HENRI ROCHEFORT
Et, tout d'abord, il ne s'appelle pas Henri Rochefort, mais bien Henri de Rochefort de Luçay.
Il a de la noblesse,.du talent et du courage à revendre.
Henri Rochefort {je conserve son pseudonyme, — pour moi, c'est un pseudonyme) est né à Paris en 1832 et a fait d'excellentes études au lycée Saint-Louis. En quatrième, une pièce de vers qu'il adressa au duc de Montpeusier lui
valut un porte-crayon en or qui rendit bien jaloux ses professeurs et ses camarades, mais qui ne produisit pas plus d'effet sur son moral que la lecture de la Gazette de France n'en produit sur les convictions d'un abonné du Siècle.
Ce porte-crayon-là est bigrement loin.
Rochefort est la modestie faite homme.
A notre époque, dix mille personnes donneraient dix années de leur vie pour pouvoir ajouter un de devant leur nom. — Il en avait deux pour lui tout seul, et il les laisse de côté. — Trouvez-moi une abnégation aussi corsée, une modestie aussi modeste.
Son père était un des rédacteurs les plus exaltés du Drapeau blanc. — Pendant trois ans, le fils de l'ami intime, de Y aller ego de Martinville, le fils du marquis de Rochefort de Luçay, vice-gouverneur, sous Louis XVIII, de l'île Bourbon, a brillé au premier rang du Charivari, où il a bâtonné avec vigueur les journalistes de robe courte de la rue Cassette.