‹ Nos théatres de 1800 a 1880; la tragédie... la pantomimeChapitre 7 sur 16 · L OPÉRA ITALIEN S · texte numérisé non relu

L OPÉRA ITALIEN S

en 1807, pour la première fois à Paris, le Noue di Figaro de Mozart. En 181 5 M*"* Catalani prit la direction du Théâtre italien qui revint à la salle Favart. Jusqu'en 1820 les célébrités chantantes qui s'y firententendre furent Martinelli, Barilli, Garcia, Crivelli, Pellegrini, et MM'"^^ Catalani, Barilli, Mainvielle Fodor, Cinti qui fut depuis M'"* Damoreau.

M™* Pasta parut pour la première fois 5ur la scène italienne en 1821 et Rubini în 1825. Il ne fit cette fois qu'un court séjour et fut peu remarqué. Son jeu faisait rire et ses roulades qui n'en finissaient pas et faisaient plus d'honneur à 'étendue de sa respiration qu'à la pureté le son goût, étaient assez froidement iccueillies. 11 avait des costumes d^un 3eau jaune abricot très amusants. Ce ne ut que plus tard, dans les opéras de Fellini et de Donizetti, qu'il se fit conlaître et justement admirer, comme un énor au-dessus de toute comparaison.

)e précieuses qualités qui ne se trouvent

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presquejamais réunies, lapuissance,lalégèreté^ rétendue, l'expression, touchaient en lui à la perfection. C'est pour ceux qui Font entendu un souvenir ineffaçable. Un seul chanteur, il y a quelques années, le rappelait d'un peu loin, c'est Tamberlick.

Mais revenons à notre ordre chronologique et parlons de la phase glorieuse où M"' Sontag et M™° Malibran donnèrent le plus vif éclat aux représentations du Théâtre italien. Ce fut de 1828 à i83o. Les jours où les deux virtuoses paraissaient dans le même opéra, le bureau de location était véritablement assiégé. J'ai plus d'une fois passé là plusieurs heures pour avoir un malheureux bill'^t. C était dans Tancredi^ Aménaïde et Tancrède, dans la Sémiramide^ Sémiramis et Arsace, dans la Dona deï Lago^ Héléna et Malcolm. Du reste M^^'

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Sontag attirait seule la foule dans Don Juan, le Barbier, Cendrillon, Mathilde de Shabran, et pour M""' Malibran chantant seule, Tempressement était moins grand. Et pourtant elle était toute charmante dans le barbier, et bien admirable dans la Ga{{a ladra. Je disais d'elle alors, après une représentation de ce bel opéra donnée le 3o mars i83o :

« M™' Malibran a été sublime ! Elle s'écc lève si haut que ses rôles restent véri- « tablement trop au-dessous d'elle. Ce « n'est plus la servante de Palaiseau.

« Divini signa decoris « Ardentesque notate oculos, qui spîritus illi, a Qui vultus, vocisve sonus, vel gressus eunti,

« On distingue l'actrice de génie sous « l'habit d'une simple villageoise, comme

la nourrice des fils de Priam reconnaisa sait, sous les traits de Béroé, Junon con- « servant sous la forme humaine les attri- « buts de la divinité. »

J'avais vingt ans à peine et j'ai bien perdu depuis ces élans d'enthousiasme.

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Aujourd'hui, quand je me mêle d'écrire, il ne me vient plus à Tidée de citer Virgile. Mais je n'en ai pas moins gardé précieusement le souvenir de M""^ Malibran et plus encore peut-être celui de M^'' Sontag qui, comme cantatrice, n'a jamais été égalée, pas même par la Patti, à beaucoup près.

Voici quelques mots d'une note que je retrouve sur la dernière représentation de M"' Sontag, donnée à son bénéfice le i8 janvier i83o et composée du premier acte de la Sémiramide et du deuxième acte de Tancrède :

« ... Il n'est pas d'expression pour dé- « crire l'effet produit par le deuxième acte (( de Tancrède: .... M^" Sontag a chanté « l'air de bravoure avec une délicatesse, « une légèreté, dont elle seule offre le « modèle. Mais c'est surtout le duo « entre Aménaïde et Tancrède, ce sont (( les points d'orgue^ prodiges de vocali- « sation, exécutés par M^'" Sontag et M"' « Malibran, qui ont ravi la salle entière.

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« L'enthousiasme était à soncomble. Les (( couronnes pleuvaient sur la scène et la « strette du duo n'était pas terminée que « des applaudissements dix fois répétés « couvraient les voix des deux divines « cantatrices. Redemandées à grands cris, «c elles reparurent, Aménaïde conduite par « Tancrède qui lui mit une des couronnes (( sur la tète. Les bravos ne cessaient pas « et les spectateurs qui ne devaient plus a entendre M^'* Sontag, ne pouvaient se a lasser de rendre hommage à un si beau

« talent qu'ils perdaient à jamais »

Il n'en fut pas tout à fait ainsi. M"* Sontag avait, en effet, quitté le théâtre pour épouser le comte Rossi. Mais elle y rentra plus tard par suite de revers de fortune. Sa voix avait perdu. Elle ne dominait plus de ses magnifiques notes de soprano, comme dix années auparavant, l'orchestre et les chœurs dans le final du premier acte de Don Juan.

