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LA GUERRE DE

Avant de montrer, avec la franchise que le patriotisme commande, l'influence exercée sur les opérations de la dernière guerre par les institutions dont l'ensemble vient d'être exposé, nous devons répudier toute participation aux injustices et aux ingratitudes aveugles qui ont égaré l'opinion publique : si nos ^généraux n'étaient pas suffisamment préparés aux difficultés de la tâche qu'ils allaient avoir à remplir, tous ceux qui furent chargés de commander les huit corps de l'armée du Rhin avaient droit à la confiance et au respect de la nation comme des troupes. Ils avaient, dans les guerres précédentes, déployé des talents et montré une qualité plus rare, la force d'âme nécessaire pour supporter les plus lourdes responsabilités ; ils ont depuis ressenti l'amertume de la défaite, sans que leur cœur ait faibli. Si les passions du vulgaire ont été excitées contre eux, c'est une raison pour que tout cœur honnête se fasse un devoir de ne point ajouter volontairement à toutes les souffrances qu'ils ont noblement supportées.

. Examinons donc, en dehors de» questions de personnes, comment les choses se sont passées entre les deux armées.

Suivant l'habitude de tout décider à Paris, même

les mesures relatives aux plus petits détails, des régiments, des bataillons, des batteries, furent dirigés par les bureaux du ministère de la guerre vers les points de rassemblement des corps d'armée, c'est-à-dire, pour la plupart, sur Metz et Strasbourg. Les mouvements s'exécutèrent promptement, grâce à nos chemins de fer, mais non pas sans amener déjà une confusion, qui fut bientôt augmentée par les transports de tous les soldats qui se trouvaient dans leurs foyers en congé, en réserve, et qui devaient aller rejoindre leurs corps, avant que œuxTci eussent pris une position fixe. Malgré la préparation .antérieure de tous les ordres, nos réserves d'artillerie, ' nos parcs des divers corps d'armée, notre grand parc, n'étaient point encore tous au complet quand l'ennemi, déjà en mesure de mous attaquer, entra sur notre territoire.

Pendant Les préparatifs, l'encombrement qui se produisait dans la place de Metz et dans ses environs, ainsi que la nécessité de ne pats abandonner les troupes ùl'oisiveié, décidèrent à porter les corps d'armée vers la frontière ; mais on reçut bientôt des plaintes nombreuses sur leurs souffrances .: les vivres leur manquaient fréquemment, parce que les distributions ne s'opéraient plus assez régulièrement. Dans les guerres du premier Empire, les troupes avaient vécu, non pas exclusivement sur les magasins qui les salivaient, mais sur les ressources qu'elles se procuraient elles-mêmee par des réquisitions opérées dans Jbseoirtrées parcourues.

Ce moyen de pourvoir partout aux besoins du soldat, quand il avait été employé régulièrement et appliqué «ans abus, avait procuré à nos armées une mobilité qui avait favorisé leur succès, surtout quand les chefs avaient pris des précautions nécessaires pour ne pas épuiser les ressources des habitants. Ceux-ci, constatant ce qu'ils avaient fourni, pouvaient être déchargés d'autant dans les contributions à payer.

Malheureusement, toutes les règles à suivre pour opérer des réquisitions régulières avaient été perdues, et, faute d'en comprendre l'absolue nécessité dans notre pays, on en vint à ne pouvoir pas éloigner un corps d'armée de la tête d'un chemin de fer, si ce n'est pendant un petit nombre de jourB.

La gare de Metz avait à recevoir, outre le personnel tout entier de cinq corps d'armée, les innombrables objets nécessaires à l'organisation comme à ht subsistance et aux munitions d'une armée en formation.

Lorsqu'on s'apercevait, au quartier-général, qu'utf objet nécessaire manquait, on le demandait par le télégraphe au ministère de la guerre, qui se trouvait forcé de l'envoyer immédiatement, et le déchargement de ces envois urgents retardait d'autant celui des trains antérieurs ; c'est ainsi qu'il se produisait, sur les voies de la gare de Metz, une accumulation de dix-huit cents wagons, dont le déchargement était arriéré, et dont personne, peut-être,

ne connaissait plus ni la provenance, ni le contenu ; non-seulement l'inhabileté pour nourrir les troupes en campagne nous devint préjudiciable en paralysant leurs mouvements, mais elle entraîna d'autres inconvénients presqu'aussi graves. C'était d'abord l'indiscipline, qui se propage dans les troupes quand elles ne sont pas régulièrement pourvues; c'était ensuite la nécessité de maintenir la cavalerie en arrière de l'infanterie, pour que la nourriture des chevaux, qui est d'un transport difficile, pût arriver à temps jusqu'à leur camp.

La conséquence de cet état de choses fut que notre cavalerie nous renseigna mal sur les positions et sur les marches des corps ennemis, tandis que ceux-ci étaient éclairés très en avant par une cavalerie qui savait se procurer des vivres et des fourrages partout où elle allait.

