‹ Nos théatres de 1800 a 1880; la tragédie... la pantomimeChapitre 1 sur 16 · Nos théatres de 1800 a 1880; la tragédie... la pantomime · texte numérisé non relu

Nos théatres de 1800 a 1880; la tragédie... la pantomime

La France est le pays où le goût du théâtre est le plus répandu. Elle possède les meilleurs auteurs dont les productions, après s'être fait connaître à Paris, alimentent les scènes de province et sont, en assez grand nombre, traduites pour rétranger, quand elles n'y sont pas représentées en langue française, comme en Russie, par exemple. Le théâtre entre pour beaucoup dans les causeries du monde. On pourrait même lui savoir gré de lutter souvent sans désavantage avec la politique qui tend à tout absorber. Que de bonnes soirées passées au spectacle et quelle agréable distraction nous donne une pièce bien jouée par des acteurs de talent! Il est peu de personnes qui restent insensibles à ce genre de divertissement. On peut encore remarquer qu'il laisse un souvenir plus durable que bien d'autres incidents de la vie. Après dix et vingt ans, quand on a oublié une foule de choses, on se souvient parfaitement d'une comédie qui a

fait plaisir et Ton en cite volontiers quelques traits heureux.

Le théâtre est partout; mais le centre, le siège général, c'est Paris. On pourrait dire que pour le théâtre, Paris est la capitale du monde entier. G^est le grand pourvoyeur, c'est l'inépuisable marché où la Russie, l'Angleterre, PAmérique, PEspagne viennent faire leurs provisions. Et non seulement elles nous empruntent nos pièces; mais souvent aussi elles nous prennent nos bons comédiens, nos étoiles qu'elles décident à force d'offres magnifiques. Passe encore quand ce n'est que pour un temps limité. Mais quand elles les gardent, c'est bien pire. Nous avons perdu ainsi pendant bien des années M^''<^ Delaporte qui serait devenue peut-être la meilleure actrice du Théâtre Français, si elle y avait été engagée il y a quinze ans. Rachel est allée en Amérique détruire sa santé déjà compromise.

Je me propose ici de présenter, dans une revue sommaire, le mouvement théâtral qui s'est produit depuis le commencement du siècle et les modifications que le goût si variable du public a fait subir à différents genres. Ces modifications sont sensibles presque d'année en année; mais après une longue durée de temps c'est un changement tel que les pièces qui datent, même parmi celles qui ont eu le plus de succès, deviennent impossibles à la représentation, et comme on

ne les lit pas, sauf de rares exceptions, elles finissent, après avoir attire la fouk\ par être complètement oubliées.

On s'imagine à tort que les auteurs impriment une direction au goût du public. C'est le contraire. Les auteurs n'amènent pas le public vers eux. Ils vont au devant de lui, Tétudient, le consultent et lui servent ce qui lui plaît. Le succès est là et avant tout il faut re'ussir. Il est donc une vérité que Ton voudrait ne pas reconnaître, mais qui n'en est pas moins incontestable, c'est que le public est le maître et qu'on ne peut se dispenser d'obéir même à ses caprices. Sans doute il n'est pas impossible à un homme de génie de se soustraire à cette sorte de servitude. Il innove et s'impose. Souvent aussi le succès se fait attendre. Il reste longtemps incompris et meurt avant que la célébrité s'attache à son nom.

Loin de moi d'offrir ce livre au lecteur comme une œuvre de critique; il n'a pas cette prétention. J'ai pensé qu'il pouvait simplement rappeler d'agréables souvenirs et donner lieu à des observations comparatives qui ne m'ont pas semblé dénuées d'intérêt. Et puis il est court et, à ce titre, il m'est permis d'espérer qu'on le lira sans ennui.

Octobre iS8i

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