‹ Nos premiers beaux joursChapitre 17 sur 17 · SI · texte numérisé non relu

SI

— Oh , tu as bien raison , ma Loise , bien raison ! Dès long-temps nous nous aimons. . . Je t'ai vue belle , d'abord , et me suis dit : « Cette damoiselle ferait, je crois, mon bonheur. » Mais, vois-tu bien, je n'osai de trois mois te regarder... que si toi-même tu ne pouvais me voir... C'est à peine, amie, si j'osais sur toi lever les yeux à l'heure que tu visitais Jacques...

— Oh ! oui , mais je remarquais bien , moi, toutes les allées et venues, tes regards en dessous ; et j'entendais de gros soupirs fort souvent

— Dont sans doute tu fus touchée... ; mais, hélas! tu ne me le disais pas; et je souffris longtemps !

— C'est vrai: je fus bien méchante pour toi, pauvre arail... Et maintenant, vois-tu, qu'avec un peu d'âge un peu de raison m'est venue, j'ai regret que l'aveu, écrit depuis si longs jours en mon cœur, n'ai pas franchi de si longs jours mes lèvres. Car où était le mal , de t'aimer? N'étais-tu pas bien beau, et bien bon pour moi, pour tous bien bon? A tous les exercices, n'était-ce pas loi que chacun dans la foule distinguait, toi dont nos grandes dames eussent le plus volontiers fait leur

page? Qui mieux que toi savait conter des fables . mieux chantCT la ballade? Pauvre enfant trouve, n etais-tu pas un noble enfant par ton couni|;e, ta science, et tous tes mille talents? Ton âme, oh! ton âme était si pure, si chaste» si bieo élevée vers Dieu et toutes choses superbes, si délicieusement pleific de vertu. . . O Edgard , j'eus bien rai* son de t'aimer, mais aussi bien grand tort , ô mon ange, de vous le cacher si long-tenipsl... Pardonnez-moi !

— O vraie folle !

— Pardonnez-moi , car c'est une vilaine ch(»»e, ô mon maître , que lutter d'esprit contre son cœur. Je ne sais vraiment |M)urr|uoi nous autres, jeunes fdles, nous craignons tant d'avouer noin* amour même à qui si fort ]o mérit**

— C'est sans doute , ma Loï«e, cjuc »ou$ aves crainti* de ne pas le connaître assei. Dliésîler ainsi vous faites bien...; oui. I,oise , malgré que j'aie tant souffert !

— C'est donc loi qui me défends?... toi, bon ami: car, moi, je veux m'accusrr..., ra'accuser d'avoir mis en doute cette vertu si vive et saillante rpTelle saute aux yviix d'abord...

— Mais . fMjur récomp<*usc . tu m'as tant airoé!

Pour moi lu as bravé ta famille, les préjugés des hommes, toutes sortes de périls; tu as courageusement traversé les milliers d'obstacles jetés entre loi el moi par une société méchante... Oh! dis, ne snis-je pas bien payé?... Et puis, vois-tu, tu m'aimes mieux maintenant... Puisses-tu m'aimer ainsi toujours!

— 0 mon maître , ne voyez-vous point que Loise est là, tout près de vous, serrant dans les siennes vos mains, et vous embrassant, ô mon maître , si vous le voulez? »

Elle l'embrassa tout vivement

Puis reprit :

«Si tu savais, mon ange, comme s'étouffe mon cœur dans ma poitrine , mais aussi combien délicieusement! Si tu savais comme me sourit ton image , balancée devant mes yeux et au fond de mon âme! De t'aimer, d'être aimée, si tu savais pour Loïse quel bonheur... , oh ! tu ne craindrais pas, méchant, que mon amour finît jamais !... D'ailleurs, ô mon ange, il est bien rare qu'une femme cesse la première d'aimer. Et voici comme je l'explique : une femme a peu de dislrac-

