‹ Nos saint évangiles (volume 2)Chapitre 14 sur 40 · VISION DE ZACHARIE · texte numérisé non relu

VISION DE ZACHARIE

Comment croire à la naissance d'un fils? Comment, ditil à l'Ange, pourrai- je savoir l. Comment une telle naissance deviendrait-elle possible ? Me voici devenu un frêle et impuissant vieillard, mon épouse vieille aussi, est de plus stérile : deux impuissances, deux impossibilités. Peut-être aurions-nous quelque indulgeuce pour les hésitations de ce vieux Prêtre? Dieu n'en eut pas, et à juste titre. Car lorsque Dieu parle il n'y a plus à objecter des impossibilités de nature, ni à élever quelque objection que ce soit : la volonté divine est plus forte que tout obstacle, la puissance divine ne connaît ni limite ni empêchement. Que fais-tu, homme imprudent ? Dieu te fait une promesse, et tu vas te réfugier dans les impuissances où te réduit la vieillesse, comme si ton âge en pouvait imposer à l'action divine, comme si la créature le pouvait emporter sur le Créateur, comme si par sa seule parole il ne créait pas invinciblement ! Sa parole a fait les cieux, sa parole a créé l'univers, sa parole a fait surgir le peuple Angélique, et tu doutes pour toi de la naissance d'un fils?

Le châtiment semble dur, mais il est au contraire une miséricorde. Zacharie frappé de mutisme trouve dans cette peine un argument à sa foi dans les promesses divines, et son infirmité temporaire le prépare à de nouvelles merveilles.

Ces merveilles éclatent à la naissance du saint Précurseur. Les foules qui au temple avaient, dans l'apparition et les paroles de Gabriel, entrevu de grands événements, Jes voient se rapprocher et se préciser encore dans les prodiges qui accompagnent la naissance de Jean : la parole rendue subitement au père, la prophétie du Messie

* Sanct. Luc, 1, 18.

qui va naître, l'hymne du salut du monde, enfin le nom même de Jean donné par Dieu à l'enfant du miracle . Emues de toutes ces scènes les populations des montagnes de Judée se demandaient ce qu'allait être ce nouveau-né et quelles divines 'choses étaient près d'apparaître. Tous furent saisis de crainte. Dans les montagnes de Judée il n'était bruit que de ces prodiges et ceux qui en écoutaient le récit le recueillaient dans leur cœur et disaient : Que pensez-vous que sera cet enfant, car la main du Seigneur est sur lui \

II. — Six mois après la conception de Jean, Gabriel apparaissait, non plus à un prêtre dans le temple, mais à une humble Vierge dans la bourgade pauvre et méprisée de Nazareth. Cette Vierge est la plus radieuse des Créatures, et l'ambassade de l'Archange n'a pas d'autre objet que la venue sur la terre et la naissance temporelle du Verbe, Fils de Dieu2*

Aux premiers mots que prononce Gabriel nous sommes fixés sur la grandeur, la sainteté 3, l'incomparable gloire de Celle à qui il les adresse : Salut, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes. Un nouvel ordre de choses commence, une immense révolution l'inaugure. Chassée du Paradis terrestre la race d'Adam n'a plus avec le ciel que les rapports du condamné à son juge. La faute d'Eve est retombée sur la femme du poids d'une inénarrable malé-

i Sanct. Luc, I, 57-86.

2 Archangelus mittitur... Gabriel « fortiludo Dei » nuncupatur; per Dei ergo fortitudinem nuntiandus erat qui virtutem Dei et potens in prœlio ad debellandas potestates aereas veniebat. Sanct. Greg., Hom. XXXIV, in Evang.

3 Bene « gratia plena » quia caeteris per partes prestatur, Mariai vero se simul totam infudit gratis plénitude Sanct. Hieron.

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diction, et bien loin que l'Ange soit à ses pieds, elle n'est plus même la compagne honorée de l'homme, mais son esclave et sa victime ' . Bien loin qu'il soit question de « bénédiction » , le genre humain gémit tout entier sous la malédiction du péché. Or, voici qu'un ambassadeur du Ciel s'en vient à la Vierge de Nazareth, et, dans son étrange salutation, annonce, avec la gloire incomparable de Celle qu'il salue, la bénédiction qu'elle répandra sur le monde.

Marie ne s'effraie pas de l'Ange assurément, mais elle s'effraie de son salut, elle est interdite de sa louange ; la gloire dont elle est inondée l'émeut jusqu'au tremblement : « Marie demeura toute troublée et se demandait en elle-même ce que pouvait signifier cette salutation 2.

L'Ange continuant ses révélations découvre à Marie le grand mystère. Le Messie va naître, le Verbe de Dieu va se faire Chair, et c'est dans le sein de la Vierge qu'il a résolu de s'incarner3.

