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L'ARMÉE FRANÇAISE DEPUIS LE PREMIER EMPTRE

L'obligation imposée à tous les citoyens valides d'aller combattre l'ennemi fut une des causes de la supériorité que la France avait acquise sur les autres puissances continentales pendant les guerres de la Révolution. La loi de la conscription permettait au gouvernement d'appeler sous les drapeaux tous les jeuaes gens de vingt à vingt-cinq ans sans aucune exception, et l'empereur Napoléon I er , en conservant toiQOurs ceux qui restaient valides, constitua ces armées aguerries avec lesquelles il a remporté tant de victoires.

La eonscription avait eu et sa nécessité et ses avantages, elle eut aussi des effets funestes ; employée sans mesure, elle amena l'épuisement de la nation en enlevant le cultivateur aux campagnes, l'ouvrier à l'industrie, l'homme de talent aux lettres, aux .sciences et aux arts. Voilà pourquoi les Bourbons, à leur rentrée -en Fiauflce, furent accueillis par le #ri : «A bas la coaseription ! > Cette institution

fondamentale fut abolie de fait peadant deux ans ; après l'évacuation de notre territoire par les troupes étrangères il fallut trouver le moyen de constituer les nôtres. On dut reconnaître que les engagements volontaires qui avaient donné les troupes nécessaires à l'ancienne monarchie n'étaient plus assez nombreux pour suffire à l'effectif que le Gouvernement devait avoir, et l'on organisa le recrutement.

Qnarante mille hommes de recrue durent être fournis chaque année par tous le jeuiies gens ayant atteint l'âge de vingt ans ; on les fit tirer au sort et ceux qui n'étaient pas désignés furent libérés définitivement du service par déclaration publique. La loi reconnut à chaque recrue le droit de se faire remplacer par tout homme ayant les qualités requises.

C'est ainsi que la France abandonna, même dans le cas ou la patrie serait en danger, le principe du service «obligatoire pour taras les citoyens,, et cela lorsque ses effets avaient amené les Puissances voisines à l'appliquer chez elles. Cette mesure regrettable nous a été nuisible ; l'état des esprits la rendait peutêtre inévitable à ce moment, car le ministre qui reconstitua notre armée était aussi courageux qu'éclairé. Il le prouvait en imposant des limites légales au pouvoir du roi, en l'astreignant à donner le grade de sous-lieutenant soit aux élèves des écoles militaires, soit aux sous-officiers, dans des proportions déterminées. L'ancienneté créa des droits à l'avancement pour les grades élevés et aucun officier,quelte qm fût sa naissance, jae put franchir un grade sans

y avoir passé un certain temps, Grâce à ces dispositions notre armée, bien que très-réduite, eut une constitution solide.

Pendant les années qui suivirent, le nombre considérable d'officiers qu'il avait fallu mettre à la disponibilité rendit l'avancement très-lent. Néanmoins, tous supportèrent sans se plaindre la position qui leur était faite, heureux de suivre une carrière qu'ils plaçaient au-dessus de toutes les autres. L'ancienne noblesse, quoique revendiquant souvent quelquesuns de ses privilèges, témoignait aux officiers la considération qu'elle avait pour eux, et le clergé catholique, dont Tinfluence était grande, partageait les mêmes sentiments. Aussi, malgré les divergences d'opinion et les passions politiques de cette époque l'esprit militaire ne subit-il aucune atteinte fâcheuse. Pendant cette période, le corps d'état-major fut créé ; l'artillerie, réorganisant son personnel, fonda la batterie, nouvelle unité tactique qui devait manœuvrer plus rapidement ; elle remplaça son matériel ancien par un matériel J>lus mobile. Les opérations militaires ne furent pas dirigées avec moins de talent que les études d'organisation. La guerre d'Espagne en 1823, et l'expédition d'Alger en 1830, conduites avec prévoyance et exécutées avec énergie, firent honneur à nos armes .

Le Gouvernement de 1830, qui eut à prévoir une guerre continentale contre plusieurs puissances coalisées, reconnut l'insuffisance d'une armée qui ne pourrait dépasser 240,000 hommes. Il l'augmenta

de deux manières : par le contingent annuel, porté de quarante à quatre vingt mille hommes et par le temps de service du soldat qui fut porté de 6 à 7 ans. L'effectif de l'armée put s'élever à 500,000 hommes, et notre puissance militaire se trouva notablement accrue sans qu'on fut obligé de recourir au service obligatoire pour tous. La faculté du remplacement fut maintenue en termes exprès. Prévoyant le cas ou la France pourrait avoir à lutter contre une nouvelle coalition, une loi, qui réorganisa la garde nationale, déclara qu'elle pourrait avoir à fournir des corps détachés qui seraient employés à des services de guerre. Ces corps devaient être composés des hommes de 20 à 35 ans; mais le Gouvernement n'eut pas à user de cette faculté. L'armée fut à plusieurs reprises augtnenlée quand la guerre paraissait menaçante, et diminuée quand la situation était devenue plus calme. Ces alternatives, qu'il était sans doute impossible d'éviter, furent préjudiciables à notre armée ; lorsqu'elle était sur le pied de guerre, elle enlevait aux travaux des champs un trop grand nombre de bras ; elle imposait en outre des charges trop lourdes aux finances de l'état, la nation ne pouvait les supporter que temporairement. On faisait entrer sous les drapeaux des hommes de plusieurs contingents, qui étaient restés jusque-là dans leurs foyers et qu'on devait instruire le plus rapidement possible. Nos régiments se trouvaient donc exposés à entrer en campagne avec une partie de leurs soldats dénués d'instruction pratique et manquant encore plus d'esprit

militaire. C'était déjà un grave inconvénient, mais en outre il fallait faire passer au rang d'officiers un grand nombre de sous-officiers qui n'étaient pas tous en état de s'acquitter convenablement de leurs fonctions. La mise sur le pied, de paix venait ensuite atteindre non-seulement des officiers qui demeuraien sans emploi dans leur régiment, maïs encore tous ceux dont l'avancement était retardé par la diminution du nombre des compagnies ou des batail- Ions.

Le Gouvernement parlementaire, en donnant aux députés une influence plus grande près desministres, amena de la part des officiers des habitudes de Sollicitations, de démarches, de brigues, peu dignes d'une profession qui ne peut trouver son principal stimulant que dans le sentiment d'honneur.

La faculté du remplacement eut une influence non moins fâcheuse sur la composition des cadres ; nonseulement elle introduisait dans l'armée un grand nombre d'hommes qui allaient grossir les compagnies de discipline, mais le nombre des remplaçants diminuait d'autant celui des hommes servant pour leur compte, et, comme il augmentait rapidement, l'instruction et l'éducation des sous-officiers et celles même des officiers sortis des rangs s'affaiblissaient de plus en plus. Tous les simples soldats et même la plupart des hommes gradés s'empressaient de rentrer dans leurs foyers dès qu'un congé, mêmetemporaire, leur était accordé, en renonçant à tout espoir d'avancemeat. Ite n'avaient plus rien de cet amour

pour leur profession qui avait animé les soldats de

l'ancienne monarchie et plus récemment ceux de la

République et de l'Empire. Un grand nombre d'officiers se décourageaient aussi. La considération et l'estime sont nécessaires à ceux qui se vouent à la carrière militaire, et elles décroissaient pour eux.

L'utilité des armées permanentes a été niée d'abord par les sectes socialistes qui prêchaient leur abolition ; elle fut ensuite controversée • par des économistes, par des philosophes, par des historiens, par des littérateurs et par des publicistes qui soutenaient que la guerre avait fait son temps. La guerre d'Algérie remédiait quelque peu à ces aberrations : on ne pouvait voir sans admiration nos soldats se dévouer obscurément à cette lutte persistante. Quelques-uns de nos officiers acquirent là une gloire aussi éclatante que méritée. A leur tête se place celui qui sut rendre nos colonnesexpéditionnairesplusmobiles que lesÀrabes; mais à côté des actions honorables, brillantes, d'autres attestaient l'affaiblissement marqué du sentiment du devoir. La conduite de nos troupes pendant la révo-* lution de 1848 manifesta la démoralisation de notre armée. On vit dans Paris des soldats se laissant enlever leurs fusils par des émeutiers sans armes. Des hommes appartenant à un corps poursuivi par la haine populaire furent massacrés devant nos troupes dont ils ne reçurent aucun secours. Ces faiblesses ne doivent pas être imputées à tous, ni faire oublier les services que la monarchie de 1 830 a rendus à notre pays*

L'avènement du second Empire réveilla les plus

brillants souvenirs de notre gloire militaire. Dans les tranchées de Sébastopol nos soldats déployèrent l'industrie qui sait tirer parti même d'un sol dénudé; ja résignation qui fait supporter les privations comme les intempéries; la patience qui sait attendre sans se plaindre la fin d'un siège dont les progrès sont lents; le sang-froid qui devant l'ennemi sait utiliser l'arme de précision; l'intrépidité qui s'élance la bayonnette en avant sans jamais compter avec le danger; dans toutes les rencontres notre supériorité fut constatée, non-seulement sur l'armée russe que nous combattions, mais sur V armée anglaise qui rivalisait avec nous de courage et de constance sans pouvoir égaler l'ardeur, v Fhabileté de nos troupes. Quand nous aurons à signaler les conséquences fatales de notre présomption, il ne faudra pas oublier que les vainqueurs de Sébastopol sont excusables d'avoir eu trop de confiance dans notre puissance militaire. Pendant cette entreprise lointaine, le Gouvernement avait pris la précaution d'envoyer soit comme renforts, soit comme troupes de remplacement, des soldats très-exercés. Les régiments restés en France étaient devenus en quelque sorte les dépôts des bataillons placés devant l'ennemi. Les troupes demeurées sur notre territoire n'étaient donc pas tout à fait les égales de celles qui combattaient au loin.

C'est à cette époque que la faculté de s l exonérer à prix d'argent fut donnée à tous les jeunes gens du contingent. L'Etat devait employer les sommes ainsi perçues à corriger les défauts du remplacement ; au

moyen de divers avantages, il voulut encourager les militaires sous les drapeaux à prolonger leur service. On désirait fortifier ainsi tous nos régiments en leur conservant un grand nombre de soldats exercés ; mais cette institution fut plus tard, et non sans motif, abandonnée complètement. Jusqu'alors une partie de chaque contingent demeurait dans ses foyers sans rien apprendre du métier des armes. On appela toutes ces réserves, pendant quelques mois, et elles reçurent un rudiment d'instruction. La mesure avait quelque avantage, mais on lui attribuait trop d'importance quand on projetait de les envoyer de suite aux bataillons de guerre.

