CHAPITRE V
L'opéra comique,
Le premier théâtre d'opéra comique date de 1624. Pendant plus d'un siècle on y joua des petites pièces en prose mêlées d'ariettes. L'Académie royale de musique et le Théâtre Français lui suscitèrent une foule de difficultés. Un moment même la parole lui fut enlevée et des pantomimes la remplacèrent. Mais les gestes les plus animés, accompagnés de la musique la plus expressive, étaient loin d'offrir un équivalent et le public protesta. L'opéra comique, genre éminemment français et justement aimé, tenait à vivre. Il ne tarda pas à venir à bout des persécutions où se montrait, jusqu'à l'excès, l'abus des privilèges.
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A partir de lySo son cadre s'élargit et la vogue s'attacha aux œuvres charmantes de Monsigny, Grétry, Dalayrac. Ce furent Le Roi et le Fermier, Rose et Colas, Félix^ le Déserteur de Monsigny ; Sylvain, Les deux Avares^ Zémire et A^or, VAmi de la maison, la Fausse M.igie^ l'Epreuve villageoise, le Tableau parlant^ Richard Cœur -de -Lion de Grétry; Aie mi a, Renaud d'Ast, les deux petits Savoyards, Camille ou le Souterrain^ Ambroise, Gulnare^ Adolphe et Clara, Maison à vendre^ Picaros et Diégo^ Gulistan, de Dalayrac. Quelques-unes de ces pièces furent représentées pour la première fois au commencement de notre siècle et me conduisent au point de départ que j'ai adopté pour cette revue du théâtre contemporain.
Il faut bien le dire, l'Opéra Comique donne lieu plus encore que les autres théâtres aux observations que nous avons
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présentées sur le goût si variable du public. Après avoir eu toute sa faveur, après avoir été le préféré de tous, après avoir vu succéder aux maîtres que je viens de citer d'autres maîtres non moins illustres, Boïeldieu, Auber, Hérold, livrant à des applaudissements unanimes le Nouveau Seigneur, la Dame blanche, Fra- Diavolo, le Domino noir, Zampa, le Pré aux Clercs, l'opéra comique est en décadence. Le public n'en veut plus et cette fois le public a tort. Car c'est un genre charmant, de bon goût, dont la douce gaîté emprunte à la musique un double et gracieux attrait.
Et qui le remplace aujourd'hui ? Topérette, une déviation de Tart, genre bâtard et graveleux où le dialogue va de pair avec la situation jusqu'aux dernières limites que permet une censure réduite à l'impuissance par les nombreux abus de la liberté. A ce compte, l'art se dégrade et le relâchement des mœurs fait d'étranges progrès. Mais le public est
satisfait. C'est le maître. On lui obéit ; on lui sert des saletés qu'il applaudit. Seuls les esprits sérieux, amis du rire honnête, regrettent que des auteurs et des compositeurs de talent, fassent une pareille besogne et contribuent à un abaissement moral qui se manifeste sur tant de points aujourd'hui.
Mais à quoi bon se plaindre ; à quoi bon moraliser ? C'est bien inutile ; mieux vaut fermer les yeux sur ce qu'on ne peut empêcher et chercher roubli du présent dans les souvenirs du passé. Pour moi, sans être pessimiste, je ne vis plus que de souvenirs. Reportons-nous donc aux beaux jours de notre Opéra Comique. Si lointains qu'ils soient, il en sera encore longtemps parlé. C'était le théâtre des familles, et les grands parents racontent volontiers cet âge d'or à leurs chers fils qui ne les écoutent
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pas et vont rire à se tordre à la Timbale d'argent.
Au commencement du siècle l'opéra comique occupait la salle Feydeau. Il y resta jusqu'en 1829, vint ensuite à la salle Ventadour, puis pendant quelques années s'installa place de la Bourse où fut joué pour la première fois le Pré aux Clercs^ et prit enfin possession de la salle Favart où il est encore aujourd'hui.
En 1801 la troupe de ce charmant théâtre formait un ensemble excellent.
Martin, Ellevion, Chenard, M""' Dugazon, Saint-Aubin et Gavauian y occupaient les premiers emplois. Nous parlerons plus loin successivement des artistes de mérite qui ont su maintenir l'exécution des opéras comiques dans les conditions les plus satisfaisantes.