Ne tremblez pas, Marie, car vous avez trouvé grâce devant Dieu. Voilà que vous concevrez dans votre sein 4, et vous enfanterez un Fils, et vous lui donnerez le nom de JÉSUS 5, il sera grand6, on Vappelera le Fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui

1 Contra vocem prius editam mulieri dirigitur nunc sermo ad virginem. Ambrosius in Luc.

2 Cum assueta foret his visionibus, Evangelista non visioni sed relatibus turbationem attribuit.

8 Luc, I, 30-36.

* Quod dicitur « Ecce » celeritatem et prresentiam dénotât, insinuans quod ejus verbo celebratam esseconceptionem. Graecus.

5 Tu « vocabis », non pater : pâtre enim caret quantum ad inferiorem, generationem sicut et matre respectu supernae. Graecus.

6 Vide ergo [magnitudinem Salvatoris, quomodo in toto orbe.

donnera le trône de David son père et il régnera éternellement sur la maison de J acob . Et son règne n'aura point de fin. Mais, dit Marie, comment cela se fera-t-il puisque je suis vierge et veux rester vierge ? — Et l'Ange : V Esprit-Saint descendra en vous ; la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre ; et c'est pourquoi le SAINT qui naîtra de vous sera appelé le Fils de Dieu.

Le Messie devait naître d'une vierge. « Bien loin, 0 Marie, que votre virginité soit un obstacle à la conception du Verbe,, c'est cette virginité elle-même qui vous méritera la divine fécondité. Ne songez plus à l'ordre naturel, voici plus que la nature ; ne vous représentez plus l'union ordinaire et les douleurs maternelles ; vous allez être mère d'une plus auguste et plus divine manière ; Ne dites pas : « Gomment cela se fera-t-il puisque je suis résolue d'être vierge ? » C'est parce que l'homme est écarté que vous êtes trouvée digne de concevoir le Verbe de Dieu. Telle était donc l'économie de l'Incarnation. Le Verbe de Dieu devait être réellement nôtre en prenant réellement notre nature, mais il devait la prendre autrement que nous. Ainsi est fait. Jésus-Christ est conçu comme nous sommes nous même conçus, mais sa conception est divine et surpasse la nôtre de toute la distance du miracle. Il est formé comme nous, mais l'opération de l'Esprit- Saint qui se substitue aux lois des mariages vulgaires lui donne une toute autre naissance que notre naissance. Autant qu'il le faut il est ce que nous sommes ; autant qu'il le faut il nous surpasse. Admirons les harmonies de ce mystère. Ce que la con-

diffusa sit. Ascende in caelos : quomodo caelestia repleverit. Descende cogitatione ad abyssos et vide illuc eum descendisse. Origenes, Hom. VI in Luc.

50 l'annonciation

ception du Christ a de spécial et de miraculeux n'amoindrit en rien la réalité de sa nature humaine, et sa parenté avec nous n'entame nullement son élévation divine. Les deux parties du mystère se gardent mutuellement ■ ».

Ne négligeons pas une autre harmonie. Le Verbe devait naître d'un sein virginal, Lui qui avait, d'une terre vierge, formé le corps du premier homme, et l'avait formé lui seul sans le concours de la femme. D'autre part si, sans union préalable, la femme avait été formée de l'homme, il convenait que l'Homme par excellence, le second Adam, Jésus-Christ, fût, sans le concours de l'homme, formé de la Vierge-Marie. Ce que la femme devait à l'homme en Adam, la femme le lui rendit en Jésus-Christ. Et ainsi furent également glorifiés l'un et l'autre sexe. Que si nous pressons plus encore cette doctrine : de même qu'Adam donna naissance à Eve sans amoindrir ni mutiler son être, Marie forma le corps du second Adam sans rien perdre de son intégrité virginale. Et le Verbe lui-même, sans détriment de sa nature divine, s'incarna dans le sein de Marie, afin de glorifier, en la partageant, notre humanité ; afin aussi de la soustraire au démon qui, à la suite du péché, en avait fait sa conquête2.

Tels sont les mystères que l'Archange Gabriel découvrait à la jeune Vierge de Nazareth. Marie était-elle défiante ou ncrédule quand elle disait : Comment se fera cela puisque je veux rester vierge 3 ? A Dieu ne plaise ! Marie, sans douter des œuvres divines, deman-

1 Sanct. Chrysost. Sermo : Peccata Fratrum non evulganda.

2 Sanct. Chrysost. in Natalem Christi.

8 Neque non credere Angelo Maria debuit, neque tam temere divina usurpare.Ambros. in Luc.

dait seulement le « comment » de leur accomplissement, et l'Ange la renvoyait à la toute puissance de Dieu.

