LIVRE IX
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11 n'y eut qu'un cri parmi cette nobi» population : Vitre on mourir en conilattanl , plutôt qu«de se mettre en la «uj«-(iun «l volonté (Je l'oiMni.
ÂLCXANDIII DtMA».
Toute la nuit , des rôdeurs tlétach*'*s par le roi sondèrent le terrain , les avenues qui menaient au cliûteati , les bonnes et mauvaises, vraies cl fauss<>s entrées, mesurèrent la profondeur du fosse, la hauteur des palissades, cludièrcut , et.
— i34 — après avoir bien étudié, déterminèrent lendroil par où il serait bon d entamer l'attaque...
Pour quoi , dès la petite pointe du jour, les troupes prirent bravement position en face de la porte principale ; endroit estimé, en celte occurrence, le meilleur..., le meilleur pour deux raisons : d'abord, parce que de là on apercevait dans toute son étendue le château ; ensuite, parce qu'on serait moins exposé qu'ailleurs aux coups imprévus, à ces mille surprises dont fait toujours bonne provision l'assiégé , instruit naturellement des moindres cachettes.
Donc les troupes se postèrent où je vous a£ dit, fantassins en avant, cavaliers sur les derrières..., hors de la portée du trait ; car la cavalerie n'était là que pour suivre l'ennemi en plaine , s'il faisait une sortie.
Aux premiers rangs de l'infanterie apparaissaient les travailleurs, qui plaçaient et disposaient leurs machines...
Servaient alors comme machines : les mangonneaux, longues pièces de bois qui, par le moyen
«le coiitrc-poitls, jclaieut au luiu lurcc pierres; les balisles et les duntiaiiies , (grosses pièces de ballerie qu'oïl braquait à i aidf île plusieurs roues et à force de bras , et qui lauçaieot également grande quantité de pierres et d'uue prodigieuse <limension ; la truie, le bélier, le boulouers, le taudis et le beffroi , pièces ferrées par le bout , et desquelles ou battait de tout près les murailles et les portes.
Aux seconds rangs se tenaient les troupes plus légères.
Leur arme principale était une lance. Or, cette lance était faite d'un bois droit et léger, comnn* pin , tilleul , ou sycomore ; U' haut était armé d'une pointé d'acier fortement trempé , et garni , en outre , d'un gonfanon ou banderole ù queue longue et traînante.
Puis, en tète , Lois !
Lui aussi était de haut en bas armé,... armé bi«"n luisamment, je vous assure, et bien lourdement; monté, «le plus, sur un beau blanc coursier...
Et tout autour du château le populaire, Jac- (jues en avant !
Il n'avait, lui, que des bâtons, des pierres, des instruments de culture.., que bien peu d'armes en état !
Et il chantait , lui , en attendant que fut donné le .signal...
En chœur :
Pour briser ie joug féodal ,
Debout ! Mort et vengeance !
Notre-Dame-de-Délivrance , Sois en aide au pauvre vassal !
Puis, Jacques seul :
Pas un qui voit nuilre l'aurore , Heureux et content aujourd'hui , N'est sûr ce soir de l'être encore Si le beau seigneur songe à lui !
De sueurs , de sang appauvrie , Ta tête tombe avec effort...
Debout, peuple! Défends ta vie!., té ciel t'aide , et ton bras est fort !
Puis les jeunes hommes :
Qui n'a pas %émt d'une ofleu«e ?
Qui n'a pas un crime à puoir ?
Qui n'ose remettre j sa lance Sa vengeance et son avenir ?
Vois-tu fille innocente et belle Jet^e au lit du ravisseur?
Sauve-la : cette jouvencelle Est ta fiancée ou ta sœur !
Puis les femmes , puis les vieillards :
Plus ne donnez regrets ni larmes , Si coflnaiss4-z sanglants trépas !
Le sang verse- vous crie : a Aux armes! Aux armes ! p répondrez-vous pas "*
Chantons ! c'rst la (été des 1 ^,
'merrs.
Furis et tiers grandiront nos (ils »
Sans qu'au berct-au , comme leurs frères ,
l »claves-nés , ils soient maudits !
Kl tous encore, en chœur:
Pour briser te jou;; léodal ,
Dt-lxtut ! Mort et vengea iicc !
Notre- Dame-de-Délirrance, Sois eu aide au pauvre vassal !
Bien cela, très hien î... Chante, peuple! Avec td voix qui chante , on ferait lever les pierres ; on bâtirait des murs, des maisons, une nouvelle
Thèbes!... mieux que cela: ou prend sou seigneur et on le tue... Chante, peuple!
Il chante! et le clairon sonne! et voici le signal !
Il chante ! et franchit le fossé , s'élance aux palissades , court à Tennemi, ici, là, devant, derrière, lenveloppe , l'entortille, frappe, assomme avec ses bâtons, ses pierres , lutte corps à corps, tiraille, bourre, presse, enlève, renverse. . .
Et tous, dis-je , du peuple sont au revers du fossé , aux palissades, sur les murs, partout: compacts tantôt, tantôt isolés, toujours résolus, terribles!
Oh ! c'était beau , c'était beau î
Ce n'est pas , voyez-vous , que parmi cette foule beaucoup ne tombent...; oh! si fait, mais ce n'est rien. Le flot coule et se perd au sein des vastes mers; mais un autre le suit, puis un autre, puis encore un autre, et ainsi toujours... Ils tombent; et, au furet à mesure qu'ils tombent: « A vos rangs! » dit Jacques...