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Voici maintenant la liste des pièces nouvelles qui, jusqu'en 1820, ont alimenté le répertoire avec le plus de succès :
Maison à pendre (iSod); — Picaros et Diego (i8o3); — Gulistan^ 3 actes (i8o5), de Dalayrac qui mourut en 1809, à 56 ans. Il était riche et de famille noble. Napoléon Tavait honoré de la croix de la Légion d'honneur qu'il ne prodiguait pas. Il ne la donna que dans les Cent jours à Chérubini. Il est vrai qu'il ne pouvait pas le souffrir.
LIrato (1802) ; — Une Folie ^ 2 actes ; — Joseph^ 3 actes (1807); — la Journée aux Aventures^ de Méhul. LIrato et Une Folie sont d'agréables ouvrages et Joseph renferme de grandes beautés. On n'a pas oublié la romance : a A peine au sortir de
l'enfance... » et Tair : « Vainement Pharaon dans sa fortune altière.... » figure assez fréquemment sur les affiches de concert. JMais Touverture du Jeune Henri^ ce magnifique tableau que nous admirons encore aujourd'hui, suffirait seul à la gloire de Méhul. On sait que, par un unique exemple, elle fut exécutée trois fois dans la même soirée, à la première représentation de la pièce qui était mauvaise, et que le public ne laissa pas finir. Il aima mieux redemander pour la seconde fois l'ouverture et Tentendit ainsi trois fois.
Méhul mourut à Hyères en 1817, à 04.
ans.
Michel Ange (i8o3) ; — les Rende{- Vous bourgeois (1807) ; — Cendrillon 3 actes; ~ Joconde (18 14); — Lui H et Quinault ; — le Billet de loterie, de Nicolo. Il était né à Malte, mais d'origine française et s'appelait Nicolas
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Isouard. II mourut à Paris en 18 18, à 41 ans. On joue encore aujourd'hui Joconde et les Rendei-voiis bourgeois. Joconde était un des meilleurs rôles de iMartin. Faure Ta pris il y a quelques années et hantait parfaitement la romance du 3'"'' acte : « Dans un délire extrême... » Nous avons tous ri aux Rende{'Vous bourgeois dont les airs sont très jolis. 11 faut dire que la pièce est bien amusante. Elle est d'HoflPman et sa part vaut celle de Nicolo.
L^sD eux Journées ( 1 800) de Chérubini. Il avait fait jouer précédemment deux cents fois de suite Lodoïska., succès alors sans précédent. L'un de ses premiers ouvrages, Déniop/ion^ fut représenté à l'Opéra en 1788 et quarante-cinq ans après, en i833, il y donna Alibaba, cinq actes, paroles de Scribe et Mélesville.
J'ai vu Alibaba qui fut froidement accueilli, jt si je n'en ai rien dit, quand j'ai parlé
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de rOpéra, c'est que ce fut à peine un demi-succès. Nourrit et M'"" Falcon tenaient les deux principaux rôles. Je me souviens moins de la partition que des décors qui étaient magnifiques. Il y avait là une rue dlspahan qui était merveilleusement réussie. Chérubini avait alors 74 ans. Il mourut en 1842, à 82 ans. Il était membre de r Institut et directeur de notre Conservatoire.
L'Auberge de Bagnères (1807) de Catel, professeur au Conservatoire, membre de rinstitut, qui travailla peu pour le théâtre. EUeviou et Martin jouaient dans l'Auberge de Bagnères. Ellevion était même Tun des auteurs de la pièce qui se maintint longtemps au répertoire.
Montano et Stéphanie (1801); — Aline reine de Golconde (i8o3) ; — le Charme de la Voix ; — les Maris garçons
(1806) ; — les Deux Mousquetaires^ de Berton qui composa près de cinquante opéras ou ballets. En 1799 il avait fait jouer avec succès à TOpéra Comique le Délire. Aline y reine de Golconde et surtout Montano et Stéphanie le placèrent au premier rang parmi nos compositeurs. Afontano et Stéphanie avait eu trois représentations en 1799. Des susceptibilités politiques s'étaient élevées contre la pièce qui avait été défendue. Un rôle de prêtre honnête homme en était cause et avait déchaîné les fureurs du jacobinisme qui jouissait alors de son reste; en 1801, Legouvé, le père de notre aimable académicien d'aujourd'hui, fit quelques changements au troisième acte et la pièce obtint le plus grand succès.
