LA VEUVE DE NAÏM
et lui qui, dans les précédents miracles, avait rendu partiellement des infirmes à l'intégrité de leurs membres et à la plénitude de leur santé, allait, par un plus éclatant prodige, arracher à la mort même sa jeune victime. Rapprochant, il toucha la litière ; les porteurs s'arrêtèrent, et alors élevant la voix Jésus dit : a Jeune homme, je le le commande, lève-toi » / Le mort se leva sur son séant et se mit à parler. Et Jésus le rendit à sa mère 4. La plénitude de la Divinité habitant corporellement en Jésus-Christ, sa chair est comme le véhicule de la divine puissance. Ce que touche Jésus est vivifié. A peine le cercueil eût-il senti le contact divin que ce ne fut plus que la couche d'où se leva celui qui y reposait endormi. La parole n'est pas moins d'un Dieu que le geste : « Je te le commande » ! Qui d'entre les hommes, fut-il le plus puissant des hommes, commanda jamais à la mort ?
Ne doutons pas qu'avant de rendre la vie au corps Jésus n'ait sanctifié l'âme, et que, quand « le jeune homme se mita parler», il ne sortit de ses lèvres ravivées que les témoignages de sa foi et les accents de sa reconnaissance.
a Et il le rendit à sa mère.» Notre céleste mère à tous c'est l'Église. C'est pour elle, pour son éternelle gloire, qu'au >jour de la Résurrection générale, Jésus- Christ nous fera tous sortir pleins de vie de nos tombeaux.
Nous ne voyons comme témoin de ce grand miracle qu'une foule au cœur droit et à l'âme enthousiaste ; peut-être ne conclut-elle pas clairement à la Divinité de Jésus, mais, au moins, elle le sait plus grand que l'homme
* Luc, V1I,14.
et nul des prophètes ne peut lui être comparé. Un respect mêlé de terreur la saisit comme en face d'une apparition divine. Tous furent saisis de crainte et rendaient grâce à Dieu . « Un grand Prophète s'est levé parmi nous, s' écriaient-ils, et le Seigneur a visité son Peuple. Et le bruit de ce miracle se répandit dans la Judée entière et les pays d'alentour ' .
Jésus-Christ vient de se montrer à nous dans le déploiement de sa puissance divine, quand d'un mot il rappelle de la mort le fils de la veuve de Naïm. Une autre scène nous le fait apparaître comme notre miséricordieux Sauveur. Que de fois déjà nous l'avons vu entouré de publicains et de pécheurs et bravant pour leur rester attaché les murmures et les suspicions odieuses des Pharisiens ! Ici, à Naïm, à la table de Simon, ce n'est plus le pécheur ordinaire qu'il accueille et purifie, c'est la dernière des hontes, la suprême misère, sur laquelle il verse la grâce et le pardon. La femme tombée au plus profond de l'abîme, la femme que ses désordres ont rendue pour tous un objet de dégoût, que l'on fuit, dont on ne veut plus même supporter la vue, dont l'approche est déjà une souillure, qu'on flétrit d'un seul mot : la prostituée ! C'est elle que nous voyons aux pieds du Sauveur, se purifiant dans ses larmes, se relevant dans l'héroïsme, embaumant de ses parfums les lieux qu'elle a empoisonnés de ses vices, recevant du Dieu de toute sainteté la grâce du pardon et rachetant, dans un
i Luc, VII, 16-17.
moment d'amour divin, les longues années de ses amours adultères. Grande et délicieuse scène, où nous voyons le Rédempteur appeler à lui, dans la dernière des misères humaines, tout ce que la déchéance originelle à accumulé de désordres et de hontes. Quel pécheur désespérera quand il aura contemplé la pécheresse du festin de Simon ?