Au point de vue de son armement l'armée n'était pas restée inactive : c'est en France qu'avaient été élaborées sous le gouvernement précédent les recherches qui ont produit un accroissement inattendu dans la portée et dans la justesse des fusils et des canons. Les fusils rayés avaient été distribués à tous nos soldats, et notre artillerie allait être la première à conduire des canons rayés sur le champ de bataille. Ces heureuses innovations contribuèrent à nos succès pendant la guerre d'Italie, en 1859.

L'expédition de Chine, conduite avec résolution, donna les résultats qu'on avait eus en vue. Si celle du Mexique se termina d'une façon navrante, il ne faut pas oublier cependant que nos troupes, bien que peu nombreuses, parcoururent dans tous les sens des contrées immenses sans jamais rencontrer de résistances qui fussent capables de les arrêter.

Les agitations politiques se réveillaient, les violences de la presse, les passions exaltées par les réunions: publiques portèrent un peu plus tard une sérieuse atteinte à la discipline. Non-seulement te soldat devint moins soumis, mais on put entendre, à tous les degrés de la hiérarchie des critiques acerbes, des plaintes amères contre les hommes qui commandaient. Il faut avouer que beaucoup de nos'officiers avaient perdu le goût de toute étude relative à leur profession, surtout depuis qu'on leur avait interdit de publier aucun travail sur quelque sujet que ce fût sans y avoir été autorisés par une décision ministérielle. Ils savaient que l'autorisation dépendait d'autorités peu désireuses d'engager leur responsabilité. Notre littérature et nos revues militaires ne trouvaient que difficilement des écrivains, elles tombèrent en décadence.

La puissance de la France, loin de s'affaiblir, s'était accrue sous le second Empire : notre armée possédait un grand nombre de soldats aguerris, et le contingent annuel de 100.000 hommes s'était parfois élevé jusqu'à 120.000 et même à 140.000; il donnait un total d'hommes disponibles plus considérable que sous les Gouvernements précédents. Malgré cet accroissement de ressources, notre armée n'était pas préparée pour une guerre immédiate ; les - effectifs des régiments, n'auraient pas pu être maintenus au complet sans préjudice pour le travail et pour la prospérité du paya; en-

suite à ce que les services accessoires du train, des vivres, des ambulances, des parcs, auraient dépassé les ressources du Trésor. Il existe pourtant des préparatifs d'une autre sorte qui auraient échappé, à ces objections, et qui ne furent pas exécutés. Une armée se compose de corps d'armée, chaque corps d'armée de divisions, chaque division de brigades, et lorsque cette organisation est faite pendant la paix, chaque officier général se trouve pourvu à l'avance de son commandement, au grand avantage . de tous; or, cette organisation peut, comme on le verra, devenir permanente sans exiger F augmentation des dépenses.

En 1 866, la Prusse, ayant pour seule alliée l'Italie, et combattant contre l'Autriche unie à tous les États de l'Allemagne, remporta des victoires si promptes et si décisives que la France se trouva hors d'état d'arrêter ses conquêtes et d'empêcher rétablissement de sa domination sur l'Allemagne. Notre frontière était découverte et notre sécurité compromise, car les territoires allemands de la rive gauche du Rhin favorisaient singulièrement l'offensive que la Prusse pouvait prendre. L'infanterie prussienne avait fait usage d'un fusil se chargeant par la culasse qui avait incontestablement contribué à ses victoires. La prévoyance voulait donc qu'on ne restât pas dans l'infériorité sous ce rapport ; fort heureusement, le Chef de l'État avait stimulé l'étude de cette question , et des modèles différents se préparaient pour des essais définitifs au moment même où, sous l'impression des

charniers événements, toutes les voix demandèrent un cteatgement immédiat ;, alors le fusil chassepot fut a<Jopté. II était de tons peints supérieur au fusil prussien ; mais quelque hâte qu'on dût mettre à sa fabrication, un temps assez long devait s'écouler avant qu'on pût en posséder un nombre suffisant pour ajaner nos soldats, dansréventualitéd'une guerre qui engagerait toutes nos forces.

Bn 1866, la Prusse avait pu mettre sur pied près de 700.000 hommes ; depuis, elfe avait constitué la confédération de F Allemagne du nord, ce qui augmentait ses forces dans la proportion de 13 à 9 et même de 17 à 9, si Ton ajoute les troupes de FAllemagae du Sud*. Notre Gouvernement reconnut l'inswôtetoce des effectifs que lès. lois antérieures sur 1©»- contingents annuels powraient lui procurer. I] n'Wistta pins à dice hautement que la France ne serait pil^fm sûreté tant quelle n'aurait pas i. 2*0.000 h^toes disponibles. Pour atteindre graduellement office, la loi du 1^ février 1868 maintint à 100.000 hrtlffiQS le contingent annuel ; mais 1* durée du servwey réduite k 5 ans pendant la paix, fût prolongée jtiti}u*À 9 ans pour le temps de la guerre.

.Après cinq années pa $ée$ dans les corps, les soldaïft tinrent passer dans la réserve pour être assujettie pendant quatre ans à rentrer au service, si la goitre l'exigeait; ils étaient libres de se marier pen- (J§i\trtes trois dernier es années. L'obligation de serw^portée aio^ide sept à neuf ans, augmentait le iwfobre des soldats; mais cet avantage était corn-

pansé par la diminution du temps de prÇsenœ sous le» drapeaux et pa* la difficulté plu» grande (te foi** mer et de conserver un bon cadre de soua-officietrsr. Cette loir enlevait aux recrues le droit de s'ex&néJter, elle leur rendait la faculté du remplacement*

L'effectif total des soldats disponibles était Mb encore d'atteindre 1,200,000 hommes ; on y parvint par la création de la garde nationale mobile qui devait compter un grand nombre de bataillons composés de tous les je une* gens de vingt à vingt-cinq akity non compris dans le contingent, de la plupart de wm qui étaient exemptés et de tous ceux qui s 'étaient fait remplacer. Les gardes mobiles devaient êttfe sou* mis à. des exercices individuels et à des réufnioftâqw ne pouvaient jamais se répéter plus de qqiûae fais par année ni exiger un déplacement de plus d'uae journée démarche. Cette disposition était tout à fait insuffisante; il était évident que l'instruction kt plus élémentaire manquerait à ces jeunes ge&a* Hs devaient être formés* dans chaque département^ e* compagnies, en bataillons et en batteries. Leurs ôSh tiers et leurs sous-officierç, bien que nommés p«r-}e Gouvernement ne présentaient pas encore, du mwa$ pour la plupart, asse* de garanties dexpériencft çfc d'instruction technique pour obtenir la confiancef de leurs soldats improvisés. Du reste, lorganisation^de^ gardes mobiles n'avait été réalisée que par tietlemetat ^ lorsque la mort frappa celui qui était le promotewr démette création. Après lui, on sembla ne plus yatteh cher d'importance^ on la laissa inachevée, tellaqwaiftt

que les gardes mobiles n'étaient pas môme constituées quand nos premiers revers obligèrent le pays h développer toutes ses ressources.

Le Gouvernement français avait pris néanmoins des mesures pour obtenir une mobilisation plus rapide de l'armée. Lorsqu'on doit entrer en campagne, il ne suffit pas de réunir des troupes d'infanterie, dé cavalerie, d'artillerie et du génie; il faut y ajouter le train des parcs, les divers services d'administration et le service de santé . Des raisons impérieuses d'économie ne permettent jamais d'entretenir tous les chevaux qui deviennent nécessaires; mais, comme une difficulté relative au Luxembourg était venue motiver des achats de chevaux, on avait pris le parti de confier ceux qui étaient en excédant aux cultivateurs, en les autorisant à s'en servir, à la charge toutefois de les nourrir et de les restituer à la première réquisition. On avait aussi préparé les ordres presque innombrables concernant le personnel et le matériel. On crut alors avoir assez fait pour être en mesure, le cas échéant, de prendre contre la Prusse l'initiative de l'attaque. Pour n'omettre aucun des motifs qui ont pu décider à la guerre, il faut ajouter Ja supériorité du fusil Ghassepot sur le fusil Dreysse et» l'invention de notre canon à balles appelé aussi mitrailleuse. On comptait beaucoup sur cet engin pour porter la destruction dans les rangs ennemis. Ces nouvelles bouches à feu lancent une à une des balles do plomb plus lourdes que celles du fusil et qui atteignent des portées plus grandes. La pièce et son affût

éprouvent, à chaque coup, des vibrations, mais sans subir de recul, de sorte que le pointage ne se dérange pas par l'effet du tir. Il en résulte que la rapidité des coups peut devenir beaucoup plus grande qu'avec tout autre canon. Ce n'était donc pas sans motifs que Ton attachait une grande importance à cette artillerie, très-meurtrière quant elle atteint des troupes, mais impuissante devant des obstacles résistants. Malheureusement nos mitrailleuses n'avaient pas été soumises, avant leur adoption, k des épreuves assez impartiales et assez sévères. D'autre part, le secret qu'on avait gardé avait empêché nos officiers généraux de connaître, les effets qu'on pouvait en obtenir, et de se rendre compte des circonstances et des positions favorables ou défavorables à leur emploi.

Parmi les raisons qui ont pu décider le Gouvernement français à faire la guerre de 1 870, il faut encore mentionner le désir de ne pas laisser â la Prusse le temps d'achever la constitution militaire de la Confédération de T Allemagne du Nord et des Etats de l'Allemagne du Sud, constitution qui ne devait être corn* plètequten 1872.

, A l'époque de la discussion de la loi de 1868, le Gouvernement français avait démontré la nécessité de pouvoir mettre sur pied une armée active de 500,000 hommes, et pourtant il n'a pas eu plus de 240,000 .hommes à l'armée du Rhin.

. Cçtte. énorme différence vient de ce qu'une mobilisation prompte de 500,000 soldats fprmés en corps d'armée aurait exigé des L effectifs si considérables

pendant la paix que lés dépenses 4e nés budgets ' avaient été beaucoup accrues.

En renonçant an service obligatoire pour tous les citoyens, la France a abandonné lô principe qui avait fait sa force.