lions, une femme e>i toiil le long du jour en son lo{;is;... rjle esl hi qui range, qui coud, qui brode; el , loul ain^^i occupée, n'a qu'une idiT où se iixer, celle de M»n amourrux. La grjndf occupation d' «ne leminr , c'est d'aimer... Les liominesen ont mille: ils TonI auxcliampji, coureiil I«*s villes, marchent a la guerre; iU onl Iniii leur cnrps occupr , toute leur tôle , et durant tout le jour. ..; occupes de choHvs qui .H»nt gra»e*. et souvent ditlicileti. Cela les distrait, rnleniN-tu Lien , d(* leur amour; cela leur fail oublier parfois la pauvn* petite femme qui les attend a\ec des pleurs aux yeux sur le seuil de la maivm. D'abord , ils e>»uient ces pleurs, et jurent qn'iU auront plus d'égards ; mais, reviennent \es affaires avec tous Irurs tracas , et ils sVcartent |K-tit à petit d<* la parole donn«''e. Puis, viennent parfois les hardis projets, l'ardentr soif de jouer diiis h* monde un rôle qui brille, vient l'ambition. Et tout le cœur de n(»s maris s'en va à cen mirHiques chimères... Kt alors qu'rst-ce cpj'unr femme?...

— Oh' mais , tu ne penaet pas de moi ai uial . ma Loi se?

— Dieu m'en présenre!... tt d'abtini, le» le-

çons de Jacques nous ont enseigné Ja vraie place à tenir par chacun de nous. Je sais bien , Edgard, que pour toi je serai plus qu'une commodité de ménage : je serai ta femme, ta compagne, ta chair, tes os, ton âme , je serai toi tout entier.

— Et moi, de même: je serai tout en toi. .. O amie , nous sommes bien heureux ! »

Je vous dis qu'ils étaient assis sons un saule , aux bords de l'Ailette si jolie , et que le jour tombait... 0 vous qui aimez, allez sous le saule de la fontaine, à l'heure que vient la nuit !

Je vous dis qu'ils étaient bien heureux.., aussi heureux qu'il est permis de l'être à notre nature humaine î...

Et puis. . , , et puis la nuit vint, la nuit sombre, la nuit noire. La mère d'Edgard arriva , prit à Loïse la main, et l'emmena vers la cabane. Edgard les suivit de loin.

CJJiiJ'TJiiJ JJ^

L'«a4>ui, c c*l i>tru , r«an«r, c'ttt |t

FoItTKTIII

Oli I ce qu<» j'aime <le ce (cmps-là , cr ne lool pas les croi.^des en Palestine , les éoiigratioos fl'uu la.H d'aTeoturiers qui Tont au loin p<Mircoo- (|uérir, toutes ces lon|;urs et menrrilleus^t eip/ditions ; ce ne sont pas les uiaf^nificpies tournoi% . t«*< rhasses si 1uxu»-mv«.v I1.5 f^tcs de cj»leU ,

toutes ces mille pompes chevaleresques ; ce ne sont pas les trouvères et troubadours; pas les légendes , la sorcellerie , les prouesses de tant de vaillants paladins ; pas les monastères et les couvents ; rien , enfin..., ohl rien de ce que si haut préconisent les admirateurs rabougris des siècles passés...

Ce que j'aime , moi , de ce temps-là , c'est l'amour d'Edgard et Loise , amour si frais que j'ai peur de le déflorer... rien qu'en vous le racontant 1...

C'est que , voyez-vous, il y a dans l'amour vrai je ne sais quoi de senti , mais ineffable ; je ne sais quoi qui se savoure , mais ne s'exprime pas; il y a... oh ! l'amour, i'amour !...

L'amour, savez-vous ce que c'est? Si non, il faut que je vous le dise. Si oui , il faut que je vous le dise encore...

Je ne vous le définirai pas en principe , mais simplement dans ses conséquences.

L'amour monte au poète les cordes de son luth

ou de sa Ijre , donne le Irail au crayon du peintre , à ses pinceaux la couleur; inspire au barde ses mélancoliques hallades , au troubadour sm rondeaux si jolis et gracieux...

I/amourf^ourniaude In rude*»^ et la fait fl«*cliir, iuipose silence à la colère, k la haine . k Hntér^t personnel , ;i l'ambition, fait tain» toutes li>spa<(sions mauvaise^. ..

L'amour ens«»i|;n<- la courtoisie . revAt Irt moindres habitudes d'une aménité bien tcn«lre , rend facile et lout affable le commerce de la rie , met au ccrur de la mis«'ricorde pour chacun . a|;raudil l'Ame , rélar{;it , l'élèfe , et toujours au profit de soQ prf>chain...

L'amour pour une femme conduit à l'amour pour son pays . à l'amour pour l'huinanité.. .

