RÉSURRECTION DE LA FILLE DE JAÏRE
Humanité ; la grâce c'est sa divinité qui nous est communiquée par le signe. Nous touchons Jésus à son vêtement, à sa chair; aussitôt la divinité jaillit sur nous, nous pénètre, nous déifie, nous rend aptes aux gloires et aux délices de la vie éternelle .
III. — Quand un motif de charité l'y obligeait, le Sauveur donnait à ses œuvres un plus grand éclat, comme nous venons de le voir dans la guérison de l'hémorroïsse.yi fallait tout ensemble affermir la foi de Jaïre et mettre en lumière les vertus de l'admirable femme. Le plus souvent, au contraire, pour nous inculquer le mépris de l'ostentation et du faste, il écartait la'foule et n'admettait que les témoins nécessaires à l'authenticité de ses miracles. Ainsi fit-il pour la résurrection de la fille de Jaïre ; il ne voulut |avec lui que trois de ses apôtres, Pierre, Jacques et Jean, et le père et la mère de la jeune fille.
La maison où il entra était pleine d'un inconvenant tumulte '. Il y avait là une troupe bruyante et confuse de joueurs d'instruments, de gens qui poussaient des lamentations et des cris : coutume presque universelle dans la société païenne et qui, des pays idolâtres, avait fait irruption chez le peuple Juif. Là où aucune foi ne règne et où la mort n'est pas le commencement de notre véritable vie, ces scènes d'une tumultueuse douleur sont déjà inexcusables, tant le redoutable mystère du trépas réclame la majesté du silence, mais combien plus sont-elles blâmables là où s'impose la croyance à une existence d'au-delà le tombeau ? Aussi le premier acte de Jésus, dès son entrée chez Jaïre, est de chasser
» Matt., IX, -23. Marc.,V, 38-39.
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ces pleureuses et ces joueurs d'instruments. Retirezvous l Un mot qu'il ajoute provoque leurs inconvenantes plaisanteries : Cette jeune fille n'est pas morte, elle dort. Et ils se inaient de lui sachant bien qu'elle était morte K. Jésus, en les chassant, ne les reprend pas de leurs rires injurieux. Pourquoi ? Parce que ces rires moqueurs étaient pour tous le plus irrécusable témoignage de la mort de la jeune fille, et par suite de l'authenticité du miracle de sa résurrection. Ils se moquaient, dit l'Évangéliste, parce qu'ils savaient bien, eux, qu'elle était morte 2. Ce soin d'établir, contre des négations imprudentes ou des explications frauduleuses, la vérité de ses miracles, nous le retrouvons sans cesse dans la conduite du Sauveur. Ainsi agira-t-il quand il ressuscitera Lazare, disposant tout pour que les assistants témoignent par leur langage ou leurs actes que Lazare est bien réellement mort, que la pierre du sépulcre le recouvre et que la puanteur de son cadavre en putréfaction leur est devenue impossible à soutenir. Ici l'assistance connaît si bien la mort de la jeune fille que le mot du Sauveur : Elle n'est pas morte mais elle dort, provoque ses sarcasmes : ils se riaient de lui 3.
Nul d'entre eux n'avait compris ni l'intention du Sauveur en prononçant ce mot, ni surtout le sens profond de ce mot lui-même. Jésus n'arrive au corps que par l'âme ; avant de guérir celui-là, il traite celle-ci ; avant d'apaiser la tempête, il éclaire et justifie l'âme terrifiée des Apôtres ; avant la guérison de ses membres il remet les péchés au paralytique. Il ne ressuscitera Lazare qu'après avoir rappelé ses sœurs désolées aux espérances
i Luc, VIII, 53. Marc, V, 40.
2 Luc, VIII, 53.
» Luc, VIII, 53.