Nous verrons plus loin que, n'élant pas formées en corps d'armée permanents, nos troupes n'ont pu être mobilisées aussi promptement que celles de l'ennemi ;

Et qu'en se bornant à exécuter comme par le passé les manœuvres fixées par les règlements, l'armée n'a pas assez répandu (Tans ses rangs l'instruction applicable aux opérations de la guerre.

l'àreée prussienne depuis les guerhbs pb l'xxpiu»

Lorsque la Prusse jeta les bases des institutions q*â lui ont acquis la suprématie sur toutes les puissances de l'Europe, elle était vaincue et humiliée. Le territoire qui lui restait ne contenait plus que cinq aillions d'âmes, et il était en grande partie occupé par nos troupes. Nous lui avions imposé la condition, par le traité de Tilsitt, de ne pas dépasser 42,000 hommes pour tout l'effectif de son armée. Hais le patriotisme trouva le moyen de tourner à son avantage tant^de motifs de découragement. Le service militaire devint obligatoire pour tons les «-

toyens e* les anciens cadres furent employés à forjiçr * rapidement des soldatsqui étaient remplacés par d'fMt très, après quelques mois de présence sous Ifë drapeaux. Ce système réussit au delà de ce qu'*>* pouvait espérer: car après notre désastre de la cagtfpagne de Russie il permit à la Prusse d'organiste immédiatement une armée de 130,000 homaiep exercés. Bientôt après, une levée générale pteta cet effectif a plus de 300,000 combattants, qui tous étaient remplis # d' ardeur et qui rendirent à la -coalfilitôi d'assez grands services pour que la Prusse obtî&t, par les traités de 1814 et de 1815, que sa population fût portée à 1 1 millions d'âmes. Malgré cet *ccro*Sr sèment de puissance et le changement survenu 4ans l'état de l'Europe, la Prusse conserva le principe du service militaire obligatoire, pendaot la guerre, |*>ur tous les citoyens valides. Elle en régularisa/ l'application dans le temps même où nous J' abandonnions entièrement. La Prusse a pris dès lors pour règle d'appeler, en temps de guerre, toute la population valide sous les drapeaux ; son armée permanente devii# l'école militaire de la nation tout entière. Bans Iqs premiers temps on crut devoir faire passer dans 90$ rangs le plus grand nombre possible de taupes gens; bientôt l'expérience fit recoimaitreque, pour la bonne instruction des troupes, la durée du temps.de sefr vice ne devait pas descendre aiHies&ous de trou ms ; mais avec ces trois ans de service, l' effectif k entratenir devenait trop considérable, et, pour ne <pa&*Cr croître les dépenses au-delà des ressources d'un budr

get restreint, on dut renoncer à faire passer tous les jeunes gens sous les drapeaux. Depuis 18 20 jusqu'à 1859, le contingent resta fixé à 40,000 hommes, et Tannée, sur le pied de paix, ne dépassa pas 120,000 hommes. Elle pouvait atteindre 200,000 hommes au plus en rappelant dans les corps les deux classes composées des hommes de 23 et de 24 ans, qui avaient fini depuis peu leurs trois années de services. Or, ce n'est pas avec un si faible effectif de guerre que la Prusse aurait pu se maintenir au rang des grandes puissances. Mais elle était parvenue, par l'habile organisation de sa landwehr, à renforcer beaucoup l'armée avec très-peu de dépenses.

La landwehr. — La force active de la landwehr se composait, pendant la période dont nous parlons, de tous les hommes de 25 à 32 ans qui avaient passé trois ans sous les drapeaux. Elle avait un second bâti formé de tous les hommes de 33 à 39 ans, qui remplissaient les mêmes conditions. Nous devons ajouter que tous les hommes qui n'étaient pas entrés dans l'armée avaient été quelque peu exercés, et devaient recevoir une instruction plus complète, dès que la guerre commençait, pour être en état d'aller remplacer les hommes manquants et de maintenir toujours à leur complet les bataillons placés devant l'ennemi.

Pendant la paix, les hommes du premier ban de la landwerh prenaient part, à tour de rôle, aux deux manœuvres annuelles, qui duraient Tune trois semaines, l'autre huit jours.

Tous ces soins n'auraient pas abouti à un résultat profitable, si la landwehr n'avait pas eu des cadres instruits et permanents ; mais la force militaire de cette troupe était si bien reconnue que toute armée active devait comprendre autant de bataillons de landwehrque de bataillons de ligne.

Chaque division avait d'abord été composée d'une brigade de ligne et d'une brigade delandwehr; mais plus tard on préféra former chaque brigade d'un régiment de ligne et d'un régiment de landwehr.

La landwer du second ban, comprenant tous les hommes de 33 à 39 ans qui avaient passé par l'armée, était formée en bataillons qui avaient aussi des cadres d'officiers et de sous-officiers; mais aucun d'eux n'était soldé pendant la paix. Ce deuxième ban devait servir, pendant la guerre , soit à fournir soit à renforcer les garnisons des places fortes, soit à défendre le territoire . Il pouvait aussi être appelé, mais seulement en cas d'insuffisance du premier ban, à compléter l'armée active.

Le landsturm. — Le landsturm comprenait tous les hommes de 40 à 49 ans et tous les jeunes gens de 17 à 20 ans qui ri* étaient pas incorporés dans l'armée. Il était constitué en compagnies bourgeoises et en compagnies rurales. Il contribuait à l'accroissement de la puissance nationale, quoique son organisation ne présentât pas assez de consistance pour qu'il dût

jamais entrer en ligne à côté de l'armée régulière.

Formation des corps d" armée permanents. — L'em-

pereqr Napoléon I er avait formé pour la guerre des corps d'armée de vingt à trente mille homipe&, pourvus de tout, et ces petites armées, pouvant à voloaié se réunir ou se séparer, lui avaient permis d'imprimer une direction unique à des masses d'hommes très considérables. Les Prussiens eurent ridée de constituer toutes leurs forces en corps d'armée pendant la paix comme elles devaient l'être à la guerre ; ils exécutèrent cette innovation en 1820. Ils se proposaient d'obtenir par là les résultats suivants : mettre les diverses armes qui doivent combattre ensemble en relation constante l'une avec l'autre, placer à l'avance toutes les troupes sous les ordres des généraux qui les commanderont devant l'ennemi; faire passer l'armée rapidement du pied de paix au pied de guerre.

Ainsi, depuis 1820, les brigades, les divisions, les corps d'armées sont toujours tonnés. Il suffit» pour être prêt à entrer en campagne, de compléter les régiments de l'armée permanente au moyen des hommes de réserve, puis de convoquer la landwehr et tous les éléments des services accessoires.

Afin de faciliter cette formation, les troupes ont été placées, du moins pour la plupart, dans des garnisons fixes et le territoire a été partagé en huit circonscriptions dont chacune fournit au corps d'armée qui y réside tous les hommes qui le composent.

Chaque corps d'armée comprend deux divisions ; la division trois brigades, dont deux d'infanterie et une de oavaleiie. La brigade se composait de deux

régiments, l'un de ligne et Tautre de landwehr du premier ban, jusqu'au changement dont nous parlerons bientôt.

Un régiment de ligne se recrute toujours dans là circonscription de sa résidence, qui lui fournit aussi ses soldats de réserve. Le chef de bataillon de la landwehr, qui en tient la Kste ainsi que celle de ses soldats, fait parvenir à bref délai tous les ordres de mobilisation, et les hommes ont très peu de chemin à faire pour rejoindre leurs corps. Le bataillon de landwehr est r^uni très-rapidement, grâce aux précautions prises pour faciliter l'armement, Fhabifle^ ment et l'équipement. Les magasins sont placés au centre du district, à la résidence du chef de bataillon, et celui-ci fait transporter tes effets aux lieux de réunion des compagnies.

Cavalerie. — La cavalerie a la méane organisation qaeTinfemfterie. Elle entretient pendant la paix presqu'autpmt de chevaux que pendant la guerre, et l'État fait les dépenses nécessaires pour lui en procurer de bons, en les achetant jeunes et en les conservant pendant un an ou deux dans les dépôts.

Le district qui fournit un bataillon fournit aussi un escadron de landwehr.

Les communes entretiennent les chevaux qui sont tem» toujours prêts. Un officier, un maréchal des logis chef, trois brigadiers et un trompette forment un cadre permanent et soldé pour chaque escadron. Les trois districts d'une brigade donnent aussi trois

escadrons ou un régiment de cavalerie de landwehr, qui forment brigade avec le régiment de cavalerie de ligne, dont le recrutement s'opère dans la même circonscription..

Mais l'infanterie et la cavalerie ne fournissent que le gros des troupes ; elles ne suffisent pas pour constituer un corps d'armée; il faut en outre, avonsnous dit, des troupes d'artillerie et du génie, des charrois pour les munitions et les outils, pour le ser vice des vivres et des fourrages, pour le service de santé et des ambulances, pour ceux de la solde, de la poste, de la télégraphie et des chemins de fer.

Artillane. — L'artillerie est organisée en autant de brigades qu'il y a de corps d'armée. Chaque brigade comprend un régiment d'artillerie de campagne et un régiment d'artillerie de place. Le premier compte seize batteries qui conduisent et servent les quatrevingt-seize bouches à feu du corps d'armée. Chaque batterie ne possède qu'un petit nombre de voitures de munitions, mais le parc d'artillerie du corps d'armée comprend deux cent-vingt-cinq voitures conduites par le train sous les ordres d'officiers et 4e sous-officiers d'artillerie. Elles sont partagées, en neuf détachements ou colonnes de munitions de yingtcinq voitures. Le personnel de l'artillerie se complète, pour la mise sur le pied de guerre, au moyen d'hommes tirés de la landwehr. .

■ ii«

Génie. «— Chaque corps d'armée possède uij foa-

taillon de pionniers, formé de quatre compagnies dont une de mineurs, deux de sapeurs et une de pon~ tonniers. Ces troupes se recrutent dans la province affectée au corps d'armée parmi les terrassiers et les ouvriers, sans condition détaille. Toutes les voitures du génie, y compris celles de l'équipage de pont, sont conduites par le train.

' Train. — Chaque corps d'armée possède un bataillon du train à deux compagnies. L'effectif en est très-faible en temps de paix, mais il grossit beaucoup au moment de la guerre.

Le train e3t chargé de conduire le parc de l'artillerie, celui du génie, toutes les voitures des vivres, des hôpitaux, de la poste, celles des bagages et munitions pour l'infanterie, la cavalerie et le génie. II fournit ensuite des ordonnances aux officiers de cavalerie, aux aides de camp, aux médecins, aux employés militaires , etc . . . .

Le train d'un corps d'armée, tous les services compris, s'élève, en temps de guerre àplus]dc3,000 hommes et à plus de 4,000 chevaux.

Les chevaux sont fourqjs par les communes, soit à titre de contribution, soit moyennant un prix fixé. Ils sont marqués à l'avance dans les écuries des particuliers, après avoir été reconnus aptes au service de guerre, et, comme les harnais et le matériel sont tenus prêts dans des magasins peu éloignés, le train est mobilisé à peu près aussi vite que les troupes d'infanterie et de cavalerie.

La mobilisation de l'armée prussienne exigea quatre-vingt-huit-mille chevaux de supplément en 186&, Ils furent levés au moyen des rôles qui eontenaiçpt l'indication de tous les chevaux à mettre en réquisition.

Au moment prescrit, tous les chevaux d'un même cercle figurant sur la liste sont réunis dans un lieu désigné et soumis à l'examen d'un officier de cavale* rie ou d'artillerie aidé d'un vétérinaire. Les chevaux remplissant les conditions voulues sont taxés pat un des trois membres composant la commission civile d'expertise.

