‹ Nos premiers siècles littérairesChapitre 10 sur 61 · LES TEMPS ANTÉ-UISTORIQUES · texte numérisé non relu

LES TEMPS ANTÉ-UISTORIQUES

institutions embryonnaires,cullcs féroces; mais,sous ces formes glissières, l'homme a affirmé de grands principes; déjà il s'est relié a la vie générale, il a conçu dans l'idée de cause et de justice quelque chose qui ne périt ,point; il a affirmé dans des lois sauvages qui passent, la conscience universelle. Que de difficultés, que de souffrances, que de siècles il a fallu! n'importe ! l'intelligence s est développée sous ce crâne étroit, la conscience a battu dans ce cœur brut, l'homme a paru dans le sauvage et Dieu dans l'humanité.

Tout cela avant les conquêtes civilisatrices de Home» messieurs.

Ces siècles anté-historiques, qui présentent un spectacle plus grand peut-être que les autres, ont leur histoire dans ces tombes de fossiles, puis dans divers monuments qu'on nomme Druidiques et Cyclopéens, faute d'en connaître la date et l'origine; eufin, dans ces mythes religieux ou poétiques qui symbolisent l'histoire perdue et en sont comme les fossiles littéraires, plus défigurés que les crânes humains des grottes d'Engis, d'Ëngihoul et du Frontal.

Ces traditions nous viennent des différents peuples et des religions diverses. La grande race arienne, pour me borner à elle, les trouve dans les vastes épopées de l'Inde; la branche germanique dansl'Edda. Rome et la Grèce nous apportent leur mythologie, et le christianisme, la Bible d'une autre race. La science a l'esprit trop large pour rien exclure de ces archives générales de l'humanité; il n'y a point d'évangiles apocryphes pour la science, elle constate et interprète partout les mêmes traditions, les mêmes symboles. Partout, les livres sacrés ou les premières épopées rappellent les cataclysmes du globe. Ici, c'est la révolte des géants contre le dieu Thor ; là, l'insurrection des enfers contre le ciel; ailleurs, ce sont les titans entassant rocher sur rocher pour escalader la nue, c'est Typhoe luttant contre Jupiter, quand la terre fond comme l'étain, sous Je feu qui jaillit de la poitrine du géant ; ailleurs encore, c'est la course des héros du Ramayana, qui ouvrent la terre, courent aux entrailles du globe, où le cheval de feu les dévore et ne laisse qu'un monceau de cendres. Ainsi, les grands souvenirs géologiques palpitent dans celte poésie puissante de la Grèce ou luxuriante de l'Inde.

LES TEMPS ANTK-IIISTORIQLEK.

Partout la lulte de l'homme contre les monstres, cl ses conquêtes sur les éléments sont personnifiées dans des liéros ou des dieux; c'est Hercule ou Tubalcaïn; Promélhée ou Pandore; ce sont les runes d'Odin, les mystères d'Orphée on les secrets de Wanamoinen, l'Orphée et n^senlope de la Finlande, qui chante l'origine du fer, l'invention de la bière et les premiers secrets de la chirurgie; c'est la Toison d'or des Argonautes ou le Trésor des Nifflungs; mythes religieux ou poétiques où l'esprit humain glorifie ses premiers travaux, si utiles, et divinise les premiers éclaireurs de l'activité sociale.

Partout aussi, on célèbre la naissance de la société, les dieux portés aux forêts, les désordres réprimés, !e mariage institué, la cité bâtie aux sons de la lyre, et, Moïse on Orphée, Brahma ou Baldur, le chemin de la vie tracé aux hommes, comme dit Horace : Et vitœ monsfrata via est..