Un pharisien du nom de Simon pria Jésus d'accepter son repas. Jésus entra et se mit à table l. Remarquons pour la suite du récit la sécheresse de l'invitation et le sans-gêne de l'accueil. Tout invité de marque devait, selon les usages de l'Orient, être reçu par ses hôtes avec les plus délicates attentions. L'eau versée sur ses pieds le défatiguait de sa marche, des parfums embaumaient sa chevelure, et jamais on ne se dispensait du baiser de bienvenue. L'arrogante insouciance du Pharisien passa outre et Jésus entra comme entraient les pauvres et les petites gens. Sans se plaindre, >il alla prendre sa place sur le lit, où, selon l'usage grec et romain adopté par les Juifs, chaque convive prenait part au festin. On mangeait ainsi couché et les pieds tournés vers le dehors. Un autre usage permettait au public d'entrer dans la salle du festin et d'entourer les convives. Voilà qu'une femme, connue comme pécheresse dans la ville, ayant appris que Jésus était l'invité de Simon le Pharisien, entra dans la salle, tenant à la main un vase d'albâtre rempli de parfum. Prosternée derrière Jésus, à ses pieds, elle se mit à les arroser de ses larmes, à les essuyer de ses cheveux, à les oindre de ses parfums 2. Assurément cette femme, do
i Luc.,YII, 36.
2 Luc, VU, 37-38,
pécheresse éhontée, est devenue la pénitente pleine de larmes abîmée dans son humble repentir, purifiée dans l'amour, puisant dans cet amour la force qui brave le respect humain, et la noble indépendance qui ne tient compte ni des mépris ni des sarcasmes de censeurs sans pitié. Elle achève de se convertir aux pieds du Sauveur, mais la grâce la travaille depuis le jour où, pour la première fois, elle fut subjuguée par les charmes divins et l'irrésistible puissance des paroles de Jésus. Quelle circonstance le lui fit rencontrer, alors que livrée toute entière à ses désordres, elle était à ce point le scandale de la ville de Magdala qu'on ne la connaissait plus que sous le nom de Marie la Magdaleine? L'Evangile est muet. Mais s'il s'est tû sur les premiers instants de la conversion de Marie-Madeleine, il n'a plus cessé de nous la montrer liée étroitement au ministère de Jésus, le suivant dans ses courses, mêlée aux autres saintes femmes de Galilée, et se distinguant d'elles par un plus ardent amour et un plus héroïque dévouement. Une autre fois encore elle oindra de parfums, non plus les pieds seulement, mais la tête de Jésus. Ayant retrouvé, avec la vertu, les joies de la famille, sœur aimante de Marthe et de Lazare, nous la retrouverons à Béthanie aux pieds du Sauveur, pour se nourrirgde sa parole, à ses pieds encore pour y répandre la douleur et les larmes que lui arrachent la mort d'un frère. Elle suivra intrépidement Jésus dans toutes les étapes de sa Voie Douloureuse, elle recevra son dernier soupir, elle ne s'arrachera pas de son sépulcre, et elle sera la première|à le revoir ressuscité.
C'est ainsi qu'en la pécheresse de Magdala Jésus relevait magnifiquement la femme que le paganisme avait souillée et opprimée, et que la Loi Mosaïque était im-
puissante à défendre. Oui vraiment et plus qu'impuissante ! Ecoutons plutôt le pharisien Simon. Si cet homme était un prophète, il saurait ce qiCest cette femme qui le touche et qu'elle est une pécheresse i. Voilà tout ce que trouve dans son cœur, ce juste orgueilleux. Et cependant, qui ne se sentirait ému devant cette femme en larmes, devant ce repentir s'exprimant de tant de manières et avec une douleur si poignante? Mais rien ne touchait plus ces hommes dont les plus justes étaient sans miséricorde, dont les autres joignaient au mépris pour les fautes d'autrui la plus complète indulgence pour les leurs. Simon est d'ailleurs ici la parfaite image du monde. Le monde fait tout pour flétrir et perdre la femme, et quand il l'a perdue, il la rejette avec une hypocrite pudeur. Son indulgence est sans mesure pour le vice doré et la courtisane en faveur, mais dès que son égoïsme trouve son compte à la flétrir, il la flétrit.
Coupable d'orgueilleuse sévérité pour la pécheresse repentante, Simon est plus coupable encore envers Jésus d'insolente suspicion. Si cet homme savait /... ditil. Pour lui Jésus-Christ n'est qu'un homme, dont la naïve ignorance ou la coupable faiblesse blessent également les règles de la plus élémentaire dignité. Etonnante obstination des Juifs ! Ils sont tous les jours témoins des miracles qui couronnent le Sauveur d'un diadème divin ; Naïm est rempli encore des acclamations qui ont accompagné la résurrection du fils de la veuve ; tout proclame que Jésus est ce qu'il dit être : le Fils de Dieu venu dans le monde pour sauver le monde, et Simon se dit en lui-même : « Si cet homme savait... ».