Berton estimait peu la musique italienne. Il se montra malencontreusement des plus hostiles à Rossini, quand l'auteur du Barbier vint à Paris pour donner de nombreux jours de gloire à notre Opéra. Ces erreurs sont fréquentes. Berton fut injuste envers
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Rossini, comme Rossinî lui-même le fut envers Meyerbeer. Sans tenir le moindre compte de tout sentiment de rivalité et de jalousie, j'ai remarqué que les artistes se jugent mal entre eux. Peintres, musiciens, auteurs dramatiques, vous les voyez trop souvent procéder par parti pris. Ils obéissent sans le vouloir aux impressions que leur dicte leur tempéramen': et tout ce qui n'entre pas dans cette manière exclusive d'appréciation leur semble mauvais. Dans ces excessives sévérités Berton fut comme beaucoup d'autres.
Il mourut fort âgé en 1844.
Beniojpski^ 3 actes ( 1 800) ; — le Calife de Bagdad (I800) ; — Ma Tante Aurore, 2 actes (i8o3); — Jean de Paris ^ 2 actes ( 1 8 1 2) ; — le Nouveau Seigneur de village (181 3) ; — la Fête au village voisin^ 3 actes (18 16) ; — le Petit Chaperon rouge, 3
actes(i8i8); — les Voitures versées^ 2 actes, le Boïeldieu dont les charmantes partitions abondent en motifs délicieux. On y écoute avec ravissement certaines phrases empreintes d'une grâce mélodique qui est l'essence même du génie de Boïeldieu et^ sous ce rapport, établit sa supériorité sur les autres compositeurs, Mozart excepté.
Nous retrouverons Boïeldieu avec ses dignes émules, Hérold et Auber dans la période Liui suit.
C est ainsi que de 1800 à 1820 TOpéra Comique se maintint dans d'heureuses conditions de succès, grâce à un riche répertoire datant du siècle précédent et aux ouvrages alors nouveaux que je viens de citer. On offrait au public des spectacles souvent composés de trois pièces en un acte, comme, par exemple, en 1802^ Sylvain^ le Prisonnier, Adolphe et Clara, Le ci-
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toyen Elleviou, disait Taffiche, jouera dans deux pièces.
EUeviou et Martin étaient très aimés tous deux, surtout Elleviou, et jouaient ensemble dans un bon nombre d'opéras; Maison à vendre^ Pi car os et Diégo^ Jean de Paris, etc, etc. Elleviou était très bon comédien et chantait avec beaucoup de goût. Il plaisait essentiellement et laissa les plus vifs regrets lorsquen i8i3, dans toute la force de Tâge, il se décida à quitter le théâtre. Pour sa représentation de retraite on donnait Adolphe et Clara et Félix. Ce fut une ovation sans exemple.
Retiré dans sa terre de Roncières, près de Tarare, il fit de l'agriculture et mourut longtemps après, maire de sa commune et conseiller général du Rhône.
Martin avait une voix exceptionnelle.
Elle parcourait trois octaves avec la plus grande facilité et la plus parfaite émission. Martin en abusait pour multiplier les roulades et les fioritures. Cela plaisait au public. Mais les compositeurs n'aimaient
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pas à voir leurs airs défigurés. Un soir, après le Jugement de Midas où notre baryton-ténor venait d'étaler le luxe de ses broderies, Grétry lui dit: « Pourquoi donc as-tu passé mon premier air ? J'y tenais beaucoup, tout simple qu'il te paraisse. » Martin comprit et tint compte, pour cette fois, de la fine observation de Grétry.
M"**' Dugazon, Saint-Aubin et Gavaudan étaient les étoiles de ce temps. M'""" Gavaudan avait le charme. Le public Tadorait. Ses meilleurs rôles étaient Margot du Diable à quatre, la princesse de Navarre dans Jean de Paris^ Colette dans Jeannot et Colin et Rose d'Amour du Petit Chaperon rouge.
