DERNIER VOYAGE A JÉRUSALEM U
X, 46-52 ; Luc, xviii, 35-43), puis la conversion de Zachée (Luc, xix, 1-10). Les paroles prononcées à cette occasion éveillèrent chez les auditeurs la pensée que le royaume de Dieu allait paraître immédiatement (Luc, xix, 11) : ce qui explique la demande des fils de Zébédée et la parabole
met à l'entrée de Jésus dans la ville. Ces afBrmations contraires des trois évangélistes ont exercé la sagacité des commentateurs. On peut voir, sur leurs tentatives diverses pour accorder les récits évangéliques, le commentaire sur saint Matthieu du P, Knabenbauer, t. II, p. igi-ig^.
Le plan quadripartite des synoptiques peut donner, semble-t-il, une solution à ce difficile problème. Si saint Matthieu parle de deux aveugles, il est possible qu'ils aient été guéris à des voyages différents, Jésus étant passé plusieurs fois par Jéricho. Il serait conforme aux procédés du premier évangéliste d'unir ces deux guérisons, sans tenir compte des temps différents. Ne pouvant, en restant fidèle à son plan, raconter qu'un seul voyage, il a uni ces deux faits. Mais, en les unissant, il ne s'étend en détails que sur le dernier miracle.
Quant à la question du lieu de la guérison, à Pentrée ou à la sortie de la ville, on peut expliquer la différence de langage par le fait que les synoptiques ont dû abréger le récit pour être fidèle au plan de la catéchèse.
Des bords du Jourdain Jésus vient à Béthanie, en passant par Jéricho sans s'y arrêter. Après le miracle de la résurrection de Lazare, il est obligé de se retirer dans la solitude d'Ephrem. De là, au moment où les caravanes de la Pàque, pour se rendre à Jérusalem, traversent Jéricho, il entre de nouveau dans cette ville. A ce moment eut lieu la guérison de l'aveugle, la conversion de Zachée, la demande des fils de Zébédée, la parabole des Mines, et enfin le dernier départ pour Jérusalem.
Pour raconter ces faits selon leur vraie suite historique.
des Mines prononcée par le divin Maître en ré pense à ces vues ambitieuses (Luc, xix, 11, 28) Après avoir dit cette parabole, Jésus marchai en avant de ses disciples, montant à Jérusalen (Luc, XIX, 28). Cette remarque est la conclu sioi du voyage et la transition à la quatrième parlii du plan cMéchéûque^ Jérusalem, (Cf. Marc, x 32; JoAN., XI, 8 et 16.)
11° La dernière semaine
La caravane des pèlerins de Galilée, en ar rivant à Jérusalem, y répandit le bruit de l'ap proche de Jésus. Mais le divin Maître s'étai
il eût fallu distinguer diverses allées dans la direction di Jérusalem et des retours en arrière. La simplicité du plai quadripartite, fidèlement suivi par les synoptiques, lei obligeait à supprimer ces allées et venues qui compliquaien le récit, et à ranger les faits, grâce à ces omissions, commi s'ils ne formaient qu'un seul et unique voyage. En abré géant de la sorte le récit, on pouvait pratiquer la coupure ai temps du premier départ de Jéricho vers Béthanie pour re prendre au moment du second et dernier départ pour Jéru salem. Le fait de la guérison de l'aveugle que saint Mattbiei et saint Marc voulaient conserver, se trouva ainsi rattaclil à la première sortie (laquelle paraît se confondre avec 1{ seconde), bien qu'en réalité il ait eu lieu dans l'intervalle La coupure pouvait aussi bien se faire avant la première entrée à Jéricho en venant de la région du Jourdain pouJ reprendre à la seconde entrée, celle qui eut lieu en parlan d'Êphrem. Le fait se trouvait ainsi placé à une entrée i Jéricho, comme il eut lieu en effet. En cela saint Luc, plui
LA DERNIÈRE SEMAINE i51
arrêté à Béthanie, six jours avant la Pâque (Joan . , XII, 1-11). Le festin dans lequel, d'après saint Jean (xii, 1-11), Marie répand des parfums sur les pieds de Jésus, est identique à celui que nous lisons dans saint Matthieu (xxvi, 6-13) et saint Marc (xiv, 3-9). Ils paraissent le placer, il est vrai, non pas six jours, mais deux jours avant la Pâque. Cette place chez eux n'est point chronologique. Le festin est intercalé entre la réunion du Sanhédrin, où Ton cherche les moyens de se saisir de Jésus (réunion qui e\\t lieu deux jours avant la Pâque), et la proposition que vient faire Judas aux princes des prêtres de leur livrer celui dont ils désiraient tant se débarrasser. En mettant le repas de Béthanie aussitôt avant le récit de la trahison, le premier comme le second évangéliste ont vu une connexion morale entre les deux incidents. L'un fut Toccasion de l'autre : l'indignation de cette âme avare en face de la prodigalité de Marie, et la réprimande qu'elle lui attire de la bouche du Maître décident enfin Judas à se séparer de Jésus et à se ranger parmi ses ennemis*.
Le lendemain du festin (Joan., xh, 12), Jésus
historien, s'est rapproché davantage de la réalité que les deux autres synoptiques, bien que sa fidélité au même plan quadripartite Tait amené, comme eux, à supprimer les allées et venues du dernier voyage.
I. Cf. Quelques procédés littéraires de saint MatikieUf p. Sog.
ib2 NOS QUATRE ÉVANGILES
fit son entrée triomphale à Jérusalem. Le récit en est fait, et dans les trois synoptiques, et dans saint Jean. Ce n'est, ni ce jour-là, à son entrée dans le temple, ni le lendemain, que l'on doit placer chronologiquement le fait des vendeurs chassés du Temple; mais bien, comme nous l'avons montrera la première année du ministère public du Sauveur, ainsi que le raconte
saint Jean
Le soir de son entrée triomphale, Jésus rentra à Béthanie (Marc.,xi, 11). Il n'était pas prudent pour lui, dans les circonstances présentes, de passer la nuit à Jérusalem. Le lundi matin, en sortant de BéLhanie, pour revenir dans la Ville sainte, dans une parabole en action, il maudit le figuier qui ne portait pas les fruits qu'il en attendait. Le figuier se dessécha ; saint Matthieu ne s'inquiétant pas des intervalles de temps et préférant ici Tordre logique, pour ne pas avoir à revenir sur ce fait, présente la malédiction comme si elle avait produit aussitôt son effet (Matth., xxi, 18-22). Saint Marc, plus précis, nous dit que les apôtres ne s'en aperçurent que le lendemain en repassant par le même endroit (Marc, XI, 20-22).
C'est entre le lundi, le mardi et le mercredi, qu'il faut distribuer les divers enseignements