‹ Nos saint évangiles (volume 2)Chapitre 24 sur 40 · JAÏRE. L'HÉMORROÏSSE. AUTRES MIRACLES · texte numérisé non relu

JAÏRE. L'HÉMORROÏSSE. AUTRES MIRACLES

I. — Le repas chez le publicain Matthieu s'achevait, quand on vit entrer plein de larmes et de sanglots, un père dont la fille se mourait. C'était un Chef de la Synagogue de Capharnaiim nommé Jaïre. Quand il quitta l'enfant pour courir au Sauveur elle était à son dernier souffle, aussi peut-il, dire à la fois, dans l'égarement de sa douleur : « ma fille se meurt... * ma fille est morte. » 2 Jésus parlait encore quand un chef de la Synagogue nommé Jaïre vint se jeter à ses pieds en disant : ma fille se meurt... elle est morte.,, venez, imposez lui les mains et elle vivra3.

Jésus se leva et le suivit accompagné de ses disciples, et une foule immense se pressait sur ses pas, le serrant de tous côtés 4.

Un grand miracle venait à point pour fermer la bouche aux insolentes récriminations des Pharisiens et des disciples de Jean. Par le miracle, Jésus-Christ établis-

1 Marc, V, 23.

2 Matt., IX, 18.

» Matt., IX, 18, Marc, V, 22-23. Luc, VIII, 41-42. * Malt., IX, 19. Marc, V, 24.

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sait victorieusement qu'il était le Dieu dont relevait la Loi Ancienne, dont émanerait la Loi Nouvelle, qu'il était, ainsi qu'il venait de le dire dans une gracieuse image, le Rédempteur du monde, l'Epoux divin de la nature humaine, Homme et Dieu tout ensemble, venu sur la terre pour ouvrir aux âmes l'accès aux fêtes nuptiales de l'éternité. La résurrection de la fille de Jaïre doit avoir un retentissement d'autant plus grand que la situation du père est plus élevée, son autorité plus reconnue, la foule qui raccompagne plus considérable, le miracle en lui-même plus extraordinaire et plus nouveau, la douleur du solliciteur plus poignante.

Si Jésus veut comme témoins les Pharisiens ses ennemis, il n'a garde pour un motif tout autre d'oublier ses apôtres. Il ne les admet pas tous; il laisse même Matthieu, novice encore et non assez méritant,, et il prend avec lui Pierre, Jacques et Jean. La foule n'entrera pas car Jésus fuit l'ostentation et recherche pour ses plus grandes œuvres l'ombre et le silence. D'ailleurs, tout à l'heure elle pourra voir et constater la réalité du miracle *,

Jaïre réalisait, sans doute, mais trop peu encore, la condition posée par Jésus-Christ : la foi. Il croyait puisqu'il sollicitait. Il attribuait même à Jésus le pouvoir le plus étendu, celui de rappeler un mort à la vie. « Ma fille est morte, mais venez 1 » Mais, Jésus était-il à ses yeux plus qu'un Prophète? Un Ëlie? Un Elisée? On peut en douter ; car, il lui demande de faire ce que firent d'ordinaire les Thaumaturges ,de la Loi Ancienne : étendre la main, supplier Jéhovah, toucher le cadavre. Il y avait loin de cette foi imparfaite à celle que nous

» MatL, IX, 18. Marc, V, 23. Luc, VIII, 41-42.

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trouverons dans le Centurion qui confesse en Jésus le Maître absolu de toutes choses, opérant tout de luimême, trouvant en lui-même la puissance du miracle, sans avoir à la réclamer du dehors.

Néanmoins, la douleur du malheureux père était si poignante que Jésus le prit en pitié, et quant à sa foi, il va, durant le chemin, la fortifier par la vue d'un nouveau miracle, celui de l'hémorroïsse.

II. — Pauvre femme, timide par nature, honteuse de la maladie qui l'épuisé et la rend souillée aux yeux de la Loi, elle s'est bien gardée de pénétrer dans la salle du festin et de se produire en public ; elle n'est qu'une femme, comment serait-elle reçue par le grand Prophète ? Comment même la laisserait-on s'approcher de Lui ? Elle se cache dans les rangs pressés de la foule i ; elle espère que personne ne prendra garde à elle ; mais elle se sent poussée vers Jésus par une telle confiance, qu'elle s'efforcera, sans qu'il puisse s'en apercevoir, de toucher la frange de son vêtement. Sans qu'il puisse s'en apercevoir? Il manque donc à sa foi un rayon bien décisif et bien essentiel? Quoi I Elle se figure pouvoir se cacher de luil A cette imperfection près, sa foi est grande, puisqu'elle compte être guérie au seul contact du vêtement. Dans la foule se trouvait une femme affligée depuis douze années d'un flux de sang. Elle s'en vint par derrière et toucha la frange du vêtement de Jésus. Car elle se disait elle-même : « Si seulement je touche son vêtement je serai guérie 2 ».