Oui, vienne a vous apparaitre de loin..., làbas..., sous les replia d'un long foile , une mystérieuse et suafe figure de femme... ; c|u'elle penche fers vous les tresses ondoyantes de sa chevelure si belle..., ou fous enivn* «lu parfum de son haleine.... ou laisse glisser jusqu'à v«»«i*

iinrayondesessidouxyeux...^ou qu'elle vous sourie délicatement..., ou qu'elle vous soupire mélodieusement la moindre petite parole d'amour...:

Oh, oh! alors vous sentez que votre poitrine, à vous homme qui êtes là..., que votre poitrine se gonfle ; que le cœur vous bat à sortir tout pantelant de son centre ; que vos veines grossissent partout; que votre sang bouillonne; que toute votre âme , et votre front , et vos yeux , et tous vos traits, s'élèvent, regardent le ciel..., et qu'alors la terre est trop petite, oh I bien trop petite pour tout cet amour immense...

A la fin cependant votre âme , sans redescendre, contemple, de la hauteur où elle s'est retranchée , ce coin de globe où vont et viennent tant de créatures mortelles ; et alors , sentant toute sa puissance d'amour, décide de la faire servir au profit de vos frères.

Oui... ; et voilà comme un homme qui aime dépense noblement la vie à lui dispensée par son créateur ; voilà comme il remplit dans tout son entier le but de sa venue sur terre î

Voilà comme il s'enflanimr à de ;;rancies cho-

ses !

Voilà comme s'élaDctMit aui saints cumbats ci à la victoire d mnomhrahles l>.itailloo^ ; toilà comme ils chevauchent et (guerroient . portant H\i fer de leurs lances les couleurs d'un»* dame bien-aimée !

Voilà comme un LMHi(|iiirrl j --•':■■ [mv^ ce.sj«»iirtant désirés de gloire, de bonheur; coninir on éteod ces jours si beaux aux autres |>euples!

Connue la hberti- , af',randi fusant son vol , plan» de nos montaf;ne.s sur tout ce monde « Titte !

Cuniine (uun...» luu^ le» pi-u|»i«'^ , tii'^-jv » fum Itur tolrruuUt' mtrte dam i'untvrrt !

Comme plus ne reslc un coût du filuhr <>n Coh ne rencontre un frère!

Comme nous avons enfni rvMv ««f^alité , si fort el si lon(;-t<*nip«> attendue !

O jeunes Rcns . nws bons ami* ♦ venei j moéî

Notre tâche est belle, et vous la comprenez..; ohî oui , vous la comprenez. Est-ce que tous nous ne nous entendons pas? INotre cœur bat de même à tous ; notre cœur palpite d'enthousiasme pour tout ce qui est beau, pour tout ce qui est bon , pour tout ce qui est {jrand et glorieux. Chacun de nous, dans son individualité , cherche un aliment qui assouvisse ce sublime besoin de bien faire... ; je sais cela. Je sais que nous sommes une magnifique génération...

Seulement, ayons tous un amour, un amour de femme, un amour comme je vous l'ai tout à l'heure défini. Ne rions pas des affections profondes chez les autres ; tâchons , au contraire , d'en avoir pour nous. Ne courons point ici , puis là , de fille en fille , ou par caprice d'esprit , ou par dévergondage de nos sens. N'éparpillons pas nos plaisirs; amassons-les plutôt sur un seul tout, concentrons-les , absorbons-les bien ; et il nous en viendra celte vie de volupté admirable que je vous ai dite ; cette vie où se bercent harmonieusement les joies, les ravissements, les extases si délicieuses, tout le vrai bonheur de l'humanité.

Et nul de vous alors , oh I nul ne s'ennuiera de la vie, et ne la voudra quitter avant le temps;.

nul 111' .s'aian|;iiira . ne lonihcra a cet rlai «It ^>uiiiolcrice,<i(> mara.snie^qiii tue avant la mort. La vie, au contraire , vous sourira , et vous sera poc^liquc, animée , tout heureuse ; vous vivrez avec vivacité, énergie, et une venleur loujoun nouvelle; vous aurez ressuv:ité el l'âge tl'or des poètes profanes et le |);ira(lis des poète» chrétiens...

()\i ! tons ayons beaucoup d'amour !

Et, nue fois la, vous verrez comme nous nous entendrons i)irn mieux encore ! Inspirés piHir un même but, eï . «le plus, par une mAme cause , nous n'agirons plus isolément , mni\ de concert. Nous ferons ma>>e de nos forces, et les menertnis «le front.

r)h ! je veux le dirr riuoi. . notre libelle rs{ belle î Une seule condition nous mancpie p<Mir son pins rapide accompli.ss4*ment : il dous mancpie d'aimer.