La stratégie, science qui dirige les mouvements des armées, s'inspire de considérations multiples et compliquées qui exigent des études approfondies, mais le principe qui la domine est aussi simple que facile à comprendre. Une armée doit être assurée, pour ne pas courir à sa perte, de pouvoir à tout moment renouveler ses munitions qu'un ou deux jours de bataille pourraient épuiser. Les caissons qui l'accompagnent, s'ils sont trop nombreux, amènent l'encomtx^ment et gênqnt la marche des troupes. Delà viçnt ^.nécessité de garder toujours une ligne de communication piar route,'cbemin de fer ou canal, entre l'aru*£e et ses magasins; sans cela elle ne trouvera sur

les voies à suivre ni les munitions, sans lesquelles elle ne peut combattre, ni les distributions de vivres, qui sont indispensables au maintien de la discipline. Des événements cruels ont trop bien confirmé à cet égard les enseignements de l'histoire.

(Les troupes de la Prusse avaient été prêtes plus tôt que les nôtres parce que chacun de leurs corps avait trouvé à sa portée tout ce qu'il lui fallait pour se mettre sur le pied de guerre. Elles prirent l'offensive sur la Lauter et sur laSarre, alors que deux de] nos corps d'armée non-seulement n'étaient pas arrivés en ligne, mais n'étaient pas en mesure de se mettre en mouvement.

L'ennemi avait formé trois armées comprenant 16 corps, qui devaient compter ensemble, bien qu'ils fussent incomplets, beaucoup plus de 500,000 soldats. Elles n'auraient pas rencontré devant elles plus de 240,000 hommes, même si elles n'avaient pas pris l'initiative de l'attaque avant l'arrivée de nos deux corps les plus éloignés. Au moment où nos troupes eurent à supporter des chocs aussi vifs qu'imprévus, nos huit corps composaient une seule armée : six d'entre eux avaient été répartis sur cinquante lieues de frontières ; un septième s'organisait à Béfort et le dernier, qui se rassemblait au camp de Ghàlons, n'était pas moins éloigné.

Conséquences de la bataille de Reischofferit Une première faute qui nous devint funeste fut de n'avoir gf*s partagé nos forces en deux armées ; car les mou-

vements des troupes placées en Alsace ne pouvaient pas être bien dirigés lorsque les ordres venaient «de Metz. On roulut remédier à cet inconvénient en plaçant sous les ordres du maréchal qui s'était rendu à Strasbourg les généraux commandant deux autres corps ; mais il ne fut pas pour cela déchargé de tous les détails de son commandement spécial ; cette mesure fut d'ailleurs trop tardive, et Jes troupes appelées par leur nouveau chef n'eurent pas le temps de le rejoindre pour prendre part à la bataille qui fut désastreuse. En outre, les forces composant le premier corps étaient elles mêmes trop loin les unes des autres, et sa cavalerie ne l'avait pas assez éclairé, puisque une de ses divisions fut écrasée avant d'avoir pu recevoir aucun secours. Les troupes que le maréchal avait réunies en grande hâte pour arrêter l'ennemi ne tardèrent pas à être accablées ; elles furent forcées d'abandonner le champ de bataille, sans que rien eût été préparé sur la ligne de retraite soit pour entraver la marche des Prussiens, soit pour approvisionner nos troupes. La bataille fut suivie d'un désordre affreux qu'il faut attribuer, paraît-il, à la négligence des précautions les plus indispensables à une arrièregarde. Une longue file de nos veitures qui gravissaient péniblement une route escarpée n'était protégée par aucune troupe. La cavalerie ennemie saisit l'occasion, et sans s'arrêter, à ce moment, pour faire tfes prisonniers, elle s'avança rapidement le plus en avant possible. Tous nos soldats, qui se trouvaient dépassés, se jetèrent en dehors de la route en abandonnant

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tout Qa voit ici, d'une part de l'imprévoyance, et de l'autre de F à-propos et de larésolutkm; notre défaite laissai tle champ libre à la marche rapide del'ennemi; nos forées déjà si inférieures en nombre allaient se trouver réduites à cinq corps, comptant moins de 15*0,000 hommes. En outre, un de ces corps, attaqué près de Forbach, avait déjà éprouvé un échec, moins grave par le chiffre des pertes subies que par la direction d'une retraite exécutée hors de la ligne de communication. Séparé du reste des forces françaises, a avait été exposé à être coupé, C'était le résultat de la fautequ on avait commise en disséminant nos corps sur une telle étendue de frontière qu'il leur était impossible de se prêter un mutuel appui.