Services administratifs. — Un intendant dirige les services des vivres, du fourrage et de la solde du corps d'armée. Il est secondé par deux sous intendants attachés chacun àT une des divisions.

Service de santé. — Les médecins militaires ne sont pas en nombre plus grand qu'il n'est nécessaire peur soigner les malades de l'effectif de paix ; mais, au moment de la guerre, leur nombre est augmenté autant qu'il le faut, au moyen de médecins civils déjà compris dans la réserve et dans les deux bans de la landwehr.

Le médecin principal, qui est chef du service de santé du corps d'armée, tient la liste de tous les médecins de la province dont il peut disposer, et aussi la liste des pharmaciens et des aides hospitaliers» On pourvoit ainsi aux besoins de la guerre Bans aucune dépense pendant la paix, en faisant appel aux spécia-

Htés des carrières civiles. Dans chaque contingent^ 26 hommes par corps d'armée sont employésdatis tes hôpitaux et deviennent infirmiers. Ils sont envoyés dans la réserve au bout d'un an, et ils sont ensuite soumis h toute réquisition pour le service dfïnfirmiers.Une compagnie de brancardiers est, au moment de la guerre, incorporée dans chacun dès bataillons du train. Les ambulances volantes données aux divisions remettent leurs blessés, après lesprenriers soins, aux ambulances du corps d'armée.

Dépôts. — Lorsque les corps d'armée sont mobilisés, ils ne comprennent pas tous les hommes qui appartiennent de droit à la réserve et à la landwehr, en sorte qu'il est facile de former des troupes de dépôt déjà instruites qui sont destinées à compléter, au fur et à mesure des besoins, l'armée qui est en campagne.

Remarques sur F ensemble des innovations précédentes*

Pour faire entrer dans le domaine des faits les innovations qui viennent d'être esquissées et qui, dans leur ensemble, constituent une transformation complète de son ancien système militaire, la Prusse a du modifier profondément les mœurs de ses citoyens et de ses soldats; discipline, instruction, manœuvres, avancement, tout a été remanié et adapté au mécanisme d'un$ armée qui est devenue, suivant l'expression admise, l'âme de la nation. Une monarchie re-

gardée comme absolue n'a pas craint d'armer sa population tout entière .

Extension donnée à V armée permanente en 1860. — Grâce aux mesures que nous avons indiquées, la Prusse avait obtenu une armée peu nombreuse pendant la paix, mais d'un développement et d'une mobilisation faciles pour la guerre. Néanmoins, cette organisation présentait des inconvénients qui frappaient tous les yenx. L'étranger regardait l'armée dç guerre, mélange de soldats trop jeunes et de citoyens enlevés, à leurs occupations paisibles, comme tout à fait incapable de tenir tête à des armées régulières. Les régiments d'infanterie de landwehr ne pourraient pas, pensait-on, lutter d'égal à .égal avec l'ennemi.

La réunion, dans chaque brigade, de deux troupes aussi différentes semblait faite pour diminuer la confiance de la plus forte sans augmenter celle de la plus faible. L'inconvénient paraissait encore plus grand pour une brigade de cavalerie ; car les cavaliers de la landwehr ne pouvaient pas avoir conservé tous une habitude suffisante de l'équitation ; ils montaient des chevaux avec lesquels ils n'étaient nullement familiarisés et qui n'étaient pas rompus aux manœuvres. Ausssi, pour les militaires qui n'avaient pas vu la cavaleriedelalandwehrprussienne,était-ilimpossible d'admettre qu'on pût la faire entrer eq campagne sans l'exercer pendant plusieurs mois et san3 retar-

der d'autant la mobilisation du corps dont elle était partie intégrante.

Le gouvernement prussien avait eu l'occasion de reconnaître ce côté faible en 1850, quand il avait reculé devant une guerre avec l'Autriche dont l'armée aguerrie par des luttes intestines se trouvait prête à combattre. Le roi actuel entreprit d'augmenter le nombre des troupes permanentes, afin qu'il fût possible de former les neuf corps d'armée saus y faire entrer les régiments de la landwehr. II devait atteindre ce but en augmentant- le contingent annuel et en astreignant le soldat à passer un temps plus long dans la réserve. Le nombre des régiments d'infanterie et de cavalerie devait nécessairement être doublé, et cela ne pouvait pas être fait sans augmenter la dépense, mais outre que l'armée deviendrait meilleure, la force militaire de la nation serait notablement accrue après qu'un nombre de citoyens beaucoup plus grand aurait passé sous les drapeaux. L'égalité serait d'ailleurs mieux observée lorsque le contingent comprendrait à peu près tous les jeunes gens sans motifs d'exemption. Les dépenses qui en devaient résulter né paraissaient pas faire obstacle à cette amélioration parce que les recettes du Trésor, ainsi que le chiffre de la population, avaient beaucoup augmenté depuis l'époque où le contingent avait été fixé à 40,000 hommes. Nous reproduisons ici les principaux articles du projet de loi présenté par le gouvernement, parce

qu'ils, font ressortir, mieux que tous les commentaires, les causes de la force militaire de la Prusse /

1° Tout Prussien est soldat de 17 à 43 ans.

2? Les forces nationales comprennent l'armée, la marine, le landstumr.

3° L'armée se divise en armée permanente et en landwehr,

4° L'armée permanente est toujours prête à servir activement.

5° Le service militaire commence au 1 er janvier de Tannée dans laquelle on atteint l'âge de 20 ans. La durée du service est de 8 ans dont 3 sous les drapeaux, pour l'infanterie, l'artillerie, le génie, 4 pour la cavalerie, 6 mois seulement pour le train. Le- reste du temps est passé dans la réserve.

6° La landwehr ne sert qu'à la défense du sol national* Elle ne se réunit que par ordre du roi.

7° Le service de la landwehr s'arrête à 39 ans. On n'appelle aux exercices de la landwehr que les quatre premières classes; les exercices ont lieu Ghftque année pendant huit jours.

. 3° Les hommes de la réserve et de la landwehr ont le droit de s'établir sur n'importe quel point du royaume.

9* En cas de guerre, le temps de service sous les (kape^ux peut être prolongé.

. 10* Leiandsturm ne se réunit qu'en cas d'invasion.

On voit que le gouvernement accroissait le» cadres et to nombre des troupes de l'armée active» d'où il excluait la landwehr.

Ce projet exigeait le concours des Chambres. 11 fut présenté en 1860 d'abord à la Chambré des seigneurs qui l'adopta, puis à la Chambre* des députés. Mais cette assemblée entreprit d'y faire des modifications considérables qui portaient le service du contingent à six ans, à la condition de restreindre le temps de présence sous les armes à deux ans pour toute l'interie.

La Chambre tenait aussi à conserver les deux bans de la landwehr.

Le roi retira le projet, sans renoncer à son exécution, car il appliqua immédiatement les mesures qui lui paraissaient rentrer dans ses prérogatives.

Le contingent, qui était de 40,000 hommes, fbt porté à 62,000, et le nombre des bataillons de ligne fut doublé. La population, qui, de 11 millions s'était élevée presqu'àl9 millions, pouvait fournir le contingent demandé. La création de nouveaux régiments ne dépassait pas non plus les droits du' pouvoir exécutif, mais il en était autrement pfour l'accroissement des dépense s .

En 1863 le roi présenta la transformation comme un fait accompli, mais les députés refusèrent le crédit.

En 1862, le gouvernement présenta son projet, modifié dans le sens d'une conciliation. Il ne demandait'plus que sept ans de service au lieu de huit dans Farmée permanente, avec trois ans sous les drapeaux, et il rétablissait les deux bans de la landwehr.

La Chambre des députés refusa néanmoins de

voter aussi bien les crédits demandés que les fonds déjà dépensés.

Après les événements de la guerre de 1866, qui firent triompher l'ambition jusque-là dissimulée du gouvernement, il ne rencontra plus d'opposition pour l'adoption de ses réformes et pour la légalisation de ses dépenses.

C'est ainsi qu'en 1866 la Prusse a pu envahir inopinément les territoires de ses confédérés avec des armées régulières qui comptaient 363,000 combattants. La landwehr mise sur pied et en partie mobilisée comptait 230,000 hommes; cette nation de 19 millions d'âmes réussit à armer 666,000 hommes en y compreuant les troupes de dépôt, qui furent équipées et pourvues de tout. Rien d'essentiel n'a manqué aux services des armées actives, et ce développement inattendu de puissance militaire a été obtenu sans que les dépenses du budget de la guerre eussent jamais dépassé pendant la paix 165 millions de francs, chiffre qu'elles avaient atteint seulement dans les dernières années. Ce budget avait suffi nonseulement pour entretenir l'effectif de paix, mais pour remplir les magasins de tous les objets nécessaires à la mobilisation.

Ce qu'il y a de plus remarquable dans la guerre de 1866, c'est l'avantage obtenu dans presque toutes les rencontres par des soldats qui n'avaient pas passé plus de trois ans sous les drapeaux, et qui ne connaissaient que des manœuvres exécutées pendant la paix. Ce fait vint à rencontre de l'expérience acquise

dans toutes les guerres antérieures qui semblaient avoir établi que les armées, pour être redoutables, devaient contenir des soldats habitués aux fatigues de la guerre, ne connaissant plus d'autre famille que le régiment et d'autre attachement que l'amour du drapeau. Nos armées de l'Empire, celles de l'Angleterre et de la Russie avaient mis, à ce qu'il semblait, cette vérité hors de toute contestation, et voici qu'une armée composée d'hommes qui n'avaient, pour ainsi dire jamais quitté leurs foyers et qui n'avaient jamais bravé aucun danger, effectue des conquêtes aussi rapides qu'étendues !

On ne saurait nier la supériorité que des troupes aguerries doivent prendre sur celles qui ne le sont pas, quand toutes choses sont d'ailleurs égales; mais les résultats de la guerre de 1866 font ressortir la part due aux progrès d'organisation, de manœuvres et d'armement. Or, le principe de tous ces progrès est dans le travail intellectuel : c'est lui qui s'applique à toutes les parties de l'art, qui trace les plans de campagne et qui dirige les mouvements des troupes. Comment l'armée prussienne a-t-elle acquis la supériorité sous ce rapport, voilà ce qu'il importe maintenant d'examiner.

Nomination, instruction et avancement des Offi-

ciers. — Le roi ne confère jamais le grade de souslieutenant sans que le candidat ait rempli deux conditions : 1° celle d'avoir obtenu, à la suite d'un

examen, un certificat délivré par la commission des études militaires ; 2° celle d'avoir été accepté, à la suite d'un vote, par la majorité des officiers du régiment.