1 Lue., VII, 39.
A l'instant môme, Jésus lui donne, en scrutant sa pensée secrète, une preuve nouvelle qu'il est un Prophète et plus qu'un Prophète. Jésus répondant à sa pensée lui dit : Simon, j'ai quelque chose à te dire . — Maure, parlez. — Un créancier avait deux débiteurs dont l'un devait cinq cents deniers, Vautre cinquante. N'ayant ni l'un ni l'autre de quoi s acquitter, il leur remit leur dette à tous deux. Lequel l'aimera davantage1 ? Le cœur humain est ainsi fait. Plus il se sent aimé, plus il aime; sa reconnaissance croît avec le bienfait, et si quelque grand dévouement le tire d'un péril extrême, ou si quelque pardon éteint des haines sous le poids desquelles il fallait succomber, son amour sera sans borne comme sa gratitude. Ainsi s'offre à nous Marie-Madeleine. Elle a trouvé en Jésus tant de compatissante bonté, des pardons si généreux, une effusion de grâces si abondante, que son amour ne connaît plus ni attiédissement ni faiblesse. Elle aime ardemment et avidement, elle le montre, et si le Pharisien eût pu comprendre le délicieux mystère de l'amour pénitent, il n'eût ni méprisé la pécheresse ni soupçonné d'ignorance le Dieu qui la réhabilitait. Au moins sut-il répondre juste à la demande de Jésus. Maître, dit-il, je crois que c'est celui auquel une plus large faveur aura été faite 2.En parlant ainsi, il ne se doutait pas de l'application que Jésus allait faire de ses paroles, et comment, mis en parallèle avec la pécheresse, il avait le dessous.
Tu as bien jugé, répondit Jésus. Puis, se tournant vers la femme : Tu vois cette femme ? Je suis entré
i Luc, VU, 40-41-42-43, a Luc, VII, 43.
chez toi ; tu ne m'as pas donné d'eau pour mes pieds : elle au contraire a lavé mes pieds de ses larmes et les a essuyés de ses cheveux. Tu ne mas point donné de baiser : elle au contraire ne cesse, depuis son entrée, de baiser mes pieds. Tu n'as pas oint d'huile ma tête : elle ait contraire a baigné mes pieds de parfums *.
Sortons de l'étroite enceinte de la maison du Juif, c'est par toute la terre, durant tous les siècles, que nous devons contempler les merveilles de Dieu. L'une des plus excellentes a été la réhabilitation de la femme, esclave des passions et de la cruauté de l'homme avant Jésus-Christ ; depuis Jésus-Christ, purifiée, ennoblie, exaltée dans l'amour, empourprée dans le martyre, associée aux plus grandes œuvres, instigatrice souvent, toujours auxiliaire, des plus vitales entreprises et des plus glorieuses conquêtes de la foi. A cette parole de Jésus : Vois-tu cette femme, élevons les yeux et contemplons les mérites et la gloire de nos chrétiennes à travers le monde et les siècles. Entendons cet autre mot : Elle a beaucoup aimé2 ! C'est en elle que Dieu trouvera plus d'ardeur à l'aimer, plus de courage à se dévouer à Lui, plus d'énergie à le défendre, plus d'héroïsme à le suivre dans les prodiges de sa charité. Si c'est la femme que Jésus-Christ a relevée d'une déchéance plus profonde, c'est celle qui en retour lui a voué un cœur plus tendre et plus fort. Je te le déclare, 0 Simon ! Beaucoup de péchés lui ont été remis : aussi a-t-elle beaucoup aimé. Celui auquel on pardonne moins, aime moins 3.
» Luc, VII, 43-44-45.
2 Luc, VII, 47.
» Luc, VII, 47.
Et il dit à la femme : Tes péchés te sont remis *.
Ainsi, avant même cette sentence, Dieu lui avait pardonné : Jésus ne fait plus que constater et produire au jour l'innocence que son amour, ses larmes et ses œuvres, lui avaient rendue. Or ici, comme il en sera partout et toujours, c'est la foi qui commence et consomme notre réhabilitation et notre salut. Sans la foi nous n'allons pas à Jésus, nous ne baignons pas ses pieds des larmes du repentir, nos prières sont sans parfums, notre âme sans grâce et sans amnistie. Jésus, dit à la femme : Ta foi fa sauvée, va en paix2 ».