Jésus la guérira, mais point de suite, ni sans la pro-

i Luc, VIII, 40, 45.

2 Lue., VIII, 43-44. Marc, V, 26-27-28. Matt., IX, 20-21.

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duire d'autant plus manifestement qu'elle se cachait davantage. Il le faut à plusieurs titres. D'abord, pour vaincre sa timidité, chasser sa honte, et redonner à cette feuille tremblante la stabilité d'une confiance entière. Sa foi du même coup doit être augmentée et fortifiée, car si elle pensait échapper aux rayons de sa toute science, elle ignorait donc le Dieu dont elle implorait le pouvoir? Mais comme sous un autre rapport sa foi était admirable, il fallait la montrer à la foule, et surtout à Jaïre comme un modèle à imiter. Jaïre, plus que les autres avait besoin d'un immédiat secours, car, au moment même où Jésus disait à la malade : Ma fille, aie confiance, ta foi fa sauvée % les serviteurs de ce père éploré venaient ébranler sa foi si faible encore : votre fille est morte y pourquoi importuner le Maître2. Il eût peut- être pu la guérir, mais pourquoi lui demander l'impossible, et croire qu'il la ressuscitera? Jésus vit l'effet désastreux, qu'allait produire cette intervention de gens incrédules auprès de Jaïre faiblement croyant, aussitôt il se tourna vers lui pour lui dire : Ne crains pas; crois seulement et ta fille est sauvée 3. »

Plus encore que ces paroles un miracle allait fortifier la foi de Jaïre. L'bémorroïsse eut à peine touché le vêtement de Jésus qu'elle fut guérie. Toute saisie de ce qui venait de se produire en elle, elle vint se jeter aux pieds du Maître et déclara devant tout le peuple pourquoi elle l'avait touché et comment tout subitement elle s'était trouvée guérie. Jésus voulait pour Jaïre cette confession publique de la malade guérie ; aussitôt se tournant vers elle ; Aie confiance, ma fille, ta foi fa sauvée. Quelle

1 Luc, IX, 48. Marc, V, 34. Matt., IX, 22. * Luc, VIII, 49-50. Marc, V, 35-36.

3 Luc, VIII, 50. Marc, V, 36.

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tendresse dans ces mots ! Quel aliment à la confiance et en même temps quelle base à la foi !

Saint Luc ajoute un saisissant détail omis par saint Matthieu. Quand Thémorroïsse dissimulée dans la foule eut, sans que nul eût pu s'en apercevoir, touché la frange du vêtement, Jésus se retourna vers la foule : Qui a, dit-il, touché mes vêtements? Tous s'en défendaient . Pierre et les antres lui dirent alors: Maître, la foule vous presse et vous accable, et vous dites : « qui m'a touché? » La tradition n'a pas manqué de faire ici cette remarque : la foule a beau entourer Jésus de son empressement *, elle ne le touche pas, elle ne fait pas jaillir de luises puissances de sainteté et dévie. Seules les âmes ferventes, pieuses, humbles, sauront toucher son cœur et trouveront à son divin contact la guérison de leurs maux et la plénitude de leur santé spirituelle. Mais un autre mystère plus sublime se détache de cette scène. Si simple dans sa démarche, si humble sous les dehors de son humanité, que les foules l'approchent et sans ménagement le pressent et l'accablent, Jésus n'en est pas moins le Fils de Dieu, Dieu souverain comme son Père. « La Divinité habite en Lui corporellement.» Sous la frêle cloison d'une chair passible et mortelle, la divinité se fait jour; sous le léger nuage de son humanité le Soleil de Justice darde ses rayons. Tai senti, dit Jésus, qu'une vertu est sortie de moi 2. Ainsi s'explique le magnifique mot de saint Paul qui appelle Jésus- Christ « un Sacrement » ; Sacrement véritable, type en même temps que source et auteur de tous les Sacrements. Le Signe sensible, en Jésus-Christ, c'est son

i Luc, VIII, 45-46. Marc, V, 30-31-32.

2 Luc, VIII, 46. Marc, V, 30.

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