Le candidat a puisé l'instruction générale dans les établissements ordinaires, avant d'entrer dans un régiment comme volontaire. Il peut, au bout de six mois, être nommé enseigne porte-épée, et, au bout d'un an, être envoyé dans une école militaire, pour y apprendre les éléments des mathémathiques, de la fortification, du dessin des cartes, et pour y continuer l'étude de la langue française. Cet enseignement ne dure que neuf mois, car on a pour principe que l'instruction théorique ne doit pas entraver l'enseignement pratique des grandes manœuvres. Les candidats ainsi préparés vont se présenter à Berlin devant un jury délégué par la commission supérieure, et c'est ce jury qui leur accorde, s'il y a lieu, le brevet de capacité nécessaire pour devenir officiers.

Les élèves des Universités qui ont obtenu un diplôme analogue à celui de bachelier peuvent, après un an de service au régiment, se présenter directement devant le jury. Il en est de même de l'Ecole des cadets, école moitié civile, moitié militaire, qui reçoit des fils d'officiers. Le- mode de recrutement des officiers exige des candidats une bonne éducation plutôt qu'une instruction approfondie.

Pour mettre à l'entrée de la carrière une garantie de justice et d'impartialité, le pouvoir royal a renoncé de fait à tout acte de nomination arbitraire,

et il s'abstient d'accorder des faveurs personnelles. . Il se borne à sanctionner l'exécution des règlements qui suffisent à assurer un bon recrutement à tous lès cadres. Ge pouvoir montre la même abnégation en ce qui concerne l'avancement des officiers ; l'ancienneté en est la règle jusqu'au grade de major inclusivement ; il se fait sur le régiment pour le grade de ieutenant, et sur toute l'armée pour les autres grades. Au-delà du grade de major, tous les grades sont, en droit, au choix du souverain ; mais, en fait, l'ancienneté décide presque toujours, et si la prérogative royale s'exerce, c'est uniquement en faveur des officiers qui ont acquis une instruction exceptionnelle pendant leur séjour à l'Ecole supérieure de la guerre.

Cette Ecole est une sorte de Faculté des sciences militaires qui a son siège à Berlin. Pour y être admis, il faut qu'un officier ait fait au moins trois ans de service dans son régiment, qu'il se soit fait remarquer par son zèle comme par son aptitude à remplir

ses fonctions, et qu'il ait traité une série des questions adressées chaque année aux corps par la commission des études. Les trente-six premiers candidats du concours sont admis à suivre les cours, qui durent trois ans. Neuf mois sont consacrés chaque année à l'enseignement théorique ; trois autres mois sont consacrés à l'enseignement technique*

Les élèves ne sont pas obligés de suivre tous les cours ; ils ont un certain choix à faire d'après leurs goûts et leurs aptitudes. Cet enseignement comprend

diverses branches des mathématiques jusqu'aux parties les plus élevées, la tactique, la petite guerre, la théorie et la critique des expériences faites sur l'artillerie, l'étude du terrain, la statistique militaire, l'astronomie, la géodésie, la fortification dans ses rapports avec l'art de la guerre, la littérature, l'histoire politique, la stratégie et la tactique appliquées à une campagne supposée, les fonctions des officiers de l'état-major général, la science des sièges développée au moyen de l'histoire critique des sièges les plus remarquables, la chimie, la littérature étrangère, l'hippiatrique.

Les officiers de l'Ecole de la guerre passent des examens à la fin de leurs études. Ceux qui obtiennent les premiers rangs sont admis assez promptement dans l'état-major pour y faire le service. Les autres rentrent dans leurs régiments avec un brevet d'aptitude qui leur donne l'espoir d'être admis plus tard dans le corps d'état-major, lorsque des vacances s'y produiront. Les officiers entrés dans l'état-major n'y font pas toute leur carrière, ils retournent, après quelques années, dans un régiment avec de l'avançemant, et ils ne perdent pas l'habitude de commander des trojipes. C'est ainsi que les officiers qui avaient obtenu un certificat d'aptitude peuvent voir arriver leur tour. Ils sont, en attendant, choisis de préférence pour aides de camp par les généraux.

Les officiers mettent beaucoup d'ardeur à se créer des titres pour entrer dans l'Ecole qui étend leur carrière et qui ajoute à leur considération.

L'Ecole de la guerre, avec le concours qui en ouvre les portes, stimule au travail même les candidats malheureux. Les nombreuses publications qui se font en Prusse sur les sujets militaires témoignent du goût des officiers pour leur profession. Ceux qui sont admis à Y Ecole supérieure sont déjà l'élite des jeung s officiers de l'armée. Quand ils en sortent, après des examens satisfaisants, ils ont. acquis des connaissances qu'ils approfondissent dans le corps d'état-major.

Corps d'état-major. — Ce corps n'est pas surchargé de toutes les attributions qu'il a en France : il ne fournit pas, comme chez nous, les aides de camp des généraux et ne s'occupe pas de la transmission de tous les ordres de détail relatifs aux effectifs des troupes, aux mutations du personnel et à l'administration. Il est chargé seulement des mouvements des troupes et de leur campement, des reconnaissances, des cartes et des plans, en un mot des renseignements nécessaires aux opérations militaires.

Pendant la paix, il n'y a qu'un seul officier d'étatmajor attaché à chaque division ; un corps d'armée n'en a que trois. Les autres officiers font partie du grand état-major, qui a les attributions données incomplètement chez nous au dépôt de la guerre. Il est dirigé par le chef du corps, qui est pour toute l'armée un chef d'état-major général permanent. Le service se partage en trois sections : la géodésie, la topographie, la statistique. Pour que les officiers d'état-ma-

jor ne perdent pas de vue le but élevé de leurs travaux spéciaux, ils sont chargés chaque année de grandes reconnaissances^ de projets militaires. Ils étudient la topographie des provinces oîi la Prusse pourrait avoir à opérer ; ils s'exercent, par la conduite de brigades, de divisions., de corps d'armée, ou même d'armées supposées, à toutes les questions de leur ressort, depuis les plus petites, comme le placement des avant-postes, jusqu'aux plus difficiles, comme les plans de campagne comprenant tout le territoire d'une puissance voisine. Beaucoup d'officiers seraient exposés à s'égarer en traitant des questions qui dépassent la portée de leur savoir et de leur expérience; mais ils sont dirigés avec soin, de manière à n'élever leurs vues que progressivement. Ils sont tenus d'appuyer leurs idées sur des mémoires et des plans détaillés. Parfois le chef du corps d'état-major conduit lui-même ses officiers dans une localité où il suppose que divers corps de troupes, en nombre déterminé, ont à exécuter des mouvements dans plusieurs directions. Les officiers partent à cheval, font des reconnaissances sur la nature du pays, les chemins, les défilés, les passages difficiles, les campements à prendre, les points à occuper. Ils dessinent des croquis, ils écrivent des notes que le général examine sur les lieux mêmes, pour faire immédiatement ses observations.

Ces exercices sont variés de manière à comprendre tous les cas qui peuvent se présenter en campagne. C'est un cours pratique des opérations de la

guerre, qui approchele plus possible de la réalité etqui permet d'apprécier la valeur intellectuelle des officiers pour les employer ensuite suivant leurs aptitudes.

L'Ecole de la guerre et le corps d'état-major , outre qu ils préparent les futurs officiers généraux et qu'ils répandent dans l'armée des connaissances étendues et solides sur l'art militaire, produisent encore un autre effet non moins digne d'être signalé.

Le chef du corps d'état-major est chargé pendant la paix, comme il le sera en cas de guerre, des fonctions de major-général. C'est lui que regardent les études des plans de campagne. Aussi s'en occupe-t-il sans cesse, afin de n'avoir rien à improviser quand le moment d'agir sera venu. Il a d'ailleurs entre les mains tous les projets élaborés par le corps depuis longtemps, et, dans le nombre, ceux qu'il a déjà dirigés, approuvés ou rédigés lui-même. Ces projets s'appuient sur toutes les études nécessaires pour déterminer les points oii l'on doit surprendre, tourner et masquer les places, occuper les positions convenables pour la défense et pour l'attaque. Des projets ayant pour objectif ou Paris, ou Vienne, ou Prague, ou Munich, ou Varsovie ont pu être étudiés plus de vingt fois et retournés dans tous les sens à l'aide de renseignements de plus en plus étendus.

Les diverses positions où doivent, suivant les vraisemblances, se livrer les batailles, ont été précisées et étudiées avec grand soin. Les plans de batailles ont été proposés, controversés et améliorés. C'est ainsi que la Saxe d'abord, puis la Bohême, ont été envahies

en 1866, suivant les plans du général de Moltke, avec tant de prévoyance que les Prussiens ont semblé marcher d'étape en étape, sans hésitation et sans retard. Le roi, qui commandait les trois armées marchant contre l'Autriche, loin de revendiquer la conception des combinaisons stratégiques, en attribua lui-même la gloire à son chef d'état-major général auquel fut décernée une récompense nationale*

La division des attributions confiées chez nous à un seul homme rend le commandement d'une armée prussienne beaucoup moins difficile, et elle permet de le confier sans imprudence aux princes de la famille royale.

Dans notre armée, personne n'est chargé d'élaborer pendant la paix les plans de campagne que la guerre peut avoir à réaliser. Le général qui reçoit un commandement en chef doit tout improviser au moment des hostilités, sans être sûr de trouver préparés les éléments de ses décisions. 11 recherche des documents topographiques et statistiques, et il apprend qu'il ne s'en trouve que d'anciens et d'incomplets dans une salle obscure du dépôt de la guerre, dont l'existence lui était peut-être inconnue.

Cet état de choses devait nous être très préjudiciable, car la direction donnée aux mouvements stratégiques exerce une influence qui domine tous les événements de la guerre ; or, l'armée prussienne a été la première à soumettre, pendant la paix, à des études pratiques la stratégie qui est la plus élevée des sciences militaires.

Commandement de V armée. — Le roi exerce pendant la paix, comme pendant la guerre, le commandement en chef de l'armée, quand il ne Ta pas délégué. Il travaille directement non-seulement avec le ministre de la guerre, mais avec les différents chefs des grands services, qui sont :

« Le chef du cabinet militaire du roi, directeur du personnel ;

« Le chef d'état-major général ;

« L'inspecteur général de l'artillerie ;

« L'inspecteur général du corps des ingénieurs et pionniers ;

« Le premier inspecteur général des forteresses. »

Ces hauts fonctionnaires, bien que travaillant directement avec le roi, n'en sont pas moins subordonnés au ministre de la guerre.

Le chef du cabinet militaire du roi est chargé, comme directeur du personnel, des affaires relatives aux nominations, aux promotions, aux changements de position, aux missions, aux récompenses des officiers, des sous-officiers et des soldats. Il est aussi chargé de la mise en disponibilité des officiers et de la liquidation des pensions de retraite.

Le chef £ état-major général est le chef du corps d'état-major, qui ne comprend qu'un personnel très restreint. •

Il est chargé de tout ce qui regarde la confection des cartes et plans, les renseignements statistiques» les projets et travaux des officiers d'état-major.