La foule n'entendait jamais sortir de la bouche du Sauveur la formule d'absolution, sans lever la tête et prêter l'oreille, tant la remise des péchés est l'œuvre exclusive de Dieu, tant Jésus en remettant les péchés faisait acte de divinité : Or, les convives se disaient entre eux : Qui est donc celui-ci qui va jusqu'à remettre les péchés 3 ?
i Luc, VII, 48.
2 Luc.,\M,I)0.
' Luc, Vil, 40.
Note A
(se rapportant à la page 96)
Dans les premiers temps, le nom de Galilée, c'est-àdire cercle, district, ne se donnait qu'au territoire de la tribu de Nephthali, sur la limite septentrionale du pays de Chanaan. Au temps de Jésus-Christ, la Galilée comprenait toute la partie du nord de la Palestine en deçà du Jourdain, c'est-à-dire cette région où étaient autrefois fixés les tribus d'Aser, de Nephthali, de Zabulon et une partie d'Issachar, et elle était bornée au nord par le Liban et la Syrie, à l'est par le Jourdain, le lac de Mérom et le lac de Génésareth, au sud par le petit pays de Samarie, et à l'ouest par la mer Méditerranée, jusqu'à la ville de Ptolémaïs et au promontoire du Carmel exclusivement.
On distinguait la Galilée supérieure et la Galilée inférieure, ou la Galilée du Nord et la Galilée du Sud. La Galilée du Nord, contrée montagneuse, renfermait les montagnes de Nephthali ( Dschébel-Safed jusqu'à Schaghour), et était en très grande partie peuplée de Phéniciens, de Syriens, d'Arabes et de Grecs, tous païens, ce qui la fit appeler simplement Galilée des Gentils. Au contraire, la Galilée du Sud, qui comprenait dans ses limites la chaîne des montagnes de Sepphoris (Séfourié), le Thabor et le Pelit-Hermon, ainsi que le mont Gelboé, avait une population en majeure partie composée de Juifs. Cette belle contrée, coupée par de fréquentes montagnes, avait au rapport de Josèphe, des fertiles vallées et de valeureux habitants* « Les gens de ce pays, dit-il, ne connaissent ni la timi^
dite ni la pauvreté. Un sol productif, des pâturages riches et abondants et des plantations d'arbres de toute espèce y attirent par leur rare fécondité même des gens qui d'ailleurs n'estiment pas beaucoup l'agriculture. Le pays, tout cultivé par ses habitants, n'offre aucune partie inculte ou déserte ; il y a en outre beaucoup de villes et une multitude de bourgs qui, à raison de la qualité du sol, sont très peuplés ; le plus petit à plus de 15.000 habitants. Même de nos jours, la Galilée est bien supérieure par ses beautés naturelles aux contrées de la Samarie et de la Judée : l'aspect des montages couvertes de bois et des collines tapissées de verdures a quelque chose de bien plus pittoresque et de plus animé. Les hauteurs de l'Hermon, qui verse dans la plaine des eaux abondantes, s'élèvent sur la limite comme la clef du pays, tandis que les lacs de Mérom et de Génésareth rehaussent les agréments de la contrée montagneuse.
Les Juifs galiléens étaient comunément pour le reste de leurs coreligionnaires un objet de mépris, parce qu'on les considérait, à cause du voisinage des gentils, comme moins orthodoxes. C'est ainsi que Nathanaël dit à Philippe : Peut -il venir quelque chose de bon de Nazareth ? En outre, les Galiléens se distinguaient aussi des autres Juifs par un accent plus dur dans leur prononciation. Ce fut à son langage que Pierre, qui avait suivi le Sauveur jusque dans la cour du grand prêtre Anne, fut reconnu des assistants, qui lui dirent : Assurément, vous étiez aussi de ces gens-là, car votre langage vous fait assez connaître. (Gratz, Théâtre, des Divines Ecritures, Ed. Vives).
