‹ Nos poètesChapitre 1 sur 17 · RUE DE MÉDICIS · texte numérisé non relu

RUE DE MÉDICIS

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Je veux vous parler de nos poètes d'à présent, et de leur poésie. Et je le ferai avec des candeurs admiratives et des exclamations dont vous sourirez. Car je me sens, quoique j'en aie, fils du siècle où Ton s'est le plus exagéré l'importance et la « mission » des rimeurs. Quelque effort que je fasse, je n'arrive point à me persuader qu'ils ne soient pas plus.utiles à l'État que les bons joueurs de quilles; et, encore que j'aperçoive clairement, à de certaines heures, la vanité, et la puérilité, si l'on veut, de leur besogne, il me suffit de les relire, pour être pris à nouveau, de la divine folie du rythme. J'ai été Tenfantque fut Ovide, lisant les poètes de Rome, et songeant à eux avec vénération, et les imaginant pareils à des dieux :

Quotquot erant vates, tôt rebar esse deos...

Et l'homme ne s'est pas dépouillé tout à fait des illusions de l'enfant. En vérité, quiconque a fait

seulement tenir sur pied dix bons vers, celui-là, n'eût-il d'ailleurs, comme il arrive, ni de bon sens, ni d'idées, ni d'esprit, m'apparaît encore parfois comme un être privilégié, aux cheveux ceints d'une auréole et au front marqué d'un signe.

Mieux vaut vous prévenir d'abord que me surveiller toujours. Vous ferez la part de mes ingénuités, et vous ne retiendrez que ce qu'il vous plaira de mes dithyrambes.

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