Après la défaite de Reischoffea et le combat malheureux de Forbach, le sort delà campagne était déjà décidé, car notre armée ne devait plusidès lorss'appuyer sur Metz, quoique divers forts encore en construction y eussent formé un camp retranché de grande importance. H avait été établi pour servir, suivant les circonstances, ou de dépôt pour dos armées si elles prenaient l'offensive, ou d'obstacle pour arrêter l'ennemi s'il entrait sur notre territoire. Mais cette position allait être bientôt tournée. Le prince royal de Prusse, laissant en Alsace assez de troupes pour menacer nos places de guerre et pour assurer la sécurité des convois qui devaient lui venir d'Allemagne, marchait, avec cinq corps d'armée, à la poursuite de no» , soldats épars et il devait parvenir à Nancy sans avoir à combattre de nouveau. Or, l'armée de Metz corn*

muniquait avec Paris, centre de nos magasins et de nos dépôts, par le chemin de fer qui passe à Nancy; l'ennemi en coupant cette ligne de communication, la séparait du grand parc d'artillerie destiné à remplacer ses munitions à mesure quelles seraient consommées, parc qui était en formation à Toul , en deçà de Nancy. Si cette situation eût été étudiée et prévue à l'avance, il n'est pas douteux qu'on eût pris une de ces deux déterminations : ou sortir du camp retranché de Metz, ou couvrir une des routes de Metz à Verdun pour rester maître au moins d'une ligne de retraite. L'idée d'abandonner, sans avoir combattu, une position qui avait été jusque-là regardée comme inexpugnable ne vint peut-être pas à l'esprit, ce qui s'explique par l'imprévu des circonstances ; mais on aurait dû chercher à parer aux inconvénients d'un plus long séjour.

Opérations de V investissement de Metz. Nos troupes de Lorraine avaient couru le risque d'être battues séparément tant quelles avaient occupé des positions beaucoup trop étendues ; mais pas bonheur l'ennemi qui n'était pas encore en force, ne s'était pas avancé au-delà de Forbach, et nos troupes avaient pu opérer sans être attaquées, une concentration qui les avait éloignées de la frontière. Elles s'étaient rapprochées de Metz, de manière à pouvoir, en cas de besoin, s'afcriter sous le feu des forts. Telle était la situation lorsque le commandement général fut changé. A ce moment l'ennemi, après nous avoir fait encore rétro-

grader, commença l'exécution hardie d'un plan sans doute arrêté depuis longtemps.

Dérobant ses mouvements derrière son active et nombreuse cavalerie, il tournait notre camp retranché en passant à l'Est, puis il s'emparait, à Pont-à- Mo us son, du pont que nous n'avions pas eu la pensée de couper, car on ne prévoyait pas que les Prussiens oseraient exécuter un mouvement de flanc aussi étendu. Le prince Frédéric-Charles s'était ainsi ouvert une voie pour porter des forces sur la rive gauche de la Moselle, se proposant de bloquer notre armée en interceptant la route de Metz à Verdun et celle de Metz à Thi on ville. Notre nouveau commandant en chef donna des ordres pour commencer la retraite sur Verdun par la route de Gravelotte; l'ennemi, qu observait tous nos mouvements, nous attaqua sur la rive droite de la Moselle, près de Borny. Nos troupes lui tinrent tête vigoureusement, mais la durée de la lutte faisait réussir son projet qui était, en gagnant du temps, d'arriver avant nous jusqu'à la route de Verdun que nous devions suivre. Nos soldats, restés sur la rive droite, durent, après avoir vaillamment combattu, traverser la Moselle dans l'intérieur de Metz, ou leur marche était entravée par les nombreux défilés que forment les ponts-levis de la fortification. C'est ainsi que nos cinq corps d'armée, parvenant successivement sur les hauteurs de la rive gauche de la Moselle, y trouvèrent l'ennemi et reconnurent qu'il était impossible de passer avant de * l'avoir repoussé. Cette nouvelle lutte fut terrible,

meur trière, mais malgré V énergie de nos troupes, les batailles de Gravelotte et de Saint-Privat ne purent nous ouvrir les routes nécessaires à la retraite. L'ennemi, se renforçant toujours, avait éteftdu de plus en plus sa gauche. Nos corps d'armée avaient consommé une grande partie de leurs munitions*, et le grand parc n'était pas là pour renouveler leurs approvisionnements* Il fallut donc rentrer sous la protection des forts dont nous étions peu éloignés, L'ennemi a dû rendre témoignage à la valeur déployée par nos troupes dans ces combats acharnés <; ses soldats n'ont pas montré plus de bravoure que les nôtres, et leur succès revient tout entier à la supériorité de leur éducation militaire. Depuis le XVIII* siècle, les batailles avaient offert ce spectacle : de chaque côté une première ligne de troupes déployées sur une grande étendue, une seconde ligne à quelques centaines de mètres en arrière, formée le plus souvent en plusieurs colonnes, enfin une ou plusieurs réserves, placées plus en arrière encore et prêtes à exécuter promptement les. mouvements prescrits. Peadant nos guerres de la République et de l'Empire, la première ligne s'infléchissait, autant qu'il était nécessaire pour tirer parti des accidents du terrain, mais sans laisser nulle part de grands intervalles. Dans la guerre actuelle, les.Prussiensn*0Htphis déployé leurs premières troupes sur une ligne de bataille continue, ils leur ont cherché dès couverts de i toute nature, plis de terrain, bois, fermes, villages, maisons, et ils ont compté sur le feu d'infanterie parti de ces posi-

