‹ Nos saint évangiles (volume 3)Chapitre 72 sur 101 · I: 'Mîmes, celle-là seule sera vraiment · texte numérisé non relu

I: 'Mîmes, celle-là seule sera vraiment

catholique et universeiie^ qui, lorsqu'elle est libre dans son action, se propage et s'étend avec facilité, en dépit de toutes les passions. Or, cette merveilleuse eflicacité, ce pouvoir surhumain de dominer les esprits et d'attirer les cœurs se trouve dans la seule Eglise romaine.

Les instruments qui servirent dans cette p^cbe des hommes oe pouvaient, par leur nature, s'user avec l'usage ni vieillir avec le temps. Pourquoi ? Parce qu'ils o'oot pas été fabriqués par l'art de l'homme, mais par la grAce de Dieu. Les apôtres ont reçu du divin Maître des filets que le temps ne consume point, des cannes que la vermoulure n'attaque jamais, des hameçons que la rouille n'atteint pas. Us se sont assis sur une pierre inébranlable que les flots heurtent vainement ; ils se sont embarqués sur une nacelle qui affronte, sans crainte de - . et les vagues et les tempêtes. Mais où trouver,

'■1:- , Ci apôtres, ces instruments qui ne s'usent pas, ce

roc qui n'est jamais ébranlé, cette barque qui se rit du naufrage? Ah! cette barque c'est l'Eglise, et ce rocher c'est Pierre; car c'est à Pierre qu'il a été dit : <• Tu es Pierre, et sur cette pierre j'édifierai mon Eglise ».

A Jérusalem, il convertit huit mille pers' m-

df'ux sermons; du jour où, sur l'ordre du < . n^^.

par le filet de la foi, dans la barque de l'Eglise, comme prémires d«'- ' ' le centurion ^ " ' iiig-

tanl. «lis-J»-, ' -nça, par de - .■'''»,

la neble pAche de« Ames, Pierre n'a jamais cessé de i' ' ' ' ' censeurs. En effet, le

•l'hui celui à qui il a été dit, comme autrefois à Pierre : Tu es pécheur tThnmmr^, d'est donc au Souverain Pontife qii1l appar

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lient de convertir les ftmes; aussi esl-ce lui qui, dans l'Eglise, jusqu'à présent, en personne ou par ses lé^ts, les évoques, les prêtres, les missionnaires qu'il ipar toute la terre, convertit les inlidMes et les h^ tiques, tout comme les premiers Pontifes convertirent d'abord Rome, puis envoyèrent convertir les autres peuples.

Mais, hors de l'Eglise, qu'est-ce que la prédication ? Le schisme, convaincu de son impuisssanr* nonce. A-l-on jamais entendu parler de missi >

dans cette nuit où personne ne peut opérer ni son salut, ni celui d'autrui, et où, par conséquent, \'> ' ' ' jours sans rien prendre. Us se servent <1 propres plutôt à mettre en fuite le poisson qu'à 1' prendre. Us s'appuyent sur l'autorité du jugemeni privé, origine de toutes les erreurs, érueil de toutes les vérités. Us ne jettent pas leurs filets de la barque d<' Pierre, mais de la barque de Pbotius, ou de Luther, ou de Calvin, ou d'Henri VIII, où Jésus-Christ n'est pas ni ne peut être. Et cela au nom des gouvernements temporels, des trafiquants et des spéculateurs qui les envoient ; et cela, plus dans l'intérêt de la politique et delà cupidité, que dans celui de la religion et de la charité . En un mot, ils n'opèrent pas au nom de Jésus-Christ, mais bien au nom de Satan; est-U donc étonnant qu'ils ne pèchent qu'à l'avantage du démon?

I^es missionnaires de l'Eglise catholique, les envoyés du Souverain Pontife, travaillent seuls de jour ^ ef dans la lumiArCy à la splendeur d'une foi perpétuelle, constante, unanime, universelle. Us jettent leurs filets de la barque de Pierre ; dans les régions les plus reculées, ils sont lonjours dr» l'Eglise ou dans IT " i-