Enfin, vient la chronologie des empires, la généalogie des maîtres de la terre. Pour les rois comme pour les dieux, chaque peuple, chaque culte a les siens, mais le fond se ressemble, et l'humanité suit les mêmes phases.Ici, cependant, la division se marque davantage, les branches se multiplient, les peuples se séparent. Rien n'est scientifique ni exact encore ; c'est ailleurs, dans les sciences modernes, qu'il faut chercher l'histoire des migrations des races ; mais tout se spécialise : après les souvenirs des grands faits généraux de la nature et du genre humain, viennent les fastes personnels des nations, alors la Bible n'est plus que l'histoire du petit peuple hébreu ; Hésiode chantait le Cosmos, Homère célèbre Achille et les Grées; les Vedas font place aux grands poèmes historiques de l'Inde ; à la mythologie religieuse de Rome succède celte mythologie historique qui va d'Enée à Romulus et au delà; l'Pdda passe de sa partie cosmogonique aux chants guerriers qui préparent l'épopée des Niebelungen. On descend du ciel sur la terre, et la terre se divise en nombreux empires ; le type est toujours l'humanité, mais les traditions deviennent nationales.

C'est ici que l'histoire générale et ses symboles ne nous suffisent plus, et qu'après avoir retrouvé dans les fastes de la tombe, l'existence et les mœurs de l'homme fossile çn Belgique, après avoir constaté, dans les mythes des diverses races on des différentes religions qui se sont succédé sur notre sol, le

LES TEMPS ANTÉ-IIISTOIIIQLES. î>

souvenir des premières conquêtes de la civilisation générale, nous avons à chercher, s'il en est, les traditions particulières aux Belges sur leur antique histoire.

Ces traditions ne nous manquent point. Quand les peuples, respirant de la conquête romaine ou sortant du chaos des invasions germaniques, rassemblèrent, à la voix de leurs luird<;s ou de leurs rois, leurs chants nationaux qu'ils avaient craint de perdre pour toujours; à côté de l'Edda, des poèmes recueillis par Chartemagne et des chants des bardes gallois, de vieilles chroniques, légendes ou fables, furent conservées on ne sait comment ni par qui; bientôt confiées au latin, du i.V au xic siècle sans doute, elles furent reprises ou renouvelées par les langues modernes naissantes, du xf au xnip siècle, et nous sont parvenues, soit sous celle forme, soit dans tle nouvelles traductions ou compilations latines. Ce qui eu reste est une série de fables qui racontent l'histoire de l'Europe depuis la chute de Troie et, pour m'en tenir à ces trois peuples, donnent la généalogie des rois d'Angleterre, de France et de Belgique, depuis Enée.

Or, au xivc siècle, ce grand siècle littéraire du Hainaut, vivait à Valeneiennes, dans un couvent de Cordeliers, un moine, issu d'une noble famille; après vingt-huit ans d'études spéculatives, il était rentré au pays, avec le grade de docleur en théologie; il y avait trouvé la théologie en mépris et ceux qui en cultivaient la science réputés insensés et en délire; ce moine mendiant se disait le serviteur non-seulement 'le Dieu, mais de ses concitoyens; il chercha comment il pourrait servir son pays dans les sciences communes, et vit avec douleur que les nations voisines, longtemps soumises aux belges, avaient leurs histoires noblement rédigées, soleiinitcr composites, et que, si sa patrie en possédait, elles étaient inconnues.

« 11 lui sembla, — dit-il en parlant de lui-même à la troisième personne, comme il convient à un écrivain latin, — il lui sembla extrêmement honteux que tant d'histoires longtemps dispersées fussent restées sous le boisseau et il résolut do les remettre sur le chandelier. C'est pourquoi il s'en alla, comme la Moahite dans le champ de Booz, et, à la suite des moissonneurs et non sans peine, il recueillit des épis qu'il réunit en gerbe et, comme la veuve de la Bible, il apporte sa moisson dans le trésor des comtes du Hainaut. »

LES TEMPS ANTÉ-1IISTOR1QLES.

Ce moine, qui suil les moissonneurs de l'histoire, dans les villes, dans les églises, dans les bibliothèques et dans la mémoire des hommes, s'appelle Jaeques de Guyse. Ce qu'il glana tout d'abord c est l'histoire des Belges depuis la chute de Troie jusqu'à César.