tions, en le combinant avec celui de leur artillerie, pour suffire à la défense des intervalles. Cette innovation a donné de grands avantages aux soldats prussiens qui, n'étant pas vusde leurs adversaires, tiraient avec un sang-froid, une lenteur, une précision qui assuraient l'efficacité de leur feu. Les nôtres au contraire, recevant les coups d'ennemis invisibles, tiraient sans pouvoir se rendre compte des effets produits, et, avant même que toutes leurs munitions fussent brûlées, ils désespéraient du succès. Ils attribuaient ensuite, l'impuissance de leurs efforts à Tincapacité de ceux qui les commandaient. C'est l'effet ordinaire d'un progrès dans l'art de la guerre d'exalter la confiance de ceux qui en profitent et de décourager ceux qui en souffrent. Les officiers prussiens connaissaient bien d'ailleurs le caractère de nos soldats qui ont souvent plus d'élan que de persévérance. Ils prolongeaient l'action de manière à ne rendre le combat décisif que quand notre infanterie avait épuisé ses cartouches.

A la suite de la guerre de 1866, le général de Moltke avait dit hautement que l'infanterie prussienne était la seule arme qui eût rempli son rôle, mais que la cavalerie et l'artillerie n'avaient pas déployé assez d'initiative. Dans la dernière campagne, elles ont profité de la leçon. L'artillerie prussienne occupait, pendant la bataille de Reischoffen, des hauteurs placées sur le prolongement d'une partie de notre ligne de bataille, et, quoiqu'elle tirât à très-grande portée, elle a su produire des effets dé-

cisifs. Dans d'autres circonstances, ses bouches à feu, placées en face de nous, sur des positions dominantes et à des distances plus éloignées que nous ne l'avions prévu, firent reculer notre infanterie découragée de recevoir les coups d'un ennemi que nos canons ne paraissaient pas atteindre. L'artillerie prussienne prit son objectif à des distances de 3,000 h 4,000 mètres, et la précision de son tir resta parfaite. Les obus prussiens, portant des fusées à percussion, éclataient le plus souvent au point de chute, ce qui permettait de reconnaître si la portée était trop grande ou trop petite. Lorsque les points de chute ne pouvaient pas être observés, les officiers faisaient varier quelque peu l'angle de tir, de manière à battre un espace de terrain assez étendu pour donner l'assurance qu'une partie des coups atteindraient nos troupes. Quant à la cavalerie prussienne, elle se portait toujours très en avant de l'infanterie, elle éclairait au loin sa marche, masquait ses mouvements, assurait sa sécurité contre les surprises et facilitait ses approvisionnements. Elle n'en a pas moins joué son rôle dans les batailles et dans les poursuites ; elle a dû ses qualités au système d'instruction qui exerce chacun, pendant la paix, à toutes les fonctions qu'il devra remplir en campagne. C'est en faisant appel à la réflexion de chacun des cavaliers qu'il est possible de tirer si bon parti de leurs services.

Blocus du camp retranché de Metz. — Dès que notre armée fut rentrée sous la protection des forts

de Metz, l'ennemi travailla à fortifier sa ligne d'investissement. Les troupes étaient expérimentées dans l'art d'utiliser, pour se couvrir, tous les accidents du sol, tous les ouvrages de main d'homme. Des travaux peu considérables et promptement exécutés leur permirent de rendre infructueux, malgré l'immense étendue des positions occupées, les efforts denos soldats pour les percer. Qui aurait pensé, avant ces événements, que plus de 100,000 Français aguerris ne parviendraient pas à rompre des lignes interrompues par deux rivières et qui n'ont pas toujours eu deux cent mille hommes pour les défendre ? Mais les Prussiens avaient appris à profiter de l'avantage que donne dans la défensive l'emploi des armes à tir rapide et des canons à longue portée. En expliquant ainsi ce qui s'est passé, nous ne prétendons pas que la capitulation de notre armée ait été une conséquence fatale et inévitable de l'habileté de nos adversaires. Les troupes françaises auraient-elles pu s'ouvrir un passage et venir apporter à la défense du pays soit des forces tout organisées, soit seulement des éléments précieux de réorganisation ? Nous croyons devoir laisser au temps et à l'histoire la décision de cette question que nous n'avons point à controverser ici.

Entreprise faite pour secourir V armée de Metz. — Le gouvernement français, en apprenant que nos meilleures troupes se trouvaient bloquées dans Metz craignit qu'elles ne fussent promptement réduites à

capituler faute de vivres, et voulut à tout prix la secourir. A la nouvelle de nos premiers revers, on avait réuni en grande hâte au camp de Châlons tous nos soldats disponibles. Ceux qui provenaient des anciennes réserves étaient nombreux; mais, comme les cadres n'étaient pas complets, on avait formé des bataillons de marche avec des soldats qui, pour la plupart, n'avaient jamais tiré un coup de fusil, avec des compagnies improvisées qui en général n'étaient commandées, que par un seul officier. On y joignit les régiments qui avaient lutté à Reischoffen et d'autres moins affaiblis qui n'avaient pu arriver assez tôt pour la bataille. Cette agglomération de soldats n'était qu'incomplètement pourvue des services administratifs, plus indispensables encore aux troupes nouvellement organisées qu'aux troupes régulières et aguerries. L'ordre fut envoyé de marcher immédiatement sur Metz, en se servant comme moyen d'approvisionnement du chemin de fer qui longe notre frontière du Nord et qui arrive h Metz en passant parMézières, SédanetThionville. Notre armée suivait donc une direction parallèle à celle de l'ennemi, qui marchait en sens inverse de Nancy vers Paris. Plus la nôtre avançait, pluâ sa ligne de communication, restée sans protection, pouvait être facilement coupée. La suite de cette expédition n'est malheureusement que trop connue. Le prince Frédéric- Charles détacha de son camp p!acé devant Metz trois corps dont le commandement fut confié au prince royaWe Saxe pour marcher au-devant de notre