Jéi'u<t-i:hn>t, II* iiootien de leurc<jurii. n

(1. il - Il ,\. i - 1 I tifiit t'u son nom, par ses

Lesùlr ntp^le-mtMe le bon et le mauvais pois-

son : aiuM, nu >aint Augustin, la prédicalion évangélique 8*empare-l-elle indistinctement des hommes charnels et des spirituels, des réprouvt^s et des élus. Le filet qui se rompt et la barque qui submerge signiflentque les schismes et les erreurs des hérétiques, les scandales des mauvais chrétiens, menaceraient de compromettre Vunité de TEglise. Mais, en se remettant à flot, en résistant h son poids immense, la barque de Pierre et son filet prt'-di«ient aussi que ce serait en vain : Etcum tanli essent, non est seissum rete. Quel beau privilège dans l'Eglise ! son filet mystérieux, sa barque de construction divine, tout en embrassantruniversalité des hommes, ne doit souffrir aucun dommage ni dans son intégrité, ni dans son unité ! Quel prodige ! Nonobstant la multitude d'bommes qu'elle accueille dans son sein, tous si différents par l'éducation et par le génie, par le caractère et par les mœurs, par les habitudes et par le langage, par ! ' t par la vertu ; quoiqu'elle embrasse et qu'elle i • des citoyens de tous les pays du monde, de

tous les climats, de toutes les races et de toutes les con- •!iti>>n<; : malgré le poids énorme, discordant, turbulent, qui iii'iiace toujours de rompre ses filets, l'Eglise reste iii i<-t« ; pt plus elle pèche, plus elle se remplit, et plu<i .lll>•^i elle est entière ! Bt cum tanti essent^ non est sci'^sum rete (Ventura).

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Note I

{te rapportant aux paget t97 et mf)

J^8u>-*-iiri>i ne regarde pas si ceux ({u u ;ippelle sont à la hauteur (le leur mission ; car il prétend renverser le cours ordinaire des choses, il prétend que son œuvre fasse de grands hommes, non que de grands hommes fassent son œuvre. Bien plus, toujours conséquent dans ses vues, il veut des ap<Mres qui répondent au Maître. Comment s'est-il attaqué aux puissances qu'il veut abattre ? Comment a-t-il marché à la conquête souveraine qu'il médite? C'est par Topprobre, par la faiblesse, par l'anéantissement volontaire de soi-même. Il lui faut des coopérateurs qui soient, de leur nature et par leur condition, ce qu'il a paru lui-même, mais par sa volonté et par son choix. 11 rejette inexorablement tout ce qui a une valeur et une puissance selon le monde. U passe devant les savants, les habiles, les sages, sans daigner leur donner un regard. Il descend aux derniers degrés de l'échelle sociale, il descend jusqu'à ce qu'il ait lrou\ ' ce qui n'est pas, dit saint Paul, afln de s'en servir pour confondre ce qui est. U va aux bords des lacs et parmi les niets des pécheurs. Lui-même, ouvrier autrefois et aujourd'hui conquérant, il s'adresse à d'autres ouvriers dont il fera des conquérants, à leur tour et à l'heure qu'il a fixée. Des mercenaires dont l'ambition se borne au succès d'une pêche, des ignorants pour qui le monde de la pensée n'existe pas, des hommes grossiers et qui n'ont jamais traité avec les hommes, des bateliers, en tin mot. fixent son choix souverain.

L'un étend la main sur l'Orient, l'autre surl'Occidenl.

L'un dit : à moi les barbares ; l'autre : à mui la Grèce et Rome. Chacun a sa part dans celte distribution de I '" ''s; chacun se trace son champ de ba-

i , -on but de conquête; chacun se met

à l'œuvre, sans douter un instant du succès. Les années succèdent aux anm-es, les luttes aux luîtes. Au terme de la carrière, pas un d'eux qui ait trahi sa mission ou qui ail été trahi par la fortune. Avant de mourir chacun r : ' * 1 mesure de victoire. A sa mort, chacun d'eux i >laleur et conquérant.

Le doigt divin est visible. Qu'a voulu J.-C.? se faire un royaume, c'est-à-dire une Ivglise tellement en dehors et au-dessus des puissances humaines que nul ne pût prétendre ou à la gloire de l'avoir établie ou au droit de la gouverner. La sagesse a consisté à contredire la sagesse humaine, la force à se passer de la force ilu monde. Kn choisissant les ignorants et les pauvres et en triomphant par eux seuls, non seulement J -C. a fait éclater une vertu surhumaine, mais il a élevé à jamais sa personne et son Eglise au-dessus de toutes les puissances d'ici>bas. Il a pris des bateliers pour coopérateurs, parce qu'il est bien sAr que jamais le monde n'attribuera le succès à leur faiblesse. Il a i! les

sages, parce qu'on n'aurait pas manqué de fm. ..cur

de la victoire à leur sagesse. Il les appellera à leur tour, »nii- mais ce sera après tous les autres et quand

il ^• ; ut que le triomphe n'est pas leur œuvre.

Oui quand les pécheurs auront pris les peuples dans leurs filet», quand la philosopii' de la croix sera

nt reptée di' U»u», quand le genr. n sera, d'un côté,

à ses pieds et, de l'autre c/^lé, les sages seuls dans leurs écoles désertes, alors J.-C. viendra à eux. J.-C. serait infidèle à lui-même, s'il oe les choisi»*

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sait comme il a choisi les apûlres, c'esUà-dire sans prnportion avec le but à obtenir.

