UNE NOUVELLE PROFESSION POUR LES SOLDATS AVEUGLES
La sténo-dactylographie enseignée à un soldat aveugle par M. Lejeune, aveugle sténographiant 150 mots à la minute, grâce â la machine invontéo par M. Villev, de l'Association Valentin Ilaiiy, 0, rue Duroc, Paris.
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merceen rapport avec son genre d’occupations. Ils sont assez nombreux ceux qui ont, par cc moyen, accru sensiblement leurs ressources, et plusieurs sont à la tête de magasins bien achalandés et prospères.
« Cette manière de procéder, en maintenant l’individu au milieu des siens, dans la vie normale, l’oblige à la lutte, c’est-à-dire à la vie intense et véritable, avec tous les soucis et aussi toutes les satisfactions qu’elle comporte. C’est celle qu’applique avec persévérance et succès, depuis 1889, l'Association Valentin Idaüy.
« Evidemment, les sujets dépourvus d’initiative ou d’esprit de suite, ceux chez qui le malheur a brisé le ressort de la volonté, ceux à qui leur état de santé ne permet pas un travail suivi, ceux enfin (et malheureusement il s’en trouvera) qui n’avaient pas l’habitude du travail régulier et d’une bonne conduite, tous ceux-là ne sauraient s’accommoder d’une existence indépendante.
<> Le meilleur moyeu de venir en aide à celle catégorie d’aveugles sérail de leur ouvrir les portes de quelque atelier-asile. Ils y trouveraient un refuge contre les grands chocs de la vie, un confort relatif, des relations de camaraderie et une besogne modérée qui les soustrairait aux lamentables cllets de l’ennui et de l’oisiveté.
« Il va de soi que les hommes mariés devraient trouver à proximité des logements à bon marché, leur permettant de vivre en famille et de se rendre facilement à l’atelier pour leur travail.
« La création et l’entretien de semblables établissements entraîneraient à d’assez fortes dépenses; cependant, dirigées prudemment et assurées de fortes commandes pour l’administration de la guerre et les autres administrations publiques, ces organisations pourraient sans doute boucler leur budget sans un trop grand déficit.
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« Où les soldats aveugles feront-ils leur apprentissage? Il est trop clair que l'atelier spécial est ce qui convient le mieux, parce qu’on y connaît les besoins particuliers des aveugles, ainsi que les moyens les plus propres à assurer la réussite prompte et complète; et aussi parce que l’ambiance favorise grandement l’adaptation générale à la nouvelle existence en voie de formation.
« Quant au choix de l’atelier, il dépendra naturellement, d’abord du métier que l’aveugle doit apprendre, puisque tout en enseignant souvent plusieurs métiers, il en est presque toujours un dans lequel chaque établissement s'est spécialisé, et qu’il pratique d’une façon plus courante et plus parfaite. Ensuite, peuvent intervenir les considérations secondaires, comme les convenances personnelles, etc.
L’Association Valentin Ilaüy, se tenant en rapport avec les administrations des ateliers, est en mesure de guider les choix, de rensei-
gner sur les places vacantes et les possibilités d’admission.
« Peut-être s’étonnera-t-on que nous n’ayons rien dit de la musique? C’est bien à dessein que nous ne l’avons pas mentionnée, parce que cel le carrière esL fermée aux adultes, qui ne peuvent trouver, dans la musique, autre chose qu'une agréable distraction, puisque l’étude sérieuse de cet art doit être commencée très jeune.
« Nous ne disons rien, non plus, de bon nombre d’autres travaux, parce que nous les considérons plutôt comme d'utiles occupations, ou d’excellents exercices préparatoires, que comme de véritables métiers. A ce genre de travaux appartiennent : le filet, la fabrication des chaussons de lisière, la fabrication des enveloppes ou paillons pour bouteilles, les lapis de lisière, la confection des lacets de cuir, celle des sacs en papier, la vannerie de fantaisie en rotin lilé, le tournage, la menuiserie, etc., etc.
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« Sauf onde très rares conjonctures, cesdivers travaux ne sont pas productifs. De loin en loin, quelque sujet entreprenant et mettant à profit des circonstances favorables a pu tirer bon parti de l’une ou l’autre de ces petites industries, mais cela ne se produit que par exception.
« Nous ferons une remarque analogue au sujet de certains travaux auxquels se sont adonnés ou s’adonnent encore actuellement quelques aveugles : horlogerie (nettoyage, réparation, réglage de grosses horloges), installations électriques (sonneries et éclairage), mécanique (montage de bicyclettes notamment), taille de cristaux, coutellerie, lilagc de cordes pour les basses de piano, etc.
« Ces divers travaux sont faits exceptionnellement par certains ouvriers, grâce à des facultés spéciales et à un heureux concours de circonstances, mais leur valeur professionnelle est très faible, la plupart du temps, parce que la lenteur de l’exécution empêche d'en tirer une rémunération appréciable.
IV os Soldats Aveugles.
« De ces exemples se dégage un puissant encouragement, car ils apportent un nouvel argument à l’appui de ce que nous avons déjà dit et de ce qu’on ne saurait trop répéter à nos aveugles : à savoir que la cécité gène l’activité de celui qu’elle frappe, mais qu'elle est loin de l’anéantir.
« Les travaux agricoles, qui font en Angleterre et dans quelques écoles des Etats-Unis l’objet d’un enseignement régulier1, méritent une mention spéciale, parce que ces occupa-
1. A Londres, dans la propriété de St. Dunstnn, llegent’s Park, que M. Otto Kahn, le banquier américain, a mise à la disposition des soldats et marins aveugles, on remarque, entre autres installations, un élevage de volailles et un potager. Ils sont placés sous la direction d’un aveugle très connu pour sa compétence, le capilaine Peurson Webber. On y a mis en pratique beaucoup d’inventions merveilleuses. L’arrangement des portes, des poulaillers, des grillages, des cages à poulets, révèle une ingéniosité extraordinaire. 11 permet à un aveugle d’attraper la poule qu’il veut prendre, de pousser les volailles d’une cour dans une autre, de ramasser les œufs et, d'une manière générale, de tout diriger. Voir le Times du 20 avril 1015.