armée de secours, le prince royal de Prusse arrêta son moœvement sur Paris pour se porter au nord, en sorte que ces forces, bien supérieures en nombre, après nous avoir fait éprouver des pertes dans quelques combats, nous cernèrent bientôt de tous côtés ; nos malheurenx soldats tombèrent dans un découragement si profond qu'ils perdirent tout sentiment de discipline, et la désorganisation arriva à un tel point que la continuation de toute lutte devint impossible. L'horrible nécessité d'une capitulation parut ta dernière ressource, et 150,000 soldats français furent répartis entre les villes d'Allemagne comme prisonniers de guerre. Telle a été la conséquence d'un plan de campagne défectueux qui ne pouvait guère aboutir qu-à un désastre. Le prince royal de Prusse n'ayant trouvé aucun adversaire devant lui avait pu facilement couper la ligne de communication de notre armée en aitière de Sedan, et lui enlever tout moyen de retraite. Notre fatale entreprise avait eu une faible compensation : celle de retarder l'arrivée de l'ennemi devant Paris; elle donna quelques jours de plus pour préparer la défense. L'ennemi n'aurait pas pu s'avancer pour en opérer l'investissement s'il n'avait pas eu à sa disposition les immenses ressources de son organisation militaire. Il put conserver une nombreuse armée autour de Metz et tenir Paris bloqué par des forces considérables. Il trouva les hommes nécessaires pour occuper les gares de nos chemins de fer, et pour les

faire fonctionner à son usage ; il plaça sa landwehr ,

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dans les villes, dans les villages situés sur sa ligne de communication, afin de la protéger contre des attaques sérieuses ; elle était devenue bien longue, puisqu'elle s'étendait depuis la frontière d'Alsace jusqu'à Paris, en passant à travers les Vosges; mais aussi, pour satisfaire à toutes ces conditions, il dut faire entrer sur notre territoire non-seulement les corps d'armée organisés à l'avance, mais encore toutes ses troupes de garnison et toute sa landwehr. L'ennemi nous a envahis avec des forces tellement considérables que certainement aucune puissance européenne n'en a jamais porté autant hors de son territoire. Les troupes de remplacement réunies dans ses dépôts comprenaient à la fin les jeunes gens de 18 ans et des hommes de 40 ans. L'Allemagne s'appauvrissait par la suspension générale des affaires et par le manque absolu de bras. Les populations de la vieille Prusse commençaient elles-mêmes à se plaindre ; mais le Gouvernement ne s'arrêtait pas, et il usait de plus en plus de son droit d'appeler tous les citoyens sous les drapeaux.

Investissement de Paris. — Lorsque l'ennemi se présenta devant Paris, la défense tenta, pour s'y opposer, une lutte dont le résultat ne fut pas heureux. Nos troupes étaient nombreuses, mais elles ne comptaient guère que des bataillons de marche. On les porta en avant des forts delà rive gauche, sur les hauteurs de Bagneux et de Ghâtillon, pour attaquer l'ennemi qui devait passer à peu de distance ; mais

les Prussiens prirent l'offensive, et nos soldats, qui savaient à peine manier une arme, n'opposèrent qu'une faible résistance. Lorsque, dans leur retraite, ils traversèrent la ville, on put les entendre se plaindre vivement d'avoir été mal commandés, comme font tous ceux auxquels le courage a manqué. Leur moral fut si frappé de cet échec qu'ils furent pendant longtemps hors d'état de rendre aucun service. Parmi les conséquences fâcheuses de cette tentative, on doit citer l'abandon de toutes les positions qui avaient été fortifiées en avant de nos forts. On évacua la redoute des Hautes-Bruyères, celle du Moulin-Saquet, les redoutes de Ghâtillon, de Meudon, de Sèvres, de Montretout, ainsi que les ouvrages construits dans la plaine de Gennevilliers. Par l'effet de la même panique, on se renferma dans l'enceinte et dans les forts, abandonnant ainsi une telle étendue de terrain que l'ennemi pouvait venir, à l'abri des couverts, jusqu'à petite portée de nos fortifications. On perdit par là l'occasion de placer derrière des abris sûrs, dans les villages rapprochés, dans les enclos, dans les maisons, non-seulement les soldats, mais les gardes mobiles et les gardes nationaux qui se seraient aguerris par un tir individuel. Ceci nous causa d'autant plus de préjudice que l'ennemi opéra l'investissement avec une exactitude méthodique, nous refoulant de tous les côtés en même temps. Il avança tous ses avant-postes qu'il reporta plus tard en* arrière, après avoir fortifié les positions qu'il se proposait de défendre contre nos sorties. Dans la