Tout ceci , mes ami'» . vou^ fera s<»urire peutêtre ; et d'aucuns, je crois, diront qu'ili ne nie comprennent pas.

Hélas! donc, j'ai le défaut de trop sentir...

Essayez, toutefois, de mes moyens, aimez , en-fants, et vous verrez si je me trompe!

Voyez Edgard seulement et Loïse,... là, sur leur couche de noces, tous deux bien seuls,... là, qui s'aiment, et, tout s aimant, ne conçoivent que de sublimes choses!... ^

Vous avez vu leur amour qui commençait; vous l'avez vu grandir en dépit des contraintes et des persécutions , et même s'aviver davantage par tant de contrariétés.

Car, c'est de règle : plus se présentent de malheurs à subir , plus l'affection se fait profonde. La méchanceté des lois sociales, qui presse de tout son poids deux cœurs , ne sait pas qu'elle les presse Tun sur l'autre...

Donc vous avez vu grandir l'amour d'Edgard et Loïse; puis, quel héroïsme il faisait naître en leur âme; vous avez vu Edgard se battre , et Loïse le laisser aller bien qu'elle pleurât...

El inainlenanl, entcn(i(*z-votj$, Inir amour »«• ra plus vit encore, si possible, el plus chaud, cl plus saint...; oui, plus .saint: car, p(»urdf*s Inie^ telles que les leurs, l'union charnelle ne peut (ytre qu'une lé(;ali>ali()n indrlébile «le l'union morale.

Car, si Dieu a touIu que notre chair suhit de« tentations, croyez-vous qu'il soit beau el bien d'v résister? croyez-vous qu'il soit beau et bien «le la cadenasser, la macérer, la tortun*r? beau el bien de la flétrir sous le rilice el les jeûnes?

Non :

Non: c'est un penché! Oh, fi , fj de ces hautes vertus sociales qui frappent de réprtibalinn le« jouisviances matérirlles! (|ui méprisent tout haut la chair, cpiand tout ba» sans doute ili la choyeni si fervemmenl ! qui prt^chent tant d'auslrre rif;!dité ! r|ui s'en vont au bal, sous nidle feui qui re8plendi*«>ent , parmi toutes AOiiet de bonor» odeurs et de savoureui parlums. fMimsi ccnl el deux cents belles jeunes fiUet à moitié nne% . parmi tant de téduclions élincelantes;... qui.di»je. recherch«'»»i •'• l'i^n^i tons et* lériiillnns oottr

chacun de leurs sens, et ensuite rougissent de Tavouerî Fi, oh! fi de ce rigorisme hypocrite I

Dieu nous a-t-il donné des désirs?

Oui.

Et dans notre organisation matérielle toute facilité pour les satisfaire ?

Oui.

Or, l'immolation d'un penchant si inné n'estelle pas directement une injure contre Dieu?

Oui, sans doute; cent fois, oui.

Beaucoup, je le sais bien, beaucoup ne poussent pas si loin l'expression publique de leurs réprobations contre ces purs plaisirs;... oui, purs, quand ils ne sont pas seuls ; oui , purs , quand ils sont mêlés aux plaisirs de l'âme , quand ceux-ci et ceux-là s'unissent bien , se confondent bien , se prêtent les uns et les autres de leur force , quand la volupté sensuelle ne fait que dériver de

la volupté momie el oe se maintienl quVn la coinpaf^nie de celte dernière!...

Beaucoup donc ne dt-sapprouvent pis, roaU simplement veulent confiner cc% purs plaisirs au fond d'un joli petit réduit , l(>s tenir cachée dans le mysléneux denii-j«>ur de l'alcôve , les voiler avec soin : all('(juant cpii* , hor^ de ces conditions, ces plaisirs perdent tout leur charme; que les caresses n'ont plus de prix si ellrs nv »ont |>as discrètes. . .

Je veux que paate aujourd'hui eoeore leur opinion.

Mais où je ne puis être de leur avis , c'est alors qu'ils gourmandcfit la révélation publique de ces saiotes voluptés a huis-clos.

