DES TEMPS ANTË-H1ST0R1QUES
LLCIl S DE TONGKKS.
Messieurs ,
En 1829, un professeur de l'Université de Liège connneiicuil des fouilles dans les cavernes de la vallée de l'Ourlhe et de la Meuse et, en 1853, il annonçait au monde savant qu'il avait découvert, dans les grottes d'Engis et d'Engihoul, des ossements d'hommes, contemporains des grandes races d'animaux éteintes et ayant habité la contrée qu'on appelle aujourd'hui la Belgique. Ce savant était modeste, mais convaincu : il blâmait la légèreté, {'inconséquence de certains savants qui se hâtent de conclure avant d'avoir observé et qui, sur l'exploration de quelques cavernes à peine, avaient nié l'homme fossile. Il appelait l'examen sérieux, sévère, et se disait inébranlable dans sou principe, l'expérience :
« Pénétré comme je le suis de 1'importauce des faits que je soumets au jugement sévère des hommes les plus éclairés dans cette branche de la géologie, je me résigne d'avance à leur critique et ie serai toujours disposé à accueillir leurs remarques, mais je ne dévierai point du chemin que me trace l'expérience. ■»
Enfin, il annonçait l'avenir, avec la noble confiance des u. I
i LES TEMPS ASTÉ-IUSTOHiyiES.
esprits créateurs, où perce une sorte de joie patriotique de voir son pays devancer l'Europe dans ces révélations de la science :
« De nouvelles découvertes peuvent unjour décider pour ces pays (la France et T Allemagne) ce que le nôtre met dès à présent hors de doute, c'est-à-dire, que ces ossements humains ont été ensevelis à la même époque et par la même cause que ceux des races éteintes. *
En 1833, un savant anglais passe à Liège, et voit celte collection de fossiles, où se trouvent deux crânes humains; mais Schmerling était de trente années en avant de son siècle. Ecoutez M. Leyll raconter l'entrevue du savant obscur et de ce géologue connu dans les deux mondes :
« En Tannée 1833, je traversais Liège pour aller au Rhin et je causai avec le docteur Schmerling, qui me montra sa magnifique collection et auquel j'exprimai quelque incrédulité au sujet de l'antiquité prétendue des fossdes humains. Il me fit vivement remarquer que, si jo doutais de leur conteraporanéité avec Tours ou le rhinocéros, sous le prétexte que Thomme était une espèce de date plus récente, je devais au même titre mettre en doute la coexistence de toutes les autres espèces vivantes, telles que le daim, le chevreuil, le chat sauvage, le sanglier, le loup, le renard, la belette, le castor, le lièvre, le lapin, le hérisson, la taupe, le loir, le mulot, le rat d'eau, la musaraigne et d'autres dont il avait trouvé les os partout éparpillés indistinctement dans la même boue qui contenait les grands quadrupèdes éteints. »
Celle vivacité à défendre une idée juste ne convainquit pas le savant anglais, il passa son chemin et se conlenla de citer les découvertes et l'opinion de Schmerling, sans leur attribuer d'importance, dit-il.
Trente ans après, le même savant publiait un livre, aujourd'hui célèbre, et qu'il intitulait : l'ancienneté de ïliomme prouvée par la yéoloyie, the Antiquity of ttien. Ses principales preuves sont celles du professeur liégeois, son système est celle prétendue antiquité des fossiles humains sur laquelle il avait montré à Schmerling tant d'incrédulité. Il était revenu à Liège en 1800 pour étudier celle magniliquc collection, méconnue d'abord ; mais, si la vérité triomphait, lumineuse el forte, le savant était mort dans l'obscurité. M. Levll s'excuse dans des termes qui émeuvent cl où, voulant donner à Schmcr-