Note B
(se rapportant à la page 114)
Le lit du Jourdain est presque partout bordé d'arbres élevés et d'une verdure luxuriante ; les relations des voyageurs font mention du rhamnus, du laurier-rose et de différentes sortes de roseaux, mêlés ça et là aux tamarins et aux saules. C'est ainsi que le Sauveur avait dit (Matth., XI. 7; Luc, VII, 2-4) : Qu'êtes-vous allés voir dans le désert (sur les bords du Jourdain) ? un roseau agité par le vent. Non loin de Jéricho, la largeur du Jourdain est de 60 à 90 pieds, et, à son embouchure dans la mer Morle, de 200 à 300 pieds. Sa profondeur, au milieu même du fleuve, s'élève à peine audessus de 10 pieds ; au midi du lac de Génésareth, on porte sa profondeur à 6 ou 7 pieds.
L'eau jaunâtre du Jourdain, plutôt tiède que froide, nourrit beaucoup de poissons : elle est potable et peut se conserver assez longtemps. Au temps de la moisson, en avril et au commencement de mai, le lit du fleuve débordait autrefois, car il est dit : Cet ait au temps de la moisson, et le Jourdain regorgeait par-dessus ses rives . La même chose arrive encore présentement par suite des pluies de décembre, de janvier et surtout d'avril, où la fonte des neiges sur le Liban augmente considérablement la masse des eaux du fleuve. Pendant les mois secs de l'été, il est guéable en beaucoup d'endroits ; mais en général son cours est toujours rapide.
Le Jourdain a plusieurs passages. Un de ces points de passage existait anciennement près de Jéricho et de Galgala, et un autre au nord près deBethsan, la Scythopolis d'autrefois. A environ deux lieues au-dessous du lac Mérom, on rencontre lepontconnusouslenomdepont de
Jacob, construit par Beaudohi IV, en 1112. Ce pont, qui a trois arches, a été restauré dans ces derniers temps par Ibrahim-Pacha. Les Arabes l'appellent Dschisser- Beni-Jacoub (pont des enfants de Jacob), et encore Dcshisser-Benat-Jacoub (pont des filles de Jacob), parce que c'est en cet endroit que le patriarche Jacob, à son retour de la Mésopotamie, est censé avoir passé le Jourdain, ce qui toutefois ne peut se concilier avec le récit biblique {Gen., XXXII, 22; XXXII, 17 et suiv.), puisque Jacob, sur le côté oriental du Jourdain, prit sa route par Galaad. Dans le lit même du Jourdain, qui sur ce point a 80 pieds de large, rarement 4 pieds de profond, et coule avec rapidité, on aperçoit en plusieurs endroits le roseau papyrus, pendant que sur ses rives de charmants nériums réjouissent les yeux. Sur le côté oriental du pont de .Jacob s'élève un grand khan (une vaste auberge), où, avant la domination égyptienne, un droit de péage assez élevé était exigé de tout pèlerin chrétien. Les ruines qui sont à l'ouest du tleuve appartiennent vraisemblablement aux restes de la forteresse queBeaudouin IV bâtit en cet endroit. Un second point de passage se trouve actuellement sur le Jourdain, sur le côté sud du lac de Génésareth, vis-à-vis du village de Samak (Semak), où est un pont avec les ruines d'un autre plus ancien. A environ deux lieues plus bas, on rencontre, près de l'embouchure deJarnoukdansle«/owdainy des restes d'un autre pont, qui en arabe, est appelé Dschisser-el-Medschamié (pont du confluent). Les décombres amoncelés sur le rivage occidental font croire qu'il y avait là autrefois un khan ;, aujourd'hui on ne rencontre plus de khans sur la grande voie des caravanes qu'à el-Ledschoun, el-Toudschar, el-Minveh et Joub-Joussouf. (Gratz, Théâtre des Divines Ecritures. Ed. Vives).
