LES TEMPS A N T É - 1 1 1 STO R I Q U ES
» Lu responce de Jovis ou Jupiter : La simphonie et la lire, la religion et les sacrifices de Beigts demourront, et les réaimes se delitleront en ses armonies.
» ... La harpe des Belles sera décorée de cordes, mais le son se convertira en pleurs.
» La responce de Mars : Le territoire de Beîgis sera tout autour aorné de fièvres (artisans), et mouteplieront et aront dominacion sur moult de gens, et forgeront sur les englumes des ostrangiers, de leurs inartcaulx, et moult en détruiront de leurs flayeaulx. Et venacion, c'est-à-dire cache, sera la glorc depluisors; doleur et aspite fera les enrages crueulx, mais doulcheur les fera débonnaires.
» La responce du Soleil : La dignité et la magnificence des Belgiens sera exauchée et eslevée, et les rois d'icelle luiront jusques ens és ysles de mer. Kn la parfin sera obscurcie par l'espesseur des nues. »
Tradition ou invention, légende ou roman, n'est-il pas intéressant de retrouver ici de longs détails sur la fondation de la théocratie, à Belgis; et n'aimez- vous pas d'entendre ces chants qui, sous forme de prédictions, gémissent sur les malheurs de la patrie, en rappellent les âpres souvenirs et célèbrent avec enlhousiasme la prospérité nationale?
Mais nous n'avons pas vu toute la théocratie. Les réformes morales suivent la constitution politique; Numa vient après Romains.
* D,' Bavo Bruno, de ses (ois et establissemens Lt, comme
il fust ensy que lors les femmes fussent commîmes à tous, il ordonna et estably, à la cause et occasion des responces des dieux, que cascun homme, sur paine de mort, fuist content de 4 femmes, excepté les prestresqui en aroient 4 tant seulement.
Celle différence qui met les prêtres à la portion congrue est ici un anachronisme, dicté pnr i'espril chrétien ; les privilégiés de la théocratie, comme de l'autocratie, se sont toujours réservé la part du lion ; on va le voir du reste :
» Kn oultre, il osta et abolly le usage de l'or et de l'argent, et ossy la cause et la matère de tous vices ou pechiét; et divisa à chascun également les hiretages et revenues, affin que, en la qualité des patrimoines, l'un ne fuist plus poissant que l'autre, excepté les prestres, ducs, comtes, veneurs et chevaliers VA commanda que publiquement chascun mangast l'un aveuc l'aultre, affin que les ricesses et luxures ne se fesissent doremais en secret. Il parmist aux josnes gens de avoir en l'an une
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seulle robe et que nul n'alast puis haut que l'aultre, ne ne mangast plus délicieusement. Item, il commanda que chascun par IX moi?; de l'an alast la teste descouverte et l«s pies nudz, excepté les enfants de Y ans et les hommes de L ans et audeseure et les débilités de corps et de santé. Item, il ordonna q^ue on ne acattast rien au pris d'arjyent, mais par recompensation de chose pour aultre. 11 commanda que les josnes enfans fuissent menés au champz et non point au marchiet et affin que leurs premiers ans il ordonnassent et induisissent à labourer et ouvrer et non point à luxure et as délices, et volt que il ne couchassent poiut sus lis et que il ne buissent point de vin
Item, il commanda que les vierges fuissent mariées sans doaire, à celle fin que les femmes ne fuissent eslutes ou prises pour cause de leurs ricesses et que les hommes contrayssent leurs mariages par bonne amour et sans nulle convoitise. Et ordonna que on fesist la plus grant honneur as sages anchiens et non mie as riches et puissanz et que vieillesce euyst le plus honnorable lieu. Et luy, qui avait XXIY femmes, en retint seulement 11 et aux aultres il donna congiet. Desquelles 11 femmes, luy estant roy, il engenra LX11 filz, tous lesquels il fist estre subgés à ses lois par un espécial édit et commandement.
Voila bien la théocratie avec son niveau, ses utopies, et sa morale imposée de par la loi ! N'avez-vous pas senli monter de ces pages comme un parfum du Paraguay? Il resloù voir comment, le bon roi, après sVlre soumis à ses lois, les sanctionna.
« En la parfin, ledit Bavo le Brun, archeprestre, assembla, en la cité de Belgis, le jour de la teste et sollempnité de Beelis, tout le peuple des cités de son réaime, affin que tous ensemble il rendissent plus dévotement grâces et loangcs à leurs ydoles, de la édification totale et consummaeon de la cité de Belgis,
et là, en la présence de tous, sacrefia, à son dieu Beelis et
aux aultres ydoles de la cité, ses 11 propres fils les plus aisnés, aveuc sans nombre de leux, lions, ours et porcs sanglers. La manière dudit sacrefice fu telle : premièrement il espandoient le sang sur l'aultel en copant le corps en 11 pieches, et puis après, sollempnellement par plusieurs pièces l'ardirent jusques en pourre, en un grant feu.
