SEP
Au mois de juillet 1870, la France, remplie de confiance dans sa force militaire, a déclaré la guerre à la Prusse. Dès le début des opérations, nos revers dépassaient ceux des époques les plus néfastes de notre histoire.
En moins de deux mois, notre armée du Rhin organisée pour l'offensive et comprenant nos troupes les plus expérimentées et les plus valeureuses, se trouvait partie mise en déroute à Reischoffen, partie bloquée dans Metz, après de vains efforts pour opérer sa retraite.
Nos malheurs déjà irréparables ne s'arrêtent pas là : une nouvelle armée, réunie en grande hâte, , marche au secours de la place investie. Tous les voeux, toutes les espérances l'accompagnent, quand, tout à coup, on apprend avec stupeur que, fait inouï dans l'histoire, cette armée s'est rendue tout entière; «He est emmenée prisonnière en Allemagne. Bientôt notre capitale est investie ; plusieurs de nos places
fortes sont assiégées ou prises ; nos chemins de fer, nos canaux, nos routes servent à répandre l'ennemi de tous côtés. Strasbourg succombe !..* Metz se rend avec l'armée que le camp retranché protégeait. Malgré toutes ces douleurs, la France ne désespère pas du succès de la lutte. Un hiver des plus rigoureux n'arrête pas les envahisseurs, mais une troisième armée française, formée avec des troupes improvisées, s'est mise en campagne ; elle reprend Orléans, elle se fortifie sur la rive droite de la Loire , elle va s'avancer vers Paris ; mais alors l'ennemi l'attaque avec des forces considérables, il la sépare en deux parties : l'une, malgré ses luttes de chaque jour, ne peut éviter une déroute ; l'autre en est réduite à se réfugier sur un territoire neutre, où elle est désarmée. Enfin Paris, qui a organisé des troupes nombreuses, fait des efforts suprêmes pour percer les lignes d'investissement, mais il échoue dans toutes ses tentatives, et la famine l'oblige à capituler. Ainsi, en moins de huit mois, quatre armées françaises sont devenues prisonnières. Si nos premiers revers avaient enlevé l'espoir et l'énergie à notre pays, nos malheurs successifs seraient faciles à expliquer, mais la France a fait tous les efforts possibles pour se soustraire à la domination étrangère. Les gardes mobiles des départements se sont mises en marche ; des levées successives ont versé dans l'armée d'abord tous les anciens militaires, ensuite tous les citoyens en état de porter une arme. Nous étions entrés en campagne avec huit corps d'armée et notre 27* corps a été mis en voie de
formation. La population de Paris s'est imposé tous les sacrifices pour ne pas laisser entrer l'ennemi dans ses murs ; elle a supporté toutes les privations, tous les dangers avec une admirable énergie. Pourquoi tant de persévérance, tant de courage n'ont-ils pas abouti? Pourquoi nos forces n'ont-elles pu tenir tête à l'ennemi? Quelles sont les causes précises d'une série de désastres si inattendus? L'opinion vulgaire trouve une explication facile de nos défaites eh les attribuant à la trahison ; l'opinion plus éclairée accuse l'incapacité de quelques hommes sans indiquer le moyen d'y remédier à l'avenir. Nos malheurs ont des causes plus complexes. L'armée prussienne se perfectionnait sans cesse depuis un demi-siècle sans attirer notre attention, aveuglés que nous étions par les succès passés de nos grandes guerres. Nos institutions, il est vrai, n'étaient pas stationnaires ; sur quelques points nos progrès étaient remarquables, mais l'organisation militaire de la Prusse avait acquis une telle puissance que l'équilibre des forces était rompu entre les deux nations. Nous rappellerons brièvement les changements que l'armée française a subis, nous esquisserons les innovations prussiennes ; puis, après un exposé des principales opérations de la dernière guerre, nous indiquerons quelques-unes des réformes nécessaires pour mettre la France en état de se défendre.
Lorsque nous aurons à apprécier les divers actes des gouvernements que nos révolutions, hélas ! trop nombreuses, ont successivement élevés ou renversés,
bous prendrons ces actes en eux-mêmes sans les rattacher ni aux personnes qui les décidaient, ni à la politique qui les inspirait. En agissant ainsi, nous nouas proposons de placer la question vitale de notre organisation militaire en dehors des passions qu'engendre l'esprit de parti.