Note G 435
(se rapportant à la page 159)
Le plus ancien nom de la ville sainte est celui de Salem, qui signifie Paix, Sécurité. Il en est fait mention dans la Genèse (XIV, 18, 19) à l'occasion de la bénédiction que Melchisédec, le roi de Salem, répandit sur Abraham, après la défaite des rois de la Pentapole. Lorsque cette ville tomba au pouvoir des Jébuséens ou Jébusites, un des principaux peuples de la terre de Chanaan, elle devint leur capitale et s'appela Jébus. Il est difficile d'assigner l'époque où elle prit le nom de Jérusalem, héritage de lapaix, mentionné dans le livre de Josué (X, 1). Lorsque les Israélites s'emparèrent définitivement de la haute ville, David y établit sa résidence et l'appela ville de David. Après qu'elle eut été détruite et en partie reconstruite par les Romains, l'empereur Adrien, afin d'en faire perdre jusqu'au souvenir, lui donna son propre nom d'^Elius, en y joignant celui de Jupiter Capitolin, à cause du temple qu'il y avait fait bâtir, et la nomma JE lia Capitolina. Les Arabes la désignent sous le nom de El-Kods, la Sainte, et encore sous celui de Beit-el-Mougaddas, c'est-à-dire Maison sanctifiée. Il paraît qu'elle a déjà porté ce nom très anciennement, puisque Hérodote parle d'une grande ville de Syrie appelée Cadytis, qui ne peut être que Jérusalem, Cadytie vient sans aucun doute de Cadischa, la Sainte.
L'origine de Jérusalem remonte aux temps les plus reculés ; elle est due probablement aux Raphaïms ou Géants, un des peuples aborigènes de la terre de Chanaan, dont le nom a été conservé à une plaine située aux portes de la ville, vers Bethléem. Lorsque les Hébreux entrèrent en Palestine, le roi chananéen Adonibések régnait à Jérusalem ; s' étant ligué avec quatre autres rois contre Josué, il fut défait à Gabaon, et pendu
près de la caverne de Macéda,oùil s'était caché. (Jos., X). La ville de Jérusalem fut donnée à la tribu de Benjamin par Josué; mais les Isrélites ne purent s'en emparer qu'après sa mort. (Jug., 1, 8). La ville haute demeura même en la possession des anciens habitants jusqu'à la huitième année du règne de David. (II Rois, V.).
La ville de Jérusalem est assise sur un terrain fort inégal, dont la principale inclinaison va du nord-ouest au sud-est ; elle est entourée de trois côtés par de profondes ravines, et forme comme une presqu'île qui ne tient à la terre que par le nord-ouest. Elle est bâtie sur trois collines : [Sion, la plus élevée (c'était la haute ville) ; Acra (la basse ville), et Moriah, ou la colline du Temple.
Quoique bâtie sur un sol élevé, la ville de Jérusalem est dominée par plusieurs sommets qui l'enceignent comme dans une vallée. De là cette apostrophe de Jérémie : « Voici que je viens à toi, qui es située dans une vallée, sur un rocher, dansla plaine ». (XXI, 13).
Il est fort difficile de savoir quelle a été la population de l'ancienne Jérusalem. Nous voyons par une citation de Josèphe que déjà du temps d'Alexandre le Grand elle était de 150.000 habitants. Lorsque la ville fut prise par Antiochus, 175 ans avant Jésus-Christ, 80.000 hommes périrent dans trois jours, on fit 40.000 prisonniers, et 80.000 hommes furent vendus comme esclaves: ce qui fait un chiffre total de 200.000.
Ce chiffre a dû être plus considérable dans la suite ; cependant la ville a été détruite tant de fois, sa population, emmenée en captivité, décimée par tant de fléaux, qu'on ne s'étonne pas de trouver son enceinte étroite, si on la compare à celle de nos grandes villes : Jérusalem n'a jamais été la capitale d'un grand peuple. (Mgr Mislin, Lés Saints Lieux) .
Note D
(se rapportant à la page 209)
A environ deux milles au sud du lac de Mérom, se trouve le lac de Génésareth. Sa proximité des deux villes de Cénéreth et de Tibériade, situées sur les rives, et du pays de Galilée, Ta fait appeler aussi mer de Génésareth, mer de Tibériade etmerde Galilée. Chez les Arabes d'aujourd'hui, il est désigné sous le nom de Bahr-el- Toubariyeh (lac de Toubarieh). Le Jourdain entre dans le lac près du village de Tanchoum, et il en sort près de Samak. Le lac de Génésareth, qui, suivant la remarque de Molineux, a été représenté jusqu'à ce jour trop petit sur les cartes, est long de neuf lieues, et large de plus de quatre à son milieu ; son eau est douce et limpide, et nourrit beaucoup de poissons appartenant aux espèces qu'on trouve dans le Nil et dans le lac Maréotis. On prend sur le lac beaucoup d'oiseaux aquatiques, et on y voit des pélicans. D'après les observations barométriques les plus récentes, le lac de Génésareth a son niveau à 535 pieds au-dessous du niveau de la mer Méditerranée ; les montagnes qui s'élèvent sur ses deux côtés offrent, par leurs profonds ravins et les pentes rapides, un aspect pittoresque. Profondément encaissé entre des contrées fort élevées, le lac est souvent exposé à des coups de vents et à des tempêtes parfois très dangereuses pour les canots engagés sur ses eaux, et qui poussent les flots jusqu'aux ruines de Tibériade et près des maisons de la localité actuelle de Toubariyeh.