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lions onl plus souvent que d’autres été continuées dans la mesure du possible par des adultes qui s’y livraient avant d’être frappés par la cécité. Notre vaillante armée comptant dans ses rangs beaucoup de travailleurs des champs, il est certain, puisque le cas s’est déjà présenté, que plusieurs soldats aveugles auront le désir de reprendre leur ancienne existence. Naturellement, il ne s’agit pas des journaliers travaillant pour le compte d’autrui, mais seulement d’hommes travaillant à leur compte, soit chez eux, soit chez quelqu’un de leur famille. Afin que chacun d’eux ne recommence pas à ses dépens des tentatives déjà faites et profite ainsi de l’expérience acquise par d’autres, l’Association Valentin Haüy s’occupe activement de trouver les moyens de fournir aux intéressés conseils et renseignements pratiques. Sans aller jusqu’à la création d'une ferme-école, il paraît possible d’organiser une petite installation où les cultivateurs aveugles pourraient être mis en rapport avec un con-
frère et se rendre ainsi compte de sa manière de procéder.
« Les gains sont très variables d’une profession à l’autre et, pour la même profession, suivant les aptitudes professionnelles et commerciales de chaque individu. Les métiers manuels ne fournissentque des salaires minimes si on les compare aux journées élevées de bien des corps d’élat; car l’aveugle travaille forcément avec lenteur (environ moitié moins vite cpie le clairvoyant). L’infériorité s'atténue considérablement pour les métiers où les facultés intellectuelles jouent un rôle plus important. Quoique modeste, le produit du travail n’est pas négligeable puisque, s’ajoutant à la pension de réforme, il contribuera à augmenter, au moins un peu, le bien-être de nos soldats et de leur famille.
« Le profit matériel et l’avantage non moins appréciable d’échapper au mortel ennui des longues heures inoccupées ne sont pas les seuls
SOLDAT AVEUGLE ÉTUDIANT L'ACCORD DES PIANOS A L’ASSOCIATION VALENTIN IIAÜY, 0, RUE DUROC, PARIS.
L Aveugle et le travail manuel.
résultats que le travail procure à l’aveugle. La société retrouve ainsi un membre actif et utile, de sorte que s’employer à adoucir le sort de nos soldats aveugles, c’est aussi faire œuvre patriotique.
« Certes, la tâche est immense et délicate. Jamais, en effet, il ne s’est trouvé à la fois un aussi grand nombre d’hommes frappés de cécité. Cette œuvre réclame le concours de toutes les bonnes volonlés qui sous une forme, ou sous une autre, voudront bien s’employer à rendre à ceux qui ont donné leurs yeux pour la France la part de bonheur à laquelle ils peuvent encore prétendre ici-bas! »
L’Activité intellectuelle de l’Aveugle.
Quelques-unes des professions généralement accessibles à l'aveugle, telles que l'accordage de pianos ou le massage, font appel, dans une large mesure, à ses facultés intellectuelles; la plupart sont des professions purement manuelles. Ou’adviendra-t-il d'une vie plus haute ? Si les mains peuvent encore travailler, l'activité de l'esprit sera-t-elle paralysée ou considérablement réduite? L’aveugle devra-t-il s’en interdire toutes les formes, depuis les plus élémentaires et les plus indispensables, correspondance, calcul, tenue de comptes, etc., jusqu’aux
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plus hautes spéculations de l’intelligence? Le goût et le besoin des choses de l’esprit ne feront cei tainement que s accroître chez 1 aveugle déjà cultivé, qui trouvera en elles un puissant dérivatif a sa peine. Cet aveugle et d’autres, moins instruits que lui, seront-ils contraints de renoncer à presque toule occupation de 1 intelligence, ou leur faudra-t-il recourir sans cesse à la charité d’un clairvoyant? Ici encore, comme dans la vie matérielle, ils seront beaucoup moins dépendants qu’on ne le croirait du secours d autrui. Ils pourront écrire, ils pourront lire seuls. Lire seul! Des clairvoyants sentiront-ils jamais ce que cela peut apporter de consolation à celui que ne vient plus distraire ni émouvoir le spectacle du monde extérieur? N’est-ce pas comme si on lui ouvrait les portes d une prison? Or, ce miracle est possible et s’accomplit journellement pour des milliers d’aveugles avec une surprenante aisance.
C’est à un aveugle français, Louis Braille, qu ils en sont redevables. Ils emploient, pour
lire et écrire, des caractères en points saillants imaginés par ce dernier en 1826. Son ingénieux procédé leur permet de s’adonner aux occupations intellectuelles les plus variées. Bien que des essais d’écriture en relief eussent déjà été tentés avant Louis Braille, c’est à lui que revienL l’honneur d’en avoir imaginé un système complet, méthodique et d’une application facile. Aujourd’hui, ce système est en honneur dans le monde entier.
« C’est avec le Braille, nous dit M. de la Sizeranne, dans l’ouvrage cité plus haut, que j’écris ces notes sur ma réglette de poche qui ne me quitte pas plus que le calepin ne quitte le touriste. Non seulement les soixante-trois signes que me fournissent les six points de Braille me permettent d’écrire toutes les ponctuations, les chiffres, les signes orthographiques, etc., mais encore toutes les notes de musique; cela avec la même rapidité et la même sûreté. Ainsi, balancé et secoué comme je le suis en ce moment dans notre wagon