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Nos quatre Evangiles. 10

chaque espèce. Il en fut de même pour les résurrections. Le miracle de cette nature qui fut choisi de préférence fut la résurrection de la fille de Jaïre. Pour ne pas trop attirer l'attention malveillante des Juifs sur ceux qui avaient bénéficié de ces miiacles, on s'arrêtait plus volontiers, en prêchant à Jérusalem, sur les faits arrivés en Galilée. La résurrection de Lazare avait fait tant de bruit et d'impression dans la Ville sainte que les princes des prêtres et les pharisiens avaient formé le dessein de faire mourir le ressuscité, parce que sa vue convertissait beaucoup de Juifs, attirés de la capitale par la renommée du prodige (Joan., xii, 10). Béthanie étant à quelques pas de Jérusalem, il n'eût pas été prudent, à l'origine, de choisir ce miracle pour type des résurrections. C'eût été exposer les membres de cette famille à la vengeance des chefs du peuple. Le choix ayant été fait d'un exemple de résurrection arrivée en Galilée, la catéchèse, une fois fixée, ne changea plus. Sans doute saint Luc, qui ajoute quelques traits à la catéchèse, a raconté aussi la résurrection du jeune homme de Naïm. Ce miracle pouvait s'ajouter aisément dans la deuxième partie du plan primitif, sans en déranger la disposition. Mais, pour raconter la résurrection de Lazare, nécessité eût été de modifier la simplicité du plan quadripartite. Dans le dernier voyage à

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Jérusalem, il eût fallu indiquer une première venue de Jésus, àBéthanie, près de la capitale, avant la dernière semaine; puis un retour en arrière dans la région du Jourdain, d'où Jésus était parti. Les environs immédiats de Jérusalem, comme Jérusalem même, ne pouvaient être mentionnés que dans la quatrième partie du plan quadripartite, consacré à la dernière semaine dans la Ville sainte. Ils se trouvaient, par leur position même, exclus de la troisième partie.

A l'époque où il écrivait, saint Jean n'était plus retenu par l'une ou l'autre de ces considérations. Après la destruction de Jérusalem, rien ne l'invitait à garder les mêmes mesures de prudence ; il pouvait mentionner sans crainte Béthanie et la famille du ressuscité. Le dessein de son Évangile l'engageait à entrer dans les détails d'un fait si dramatique avec tout le relief de ses souvenirs personnels, et à s'arrêter sur les paroles de Jésus et ses enseignements, qui dépassent manifestement le niveau de la catéchèse élémentaire.

Ce miracle si éclatant eut pour résultat la conversion d'un bon nombre de juifs.» Mais, d'autre part, il mit le comble à l'exaspération des princes des prêtres et du parti pharisien ; ils s'assemblèrent et résolurent de se débarrasser, par la mort, d'un prophète si

importun ^ (Joan., xi, 47-53). Jésus n'était plus en sûreté, à Béthanie, si près de Jérusalem. Il prit parti de se retirer dans une région voisine du désert, dans la ville d'Éphrem (Joan., xi, 54-56). Il y demeura quelque temps, avec ses disciples^ jusqu'au moment proche de la Pâque, où les pèlerins commençaient à se rendre de Galilée à Jérusalem. Quand les Galiléens seraient en nombre dans la capitale, il y aurait moins de péril à s'y rendre lui-même.

Mais Jésus savait qu'il allait à la mort. Il l'annonça à ses Apôtres (Matth.,xx, 17-19; Marc, X, 32-34; Luc, xviii, 31-34); d'Éphrem il descendit à Jéricho ; c'est alors qu'eut lieu la guérison de l'aveugle 2 (Matth., xx, 29-34; Marc,

1 . Ce miracle explique l'enthousiasme et les ovations de la foule à l'entrée de Jésus dans Jérusalem et d'autre part la décision prise par les princes des prêtres d'arrêter l'effet de tels prodiges en supprimant le thaumaturge. Saint Jean le dit expressément, xii, 17-19. La narration synoptique, qui tait le miracle, suppose cependant qu'il se i)assa quelque chose d'extraordinaire avant l'entrée triomphale. Saint Luc même fait une allusion voilée à ce miracle, quand il dit (xix, 87) que la multitude louait Dieu pour tous les miracles dont elle avait été témoin. Mais la vue journalière de ces prodiges émoussait l'enthousiasme, qui ne s'explique que si tout récemment il s'était produit un miracle plus éclatant que les autres.

2. Saint Matthieu parle de deux aveugles, les deux autres synoptiques d'un seul. Saint Matthieu et saint Marc placent le miracle après le départ de Jéricho, saint Luc le

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