« Quelques-uns, dit-il, traitent cette histoire en vers latins bien faits, comme Nicolas Rucleri ; d'autres en rimes vulgaires comme Clerembaud, qui, au milieu de nombreuses choses indigestes, a laissé des récits conformes aux autres histoires, et il nous est bien permis de nous appuyer sur des témoignages étrangers. D'autres ont écrit en prose et de deux manières : l'un, comme Lucius de Tongres, a écrit sérieusement en grossier gaulois et paraît avoir traduit une chronique latine. L'autre, comme Hugues de Toul, s'est servi de sa langue vulgaire et, creusant la généalogie des Lotharingiens, a écrit magistralement l'histoire des Belges. >

La gerbe de ce moine, vous le voyez, n'est pas à dédaigner. Ce que Hunibald, résumé par Tristhcmius, a lait pour les rois francs, de Francien à Clovis; ce qu'a fait, pour l'Angleterre, de Brut à Arthur, CeoflVoid de Monmouth, traduisant en latin une chronique bretonne et bientôt traduit en breton et en français, et mis en vers gaulois par Robert Wace ; Lucius de Tongres, appuyé sur Rucleri, Clerembaud et Hugues de Toul, trois écrivains étrangers qui célèbrent en vers latins, en vers gaulois et en prose provençale l'histoire des Belges, l'a fait pour nos prétendus Rois, de Pavo à Ursus, d'Ursus à Ursarius et à Andromadas.

Jacques de Guyse ne s'est pas contente de résumer ces auteurs, il les a traduits et nous conservons ainsi Lucius de Tongres.

Un siècle plus tard, en 1446, les Annales du Hainuttt de Jacques de Guyse étaient translatées en français pour le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, dans un manuscrit d'une rare beauté. Lucius de Tongres reparait alors dans sa langue rajeunie, et je citerai de préférence le gaulois du xve siècle ', plutôL que la tradition française moderne de M. le marquis Fortia d'Urban. Le traducteur de Philippe le Bon est moins exact, mais son sly'e garde un cachet de véluslé qui sied à de

D'après le manuscrit delà bibliothèque île Uourgogne.

LES TKMl'S AMK-IIISTORIQt ES.

[•areilles chroniques et où ces fables du moyen âge se trouvent plus à l'aise que dans un cadre moderne.

Aujourd'hui, messieurs, que le doute méthodique a porté dans l'histoire le flambeau de la raison et qu'on ne croit plus aux premiers rois d'Albe et de Rome, ni aux généalogies de-la IJible, ce n'est pas moi, vous le pensez bien, qui viendrai remplacer des mythes étrangers par des fables nationales ; ce n'est pas moi qui ferai remonter à la chute de Troie une dynastie de rois qui date de 1851, et qui donnerai la longue suite de rois belges de Lucius de Tongres comme les prédécesseurs de Léopold I.

Ces fables ne sont l'histoire nulle part. Mais, sans nous en faire une bible nationale, il nous est permis de placer les nôtres sur le même pied que celles des autres peuples, et, connue les savants s'accordent à voir dans les premiers livres de Tile-Live des fragments d'antiques chants nationaux de Rome, nous pouvons étudier dans Lucius de Tongres des restes de nos vieilles traditions, mythes populaires, transmis de génération en génération, sortes de pétrifications légendaires et comme des fossiles de notre histoire perdue. On les a traités de romans, je le veux bien ; mais les attribuer à l'invention d'un écrivain, ce serait lui faire trop d'honneur et méconnaître le passé. Il est permis de s'appuyer de témoignages étrangers, dit Jacques de Guyse ; écoulez M. Saint- Marc-Girardin :

« Voici donc un problème curieux. Jacques de Guyse et ses devanciers, tels que : Kucler, Clérembaut, Lucius, Hugues, ont-ils devancé les profonds philosophes de nos jours ? Ont-ils vu que Thistoire de l'humanité pouvait se rapporter à certaines formules générales? Possédant à la fois le génie philosophique et le génie dramatique, ont-ils, après avoir créé un système philosophique plein de hardiesse et de force, su animer ce système et en faire un roman historique plein d'intérêt et de curiosité? Je ne demande pas mieux que de croire au génie de Jacques de Guyse ; mais je ne crois pas cependant qu^l ait deviné à la fois l'histoire philosophique telle que les Allemands l'ont faite, et le roman historique tel que nous l'a donné Walter Scott. Que faut-il donc croire? Ne faut-il pas nécessairement penser que Jacques de Guyse et ses devanciers ont écrit d'après des traditions plutôt que d'après leur imagination? Ces chroniqueurs du moyen-âge, si ridicules, si fabuleux, si méprisés, auraient donc conservé comme par miracle, un

l.liS TKMI'S AXTK-IIISTOlllOTKS.