La contrée autour du lac était autrefois très fertile. Le sol gras du charmant petit pays de Génésareth était planté de différentes sortes d'arbres, et sous son doux
climat, qui convient à diverses espèces de productions, aucune semence ne trompait le cultivateur. On y récoltait une énorme quantité de noix ; les dattes, les figues, les olives y étaient en très grande abondance, et la vigne très commune, si bien que la nature semblait avoir pris à tâche de réunir dans ce petit coin déterre tous ses produits, comme en un tableau enchanteur. Les voyageurs modernes s'accordent sur ce point avec ceux d'autrefois, et ils remarquent que les bords du lac de Génésareth pourraient être une vaste serre formée par la nature, si les habitants y travaillaient avec le soin nécessaire. Car, bien que la nature y soit laissée, par la paresse des hommes, dans un abandon complet, elle n'a point dégénéré ; l'immense bassin formé par les montagnes en terrasses, fournit un abri très favorable aux productions du sud, et encore aujourd'hui les palmiers, les dattiers, les citronniers, les orangers, les plantations d'indigo, les rizières et la canne à sucre y réussissent. L'éclat des tons de rose couronnant les buissons nombreux de lauriers-roses, qui s'épanouissent dans la profondeur de la vallée et sur la colline, répand sur la contrée un charme tout particulier ; encore aujourd'hui, surtout dans les premiers mois du printemps, c'est le pays le plus agréable et le plus beau de la Palestine. (Gratz, Théâtre des Divines Ecritures. Ed. Vives).
Avant-Propos.
L'Écriture Sainte en général. — Dans quelles circonstances Dieu nous la donna. — Lettre d'un Père à ses fils exilés. — Profondeurs des divines Écritures. — Leur Charme. — Leur vrai but : Notre sanctification. — Caractère de l'Ancien Testament. — Le Nouveau plus tendre, plus profond, plus révélateur. — Outrageux oubli où les fidèles laissent l'Écriture Sainte.
Les Evangiles en particulier. — Différences entre l'Ancien et le Nouveau Testament. — L'Évangile est l'histoire du passage d'un Dieu sur la terre. — Ses récits saisissants ; ses drames sublimes : ses inénarrables suavités.— Merveilleux en eux-mêmes, nos Évangiles le sont aussi dans leurs Auteurs. — Ce qu'étaient les pauvres mariniers de Génésareth. Ce qu'en firent la grâce et l'inspiration. — Leurs enseignements comparés à ceux des plus fameux philosophes. — Oubli injurieux où nous laissons nos divins Évangiles. —Charme et profit qu'il y aurait à les lire assidûment i
Le Verbe dans le sein du Père. —Sa génération éternelle. — Sa consubstantialité . — Son égalité parfaite avec le Père et le Saint-Esprit. — La distinction des Personnes
en Dieu. ■— Réfutation de plusieurs hérésies. — Le Verbe de Dieu était dans le monde, régissait et sanctifiait le monde, bien avant son Incarnation. — Le Salut, dès lors, venait de Lui. — Le Verbe et l'Eglise des Patriarches. — Le Verbe et la Loi écrite. — Réponse à plusieurs difficultés. —Le Verbe Incarné. —Ingratitude des hommes à la venue du Verbe Incarné. — Magnifiques prérogatives accordées à ceux qui le reçoivent. — Tout nous vient de Lui. — Le Vers incarné centre de toute la création. — Incomparable gloire du Verbe Incarné : dans sa naissance : dans sa vie : dans sa mort : dans sa survivance 18
LES PRÉLUDES DE LA DIVINE NAISSANCE