Rien de plus modeste en apparence que les attri-

butions de l'homme qui a concouru plus qu'aucun autre à conduire la Prusse à sa grandeur actuelle. Mais, indépendamment de ce que nous avons dit pour signaler l'importance de ses études stratégiques, il exerce une influence considérable sur la force de l'armée, parce qu'en choisissant les officiers d'état-major, il désigne les hommes qui seront l'objet d'un avancement plus rapide que les autres et qui deviendront officiers ou généraux.

L'inspecteur général de l'artillerie est considéré comme le commandant de son arme dans l'armée dont le roi est le général en chef.

L'inspecteur général du génie remplit le même rôle pour son corps.

Le ministre de la guerre, quand on le compare au nôtre, n'a plus que des attributions très-réduites ; car en Prusse, non-seulement les chefs des grands services ont à prendre une très-notable partie des décisions qui chez nous dépendent du ministre, mais encore les commandants permanents des corps d'armée exercent pendant la paix des pouvoirs qui se rapprochent autant que possible de ceux qu'ils auront à la guerre.

Si le ministre de la guerre de Prusse ne centralise pas une infinité de détails qui lui échapperaient et qui s'attarderaient dans ses bureaux, en revanche il peut étudier personnellement les affaires qui sont de

son ressort.

Il fait des rapports au roi sur toutes les questions qui concernent l'armée ; il assure l'exécution des

décisions royales, enfin il représente et il défend dans les Chambres les intérêts de la puissance nationale.

Trois commissions permanentes concourent à l'action du pouvoir central : une fait les études et exécute les expériences relatives à l'armement des troupes, une autre est chargée de la direction des écoles, militaires et des examens que les candidats doivent passer, et une autre examine les questions relatives au perfectionnement du matériel de l'artillerie.

Attributions étendues des officiers, — Il est de principe, dans l'administration militaire comme dans 1! administration civile des Prussiens, que le fonctionnaire ait beaucoup à agir, beaucoup à décider sous sa responsabilité. Le commandant d'un corps d'armée, en outre de ses attributions purement militaires, décide, conjointement avec l'autorité civile, toutes les questions relatives au recrutement.

L'instruction et les manœuvres de la landwehr exigent qu'il sache concilier les intérêts privés des citoyens avec l'intérêt général de l'Etat. Beaucoup de ces affaires demandent un grand tact; car dans la décision sont engagés non-seulement les intérêts militaires, mais aussi les intérêts politiques et sociaux de la nation.

La pratique doit adoucir des obligations qui ne seraient pas supportées avec patience, si l'exécution était exigée d'une manière absolue •

Le Général de brigade a sous son commandement permanent les deux régiments de sa brigade, et il a de plus à commander la landwehr de sa circonscription. Ses attributions ne sont pas exclusivement militaires, puisqu'elles s'étendent aussi au recrutement. Elles sont ainsi de nature à développer les qualités variées, dont l'ensemble constitue la capacité. s

Le commandant du bataillon de landwehr est chargé d'attributions très - délicates. Il est, avec le fonctionnaire analogue à notre sous-préfet et avec d'autres fonctionnaires électifs, membre de la commission de recrutement qui fait la répartition des jeunes gens du district. Il tient les contrôles des soldats de la réserve et des hommes de la landwehr. Il a des listes des personnes qui doivent servir à la guerre suivant leurs aptitudes, les uns comme vétérinaires, les autres comme hommes du train, boulangers, infirmiers, etc. Lorsqu'un corps de l'armée active doit-être mobilisé, le chef de bataillon de landwehr , agissant d'après les instructions du commandant de corps d'armée, voit d'abord, en comparant les listes d'effectif avec le nombre des appelés, jusqu'à quelle classe il faudra aller, en commençant par la plus jeune, pour satisfaire aux besoins de la mobilisation. Il convoque les hommes et fait réunir les chevaux qui doivent être fournis par les communes. Les chevaux sont remis aux sous-officiers et aux soldats envoyés par les corps pour en prendre possession.

Administration. — Dans l'administration civile, le principe adopté est celui de la confiance et jamais celui de la défiance envers le fonctionnaire. C'est d'après ce principe que le commandant d'un régiffiqnt en est le véritable administrateur. L'intendance se borne a constater ce que le régiment a reçu en solde, en draps pour l'habillement, et ce qui lui est dû d'après les tarifs réglementaires. Pour tout le reste, le régiment achète directement, sans autorisation , sans autre contrôle que celui delà Cour des comptes, tout ce qui est nécessaire à ses besoins. Il n'est astreint qu'à ne pas dépasser les limites de son budjet*

C'est l'antipode de l'uniformité que la centralisation française réalise en réglementant tout, jusqu'aux plus petits détails.

En France tout est réglé par le ministre, ou, plus exactement, par les bureaux du ministère, qui multiplient sans cesse les prescriptions et les instructions sur les détails, sans parvenir jamais à avoir tout ré* glementé. Les instructions ministérielles s'ajoutent les unes aux autres et se compliquent incessamment sans s'abroger. Elles vont remplir le journal militaire officiel, dont les volumes sont devenus si nombreux que non-seulement nos chefs de corps, maïs aussi nos majors, malgré leurs études spéciales, se perdent dans ce dédale.

Nos sous-intendants militaires ont pris forcémen la direction de l'administration des régiments, par suite de cette complication dont le principe est dans l'excès de la centralisation.

: Cet excès est tel, aujourd'hui, qu'il n'y a pas d'établiôaemçnt militaire dont le chef ne reçoive des admonestations ministérielles pour quelque contravention à une règle ignorée, il y a plus : les intendants* qui deviennent les administrateurs irresponsables des corps de troupes, parce que les majors les consultent sans cesse pour n'en être pas blâmés, sont fréquemment en désaccord les uns avec les autres. Ua sous-intendant qui prend la surveillance administrative d'un corps ou d'un établissement change prefcque toujours quelque chose aux mesures qui avaient été prises sous la pression de son prédécesseur, Une autre conséquence qui résulte de cet état de. choses, c'est que chez nous le nombre des membres de l'intendance va sans cesse en croissant et qu'il est néanmoins toujours insuffisant.

Par contre, que voit-on en Prusse ? Le colonel d'un régiment a tant de latitude qu'il peut faire des économies par suite de sa bonne administration. Il n'est pas rare que le roi témoigne personnellement sa satisfaction à des chefs de corps pour leur capacité à cet égard, et qu'il, excite ainsi une louable émulation. Aussi, la direction de l'administration centrale du ministère de la guerre a-t-elle pour chef un officier général. Les intendants militaires, qui .sont en très-petit nombre et qui ne sortent pas de leurs aUributiqns^ sont considérés comme des fonctionnaires civils, n'ayant aucune assimilation de grade avec les officiers, ils ne passent point de revues de troupes pour constater les effectifs, les.

généraux seuls sont chargés -de ce soin ; mais, dans leurs inspections des régiments, oeux-ci -ont auprès ' 4' eux un sous-intendant militaire qui est particulièrement chargé de vérifier la caisse et la comptabilité. Si les comptes soiit trouvés en règle , le sousinteiïdant donne au corps une pièce de décharge. S'il a des observations à faire pour des irrégularités, il ne peut pas les adresser directement au colonel ; il en informe le général, auquel il appartient de prendre les mesures qu'il juge convenables. Le sous-intendant rend aussi compte au ministère de la guerre, par l'intermédiaire de l'intendant du corps d'armée. Ainsi, les intendants ne sont point eri contact avec les commandants des régiments ; ils ne les tiennent pas en lisière. G'est aux généraux qu'est confié le soin de constater le nombre des soldats, Tétat de l'armement, de l'habillement et de toutes les parties de l'administration. Les intendants se bornent à vérifier les comptes d'après les règlements qui établissent les diverses prestations auxquelles les régiments ont droit. On évite ainsi les froissements qu'éprouvent en France les officiers des troupes placées sous un contrôle continuel et importun, au grand détriment de l'esprit militaire et de la bonne harmonie entre les divers services de l'armée.

Attributions du capitaine. — Le grade de capitaine, qui est celui auquel tous le3 officiers peuvent prétendre, a reçu en Prusse plus d'importance qu'en France. Le bataillon, qui est de mille hommes environ

sur le pied de guerre, ne comprend que quatre compagnies. Le capitaine commande donc 250 hommes. Il est chargé de l'instruction des recrues qui entrent chaque année dans la compagnie dont il est en tout le chef. Dans les manœuvres, chaque compagnie forme une petite unité, ayant ses formations particulières et pouvant agir isolément.

Le capitaine qui commande une compagnie est responsable de tout ce qui concerne le service intérieur ainsi que l'instruction militaire de ses soldats.

Son initiative n'est limitée que par les prescrip tions ministérielles relatives à l'uniformité qui doit présider à certains services. Dans l'échelle hiérarchique, le capitaine est le premier officier qui ait le droit de punir ;x'est le dernier qui connaisse personnellement les hommes qu'il commande. Il est le protecteur naturel de la compagnie et de tous les membres qui la composent. De lui émanent toutes les dispositions relatives à l'ordre et au service intérieur; c'est lui qui doit provoquer l'esprit de corps et toutes les autres vertus militaires. C'est lui qui dirige tous les exercices de détail.

Officiers. — Les officiers supérieurs doivent laisser aux commandants' de compagnies leur liberté d'action.

Les chefs de bataillons ont la surveillance générale

de leurs compagnies : mais ils ne doivent pas intervenir dans le commandement et ils ne peuvent rien

enlever aux attributions du capitaine tant qu'elles ne sont pas mal exercées I

On sait comment les supérieurs qui interviennent dans des détails ne les regardant pas directement sèment autour d'eux l'indifférence et le dégoût du service, tuent tout germe d'initiative chez les officiers placés sous leur autorité et sont amenés à négliger les attributions d'un ordre plus élevé qu'ils devraient être jaloux d'exercer.

On a relevé tous les grades en donnant de l'importance à leurs fonctions, et l'on a rendu les officiers plus satisfaits de leur état qu'ils ne le sont en France, même alors qu'un avancement exceptionnel les a fait parvenir aux plus hauts grades ; car leurs attributions manquent souvent encore d'intérêt et d'importance.

Dans chaque régiment tous les officiers ont passé par l'Ecole militaire, et tous ont dû être acceptés par le corps. Ce corps, déjà composé d'hommes de même éducation, établit en permanence un tribunal d'honneur qui veille sur la conduite de ses membres. *

L'officier qui mène une vie irrégulière ou qui commet une faute contre l'honneur est jugé par un conseil qui peut suspendre son avancement et provoquer sa démission. On se loue heaucoup des effets de cette solidarité, qui entretient un bon esprit de corps, maintient une constante harmonie et rend le commandement plus facile. Les officiers n'avancent guère qu'à l'ancienneté : les exceptions sont fort

peu nombreuses. Néanmoins, ils déploient beaucoup de zèle dans l'instruction des hommes de recrue ainsi que dansles manœuvres qui se font annuellement et qui durent plusieurs jours sans que les troupes quittent le terrain.