Car rien lOUS le soleil n'est hooteux , dont le premier (jeriue ià été semé eu nous par le faraud créateur de toutes choies. Seolemeot il faut cultiver la plante dans son vrai sens, ne point détourner • •' viriiT va d«'Nliiiali(m. .

Or, reri étant , je n«- r<»niprtiids plus poun|UOl 11 St

on ne prêcherait pas hautement , et même dans la chaire, cet amour complet, qui, bien prêché, qui , bien enseigné , devra conduire à tant de choses belles et grandes!...

... Donc , ô amis , voici tout l'amour comme je l'entends; voici tout l'amour comme il faut , je crois , l'entendre.

Pour quoi je vous le répète : aimons, aimons tous ! Et alors nous n'aurons plus qu'à marcher, nous tenant fermement par la main... L'arbre

de vie est devant nous î nous l'atteindrons

bientôt. ..

CJiûi'j'iiiJ! m.

m Voolw f— ■ da MBf ?

— J'aùm mirai ilaa* «a* ckavMMr* cinkIm oo l'aa npom à étuz.

— Vémoàmmt Uf% ûmpU\ r <— J «•• M <pù mu ùaipi». »

Cm. Bux4BO.

5kt stnii ^< U cûSam.

Ed^rd donc et Loise sont là mr on nêoM lit ;

Uy qui s'aioicot de tout près et te le disrnt houche à booche ; là , qui foot mille folies...

— 34o — Mille folies?... Oh ! non , non pas... d'abord...

Car d'abord Loïse a grande honte , se blottit au fond du lit et bien au loin, ferme les yeux pour ne point voir qu'on la voit , et se prend à trembler comme au bois tremble une feuille.

Car Edgard , lui aussi , tremble : chaste et pudique tout autant , tout pareillement plein d'innocence...

Oh! je vous assure qu^il y a beaucoup de bonheur en ces mille petits embarras si gracieux. Et puis , entendez-vous bien , ces petits embarras ne durent guère : dame nature étant là toujours qui prête à ses enfants la main.,. (Rient tant qu'ils voudront les méchants esprits vulgaires : toutes choses ici sont pour moi sacrées ! )

Or donc, une fois franchi ce premier pas , quelle révolution !

L'esprit de Loïse , jeune fille , osait à peine penser; son cœur osait à peine sentir , ses yeux n'osaient voir , ses oreilles n'osaient entendre.

Va, l'union clianitlle coiisomniéc... , la »uiU, noire jtune fille, failc friiune luul à coup! La voilà (jiii donne loute carrit'rr à ics facullé» d'entendcinent , qui laisse tout champ libre à aoa âme et à chacun de ses or];anrs plivsi(|ur» qui pervoivfnl ; la voilà prandr , la voila forte , la voilà qui commence à vivre ! (Tout ceci . mes lecteurs , soit entendu à la lettre.)

Edgard , lui, ctait timide, faible mfine ioua d'aucuns rapports , ou tout au moin^ bien igno*

rar)l de «^n vraie force.

Et niaiulcuaiil M>n pouU bal rudc,vjn »->n{; s'est activé dans ses veines, ses yeui laocrnt de» éclairs comme d'un ai(;le , tout chacun de ses traits fortement m* pn»nonce , et sa iMc s'eialte , et son Ame se hausse , et il se sent un hoinuie , et il est i;rand , lui aussi !

f)ni, je vous le dis, ils sont bien grancLs lou« deux! Se présente pour Tlieun* cpiclcpic »ublim« chose à faire : vous les vcrreiî

Pourtant ils ne parlent paa! ils sont la moi-

plement, qui sentent... , qui sentent l'un dans l'autre I...

Et tout ainsi ils s'endormirent...

Et Loïse, vers le milieu de la nuit s'ëveillant, se pencha sur Edward; puis, à la lueur d'une petite lampe le regardant bien :

« Il dort, dit-elle. Oh ! qu'il est beau, mon Dieu ! »

Et, collant sur sa bouche sa bouche, elle le baisa.