souvenir des événements qui ont précédé l'invasion de César?... Cette conclusion est nécessaire. En effet, ou Jacques de Cuyse et ses devanciers sont de profonds philosophes et d'admirables romanciers; ce que je ne crois pas; ou bien, ce sont de sincères et naïfs interprètes de récits qui se sont gardés dans la mémoire des peuples. » (,/. des Débats, 28 sept. 1831).

Ilerder et Walter Scott! Il n'est pus besoin de croire à une difficulté si grande, ni de porter si haut le mérile de ces récits pour y voir des restes de traditions vulgaires. Ce phénomène n'est-il pas permanent d'ailleurs? Souvenez-vous de la chanson de Marlborough ; et rappelez-vous Charlemagne allant à la Croisade; le Napoléon du peuple est-il bien encore celui de l'histoire? Qu'est-ce qui reste dans la mémoire des masses ou dans les chanls populaires, des événements si exactement décrits par les écrivains, sinon quelques traits généraux, quelques récits légendaires, qui ressemblent moins à l'histoire qu'à la fable? Quoi qu'il en soit, souvenirs ou inventions, n'y a-t-il pas une noble curiosité, une sérieuse étude, à la fois littéraire et nationale, à rechercher comment l'histoire des Belges avant César, était comprise, symbolisée, légendifiée, passez-moi le mot. en Belgique et en France, pendant tout le moyen-àge; quelle idée la tradition ou le roman, n'importe, se faisait de ce ténébreux passé, et par quel esprit de patriotisme, par quels points de vue historiques on intéressa nos pères pendant des siècles.

Les découvertes de Schmerling nous ont montré les premiers habitants du pays et leur état inculte. Nous devons recourir à l'histoire générale de l'humanité pour retrouver leurs premières conquéles sur la nature. Les fables de Lucius de Tongres nous feront voir nos ancêtres se civilisant d'après les grandes lois de l'histoire.

Lorsque ces fables lurent recueillies, l'influence de l'antiquité n'était pas éteinte. Le souvenir de Virgile, dont on faisait un savant, un sorcier, un prophète, régnait vaguement sur les esprits lettrés, et les peuples voulaient avoir la même origine que Borne , qui personnifiait la gloire et le culte. Enée était venu de Troie fonder la puissance romaine ; cela suffit pour que celte même Ilion envoyât Francion en France, Brut en Bretagne, Bavo en Belgique.

li:s iii.Mi's AMii-iiisromyiiîs. la

Lucius de Tongres raconte donc comment Bavo, cousin germain île Priam (le fils de la sœur de Ja femme de Laomédon, père de Priam, comme il dit), aborda en Belgique, sur la foi d'un oracle, après la prise de Troie. Enée avait vaincu Turnus;Bavo soumet Trêves, bâtit une ville au Dieu Bel, sous le nom de Belgis, y établit le culte des planètes et fonde la dynastie des Belges.

Je ne puis m'arrèter à cette suite de rois : Bavo, le fondateur, Bavo Belginéus, Bavo le Lion, Bavo le Loup, Bavo le Brun, Bruueliuld, Bruno, Aganippus I*r, Aganippus II, l'époux do Cordélia, tille du roi Lear, qui change d'époux dans les chroniques selon la patrie du chroniqueur; Andangérius, Hérisbrandus; puis, l'usurpateur Ursus, détrôné par Ursa, lillu d'Hérisbrandus; puis l'époux d'Ursa, Gurgunsius; puis Sisilius, Frisecmbaldus, Wariger, Leoninus, Léopard Pr, Léopard II, Léopardinus; puis, les étrangers conquérants, d'abord rois : Cainber et Melbrand; puis ducs, le siège du royaume étant transféré de Bavay à Beauvais : Blandinius et Suardus; puis, les ehefs du peuple, comme Léo et Walacrinus, ducs à vie, ou comme Varingerus et ses successeurs, ducs annuels de la république des Belges; enfin, de nouveaux rois: Léo Ier, Léo II. Goomer, renversé par Taynard, Ursarius et Andromadas.