place* l'appréhension d'une attaque devint prédominante. On crut qu'elle allait se faire immédiatement contre l'enceinte elle-même, sur le%frontsbastionnés du Point-du-Jour, sans tenir compte de la nécessité oii les assaillants se seraient trouvés de traverser la Seine et d'apporter sous notre feu des échelles pour escalader lés remparts, ou des fascines pour combler les fossés. On oubliait aussi les canons du fort d'Issy et du Mont-Valérien qui auraient atteint les troupes ennemies en flanc et à dos. Sous l'empire de cette idée» des armements considérables furent ordonnés) et la réserve de bouches à feu, qui était destinée à faire face à une attaque éventuelle, reçut un emploi prématuré. Bientôt après, la place commença un feu d'artillerie à grande portée dans toutes les directions et sans objectif déterminé. On tirait même sans être Assuré que l'ennemi se trouvât à proximité du lieu sur lequel étaient dirigés les projectiles. Gela s'appelait fouiller le terrain, mais jamais le canon n'avait été employé de cette manière par la garnison d'une place assiégée. On perdait la poudre qui aurait pu manquer plus tard si on avait eu à lutter contre une attaque en règle. L'armée prussienne avait à garder deux lignes : Tune decirconvallation, tournée vers le dehors; l'autre de contrevallation, tournée versParis. EUe sut veiller sur leur immense développement avec : tant de soin que des individus isolés réussirent trè*rarement à tromper sa vigilance. L'ennemi parvint donc à réaliser un blocus qui avait toujours été regardé comme impossible* Du reste, il suffisait

d'observer les avant-postes des deux armées pour reconnaître combien l'ennemi apportait plus de soin que nous à tous les détails de ses opérations. Les soldats prussiens se dérobaient soigneusement à notre vue, et, soit qu'ils relevassent leurs postes dans l'obscurité, soit plutôt qu'ils eussent creusé des tranchées pour s'avancer à couvert, nous ne pouvions presque jamais savoir sur quel point ils étaient.

Pour nous assurer qu'ils occupaient un village, un bois, une maison, nous devions nous en approcher, et ils évitaient de tirer pour ne pas se démasquer.

Nos soldats, au contraire, n'avaient pas la prévoyance de travailler à se couvrir,et quand ils avaient un abri tout fait, ils le quittaient sans y penser, se mettaient à découvert par distraction et révélaient ainsi leur présence. Le soldat prussien et le nôtre peuvent se comparer à deux chasseurs dont l'un reste à l'affût, aussi attentif à surveiller le gibier qu'à éviter de s r en laisser voir, tandis que l'autre est distrait par tous les objets qu'il aperçoit, par tous • les bruits qu'il entend.

Lorsque, de notre côté, un ordre d'attaquer avait été donné, on voyait nos tirailleurs, espacés de dix en dix pas marcher sur une même ligne tous à découvert. L'ennemi les laissait approcher quelque peu, bientôt ils entendaient siffler des balles lancées par des mains invisibles ; ils avançaient encore» mais voyant tomber quelqu'un d'entre eux, ils commençaient une fusillade aussi bruyante qu'inefficace, et,

après s'être vivement repliés, ils rejetaient sur leurs chefs toute la responsabilité de l'insuccès. Non-seulement on ne tint aucun compte des changements apportés par les Prussiens dans l'art de combattre, mais les moyens d'instruction connus ne furent même pas mis en usage pour nos soldats. Une méthode, pour former un bon tireur avec un homme qui n'a jamais manié un fusil, a été introduite dans notre armée depuis une trentaine d'années, et elle est d'une telle simplicité qu'elle pourrait être appliquée dans toutes nos communes pour faire autant d'habiles tireurs qu'elles comptent de jeunes gens valides. Cette méthode n'a été enseignée pendant la durée de la guerre ni à nos jeunes soldats, ni à nos jeunes gardes mobiles, qui s'ennuyaient de leur oisiveté ni à nos gardes nationaux si remplis de zèle. Lorsque nous dûmes porter nos troupes en grandes masses à l'attaque des Prussiens, nous eûmes tout intérêt à les aborder rapidement pour ne pas donner le temps de faire arriver des renforts. Or, non-seulement chacune des portes de la ville, avec son pont-levis et sa palissade, formait un défilé qui retardait le pas-, sage de nos troupes, et notamment celui de l'artillerie, mais une suite de barricades, devenues sans objet, puisque l'ennemi se bornait au blocus, formaient des défilés nombreux, tant au dedans qu'au dehors de l'enceinte» Sur une partie du pourtour que nous occupions, nous avions construit des tranchées continues, ici entre les forls, là en avant d'eux ; elles présentaient de tels obstacles pour une armée mar-

chant contre les positions prussiennes, que l'ennemi se trouvait assuré, de ces côtés, contre toute attaque redoutable.

