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PAR CIRCONSCRIPTIONS PERMANENTES

La nécessité de constituer les corps d'armée pendant la paix sera, croyons-nous, facilement admise; mais l'établissement de chaque corps d'armée dans une circonscription fixe rencontrera inévitablement beaucoup de contradicteurs qui diront :

Un homme de recrue ne devient pas un véritable soldat, tant qu'il n'a pas perdu de vue les lieux habités par sa famille ;

Un corps d'armée composé de Provençaux ou de Languedociens manquerait forcément d'esprit militaire, et resterait fort inférieur à ceux qui seraient formés dans l'est ou dans le nord de la France.

Ces objections ne sont pas sans fondement, mais elles ne seraient décisives que si les inconvénients signalés n'étaient pas contrebalancés par des avantages de plus grande importance. La permanence des corps d'armée met les diverses armes en relation l'une avec l'autre et place toutes les troupes sous les ordres des chefs qui les commanderont pendant la guerre.

L'établissement de chaque corps d'armée dans une circonscription fixe allégerait les dépenses du budget, en supprimant tous les frais de déplacement. Il permettrait une mobilisation rapide pour entrer en campagne, et nous ne saurions rester inférieurs à nos adversaires sous ce rapport essentiel ; il rendrait plus faciles à faire accepter par les populations les

nouvelles obligations qui leur incomberont ; enfin, il améliorerait le sort des officiers, en leur évitant ces changements de garnison incessants qui deviennent des causes d'une gêne difficile à supporter pour une famille.

Lorsque nous aurions à demander aux carrières civiles d'abord nos soldats de réserve, ensuite les nombreuses spécialités du pied de guerre, tous les appelés destinés au corps d'une même circonscription sentiraient qu'ils ne peuvent pas laisser marcher sans eux leurs camarades, leurs amis, leurs parents. L'opinion les forcerait, d'ailleurs, à remplir leur devoir s'ils pouvaient hésiter.

Nous avons à préparer des armées très-nombreuses sans que les dépenses du budget entravent le développement de la richesse publique. Or, la fixité de la région où le corps d'armée réside et se complète donne à ce problème la solution la plus avantageuse que l'on connaisse. Cela ne veut pas dire qu'aucune de nos troupes n'échappera à cette règle, car elle ne s'applique pas à toutes les garnisons des places fortes.

On pourrait aussi recruter dans toute la France le corps d'armée d'Algérie, comme la Prusse recrute sur tout son territoire les soldats de la garde royale.

A l'objection de l'infériorité de quelques provinces sur les autres, on peut répondre que les officiers passent d'un corps d'armée à l'autre par avancement, et que ce sont eux qui donnent aux troupes, par l'éducation, les qualités dont elles ont besoin. L'émulation qui s'établit entre les divers corps d'armée devient, d'ailleurs, un stimulant sur l'effet duquel on peut compter. La Prusse a formé des corps d'armée dans des provinces qui avaient peu le goût des armes, bien plus, dans des contrées entièrement hostiles à sa domination, et si ces corps se sont comportés moins bien que les autres, la différence n'a pas été appréciable pour nous.

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