Cette toute puissance dans la miraculeuse conception du Verbe incarné s'était, dès les temps antiques, manifestée en partie dans la stérilité miraculeusement féconde de plusieurs femmes des Patriarches et des Saints de l'Ancienne Alliance. Et tout proche d'elle Marie pouvait, dans sa parente Elisabeth, contempler le même miracle. Voilà, continue l'Ange, que votre parente Elisabeth, elle aussi y a conçu un fils dans sa vieillesse ; et celle qu'on nommait stérile en est à son sixième mois ; car rien n'est impossible à Dieu. Dieu s'est plu à esquisser d'avance ses grandes œuvres, et de même qu'il habitue nos yeux au rayonnement du plein midi par les lueurs grandissantes de l'aurore, de même il habitua le genre humain aux merveilles de l'Incarnation de son Verbe par d'autres moins éclatantes merveilles. Une vierge devait enfanter : Dieu donne par avance aux stériles la miraculeuse puissance de la fécondité. L'Ange Gabriel aurait pu citer à Marie, Sara, Rebecca, Rachel, et bien d'autres, car en elles Dieu avait fait éclater sa puissance, mais sa démonstration empruntait à la parenté et à la proximité du temps une force plus grande : votre parente Elisabeth, elle aussi, a conçu un fils. C'est donc, soyons-en assurés, à cause de l'enfantement de la Vierge que Dieu donna aux stériles une miraculeuse fécondité1.

Alors Marie répondit : Je suis la servante du Seigneur ; qu'il me soit fait selon votre parole.

Dieu attendait ce mot de Marie pour consommer le grand œuvre de l'Incarnation. Marie le prononce et de-

1 Sanct. Chrysost. Passim.

vient la mère de Dieu. Le Verbe est « notre Emmanuel », « le Verbe est fait chair », la rédemption du monde s'accomplit *.

« 0 mystère admirable ! Le ciel exulte, les anges chantent leurs hymnes de triomphe, les Séraphins éclatent en transports d'allégresse, tous célèbrent la divine fête de rincarnation. Voici Dieu sur la terre et voici l'homme élevé jusqu'aux Cieux. Celui qui habitait les sommets éternels descend dans la vallée des larmes, et la race humaine, hôte de cette vallée, se trouve, par une incompréhensible miséricorde, transportée dans les divines hauteurs. Ne demandons pas comment s'opère ce mystère. Quand Dieu commande, jla nature obéit. Dieu a voulu, Dieu a accompli, Dieu est descendu, Dieu a sauvé le monde. L'Éternel est conçu ; ce qu'il n'était pas auparavant, il le devient, Il est Dieu, le voici devenu homme, mais sans rien perdre de sa divinité. Ce n'est pas au détriment de sa divinité qu'il se fait homme, ni la nature humaine en Lui ne se confondra jamais avec sa nature divine. Le Verbe se fait chair, mais il demeure ce qu'il était, Dieu immuable, impassible.

Celui qui est engendré du Père ineffablement, Celui là, pour notre salut, est engendré de la Vierge Marie par une incompréhensible opération. Eternellement engendré du Père, le Père seul connaît le mystère de cette éternelle génération. Engendré miraculeusement d'une Vierge, l'Esprit-Saint seul connaît le mystère de ce nouvel enfantement. Et aussi véritablement qu'il est engendré du Père, aussi véritablement le Verbe se fait chair en Marie, aussi véritablement il est homme engendré

1 Per ineffabile namque sacramentum concepto Sancto partu Inviolabili secundum veritatem utriusque naturae, eadem Virgo Ancilla Domini fuit et mater. Gregor. XVIII, Moral.

de la Vierge . Au ciel il n'a qu'un Père ; ici bas il n'a qu'une mère ; fils unique de Dieu, fils unique de Marie. Autant il serait blasphématoire de mêler une femme à sa génération éternelle, autant il le serait de mêler l'homme à sa génération terrestre. Le Père l'engendre sans lésion de sa divine nature] ; Marie l'engendre sans corruption de sa virginité. Et nous, devant ces opérations ineffables, gardons le silence d'une foi Jqui adore sans avoir compris. Rien ici n'obéit aux lois de la nature; au contraire tout les surpasse ; la nature a cédé la place aux volontés et à la puissance de Dieu ».

« 0 inénarrable don ! Le Fils unique de Dieu, l'Eternel, l'Inaccessible, l'Incorporel, l'Intangible, prend notre corps mortel et se livre à nos regards. Pourquoi? Pour nous devenir notre modèle et notre guide vers un monde surnaturel que nos yeux ne peuyent apercevoir. Si les hommes ne sont enclins à croire que ce qu'ils voient : voici Dieu devenu visible, afin de nous tirer de toute incertitude et de toute suspicion. »

« Sauveur universel, tous s'en viendront à Lui chercher leur salut ; les rois, car il est le roi des Cieux ; les guerriers, car il conduit la grande armée des Élus de Dieu ; les femmes adorent le Fruit béni de la Vierge, car c'est en Lui que leurs souffrances seront allégées ; les vierges admireront stupéfaites comment, lui qui créa le lait maternel et lui traça son cours, se fait alimenter par une Mère Vierge; les petits enfants viendront apprendre de Lui les louanges que Dieu fait sortir de la bouche des nouveau-nés ; l'homme fait lui demandera l'allégement de ses peines, à Lui qui ne s'est fait Homme que pour notre salut. Voici venir les pasteurs au « Pasteur qui donne sa vie pour ses brebis » ; les prêtres au « Prêtre selon l'ordre de Melchisédech » ; les esclaves à Celui

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