Ces noms ne nous rappellent rien ; les phases politiques qu'ils représentent méritent l'attention.

Quelle monarchie va fonder ce troyen, savant dans la nécromancie, la chiromancie, l'art des augures et l'astrologie judiciaire? Toutes les traditions ouvrent l'histoire, de la même manière : par la théocratie; la théocratie qui mêle le progrès ii la barbarie, qui réprime l'anthropophagie et institue les sacrifices humains, qui fonde la cité et lui donne des castes, qui annonce les dieux et en fait des tyrans, qui dicte des luis, mais des lois de servitude.

La théocratie est chantée dans les poèmes indiens, avec une pompe de poésie incomparable. Lucius de Tongres lui consacre la plus grande partie de son histoire. Quand Enée aborde en Italie, il promet à ses habitants de leur donner des dieux et un culte : Sacra deosque dubo, dit Virgile. Ainsi, fait Bavo, cousin germain de Priam :

« Selon ce que encore dit Lucius de Tongre*, la cité ensy fondée

li LES TOI PS ANTh'IIISTOlUUlKS.

du tout en tout, et les lois des troyeus espandues et divulguées et très honnourableinent de toutes manières de gens rechuptes et accordées, une doubte coiniueneha à croistre et à sourdre en la devantdite cité, c'est-à-dire ou peuple. Laquelle estoit telle, assavoir : se, après le trespas du roy Bavo, ses filz procréés de sa char successeroit au réaime eus ou lieu du père, ou se les seigneurs et le peuple, par ung commun accord, en esliruient ung, tel que boin et pourfitable il leur sambleroit; et de ce, y ot entre le peuple moult de opinions. Toutesfois, le roy Bavo» perchevans ceste (juestion estre moult doubteuse, jà eslevce ens ou peuple, il fist prornptement, à ung compétent jour, convocation et assamblées des ducs, contes, chevaliers et barons et de tous les plus sages du commun peuple (on sent que l'auteur vit dans la patrie des communes) et leur remonstra pluiseurs choses touchans à ycclle question ; après laquelle chose moult debatue et arguée, et les choses qui faisoient à considérer en telle manière ouvertes et considérées, fu, par meure et sage délibération, trouvé que les seignouries qui par naturelle succession succèdent de lignie en lignie sont en plus grant félicité et les pollicies dessoubz telles seignouries mieulx et plus autentiquement regiminées que celles qui souventes fois se renouvellent par élection ou par fortune, et pour ce que les dieux sont plus nobles et plus puissans que fortune et que vraie sapience et que philosophie samblentplu* convegnable que force , ilz conclurent lez les degrés et les dignités del cité et du réaime, en la manière qui s ensieult : Premièrement, que tous les princes et toute la pollicie de la cité et du réaltne, après les dieux, sans nul quelconque moyen, (intermédiaire), seroient subgés au prince des Druindes, et ce sus paine de mort. Druyude vault autant à dire comme souverain prestre. Item, ils ordonnèrent VI archeprestres qui assisteroient audit prince des Druindes, pour le consillier et aidier en toutes ses besongues et affaires. (Je passe les ducs, les comtes, les druides). Item, ils conclurent et ordonnèrent que le souverain maistre Druynde, c'est-à-dire le souverain de tous les prestres, seroit roy et prestre ensamble par naturelle et hirétable succession; laquelle chose seroit de tous conte r m ée.

Le prêlre-roi, Bavo ltr, consulte alors ses dieux. Voici les augures :

« Beel le Dieu respondit premierz, comme dist Lucius, ce qui s'ensieult : Le royalme belgien tout entier sans division sera signeur de moult de peuples ; mais, quant il sera divisé en parties, adont se flétrira

» S'ensieult la responce de Saturne : Le wasson de la terre sera bien labouré et semé, pour la grant multitude des habitants et donra grant abondance de fruis

)gle

Page 1