Il est un ordre constant et, en quelque sorte, inflexible selon lequel s'accomplissent Ips h^volutions 8ocial(>s. Cet ordre J.-C. l'a m'^prisé jusiju'ici ; il le n i

jusqu'au bout. Ainsi les révolutions commençai i

dans les esprits, éclatent ensuite dans les laits ; ropinion les prépare, les événements les > i. J.-C. in

prépare rien et brusque tout, lej^ i lérôls, le^

moeurs, les institutions, l'opinion surtout, cette reine du monde, comme dit Pascal. Dans l'ordre humain It- ■ volulious parlent d'en haut, le mouvement est tlpar quelques hommes puissants qui ont la Tuule derri^rc eux et qui sont servis par les circonstances. Les masses suivent et l'idée populaire triomphe. J.-C. tenta sa révolution en sens inverse, c'est-à-dire de bas en haut, du peuple aux grands, des pauvres aux rir' " des ignorants aux sages et aux hommes de génie, i. un troisième caractère des révolutions humaines : c'est que toutes elles triomphent par l'ascendant de la force et toujours avec violence. Car c'eàl la loi de toute puissance qui marche, de briser ce qui résiste; s'arrêter pour elle, ce serait mourir. La révolution tentée par J.-C. et par les siens viole toutes ces lois. Elle n'admettra que deux moyens de succès : au lieu do la Torce, la persuasion ; au lieu de la violence, la douceur jusqu'à la faiblesse. Point d'autres armes que la foi ; point de sa!) que le sang de ses disciples et de ses apdtres.

Dfu IIS, en an mot, la parole et le martyre.

Et ne dites pas : mais la parole, c'est la première des puissances : au fond, c'est le levier du monde. La première des puissances ! Oui, sans doute, quand elle part des hauteurs de la société ; oui, quand elle est éloquente ;

MOTKS 361

• MU. i^u.iiKi r >•<: :> adresse aux passions ou aux intérêts du moment. Non, quand eUe part d'en bas ; non, quand elle est sur les lèTre&, des ignorants ; non, quand elle s'adresse à des intérêts si dédaignés, contre des passions mantes. Ne dites pas alors que la parole est la premier* -sauces ; dites plutM que c'est la der-

nière des ..»..,.* o.c».

Je me représente par la pensée les preioiers débuts de la C' icnne. Des étrangers paraissent tout à

coup Je la fouie, sur les places publiques

d'Antiocbe, de Corintbe, d'Albèoes, de Rome. Qui sontù viennent-ils? On se le demande autour d'eux -• sait le dire. L'extérieur pauvre, le visage exténué, le corps tout saignant encore des stigmates d'un récent martyre, ils parlent sans recbercbe, sans art, dans une langue qu'ils balbutient. Jetant, dit un Père, jetant à cbaque mot la vérité avec leurs solécismes, ils s'adressent à c< ne les connaît point, ils disent : frères,'* , ^ue faites-vous? Qu'adorex-vous ? Le bois et la pierre ? Jetex bas ces idoles ; crucifiez vos sens ; bii ' ' > ; faites pénitence, et n'adorez qn'on s«'i> nr J.-C. mort sur une croix et sans lequel il n'y a point de salut. Quel accueil, je le demande, devait recevoir une telle parole adressée par de tels prédicateurs et à un tel auditoire? Mais nons louH, nous sommes nés entre les bras de TCgUse et l'éducation a presque identifié pour nous la langue de l'Kvangile et U langue de la raison. Et la parole rbrétienne rencontre en nous des oppositions si vives et des résUiances si opiniâtres! Que devait-ce ètrn de cette mAme parole tombant comme la foudre an milieu de U •ilenne? Les passions armeront contre elle b

