;

Vous me plaisez, car vous êtes juste pour celui qui débute bien comme poureelui qui finit mal ;

Vous me plaisez, car vous avez dans vos mains une arme terrible, la raillerie, et cependant vous ne vous en êtes servi toujours qu^avec modération;

Vous me plaisez, car, pouvant faire beaucoup de mal impunément, vous n'avez jamais fait que du bien ;

Vous me plaisez, car personnelle peut vous reprocher une ligne vendue, une réclame, un point d'admiration, ou un point d'exclamation suspects ;

Vous me plaisez enfin, parce que vous êtes le roi de la Chronique, mais un roi bien- aimé de vos sujets, grands et petits, cabotins ou acteurs, rapins ou artistes, financiers ou

courtiers marrons, écrivassiers ou écrivains, poètes ou rimailleurs.

Mais je m'amuse un peu trop aux bagatelles de la porte ; voyons la biographie d'Auguste Villemot —je ne suis pas payé pour faire des phrases.

Il est né dans les environs de la pièce d'eau des Suisses, à Versailles, à l'époque où les chevaux de MM. les Cosaques mangeaient l'écorce dès arbres du magnifique parc dessiné par Lenôtre, à l'époque où le Père Loriquet corrigeait les épreuves de son histoire de France.

Il n'a pas mordu le sein de sa nourrice, mais au collège Rollin il a mordu avec rage à l'étude de la littérature grecque et latine.

Pour être sincère, je dois cependant ajouter qu'il préférait de beaucoup Horace à Lucain, Tibulle à Cicéron et les victoires de Cléopàtre et de t)idon à celles de César et d'Alexandre le Grand.

Depuis sa sortie du collège jusqu'en 1835,

époque à laquelle il devint secrétaire du théâtre de la Porte -Saint -Martin, je le perds complètement de vue. Comme bien d'autres, hélas! il a dû, pendant ce temps-là, risquer §a tragédie en cinq actes, son volume de vers, et comme bien d'autres aussi ces chefs-d'œuvre doivent encore attendre en vain dans un tiroir de sa commode l'heure de la délivrance.

Auguste Villemot a été ensuite employé dans un ministère. En 1847, il fait ses premières.chroniques dans un journal italien, il Risorgimento, patronné par M. de Cavour.

En 1850, il passe à Y Émancipation belge ;

En 1854, au Figaro ;

En 1856, à l'Indépendance belge ;

Enfin, en 1863 et en 1864, au Temps et au Club.

J'ai commencé cette trop courte biographie par un éloge en prose, je la terminerai par des vers sous la formule usitée au Tintamarre :

KPITAPHE ANTICIPEE

Celui qui dort soustette pierre,

Au Figaro fit le courrier;

11 ne signait ni Jean ni Pierre,

Ni Paul, niais toujours en premier.

Plus tard, journaliste à l'air grave, • 11 charma les lecteurs du Temps,

Et toujours aussi fin que brave,

Lança le trait par tous les temps.

Car il n'eut peur de rien, ce roi de la Chronique ; Payant à la gaieté largement son écot, Il fut deux fois Français. Solide à la réplique, Nul d'aussi loin que lui jamais ne vit le mot.

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