Nous avons dit comment nos meilleures troupes n'ont pu parvenir à sortir de Metz, et Ton peut comprendre maintenant pourquoi, à Paris, nos soldats, nos gardes mobiles et nos gardes nationaux n'ont pu réussir, malgré leur nombre, dans une entreprise analogue. Quatre fois nous avons pris l'offensive pour des opérations importantes, et nous avons contraint les avant-postes ennemis à se replier mais, sur aucun point, nous n'avons pu percer les lignes d'investissement, et tous nos efforts n'ont ni empêché ni retardé la capitulation.

En expliquant l'insuccès de nos efforts, nous ne prétendons pas qu'il y ait eu impossibilité d'obtenir un résultat meilleur.

Opérations des armées de province. — La majeure partie des troupes qui restaient à la France furent réunies derrière la Loire, pour former une armée qui entreprit de débloquer Paris. Cette armée traversa le fleuve, elle obtint sur l'ennemi, près d'Orléans, un .succès aussi glorieux pour ses jeunes soldats que pour le chef qui les commandait ; mais craignant, si elle s'avançait trop rapidement, de ne pouvoir rester maîtresse du passage delà Loire, elle s'arrêta et elle prit, en avant d'Orléans, une position qu'elle fortifia par des retranchements. L'armée prussienne, qui avait investi Metz, était devenue libre ; elle accourut

pour s'opposer à notre marche : nos troupes ne purent supporter sans faiblir les attaques d'ennemis si nombreux, elles durent abandonner Orléans. Le prince Frédéric-Charles parvint à diviser nos forces en deux années» sans communication Tune avec l'autre; la première, sur la rive droite de la Loire, mais séparée du fleuve, changea sa ligne d'opérations; elle reçut des renforts de l'Ouest, et elle arrêta Pennemi par une série de combats; mais l'énergie déployée dans cette lutte par nos jeunes soldats ne put empêcher les armées prussiennes de profiter de leur position centrale ; elles attaquèrent la nôtre et la mirent, près du Mans, en complète déroute. Notre seconde armée fut dirigée de Bourges sur Béfort, pour en faire lever le siège et pour aller, dit-on, si elle réussissait dans cette entreprise, attaquer l'ennemi en Alsace ou même en Allemagne. Malheureusement, sa ligne d'opérations, trop rapprochée du territoire occupé par tes Prussiens et demeurée sans protection suffisante, fut coupée pendant que nos troupes livraient près de Béfort des combats infructueux. La retraite dut s'opérer par une autre voie, où nos soldats ne trouvèrent rien de ce qui leur eût été nécessaire, surtout dans une saison aussi rigoureuse. L'ennemi, poursuivant l'exécution de son plan eut bientôt intercepté toutes les routes ; cette armée française, arrivée à la situation la plus lamentable, se réfugia presque tout entière sur le territoire suisse, oit elle fut internée.

Le général Jomini a montré, dans ses ouvrage?,

comment le succès est en quelque sorte assuré au plan de campagne le mieux conçu ; la dernière période des opérations peut servir d'appui à cette thèse.

Pendant le blocus de Paris, les armées prussiennes ont tour à tour reserré ou étendu leur occupation, mais elles ont toujours gardé des positions centrales relativement aux nôtres. Pour préserver de toute attaque leurs convois qui se dirigeaient d'Allemagne sur l'armée de blocus, elles occupaient à droite et à gauche une zone qui se terminait par un arc de cercle ayant vingt ou trente lieues de rayon. Les armées françaises furent placées de manière à menacer l'ennemi de tous côtés, au Nord, à l'Ouest, au Midi, à l'Est même, à Dijon et à Besançon. Deux de nos armées ayant l'ennemi entre elles auraient eu de grands détours à faire pour se rejoindre, tandis que les corps prussiens se réunissaient sans obstacle par des chemins plus courts. Toutes nos opérations ont eu à supporter les conséquences de cette faute, violation d'une règle de la stratégie qui est fondée sur la réflexion comme sur l'expérience^

Revenons en arrière pour voir si une autre direction donnée aux opérations générales n'aurait pas épargné à la France une 'grande partie des maux qu'elle a soufferts, La défaite de Reischoffen ayant réduit nos troupes de Lorraine à cinq corps d'armée, nous ne pouvions plus rester à cette frontière pour la défendre. Le prince royal de Prusse, qui devait

bientôt arriver à Nancy, pouvait de là se porter sur notre ligne de retraite, et, se mettant en communication avec l'armée du prince Frédéric-Charles, concentrer autour de Metz des forces quatre fois plus nombreuses que les nôtres. Si notre armée, se repliant alors en bon ordre, ne s'était préoccupée que de retarder la marche des forces prussiennes, elle aurait pu sans doute être contrainte de reculer jusqu'à Paris; mais l'ennemi, affaibli par les détachements nécessaires à la sûreté de sa longue ligne de communication, ne serait peutêtre pas resté assez fort pour entreprendre l'investissement complet de notre capitale. En tout cas, la défense de la place aurait été protégée par une armée de secours avec laquelle l'ennemi aurait* eu à compter d'autant plus qu'elle eût été capable de fournir à la province de quoi renforcer les cadres de ses nouvelles levées.