Les officiers qui supportent ces fatigues sont regardés comme capables de faire la guerre, quel que soit leur âge : aussi l'époque de la retraite n'est-elle point fixée d'avance.

Le terme de la carrière militaire est plus ou moins éloigné /selon que la constitution et la santé d'un officier lui permettent de servir plus ou moins longtemps. Le droit à la retraite commence après quinze ans de service actif, dès qu'il est constaté que la constitution de l'officier ne lui permet pas de remplir convenablement ses fonctions. Les pensions militaires sont établies sur des bases assez généreuses pour une armée où les appointements sont peu élevés, et cette générosité ne grève pas le budget, parce que le gou*J reniement réserve un grand nombre d'emplois aux officiers qui ne sont plus aptes à faire le service de campagne ; on économise ainsi sur les* fonds à payer pour les retraites. Il n'est pas rare de rencontrer dans l'armée active de& officiers généraux d'un âge avancé; mais il n'y en pas qui ne soient capables dkfeirela guerre.

On ne remarque pas dans- l'armée prussienne eette' inquiétude continuelle que* donne ailleurs le déaiar d'avancer à tout prix. Ce désir excite aux entreprises bar die s, mais* parfois aussi il abaisse

les caractères. En général, les officiers sont traités en Prusse paternellement, et, lorsqu'il s'agit de régler lefc intérêts et le sort d'un officier, on a toujours égard à la position particulière dans laquelle il se trouve. En France, l'administration règle tout d'avance et d'une manière absolue, sans se mettre en peine de savoir si l'exécution des règlements ne lèse pas des intérêts particuliers. Il est im* possible qu'un règlement puisse prévoir toutes les circonstances qui sont susceptibles de se présenter dans un personnel aussi nombreux que celui- de l'armée. Les autorités locales pourraient seules les apprécier; mais elles sont sans pouvoir, et inhabiles à faire droit à une réclamation, si juste qu'elle paraisse. On conçoit, à coup sûr, qu'il soit possible de soumettre à x des règlements absolus tout ce qui concerne le matériel ; mais c'est aller trop loin que de les appliquer aux officiers d'une manière inflexible.

Sous-oflUners. — Toutes les précautions ont été prises pour avoir des officiers honorables, animés du sentiment du devoir, contents de leur sort et fiers de leur profession ; mais cela ne suffisait pas : l'instruction des recrues qui se renouvellent chaque année en grand nombre, et la brièveté du temps de service pour tous les soldats, exigeaient impérieusement le concours de sous-officiers actifs, instructeurs expirimentés et au fait de tous les dé» tails du service. Mais il était difficile de former

- c s sous-officiers avec des soldats qui ne passent pas plus de trois ans sous les drapeaux. La difficulté a cependant |été résolue, sans aggravation de charges pour le budjet, en assurant aux sousofficiers en service actif tous les emplois civils qu'ils peuvent remplir. Il paraît qu'on a pu garantir à tout sous-officier qu'il aurait un emploi civil après 14 ans au plus de service militaire, et qu'on en donne souvent après 10 ou 12 ans.

On a ainsi des sous-officiers dans la force de l'âge. Des jeunes gens, de la condition intermédiaire entre celle des officiers et celle des soldats, viennent chercher dans l'armée un avenir assuré : ils peuvent s'engager pour trois ans dès l'âge de 17 ans; ils trouvent dans l'école régimentaire le moyen de perfectionner leur instruction et ils passent un examen. Le soldat nommé sous-officier doit contracter un nouvel engagement d'au moins trois années. Tous les sous-officiers sont nommés par le colonel ; beaucoup sont tirés du contingent et. pris parmi les meilleurs élèves des écoles régimentaires ; car l'instruction primaire est, comme on sait, exigée et développée en Prusse. Il existe aussi des écoles spéciales pour- former des sous-officiers. Sur le pied de paix, la compagnie d'infanterie contient 13 sous-officiers pour un effectif de 116 hommes, non compris les officiers. Sur le pied de guerre, son effectif est porté à 250 hommes dont 20 sousofficiers ; mais, pour passer facilement de 1 3 sousofficiers à 20, chaque compagnie comprend 12 soldats

appointés qui se sont réengagés afin d'attendre le grade de sous-officier. Une organisation analogue permet de porter facilement le nombre des lieutenants de 3 à 4, chaque compagnie sur le pied de paix ayant un candidat sous le nom de porteépéfc. Ainsi, l'armée comprend toujours un trèsgrand nombre de ces aspirants au grade d'officier. On a voulu faire passer sous les drapeaux le plus grand -nombre possible de citoyens, pour avoir plus de soldats formés: on a donc essayé de réduire à sa plus stricte mesure le temps nécessaire à la formation du soldat. L'armée prussienne a fait en cela un changement qui parait bien surprenant quand on se reporte au soldat prussien du dix-huitième siècle. Les exercices et les manœuvres ont été réduits à ce qui est indispensable pour faire la guerre. L'ancienne raideur a disparu et l'on s'efforce de rendre les hommes souples et agiles. L'ancienne discipline a été modifiée en ce qu'elle avait d'avilissant et même de trop sévère. Voici ce qu'on lit dans un ouvrage fait pour l'instruction des officiers : ce Les soldats ne doivent pas être dressés comme des machines ; le caporalisme a fait son temps. L'officier qui sait stimuler toutes les forces vives du soldat, qui met en œuvre l'intelligence, l'honneur, pourra seul formel des troupes accomplies qui se distingueront à la guerre. En faisant observer les principes de discipline, en prenant soin dès intérêts moraux et matériels du soldat, on rend le service agréable aussi bien à

soi-même qu'à ses inférieurs ; on devient utile nonseulement à l'armée, mais encore au gouvernement et à la nation : car les principes* d'obéissance, de moralité, d'ordre, que Ton donne aux recrues, sous les drapeaux, leur restent ensuite dans la vie civile. L'armée forme ainsi des citoyens qui conservent toujours des qualités solides, elle peut donc s'appeler à juste titre l'école du peuple. »

Volontaires d'un an. — Le remplacement et l'exonération sont, comme on l'a vu, inconnus en Prusse ; mais la loi a introduit des causes d'exemption dans l'intérêt des familles pauvres, en même temps qu'elle admettait des adoucissements motivés par l'intérêt des carrières libérales. Les élèves des écoles de droit, de médecine, de commerce, de médecine vétérinaire, et en général tous les jeunes gens quiTont les preuves d'instruction exigées, peuvent être auto r risés à ne passer qu'un an sous les drapeaux, à la condition de servir & leurs frais, c'est-à-dire de s'habiller, de s'équiper, de s'entretenir.

On les nomme volontaires <Tun an. Ils sont autorisés à s'engager dès l'âge de 1 7 ans. En principe, ils doivent, pendant la durée de leur" engagement, suivre les exercices et faire le service du régiment comme les autres soldats. En fait, ils sont dispensés de loger à la caserne, ne montent que quelques* gardes et sont même autorisés à continuer leurs études. Ils peuvent d'ailleurs profiter de cette année d'engagement pour acquérir des connaissances militaires qui

les- conduisent à devenir sous-officiers ou officiers dam la landwehr. C'est ainsi qu'en Prusse on a réalisé le service obligatoire pour tous sans blesser les mœurs qui s'opposent à ce qu'un jeune homme élevé dans l'aisance, soit astreint à vivre en commun avec ceux auxquels la pauvreté a donné des habitudes très^ifférentes.

Ils ont ordinairement l'autorisation de revêtir des habits bourgeois, en dehors des heures de service, ce qui ne les empêche pas d'être continuellement soumis aux' règles de la discipline. Ainsi, ils sont tenus de saluer tous les officiers, surtout ceux de leur régiment. Ils ne sont astreints à monter la garde que juste assez de fois pour apprendre le service de garnison; dans les autres corvées, il leur est loisible de se faire remplacer par un soldat de la compagnie, moyennant une indemnité déterminée. Pendant leur année de service dans une compagnie, l'un des officiers est spécialement chargé de préparer par la théorie et la pratique, aux devoirs de sous-officiers et d'officiers, ceux d'entre eux qui montrent de bonnes dispositions et dont la conduite ne laisse rien à désirer. Une commission, composée d'un capitaine et de deux-lieutenants, examine les candidats. Elle s'assure qu'ils possèdent les connaissances nécessaires. L'examen n'est pas très-difficile; mais les qualités morales ne doivent rien laisser à désirer. Quamd les volontaires ont subi les diverses épreuves qui sont exigées, on leur délivre un diplôme <f aptitude. Les uns sont congédiés comme simples

soldats, les meilleurs avec le titre de sous-officiers. Les uns et les autres doivent alors faire un stage dans la landwehr comme vice-sergents-majors ou vice-maréchaux des logis chefs. Ils sont ensuite soumis au ballottage dans le corps d'officiers du bataillon de landwehr de leur arrondissement et s'ils ont subi favorablement cette épreuve, ils sont proposés pour le grade de seconds lieutenants.

Le nombre des officiers de la landwehr n'étant pas limité, ceux qui sont en dehors des cadres offrent de précieuses ressources au moment de la mobilisation. C'est ainsi que l'institution des volontaires d'un an devient un rouage important de l'organisation, en ^rnême temps qu'elle empêche le service militaire de nuire aux progrès des sciences, des letfres et des arts. L'instruction des troupes a reçu des perfectionnements qui ne le cèdent en rien à ceux de leur organisation.

Les manœuvres. Le tir à la cible. Le service de campagne. — L'instruction individuelle des recrues est dirigée par les commandants de compagnie. Le colonel a soin de x s'assurer par lui-même, lorsque l'instruction est terminée, que les jeunes soldats sont en état de passer à l'école de compagnie. Il contrôle ainsi l'état de l'instruction chaque fois que le soldats passe de l'une à l'autre, savoir de l'école de compagnie à l'école de bataillon, et de celle-ci aux manœuvres de régiment.

On s'attache à obtenir la régularité dans les ma-

nœuvres sans tomber dans les exigences minutieuses d'un autre temps. Les évolutions ne se font certes pas pendant le combat avec la même précision que sur le terrain de manœuvre, mais il est erroné de déduire de là que la précision et fa régularité sont inutiles. L'habitude est une seconde nature ; une troupe instruite à manœuvrer avec ordre, silence et méthode, gardera ces qualités dans le tumulte de la bataille. De plus la régularité des mouvements est une preuve de discipline ; elle constate l'attention et le zèle de tous. C'est en grande partie à la précision des manœuvres que l'on attribue en Prusse l'habitude de l'obéissance obtenue sans beaucoup de punitions.

