Nos quatres Evangiles [microform]
Ces pages ont paru^ pour la plus grande partie, dans la Revue pratique d'Apologétique ou dans la Revue biblique. U accueil qui leur a été fait et des soUicitations nombreuses nous engagent à les réunir en volume.
Peut-être certains exêgètes s'étonneront de ne pas nous voir suivre le chemin battu de la critique. Mais quand cette voie aboutit à une impasse, est-il téméraire de chercher une autre issue ? La critique du reste a ses variations et ses modes. Après avoir exalté le caractère historique du IV^ Evangile au ♦ détriment même des synoptiques, elle en est venue à ne plus considérer en lui quune œuvre idéale , « une contemplation mystique ». // est vrai que Vinterpré' tation symboliste n'a eu que V éclat d'un feu follet et qu^elle est actuellement à peu près abandonnée. Sans aller iusquà ces exagérations, nombre d'exégètes regardent encore le contraste entre les deux narrations évangéliques, la synoptique et la johannique, comme si tranché qué^ pour eux, c'est peindre son temps que de chercher à les accorder.
n AVANT-PROPOS
Cependant, le récit johannique et le récit sz/^neptique sont, l'un comme f autre, un témoignage. Le tout est de hien saisir leur plan avant d'essayer de les harmoniser. Si les concordes tentées entre les deux récits sont restées jusqu'ici artificielles et peu satisfaisantes;, c'est qu^on ne s'était pas rendu compte d'abord du vrai plan des trois premiers évangiles. La clef de la narration synoptique c'est la division quadripartite : nous avons cherché à la mettre en évidence. D'autre part, un des buts du IV^ Evangile [non le principal, mais but l'éel et reconnu des an-^ ciens] est de nous apprendre à lire les synoptiques. Ces deux plans, une fois bien compris, feront reconnaître que le fossé qu'on suppose creusé entre les synoptiques et le IV^ Evangile est plus facile à combler quHl ne semble communément, et F on verra que les deux récits, de but si différent, peuvent cependant marcher de pair sans se heurter et s'éclairent mutuellement. Nous croyons et on a reconnu que l'harmonie des deux récits^ ainsi combinés, donne un développemeîit plus normal que celui qu'on a coutume de lire dam; les synopses ou les vies de Notre- Sei^jieur parues Jusqu'ici.
Dans cette étude nous supposons admise l'authen^ licite des quatre Evangiles. P ar miles matières traitées certaines ne sont que brièvement et simplement touchées en passant, pour encadrer les points importais, qui sont la raison de cet ouvrage.
Puissent ces pages apporter lumière et paix à ceux qui cherchent simplement la vérité!
AVANT-PROPOS Vil
Vaccueil fait à ce volume nous engage à en donner une nouvelle édition^ en y introduisant quelques améliorations et additions.
Quant aux objections qui ont été avancées ou reproduites çà et là contre le plan quadripartite et quelques-unes de ses conséquences^ la réponse en sera plus opportunément présentée^ sans déranger Vordre du livre, en un chapitre placé en appendice sous le titré : Réponse à quelques objections.
Nous tracerons ensuite le plan de la synopse qui pourra aider le lecteur en attendant sa réalisation complète et les explications qui doivent V accompagner.
c^Vf
Nos quatre Evangiles
Leur composition* et leur position respective
Les vingt-cinq dernières années ont vu se multiplier les livres et les articles sur nos Evangiles : un travail considérable a été accompli, à des points de vue très divers et avec des intentions également différentes. Vivement attaqués, ils ont été vaillamment défendus. Ce n'est pas que toutes les attaques aient eu la même importance, ni que les défenses aient toujours été aussi heureuses. Mais dans l'ensemble l'étude de nos Evangiles y a gagné :
leur authenticité et leur autorité sont sorties de ces luttes mieux établies ; ils sont plus intimement connus.
Est-ce à dire que tous ceux qui abordent ces problèmes aient trouvé dans la masse d'ouvrages, parus depuis un quart de siècle, la solution de toutes leurs difficultés? Peut-être, pour s'être trop arrêtés aux travaux de détail, est-il arrivé à plusieurs de perdre la vue harmonieuse de l'ensemble? Les arbres empêchent de voir
Nos quatre Évangiles. 1
2 NOS QUATRE ÉVAJNGILES
la forêt, dit un proverbe. L'étude des nombreux systèmes, imaginéspour résoudre le problème synoptique et la question johannique, a'a-t-elle pas laissé dans certains esprits plus d'une obscurité? Ces ombres, ces inquiétudes ne vont pas jusqu'à obscurcir ou ébranler la foi ; mais elles peuvent troubler la sérénité de la conviction. Habitués à cherclier dans un écrit les procédés et les qualités de composition qui distinguent les livres modernes, ils sont restés inquiets de ne pas les trouver dans nos Evangiles, sans songer que leurs auteurs étaient bien libres de donner à leur composition des caractères qui convenaient mieux à leur but et répondaient aux désirs de leurs premiers lecteurs.
Ce n'est pas précisément des rapports et des divergences entre les synoptiques qu'il s'agit dans le présent exposé, bien que cette question y soit en partie impliquée; mais nous voulons, d'une façon à la fois plus générale et plus concrète, expliquer la manière dont nos Evangiles ont été composés^ et montrer que les synoptiques ne peuvent être compris sans le quatrième Évangile, ni ce dernier sans les trois ; premiers. Bien que leur but et leur plan soient très différents, ils se complètent et s'expliquent mutuellement.
Les vues que nous proposons ici, nous avons
eu souvent occasion de les exposer de vive voix: elles ont paru apporter quelque lumière dans le problème de la composition et de la valeur historique de nos Evangiles. On nous dit qu'en les publiant elles pourront être utiles à d'autres. Une partie de ces idées est familière à ceux qui s'occupent spécialement des questions scripturaires ;' quelques autres le sont moins et paraîtront peut-être neuves, ou plutôt elles tireront de faits déjà connus des conclusions jusqu'ici demeurées dans l'ombre. Pour leur exposé plus complet et plus clair, il est bon de reprendre les premières pour ne former qu'un tout des unes et des autres, comme le Docteur de l'Evangile, qui profert de thesauro SILO nova et vetera.
Nous ramenons l'exposé des principes à ces trois chefs : la première prédication apostolique, la composition des synoptiques, la position du quatrième Evangile. Dans la deuxième et la troisième partie nous touchons directement les écrits, dont nous avons à expliquer la composition et la position respective. Pour la première partie, nous ne saisissons la prédication apostolique, à part les allusions des Actes et des Épîtres, qu'à travers les synoptiques. Aussi cette première partie trouve-t-elle sa confirmation dans la deuxième et la troisième, c'està-dire dans nos synoptiques et le quatrième
Évangile ^ bien étudiés dans leur dessein et leur pian. Dans une dernière et plus longue partie nous ferons l'application des principes exposés dans ces trois premiers points, en montrant comment les synoptiques et saint Jean bien compris permettent de reconstituer la vie de Jésus-Christ selon une suite chronologique et un développement normal très satisfaisant.
I . En suivant l'ordre des recherches il eût été plus logique de commencer par les synoptiques et de remonter par eux à la catéchèse orale. Mais pour la clarté de l'exposition il est préférable de suivre l'ordre des temps et des choses.