Lorsque nos meilleures troupes eurent été bloquées dans le camp retranché de Metz, le parti à prendre était plus douloureux encore. L'armée en formation à Chàlons devait se rapprocher de Paris, occuper successivement toutes les positions favor râbles à la défensive, de manière à n'engager de combat qu'après aVoir mis de son côté toutes les conditions du succès. La temporisation était certainement le meilleur moyen d'empêcher l'investissement complet.

Après la capitulation de Sedan , alors que les blocus de Metz et de te capitale avaient enlevé à

la France toute force militaire organisée on fit bien de rassembler à tout prix les éléments des nouvelles armées; mais cette dernière et suprême ressource fut encore compromise par des plans défectueux. Une armée qui va livrer bataille avant que l'organisation des troupes ait été cimentée par le temps est vouée à la défaite ; car, à un moment donné, l'indiscipline et ses désordres font place à la panique et à la déroute.

En agissant avec plus de clairvoyance, on n'aurait pas tenté de sauver Paris par une victoire ; mais, après sa chute, la France eût possédé des troupes a peu près formées qui auraient entravé la marche de .l'ennemi. La Prusse se serait heurtée à tous les inconvénients d'une guerre prolongée. Que de familles sans chefs et demeurées dans la souffrance lui auraient fait entendre leurs voix! Le moment serait venu où les populations qui nous avaient envahis auraient dû forcément retourner à leurs travaux. En tout cas, les exigences de l'ennemi eussent été moins dures si la France, conservant des forces organisées, n'eût pas été hors d'état de continuer à se défendre.

Nous avons ravivé les plaies de la patrie , pour déraciner des illusions qui nous ont été funestes. Il faut aujourd'hui reconnaître que tout, dans l'armée prussienne, porte l'empreinte du progrès. Depuis l'école du soldat jusqu'aux manœuvres annuelles de la division, depuis l'organisation de la compagnie jusqu'à celle du. corps d'armée, depuis

l'instruction du sous-lieutenant jnsqu'à celle du général, tout mérite notre étude, tout exige feos réflexions. Il faut, pour commencer, que nos diverses spécialités mettent leurs soins à connaître dans tous leurs détails les institutions dont nous n'avons fait qu'esquisser l'ensemble, pour en tirer les réformes qui seront applicables aux diverses parties de notre état militaire*

Revenant au principe qui lui a déjà fait traverser antérieurement les phases d'une crise redoutable, la France doit fonder son organisation nouvelle sur le service obligatoire pour tous, en conciliant la rigueur du principe avec les adoucissements dus à la situation des familles pauvres et avec l'intérêt des lettres, des sciences, des arts. Elle abrégera autant que possible le temps passé sous les drapeaux pendant la paix, sans perdre de vue que l'instruction des sous-officiers et celle des officiers commence seulement après que les troupes sont devenues capables de manœuvrer avec ensemble. Lorsque tous les citoyens auront été mis en état de défendre le pays, il sera nécessaire qu'il y ait, pour les commander, un nombre suffisant d'officiers. C'est à quoi les jeunes gens des carrières libérales auront été préparés. Dans nos régiments, les fonctions des sous-officiers seront devenues plus laborieuses ; néanmoins, ils consentiront à prolonger volontairement leur temps de service, s'ils ont devant eux la perspective d'un emploi public con-

forme à leurs aptitudes et dont le produit puisse suffire aux besoins d'une famille.

Notre «raée deviendrait moins coûteuse pendant la paix, et «lie serait promptement mobilisable pour la guerre si elle «était constituée en corps permanents, chacun des corps d'année ayant une résidence fixe dans la circonscription où il se recruterait et où il trouverait tous les éléments nécessaires à son complet de guerre. Alors nos généraux auraient à commander, en face de l'ennemi, des troupes placées à l'avance sous leurs ordres, et ils pourraient comme leurs officiers, comme leurs sous-officiers, s'occuper chaque année, sur le terrain, des combinaisons de l'art de combattre.

Les études sur les parties élevées de la guerre pourraient être stimulées en réservant une partie de l'avancement aux officiers qui joindraient à l'habilité dans leurs fonctions les preuvres d'un savoir étendu. Ces mesures, dans leur ensemble, constitueraient une organisation puissante, quoique peu onéreuse pour les finances.

Au milieu du siècle dernier, la Prusse avait acquis une première fois la supériorité sur ses rivales, mais les Français, battus à Rosbach, ayant' étudié avec soin l'armée du vainqueur, trouvèrent les causes de leur défaite. Une réforme complète de l'organisation militaire de la France sortit de discussions nombreuses et approfondies. Quand survint la guerre de 1792, les institutions françaises

étaient devenues dignes de servir, à leur tour, de modèle. L'effort qui avait été fait pour replacer notre constitution au premier rang l'avait mise au-dessus de toutes les autres. Nous avons aujourd'hui à renouveler ce même effort. Gardonsnous de toute présomption; travaillons avec énergie, avec persévérance, et la France, en ce moment accablée, retrouvera son indépendance, sa prospérité, sa force, sa grandeur.

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