I. La scène du Temple : apparition et prophétie de l'archange Gabriel au prêtre Zacharie . — Sens profond de ses paroles. — Châtiment et miséricorde : pourquoi et comment Zacharie est puni de Dieu.— II. L'Annonciation.— Message de l'Archange fiabriel à Marie. — Magnificence et plénitude de sa Salutation. Comment Marie est «pleine de grâce».— Comment cette salutation inaugure une immense révolution dans le monde. — Vertus de Marie. — Son acceptation humble et héroïque. — Le Verbe s'incarne incontinent en elle. — Admirables harmonies de l'Incarnation. — Comment, dans l'enfantement des stériles, Dieu avait fait pressentir l'enfantement miraculeux de la Vierge. — Théologie du mystère de l'Incarnation. — Comment Jésus- Christ est le refuge, le salut universels. — III. La Visitation. —Marie chez Zacharie et Elisabeth. — Prodiges qui éclatent à son apparition.— Sens profond du tressaillement de saint-Jean-Baptiste dans le sein maternel. — L'acte de foi et la prophétie d'Elisabeth. — IV. Retour de Marie à Nazareth. — Jours douloureux pour Joseph ignorant du mystère de la divine Incarnation. — Sa résolution de renvoyer Marie. — Message de l'Ange qui lui découvre le secret du miraculeux enfantement de Marie. — Sens profond des paroles de l'Ange : le salut du monde par l'Enfant-Dieu. — V. — La généalogie de Jésus. — Venu sur la terre
comme l'un de nous, le Verbe Incarné voulut avoir, comme nous, une lignée, une famille, des ancêtres. — Si sa double génération, éternelle et temporelle reste enveloppée des ombres du mystère, il prend rang néanmoins parmi nous. —Les ancêtres de Jésus. On y compte des pécheurs et des pécheresses. Pourquoi ? — Pourquoi David est-il nommé le premier ? 44
I. Dieu qui mène les événements en vue du règne de son Fils dispose tout pour la venue de la Sainte Famille à Bethléem. — Le dénombrement de l'empereur Auguste force Joseph et Marie à ce voyage. — Jésus ne devait pas naître à Nazareth : toutes les prophéties annonçaient sa naissance à Bethléem. — II. Extraordinaire humiliation du Fils de Dieu à sa naissance. — On l'écarté de l'hôtellerie, il ne trouve d'asile que l'étable. Ainsi est-il expiateur. Ainsi est-il prédicateur et modèle. — Son vrai signe est sa misère. — Mais d'autre part la divinité de Jésus-Christ doit rayonner au travers des ombres de sa pauvreté et de sa souffrance. Les prodiges éclatent à la Crèche. L'étoile miraculeuse. Les Anges et le Cantique des Anges. Les Mages. Derrière eux le. monde entier converti. — D'autres merveilles s'accomplissent au Temple. —La Circoncision et le nom de Jésus. — La Purification. — Prophéties de Siméon et d'Anne. Leur grand acte de loi. Leurs vertus 67
I. La divinité de Jésus apparaît dans l'adoration des Mages. —Tout est de Dieu dans ce grand et retentissant événement. —L'étoile est miraculeuse. — A son éclat extérieur Dieu joint de secrètes illuminations. Les Mages sont prévenus des plus puissantes grâces de foi. — A ces grâces se peut rattacher l'antique croyance de l'Orient sur la venue du Messie quand apparaîtra son étoile.
— IL Admirable travail delà grâce dans les Mages. Leur fidélité I Leur courage. Leur zèle. — III. En instruisant et en fortifiant les Mages, Dieu pourvoyait au salut des Juifs et à celui des Gentils. — IV. Arrivée des Mages à Jérusalem. Leur question. Inconcevable indifférence des Juifs. Terreur folle et sanguinaire fureur du roi Hérode .
— Le Sanhédrin est convoqué, et les prophéties relatives au Messie sont mises au jour. Admirable accord des prophéties et des témoignages. Tout montrait le Christ - Dieu dans l'Enfant de Bethléem. — Hérode conçoit le dessein de le faire mourir. —Les Mages en route pour Bethléem. Réapparition de l'étoile. Son nouveau rôle pour fortifier la foi des Mages. —Triple acte de foi signifié dans leurs trois présents : l'encens, l'or, la myrrhe. — Leur retour en Orient 77