Oh, oui, t'clait beau...
Pour les troupes du roi , elles se battent , elles, en corps ré{jlé..., assez bravement, certes; mais ce n'est point là un peuple qui se bal pour être libre...
Elles sont là , s'avançant en bel ordre , descendant d'un côté le fossé, le remontant de l'aulre ; frappant à {grands coups la lourde porte et si massive; lançant leurs bordées de pierres, de flèches, de javelots; faisant jouer à lerribles renforts de bras toutes leurs machines; essuyant parmi cela les traits de l'ennemi..., lesquels d'aucunes fois se brisent en éclats et par milliers d'étincelles sur leurs boucliers , lesquels d'autres fois pénètrent en pleine chair et tuent...
Puis, çà maintenant, dans le château...; entrons , s'il vous plait , dans le cliâteau...
Comme vous pensez bien , on a passé toute la nuit à le mettre en état de défense.
Monsei{;uLur daspard lui-m^me a pri->i<ir aux travaux...
— i4d — Après quoi il a dit à ses j^ens :
a Vous n'avez plus maintenant qu'à vous battre î gardes, faites votre devoir! »
Puis, il est venu danssagrand'salle , ordonnant à l'un de ses varlets de venir de temps à autre lui raconter les progrès de la défense et de l'attaque.
Et' aussi , juste à l'heure oij nous sommes , AIwin est là, qui lui dit :
«Seigneur, mon seigneur, il faut songer à votre sûreté !
— Ma sûreté , ma sûreté!... Eh, n'ai-je donc pas mes gardes !
— Alors, de peur que le découragement ne s'en empare, vous ferez bien de vous mettre à leur tête...
— Moi, me mettre à leur tête ! aller me battre contre des révoltés I... Je suis seigneur, Alwin, et je paie des gens pour veiller sur moi 1... Va, va dire à mes gardes de faire bonne contenance ; je doublerai leur paye; et, dès qu'ils auront remporté victoire, je les passerai en revue dans la
cour d'honnoiir. .. Moi, me mettre à leur tète I... J(* suis né riclic, Alwiiiî je n'ai rien appris, je ne sais rien.
— Encore savez-vous porter une hnchc ?
— C'est bien lourd!... Si c'était une lance à manier dans un tournoi, à la bonne heure! ou s'il n'y avait qu'à suivre dans un char l'armée allant en guerre!... mais au-delà , non je ne puis rien... Hédoncîces lûches n'onl-iispas dos pieux , dos leviers, toutes sortes de bonnes armes? qu'ils démolissent jusqu'aux remparts et qu'ils en écrasent les misérables qui osent de si près essuyer ma colère!.. . Ah! mes gardes, tenez-vous bien, on \o fais écorcher vif le premier qui reruh»! •
De nouveaux cris, et plus rudes «{u'auparavant, retentirent.
• Seif^neur, seigneur! dit AIwin, en tendez* vous ! ^
— Par l'enfer! abandonneraient-ils leur poste? \llons, AIwin, donne-moi nne lincfie . (Ioihm'' •
l'.l , pctidant que son v «rli i v^ i 'pn rir l'instminent deniandi' :
« De par la carcasse du diable 1 ces rebelles auront beau jeu!... Je veux que ses griffes m etouffenl si je ne leur fais à tous arracher le^cuir de la tête! »
Alwin fut vite de retour.
« Messire, voici une hache.
— Voyons que je l'essaie! »
Il fit le moulinet à diverses reprises... : dont il parut content...
« Allons, allons, je suis plus fort que je ne croyais. »
Et riant :
« Alwin, veux-tu que je t'en applique un coup sur l'échiné?
— Merci , mon doux maître » , fit l'autre du ton le plus niaisement aimable...
Et nonobstant il recula.
La plaisanterie amusait le noble comte.
• Si fait, reprit-il, si fait, il faut qiio jo l'essaie sur toi !
— Inutile, maître, bien inutile, je vous assure. J'ai toujours eu cette idée, que vous étiez au<si habile que possible en tout ce qui concerne le métier de la [juerre.
— Oui» oui, tu as peur?... Eh bien, j;are à ces vilains î... je ne les épar[;ne pas , eux I... ■
Il sortit.
«Va, va le faire battre, beau seigneur! dit AIwin , en le suivant des yeux... L'n bon coup à travers le ventre, c'est bien le moins pour laver tous les péchés!... Hum î il veut fjii'on se fasse luc'r pour lui... parce qu'il pair. Il paie, c'est l)i<'nî mais qu'il se fasse aimer, cela vaut mieux. L'homme qu'on aime, on le 5uit partout, toujours. I-'hommc qui paie , on le Iaiss4» Ih (juand il n'a plus rien... •
Là-bas à présent,... allons l;i-ba> . sous \v> inarroniers ,... à distance de la bataille!...
Ces femmes, vovon^-les!... les une«i aux bh*«i-
^és donnent leurs soins, les autres prient sur les morts...; celles-ci..., et la plupart, hélas ! ne font que pleurer, ne sachant faire plus...
Voyons ces vieillards, et leurs fils...
,Ecoutons-les ! '
« Je te dis, moi , que tu as été fort mal avisé d'aller te fourrer là!... Un bras de moins, voilà comme tu nous reviens !
LÉONARD
Diable d'accident I