« Il dort I »

Puis , glissant légèrement hors du lit , elle vint s'agenouiller aux pieds d'une Sainte-Vierge blottie en une simple niche de pierre , et là pria :

« Sainte-Vierge, nous sommes bien heureux, mon Edgard et moi I Je vous remercie , Sainte- Vierge ; et vous aussi, ma patronne; et vous aussi, mon bon Dieu!... Il s'éveillera bientôt : car voici que va venir le jour!... Il s'éveillera, et m'embrassera... Puis il ira à ses travaux, et moi.

je l'atteiHlr.'ii , pr«'*(>araiit son rrp«s, dct bal^«ricC loiikvs sortes dv care&srv.. tl ainsi apr«*f^*<Jeaiain , et tons l«'s jours ainsi... Ht, si je le «ois £ili|{ué • je poserai bien doucement s<*s d«*ux pie<U «nr la mousse , et sur mes (genoux ou cooire mon sein sa tète, et je lu bercerai coiouie d'un eofant. •

Edf;anl , rfjH'ndanl . s était ^^teillé . et rrjjifdait Loise, et souriait.

Puis il se prit tout à coup à niAler sj voit à la voix tli» <a douce bien-aim«*e... Il dit :

• Sainle-Vierjjr, ui«*n* de Dieu, iolrrrédet pour nous encore aupn*s de Ji*mjs votre (îU! el faites <|ue notre livmeti M>it fccoiidr! Oh, qu'un (ils au moins el une fdh* nous soient donnr»; un (U^ , que nous élrverons à <^ond»altrr |mmii le bien de ses frères ; uiir fdlr , cpie nous éb-veron» a l'amour. . . , oui . h l'amour pour vous . notre «livio Sci|»ncur, à l'amour pour son pnKliain, el •!»• uiour pour un liomme..., lecpirl amour eo|;eodre el ri'fjiil.irise tous les autres!... •

Or, Lois*' était toujours a i;(*noui, et to<ij<»uri tenait jointes m*s deiiv mainn.

Son cou , si blanc et si harmonieusement atourné , s'élançait vers la madone de pierre ; ses cheveux sur ses épaules tombaient à profusion ; ses yeux étaient un pur ciel; ses joues, blanches et roses; son sein..., ohl de bien belle blancheur aussi, et si gracieusement arrondi, et si ému!...

Notre pauvre Edgard ne se put tenir davantage à regarder tant et de si grandes beautés —

« Loise , dit-il d'une voix toute troublée , Loise , viens l »

Elle accourut, et, se jetant dans ses bras:

« Me voici , ô mon maître , me voici ! »

Et de nouveau se cherchèrent leurs lèvres; de nouveau leurs lèvres se rencontrèrent. Et cette ineffable volupté, qu'avait éclairée le soleil couchant recommença quand le soleil se levait.

Puis ils se prirent ensuite la main , et S acheminèrent au seuil de la cabane.

Le soleil, dis-je, apparaissait à l'horizon, glis-

saut en liiels d'or vi il*ari;iM)l mit rii«*rlic au loin verdoyanle.

Le ciel élail hieu , Itir bien doiii; la fniillc lé(;«Teinenl trcniLlait sur 1rs ormes de la |N*tite \alli'e si lon|;iie; les oiseaux chaulaient, ri. parmi , dvs an(;es..., oh! oui. des aogrs en s<mnant !

Loisc et Ëd|;ard m* haisi-rt^nl encore à la face de celle superbe nature...

i'ui^ \iiirciil Jact|ucN, bcrlUc cl Hubert, te confondre dans luul ce bonheur...

... f)li donc! Lotso. blanche fillrlte! Kd(;ard . (jar^unnet joli..., oh! Dieu toujours voua ganlr bien aimants Tun de l'autn*' L'amour, en férilc, est tout le bonheur de ce monde. Si l'un von« dit qu'il est d'autres plaisirs, ne le croyea pas! Mait aussi ne vous dé>olei point à l'idée que votre amour un jour sera moiu» vif... In autre amour viendra, qui r<impens*Ta erlle vivacité |>rrdue : l'aniriur de vos enf.int&... O Loïm*. que voua terri brih'l (jue VOUS serex belle. Luise , uo jjentil petit liU à >olre sein pur et blanr! vou» au**i Kdi;;inl , «piand l'af^arerei i l'heure qu'il télera •

Pour vous, Jacques; pour vous, Berthe ; et vous, ô Hiibert ! époux de Berthe , sur le banc de pierre assis, souriez à ces enfants; et, quand Dieu vous rappellera, souriez encore du ciell...

Jacques avait de ces hautes pensées. Car il dit, en se retirant vers le petit jardin modeste que vous savez :

« Ces enfants continueront ce que leur père a commencé; et, si ces premiers jours de France sont beaux , l'avenir encore rayonnera plus brillant! »

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