Les officiers prussiens attachent h l'instruction du tir toute l'importance qu'elle mérite, ils se croient en état d'affirmer que les résultats du tir à la cible Sont plus remarquables dans leur armée que dans les autres États. Malgré l'économie qui préside à toutes les dépenses, il n'est pas alloué par an moins de 100 cartouches à chaque officier, sous-officier et soldat. Les recrues ne sont admises au tir réel qu'après avoir appris le pointage, l'évaluation des distances et les diverses règles de tir. On observe soigneusement tous les résultats ; ils servent soit à faire monter le tireur d'une classe à l'autre, 1 soit à décider qui mérite les prix donnés au plus habiles. Chaque année, les officiers supérieurs assistent à un tir d'examen qui s'exécute comme en campagne. La troisième branche de l'instruction pratique des

troupes se rapporte au service de campagne. Bien d'analogue n'existe chez nous, tandis qu'elle a pri$ en Prusse un grand développement. On reconnaîtra, dans le chapitre suivant, qu'elle a exercé une influence décisive sur les derniers événements. Cette instruction s'occupe de reproduire le plus fidèlement possible les opérations de la guerre. Les simulacres des opérations de campagne les plus élémentaires sont pratiqués par petits pelotons ; lès plus toombreux, ceux d'une importance moyenne, par compagnie ; ceux de plus grande importance, par ba* taillon ou par régiment. Ensuite viennent les opérations auxquelles concourent les trois armes ; elles sont exécutées par détachements composés de 4 à 6 /bataillons, 4 escadrons et 2 batteries* Les opérations par division terminent la série ; celles du corps d'armée n'ont lieu que tous les quatre aas. Chaque année, deux des corps d'armée de la Prusse opèrent l'un contre l'autre. Indépendamment de ces exercices collectifs qui sont faits pour l'instruction de tous, il y en a d'autres particuliers pour l'instruction des sous-officiers et des officiers. Une fois au moins par an chaque sous-officier doit effectuer une application du service de campagne sous la direction d'un officier de compagnie. Les lieutenants et les capitaines en font autant sous les directions respectives des commandants de bataillons et des chefs de corps. Les colonels et les généraux ne sont pas tenus de prouver leur aptitude par des travaux du même genre; mais ils ont 'occasion de manier

les troupes de toutes les armes aux manœuvres de division et d'y faire preuve d'instruction et d'aptitude ; car le commandement en chef leur est dévolu successivement pour un ou plusieurs jours. Chaque compagnie est exercée, sous les ordres de son capitaine, à des entreprises de guerre qui comprennent : les surprises, les embuscades, l'attaque et la défense des convois. On prend aussi des dispositions d'attaque et de défense à l'égard des habitations isolées, des villages, des bois, et en général de toutes les positions que l'ennemi pourrait occuper ou défendre. Les troupes exécutent les travaux ordinaires de campagne : retranchements, destruction et réparations des voies de communications, construction des abris et des baraques.

Les commandants de places fortes dirigent tous les ans des opérations relatives à l'attaque et à la défense des forteresses, en y employant les trois armes. Des séances de théorie sont faites aux soldats sur tous ces objets pendant la saison d'hiver. Chacun des régiments de l'armée prussienne envoie tous les ans un détachement auprès du bataillon de pionniers (sapeurs du génie) de son corps d'armée, pour perfectionner un certain nombre de soldats dans cette branche de service. Chaque bataillon tenant garnison avec des troupes d'artillerie détache tous les ans un officier et quatre sous-officiers pendant quinze jours. Ils acquièrent les connaissances nécessaires au service des bouches à feu, et deviennent pendant l'hiver les instructeurs d'un nombre plus ou moins

grand de soldats du bataillon. Chaque bataillon d'infanterie détache annuellement, depuis le 1 er jusqu'au 28 mars, un sous-officier et un caporal à la brigade d'artillerie du corps d'armée, pour y apprendre le chargement et la conduite des caissons de munitions. Là, ils sont exercés aux soins à donner aux chevaux, aux détails du harnachement et de l'attelage ; de cette manière, les chefs de corps trouvent de suite sous la main, lors de la mobilisation, des soldats connaissant la conduite des caissons. Dans les garnisons traversées par une voie ferrée, chaque bataillon d'infanterie, chaque régiment de cavalerie, chaque division d'artillerie, détachent annuellement à la station, pendant quatre semaines, deux sous-officiers, pour y apprendre le service des employés. L'armée forme aussi des sujets capables de pourvoir aux besoins qui naissent en temps de guerre, par suite des grands mouvements de troupes. Cette prévoyance, qui a permis à l'ennemi d'employer à sou profit l'exploitation de nos chemins de fer, a eu, dans la dernière guerre, des conséquences trop bien connues. L'émulation, établie d'abord entre les compagnies de chaque corps, puis entre les régiments, a fait trouver les moyens d'exercer ainsi les troupes à tout ce qui peut être utile en campagne. C'est elle qui a enseigné l'art de former des soldats vite et bien.

En moyenne, l'instruction fondamentale des recrues ne dure que trois mois, d'octobre à décembre, et pendant ce temps les soldats des deux classes

précédentes exécutent les exercices gymnastiques, l'escrime à la baïonnette, le service des bouches à feu, le service de campagne et le tir à la cible, en alternant la pratique avec les instructions théoriques. Deux mois et demi, du 1 er janvier au 15 mars, sont consacrés aux manœuvres de compagnie et au pointage. Les manœuvres de bataillon ne durent que six semaines, du 15 mars à la fin d'avril. Les trois mois de mai, juin et juillet sont consacrés au service de campagne, à cette instruction dont nous avons cherché à doniîer l'idée et que l'armée française ne connaît même pas. Les manœuvres de régiment et de brigade se font au commencement d'août, et les manœuvres des trois armes à la fin d'août et au commencement de septembre. Quand on se reporte aux exercices uniformes de notre armée, dont les régiments restent isolés les uns des autres tout en occupant la même garnison , et dont les soldats passent dans l'oisiveté ou dans des occupations stériles la plus grande partie des journées pendant lesquelles ils ne sont pas de garde, on trouve dans ces faits d'incontestables éléments de supériorité. Le soin qu'a pris l'armée prussienne de multiplier ses moyens d'instruction, sans jamais perdre de vue que la guerre en est le but, a introduit daris l'ordre de bataille même des innovations radicales dont il convient de parler.

Le bataillon est formé sur trois rangs et le troisième fournit des tirailleurs qui peuvent couvrir à tous moments, suivant Tordre adopté, les flancs de

la colonne ou le front de la ligne de bataille. Lear déplacement ne modifie rie a dans aucune des manoeuvres à exécuter ; le nombre des tirailleurs prête à combattre s'élève ainsi au tiers du nombre des soldats. La compagnie, comptant sur le pied de guerre deux cent-cinquante hommes, est devenue un petit bataillon qui a ses manœuvres spéciales et qui. peut couvrir, à tout moment, sa colonne ou sa ligne de bataille. Tous ces progrès aussi rapides qu'im* portants viennent de ce que les plus hauts grades de l'armée ont été conférés à des hommes aussi laborieux qu'éclairés.

La Prusse a peut-être dû ses principaux succès à la promptitude avec laquelle s'opère le passage du pied de paix au pied de guerre. La mobilisation est facilitée non-seulement par l'organisation que nous avons fait connaître, mais par l'existence d'un trésor de guerre qui, demeurant intact pendant la paix, permet de faire toutes les premières dépenses sans avoir à demander aux chambres aucun crédit et sans rien dévoiler aux gouvernements étrangers. Dans le cours des opérations, la prévoyance s'exerce en outre d'une autre manière. En temps de guerre, une armée éprouve des pertes, tant par les fatigues et les privations, causes permanentes de maladies, que par* le feu de l'ennemi, d'où résulte la nécessité de lui envoyer des renforts, si l'on veut éviter que l'armée s'affaiblisse. En Prusse, ils sont tenus prêts à se mettre en marche au moment voulu, pour prévenir la diminution des effectifs. On a observé que la propor-

tion des pertes n'est pas la même pour toutes les armes. Pendant une année de campagne l'infantprie perd, eu moyenne, 40< 0/0 de son effectif? Ito eavalarie ; ^artillerie et les pionniers, 2fl 0/ft; et le. train, 10 0/ûi Les diverses troupes d* remplacement sont formées dans ces propartions. Eut règle générale, quatre semaines après le départ dé l'armée , on -envoie des renforts ayant un effectif égal au huitième des pertes d'une année de campagne. Pour chaque mois qui suit, on envoie des détachements d'une force égale au douzième de ce même nombre.

Les troupes de remplacement sont organisées aussitôt que l'armée est mobilisée. On y fait entrer pour moitié des soldats exercés qui ont passé trois ans sous les drapeaux ; pour l'autre moitié, des recrues et des hommes qui ont été dispensés du service ; les officiers nécessaires aux troupes de remplacement sont tirés en partie des officiers congédiés, pensionnés ou atteints d'infirmités légères.

A la suite des traités que la Prusse imposa aux Etats de l'Allemagne, elle appliqua son organisation à toutes les puissances vassales, elle forma* pour la Confédération de F Allemagne du nord 13 corps d'armée destinés k mettre sur le pied de guerce et à mobiliser cinq cent quinze miHe combattants. Les troupes de remplacement ou de dépôt durent comprendre 187,000 hommes, et les troupes de garnison s'élevèrent encore à 258,000 hommes. Le total devait, en y comprenant les autorités créées pour remplacer à l'intérieur celles qui étaient mobilisées, monter à

948,000 hommes. Les Etats de l'Allemagne du sud organisèrent de leur côté quatre corps d'armée comptant 146,000 hommes sur le pied de guerre, de sorte que les soldats placés sous le commandement du roi de Prusse devaient s'élever au nombre de 1,167,000 hommes. Il est vrai que les dix-sept corps d'armée mobilisables ne donnaient qu'un peu plus de la moitié de ce chiffre : ils devaient se .composer de 614,000 soldats. Les idées préconçues sont tellement enracinées que presque personne en France avant les événements de 1866, n'aurait admis que l'armée prussienne pût lutter contre la nôtre. Le préjugé, condamnant d'avance une armée dont les soldats retenus près de leurs foyers, n'échappaient pas aux liens de la vie de famille, aurait dit : la victoire appartient au soldat le plus courageux et non pas au plus instruit. De pareilles troupes ne seront pas animées de l'esprit militaire, de l'amour de la gloire, de tous les nobles sentiments qui font braver le danger et sacrifier la vie.

La guerre de 1866 n'avait malheureusement pas suffi pour ouvrir les yeux; mais celle de 1870, qui va faire l'objet de nos réflexions, devait fournir à l'organisation prussienne l'occasion de mettre hors de doute tous ses avantages.

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