i iumaine. Il Cuit donc que l'apôtre de la vérité

T. ui. Il

soit noQ seulemeal son prédicateur, mais encore son athlète. C'est peu de l'exposer, il faut la défendre. Ce n'est point assez de parler pour sa cause, il faut combattre. Mais comment ses apôtre:» vont-Us la défendre t En cédant à toutes les violences. Comment vont-ils combattre? En mourant. Aussi contemplez les apôtres, ces prétendants à l'empire du monde : toujours et jusqu'au bout le même système d'infirmité et le même parti pris de faiblesse. Vous avez entendu les prédicateurs, contemplez les athlètes. Apôtres et disciples sont aflicbés dans tous les édita de proscription. Us sont nommés dans tous les cris de mort. Ils connaissent toutes les routes de l'eiil. Us descendent dans tontes les prisons. Us montent sur tous les écbafauds. Us rougissent de leur sang tous les glaives. Toujours, de leur part, la faiblesse qui cède et qui souffre, jamais la violence qui se raidit et résiste. Si on les insulte, ils baissent la léte devant l'outrage. Si on les met aux fers, ils ne brisent point les chaînes. Si on tire l'épée, ils présentent la poitrine. Si on frappe, ils pardonnent et ils prient pour les bourreaux. Kl ainsi cédant toujours, souffrant tout, d'opprobres en opprobres, de faiblesse en faiblesse, de martyre en martyre, ils restent seuls maîtres dn champ de bataiUe. Les victimes ont vaincu, le monde appartient aux martyrs. Autour d'eux les temples croulent sur les trônes et les écoles sur les temples et sur les trônes. Un mouvement inouï confond et mêle tout. Des catastrophes sans nom accumulent les mines sur les ruines. Les lois, les arts, les institutions, tout se précipite, tout est à terre. Puis, quand l'agitation s'est calmée, quand les bruits sont tombés, quand la poussière soulevi^e par tant de di'bris s'est dissipée, au-dessus de tous les décombres, que resle-t-il ? La cité spirilueUe, la cité de

Dieu, arec la croix pour étendard, les pécheurs de Galilée pour pnoces, le Supplicié do Calvaire pour souverain. La deviso triomphale du Christ est arborée d'un bout du morilr à r.nilre : Christus vincit, reqnal, imptrat.

liais c ii:! : '"■ ri-i-elle survécu a la force?

Comineii' - .m < Mii>.i ont-ils vaincu en mou-

rant? (Jii> - . — c vulgaire n'eût vu dans un tel moyeu qu*n ^ de ruine ; la sagesse de J.-C. y a

vu i .'avait prétendu J.-C, sinon cons-

tituer ie rf-gne de l'Ame et le règne de Dieu ? Quand il parut, il truuva Dieu dans Toubli, l'Ame dans le mépris universel. Quand on disait plaisir, fortune ou gloire, toutes les ambitions s'agitaient. Quand on disait liberté, 1m coBors s'émouvaient. Quand on disait patrie, le cour«ge M dévouait. Quand on disait l'Ame ou Dieu, l'homme restait froid, insouciant, immobile. J.-C. dit aux siens : sonfTrex et mourex ! Voilà le but atteint à moitié. Quand les hommes avaient vu leurs semblables muurir pour la patrie ou pour la liberté, ils avaient dit : la liberté et la patrie sont tout ; puisqu'on meurt pour toot«t deux. Quand ils virent les apôtres souffrir et mourir pour Dieu et pour l'Ame, ils direut à leur tour : Dieu et l'Ame sont donc plus que la liberté, plus que la patrie, plus que la vie, puisqu'on immole tout pour l'Ame et pour Dieo. Ah 1 c'est bien connaître l'homme qui n'estime ee que valent les choses que par ce qa'elles coûtent. En demandant aux siens le saeriflre de toutes choses pour la vérité, il mettait d'un seul coap la vérité aa>des8us de toutes choses; il en faisait la plos haute des puissances et la premi^re divinité du monde .

Supposex qu'à la quatri^mp année du règne d'Auguste, alors que le Sauveur du monde cachait à fielh-

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léem le mystère de sa naissance, un prophète envoyé du ciel se fût présenté devant César et son Sénat, et que là en présence du maître du monde et des descendants des Crassus, des Pompée el des Sctpion, il leur eût parlé en ces termes :

« Ecoulez, César, et vous, sénateurs, écoutez. Dans une ville obscure de l'Orient un enfant vient de naître qui est votre souverain et dont vous êtes les sujets. Cet enfant n'a rien de ce qui donne la gloire au berceau des hommes. Sa vie sera comme sa naissance, pauvre et méprisée ; sa mort sera cruelle et honteuse. Il mourra sur la croix, mais une fois au tombeau cet homme dominera le monde. A vous, César, il prendra votre capitale pour en faire le siège de son culte et le centre de son Eglise, et il contraindra vos successeurs à se retirer devant le Pontife qui le représente. Vous, sénateurs, il soumettra vos descendants à ses lois. Il abattra cet autel de la Victoire élevé dans cette enceinte, et il mettra en sa place son image. Il se suscitera des disciples, des apôtres, même parmi vos enfants. Il leur fera donner leur sang pour sa cause et, après que vos successeurs les auront immolés dans vos amphithéâtres, il les forcera de déposer leurs restes dans des temples qui seront les siens et d'élever des autels à leurs propres victimes. En moins de quatre siècles, tout cela sera accompli et sans retour ». (De Place, Jésus-Christ).

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