» Et ce méisme an, en la sollempnité de Bacus, le dit Bavo le Brun, souverain-prestre, et aveucque li H archeprestres, III ducs, V contes, Yll veneurs et plusieurs aultres, pour celle méisme cause, en présence de tous lesassistans du réaime et de la cité, après ce que sur chou ils eussent fait requeste, il se sacrefièrent en telle manière, c'est assavoir que, de leur propre
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pré, il entrèrent au feu des sacrefices pour la révérence de leur dieux, là où ils s'ardirent tous jusques en cendres.
» Et de ceste chose, le peuple de tout le réaime et de la cité entra en une telle crémeur, que de une volenté, sans nulle discorde, il establirent une loy qui lu telle que, sus paine de mort, nul ne trespassast les ordonnances et lois du dit Bavo llrunus ni des dieux.
Voilà le sacrifice humain dans loule sa splendeur sacerdolalcî Celle consécration des lois par le martyre du roi et des pontifes a quelque chose de grandiose et d'épouvantable, bien fait pour imposer la servitude à l'enfance des peuples.
Mais nous ne sommes pas encore au couronnement de l'édifice. Le couronnement, rêve de tous les théarques et de tous les monarques, c'est l'unité. Brunehulde, fils de Bavo le Brun, impose h toutes les nations qui sont sous sa puissance, le même culte, la même religion, l'unité d'adoration, de sacrilices et d'offrandes, sous peine d'être écorché vif.
Le règne du prêtre est complet. Brunehulde fait creuser sept grandes routes, conduisant aux extrémités de ses Etats et partant de ce centre de puissance et de terreur.
On sait que ces grandes routes furent construites par les Romains et qu'au moyen âge on les attribuait à la reine Brunehaut, épouse de Sigebert.
Allons-nous maudire cette théocratie primitive chantée par les poètes? Non, messieurs. Elle met l'homme à genoux, mais devant quelque chose de supérieur à l'état sauvage; elle continue les sacrifices humains, mais pour consacrer des lois meilleures ou des guerres patriotiques. C'est la barbarie encore; mais c'est le développement de l'homme; c'est le commencement de la société. Ce qu'il faut maudire, chaque fois et sous quelque nom que nous le rencontrerons, c'est la halte forcée de l'esprit humain, c'est l'obstacle à la vie, c'est la tombe du progrès. Ce qu'il faut maudire, ce sont les institutions qui veulent survivre à leur temps et à elles-mêmes, sépulcres blanchis, comme dit l'Evangile, où des hommes d'autorité prétendent enfermer des générations qui se sentent libres, perpétuer un passé de mort et enterrer vive l'humanité, enchaînée au cadavre d'une religion ou d'une institution morte !
Attendons, d'ailleurs! Cette théocratie primitive ne va exclure ni les réformes, ni les révolutions. L'abus et le despolisme sont les conséquences d'un pouvoir sans borne; mais ils
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engendrent à leur tour l'indignation et la révolte. Les fables belges ne négligent aucun de ces traits de l'histoire humaine.
Les Cyclopes et les Leslrigons, dans l'Odyssée, les Rachases dans le Ramayana rappellent les anthropophages. Orphée arracha les hommes à leur horrible pâture, victu fœtlo, dit Horace. Le docteur Spring a retrouvé dans la caverne de Chauveau les restes d'un repas de cannibales, remis au jour au xixe siècle. Lucius de Tongres conserve des traditions conformes aux découvertes de la science :
« Ravo Léoninus (le troisième roi de Belgis) tut le premier qui fist sacrefier en sacrefices leux, lions et bestes sauvages. 11 manooitaveue ses enfants, accoustuméement, là où il se refectionnoit de sang humain. 11 eut par génération XLVl filz, tous lesquelz il fist ducs au gouvernement du règne, à l'encontre des décrets et des ordonnances de ses prédécesseurs. Dont il advint que le peuple s'en coroucha et tourbla tellement que il leur coururent sus et sy en ochirent plusieurs
« Cestuy Ravo Léoninus en sa vieillesse engenra Xlll filz, que la communaulté de la cité ordonna à estre nourris et introduis p.ir les archeprètres ; sy furent nourris en la cremeur des dieux et selonc leurs lois. Ne il ne usèrent point en leur vivre de sang humain, comme leur père. »
« Les insurrections ont, en Belgique, des antécédents respectables,» dit M.Saint-Marc-Girardin,en parlant d'une révolte poslérienre à celle-ci. Car voici une insurrection belge qui date de quelque mille ans avant Jésus-Chrisl. »
N'aimez-vous pas, messieurs, voir une première révolte supprimer sur la lable des rois cette gastronomie anthropophage?
Tous les rois belges n'étaient pas disposés à sceller leurs lois de leur sang, comme Ravo Brunus!
Celui qui fait les lois n'est pas soumis aux lois,
dit Dom Renard, et le prétre-roi Agnnipus pense comme le malin héros de la fable. Lucius raconte à la fois l'excès et le chàlimenl.
Agnnipus donc ne se contente pas de ses deux épouses légales , il les répudie el les remplace par cinq femmes de Bretagne, d'une merveilleuse beauté. Le peuple, à celte nouvelle, s'émeut, s'assemble, consulte ses Dieux. « Le prince