‹ Nos Soldats AveuglesChapitre 1 sur 9 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Dans les journaux, lorsqu'on parle des soldais aveugles, c’est leur silhouette, leur altitude physique qu’on décrit principalement. Moi, je suis surtout préoccupé par le drame psychologique qui se passe en eux. Pour une nature fine et vibrante, la suprême épreuve n’esl-elle pas , à vingt-cinq ans, d'aimer de tout son cœur, d'être prêt à se donner tout entier, et de sentir que par suite d'une infériorité qu'on tient pour une déchéance, infériorité grave sans doute, mais purement physique, on sera obligé de

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garder silencieusement inutilisé, au fond de soi, le trésor de tendresse, de dévouement qu'on aspirait à donner?

Certes, tout ce que Dieu fait est bien fait, et sa Providence connaît mieux que nous le « tracé » que doit suivre pour avoir quelque fécondité le fdel d'eau de notre pauvre vie. Mais, à vingt-cinq ans, peut-on comprendre cela ? Et alors, quelles tortures morales s'ajoutent à l'entrave physique, en pensant qu'on ne pourra plus faire un pas hors d’une certaine zone sans l'assujettissement, l'esclavage d'un guide! Quelle accablante tristesse, quel anéantissement des meilleures espérances du cœur rendent plus dur l'aclieu aux jouissances apportées par les yeux!

Sans doute, pour le nouvel et tragique aveugle, il reste encore, dans une matinée de printemps , la fraîcheur parfumée de l'air, la vive et chaude impression du rayon de soleil , le

vu

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chant des oiseaux et les mille jolis bruits cle la nature. Mais cela pourra-t-il lui faire oublier la grande fêle de la lumière ? Sans doute, il en arrivera, comme j'g suis parvenu moi-même , à retrouver des souvenirs , associés, mêlés à des impressions d'atmosphère , à des parfums, à des sonorités qui, ensuite, les rappellent avec une intensité très grande, par fois poignante :

Je ne la vois plus la splendeur des roses, filais le Ciel a fait la part de chacun. Qu’importe l'éclat, j'ai l’âme des choses. Je ne la vois plus la splendeur des roses, Mais j’ai leur parfum

En ce matin de juin où, loin de Paris, j’écris ces lignes, l'oiseau qui, sans plus se soucier de ma présence ni du bruit de mon poinçon que de cette effroyable guerre, chante tout près de

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