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De i83o à i835 plusieurs talents de premier ordre vinrent se placer à la tête de la troupe italienne ; Lablache, Tamburini et Julia Grisi. Elle débuta dans Otello et obtint surtout un succès de beauté. C'était alors une froide imitation de M™^ Pasta. Mais plus tard, elle se révéla grande cantatrice et véritablement tragédienne dans Novma dont elle fît son plus beau rôle. N'oublions pas deux éminentes virtuoses, M'"'" Persiani et Pauline Viardot. Rubini fît une rentrée brillante. Dans ce même temps et les années suivantes, le répertoire s'enrichit d'une douzaine de charmantes partitions de Bellini et de Donizetti. Citons entre autres Norma, la Somnambule, les Puritains de Bellini, VElixir d'a^nour, Lucie, Don Pasquale, de Donizetti.

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En i838 la salle Favart brûla; c'était dans la nuit du 14 janvier, après une représentation de Don Juan. Le régisseur de la scène Sévérini périt dans Tincendie. Les chanteurs italiens se réfugièrent à rOdéon où ils se maintinrent pendant plusieurs années avec un succès soutenu. C'était très beau. Car l'Odéon était alors délaissé. Il n'y allait personne et Tun de ses spirituels directeurs disait que de tous les théâtres de Paris, c'était le seul où il ne fût pas impossible de faire des recettes de 60 francs.

Les Italiens au contraire en firent de très bonnes. Il est vrai que la troupe se composant de Rubini, Lablache, Tamburini, M'"" Grisi, Persiani, Pauline Viardot, présentait une supériorité d'ensemble dont il n'y a pas eu d'exemple depuis, (i).

(i) Voici ce que je disais dans un journal de théâtre le 28 février 1839 : « Samedi la représen-

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Cependant TOdéon, à cause de son éloignement et de la difficulté des communications, dont les moyens ont été si multipliés depuis, était incontestablement un obstacle contre lequel il fallait lutter et, bien que cette lutte fût tout à Thonneur des artistes italiens, mieux valait ne pas trop la prolonger. Ils vinrent s'installer à la salle Ventadour.

Là encore, les saisons d'octobre à avril ont été plus ou moins brillantes jusqu'en 1870. Nous avons eu les opéras de Verdi,

« tation de La Liicia a été des plus brillantes

« Il est peu d'exemple, même aux Italiens, de « l'enthousiasme qu'a excité le final du 2® acte, « dit avec une grande force d'expression par Ru- « bini, Tamburini et M""® Persiani. L'émotion « était au comble par toute la salle et plus d'une « fois des murmures d'admiration ont couvert la « voix des chanteurs.

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le Trovatore, la Traviata, Rigoletto, Il ballo m Maschera ; nous avons eu Mario qui, sans égaler Rubini, s'est montré pen^ dant plusieurs années, digne de lui succéder ; nous avons eu Tamberlick qui ne fit que de courtes apparitions^ deux excellents barytons, Ronconi et Graziani ; Alboni, l'admirable contralto ; enfin Adelina Patti qui parvint très vite à Tapogée du succès. Je ferais pourtant quelques réserves. Sans doute La Patti a une voix merveilleuse, mais elle n'a pas le sentiment, la chaleur, la passion. Elle charme, mais elle n'émeut pas. C'est une sorte de ravissement paisible qu'on éprouve. Avec la voix la plus parfaite qu'on ait jamais entendue, La Patti n'est pas une virtuose. Mais quelle pureté, quelle égalité de sons ! Il faut l'entendre, à la fin du i" acte de la Traviata, faire, en courant vers le fond du théâtre, un trille éclatant et prolongé. C'est vraiment prodigieux de hardiesse et de fini en même temps, et cela s'est fixé dans mes souvenirs comme la strette

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de la cavatine d'entrée d'OtellOj chantée à pleine voix par Rubini.

Depuis la funeste guerre de 1870, le théâtre italien n'a plus rien fait. Le bureau de location a chômé presque tout le temps. Je ne vois que les représentations d'Aïda, un des meilleurs opéras de Verdi, qui aient été suivies avec empressement. La dernière direction confiée à M. Escudier n'a pas prospéré. Pourtant on aurait tort de désespérer du théâtre italien. On y reviendra toujours. C'est une question de temps et de circonstances plus favorables qui se présenteront tôt ou tard. D'ailleurs il faut bien attendre, puisqu'on vient de démolir la salle Ventadour pour faire place à un Crédit normand, auvergnat, limousin, je ne sais, enfin à une concurrence du Crédit lyonnais. C'est là un fait très regrettable et qu'on n'aurait pas

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dû laisser s'accomplir. Il y avait plus d'un moyen de Tempêcher et Paris n'aurait pas été privé de Tune de ses plus belles salles de spectacle, et d'un théâtre construit dans de vastes proportions et d'excellentes conditions d'isolement.

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