Nos soeurs musulmanes
à CHEZ LE BACHAGA JELLOUL E croyais ne jamais retourner en Afrique J et voilà qu’un des grands seigneurs du Sud algérien, Je bachaga Jelloul, chef de la
+, puissante tribu des Larbaa veut “bién m accueil:
és lir, cet hiver, chez lui. ,
L A quinze kilomètres de Laghouat, au Mé-.
* kareg, dans le désert,,son père le bachaga, Lakh-
dar vint s'installer vers 1890. L’endroit lui plut. Les terres étaient labourables et comme le …. bachaga Lakhdar était plein de sagesse, il “EU pensa que, Join des tentations des villes, 1l | élèverait plus sainement ses fils. I fit édifier Fe < une "vaste demetre. Sur une de ses faces, au levant, elle offre la plaisante apparence d’une
& - villa à l'italienne * terrasses et coupoles blan- + s É. - ‘ k, : % » À A LT TSX UE de DS 4". | at :
Le CN re © 4 Ce ta g s
chies à la chaux, balcons ajourés et balustres ; , À mais”si on l’aborde au “couchant, ses hauts murs roux en pisé, sans une ouverture, ses bastions avancés lui donnent l’aspect d’un 502 teau fort à demi ruiné et que le premier souffle’ . de canon aurait tôt fait de renverser. Ex A l'intérieur, c’est un enchevêtrement «de ty cours, de bâtiments pour les maîtres, les ser" - teurs, les animaux ; «pour les récoltes ne provisions : les grains et l’huile:
Dans la partie réservée à la famille du bachaga, les salles sont nombreuses : plus de cinquante. # Tout a été construit par un Italien, Thomas, étrange personnage qu’on vit arriver à Laghouat | F il y a plus d’un demi-siècle. On contait que,” dans son pays, il avait étudié au séminaire, et F avait été prêtre. A la suite de quelles aventures, de quelles luttes de conscience dépouilla-t-l « la soutane, vint-il se réfugier au désert? Le : bachaga Lakhdar l’engagea «comme maçon :
aussi bien que comme architecte ; il lui procura F7 des aides et Thomas se montra’si fidèle serviteur, qu'avant de mourir le bachaga lerecommanda spécialement à son fils aîné Jelloul « Tu lui donneras, jusqu’à la fin, à boire et à manger ; tu le logeras: s’il est malade, tu le feras sÉigner: » ‘ A présent, Thomas a plus de quatre-vingts ans. Je le vois cheminer à travers une. cour. Trapu, avec une large barbe en fourche, frisottante, d’un blanc jaunâtre, qui lui tombe à mi-
do P. -
en" # a à de ‘+ jé d “ r-° à ; r ME 4" + 4 x % L1 hi, us x s are #7 L] * æ “ + .é 4 N F2 PAL)
“ æ AUX S:- 0 DE L'OASIS DE LAGHOUAT 7 sc . poitrine, 1 d va, à tout petits pas, portant une | auge et une tuellé s’occupant encore à son métier de bâtisseur.
Le bachaga Jelloul l’appelle, lui explique qui . : je suis et que je viens habiter au Mékareg. | " Thomas me regarde de ses prunélles brouillées sans paraître compren dré ce qu’on lui dit. I] n & jamais appri s l'arabe Se représente-t-on une telle vie! seul de sa race, dans un coin du désert, muré dans ses pensées | \ On m’a conduite à ma chambre. J’y pourrais * donner un bal, mais il y faudrait beaucoup de luminaire. Ses murs sont peints, d’un vert bou- é teille presque noir et elle n’a, sur le côté, qu’une - minuscule fenêtre aux verres de couleur. Si je veux lire ou écrire, en plein midi, j'allume üne bougie. Mais quel repos, quelle détente on doit goûter ici par les jours aveuglants, dévorés de chaleur, et comme il” faut louer Thomas, se conformant aux usages du pays, d’avoir fait une seule fenêtre et si petite | he Mes hôtes ont tout prévu pour ma commodité... S1 j'ai besoin d’un service, il me suffit d’ou- . vrir la porte et, frappant dans les mains, d’appeler : « Ali, CAT ) Li Aussitôt, surgit un « négro » comme disent les Arabes qui enferment dans. ce terme un certain mépris. Noir du plus beau noir, Ali a la peau luisante d’un être richement nourri. Pardessus son seroual (1) de toile bande il porte
#, , .U) Pañtslon à fond bouftant.
mn DA 1]
; * une vieille jaquette” européenne bien “trop.
grande et trop large pour lui, maïs dans laquelle il fait la roue très comiquement. Autour À sa tête, s’enroule un turban de mousseline.
Allah qui lui a donné Ja force s’est montré Ms © | généreux pour les dons de lesprit. Quand on
parle d’Ali, on a coutume de dire : « Il est tout à fait Débes.: w * LL” Au wrai, il a le développement d’un jeune
chien. Qu il ait même été chien, dans üne
vie antérieure, cela est croyable. Si je lui de-
mande de l'eau ou de cirer mes chaussures, pour
me montrer qu'il. a compris, il fait :
” « Boua, boua, peus »
À travers les couloirs mystérieux et secrets, les patios strictemént enfermés entre quatre murailles et où l'ombre demeure longtemps chaude comme si du feu y couvait, je vais visi-
.ter les femmes de la maison. Semblable à un
atriarche, le bachaga Jelloul héberge et nourrit son fils, ses frères, ses neveux, leurs enfants, leurs femmes et, parmi ses sœurs et ses nièces, celles qui sont devenues veuves, ou ont été répudiées. où “17 Madani, lun de mes hôtes me sert de guide.
La peau très blanche, les joues rouges sous le hâle, les yeux bleus, le poil roux, ce fils du désert, cet Arabe ressemble à un Normand.
Quel silence ici, et le patio où Madani” s'arrête
Ld Ep