Je ne puis oublier les librettistes. IMais c'est là le côté faible. Les pièces d'alors étaient plus ou moins médiocres et un grand nombre de celles que je n'avais
pas à mentionner tombèrent^, entraînant la musique avec elles. On a vu rarement une bonne partition réussir avec un mauvais livret. Les chefs-d'œuvre mêmes en souffrent et Guillaume Tell en est un exemple.
Faisons toutefois exception pour quelques noms, Etienne, Tauteur de Cendrillon^ de Joconde et de Jeannot et Colin ^ Hoffman à qui nous devons l'excellente bouffonnerie des Rende{-pous bourgeois^ Alexandre Duval de qui la scène du voisin dans Maison à pendre est digne de Molière.
De 1820 à 1860 rOpéra Comique compte un très grand nombre de succès avec des pièces mieux faites que par le passé et de charmantes partitions signées de Boïeldieu, Auber, Hérold, Donizetti, Adolphe Adam, Ambroise Thomas, Victor Massé, Grisar, Monpou, Maillard et j'ou-
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blie encore quelques noms qui mériteraient d'être cités.
Mentionnons les ouvrages qui ont le plus réussi et donnons la place d'honneur à la Dame blanche (1826), le chef-d'œuvre de Boïeldieu. On en donnait il y a peu de jours la iSco""' représentation. La première eut lieu le 10 décembre ï825, et, dès le premier soir, le succès fut immense. Les rôles étaient tenus par Ponchard, Féréol, Henri, M""'' Rigaut, Boulanger et Desbrosses. J'ai vu plusieurs fois la Dame blanche à cette époque beaucoup trop éloignée de Tan de grâce où j'écris ces lignes; je ne puis m'empécher de faire cette remarque peu agréable.
L'exécution était très bonne. Ponchard chantait parfaitement le rôle de Georges et ne le jouait pas mal ; M""" Rigaud dans celui d'Anna se montrait excellente cantatrice, mais actrice plus que médiocre et M"'*' Boulanger était de tout point charmante dans le rôle de Jenny. Je ne dois pas oublier Féréol dans le fermier
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Dikson; mais depuis je lui ai préféré Sainte-Foy. Il chantait mieux que Féréol la partie très belle et très dramatique de Dikson dans le magnifique trio du premier acte. Tout en souriant des terreurs superstitieuses du bon fermier^ il faut le prendre au sérieux, tel qu'il est, et c'est ce que Boïeldieu a voulu en lui donnant à dire une des phrases remarquables de sa partition .
Le dernier ouvrage de Boïeldieu, les Deux Nuits fut représenté en 1829 à la salle Ventadour. Il était attendu avec la curiosité la plus vive et la plus sympathique. Les éloges, souvent dangereux quand ils sont anticipés^ lui étaient prodigués. Nous allions entendre un nouveau chef-d'œuvre de l'auteur de la Dame blanche. Malheureusement le succès ne répondit pas à tout ce bruit qu'on avait fait d'avance. Il fut médiocre. C'est cependant une belle partition, parfaitement digne de Boïeldieu. Mais la pièce qui est de Scribe et Bouilly ne vaut rien et nuisit beaucoup.
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Ce n'était pas trop la faute de Scribe qui a fait mieux que personne en ce genre. La Dame blanche en fournit une des nombreuses preuves. Le sujet intéresse et Scribe s'est servi sept ou huit fois, toujours avec bonheur, de cette même idée d'une protectrice inconnue à laquelle s'abandonne en toute confiance un jeune amoureux. Nous le retrouvons, en effet, dans le Domino noir^ la Part du Diable^ la Sirène^ le Guitarero^ à l'Opéra Comique, le Verre d'eau aux Français, Chut!
au Gymnase. Quant aux Deux Nuits, c'était une vieille pièce de Bouilly que Scribe essaya de rajeunir. Il avait accepté là une besogne ingrate et ne réussit qu'à demi. En résumé il fut parlé beaucoup plus des Deux Nuits avant la représentation qu'après.
La Bergère châtelaine^ 3 actes ; — Emma, 3 actes (1821); — Leycester, 3 actes (1822) ; — la Neige, 4 actes
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(1823) ; — le Concert à la Cour (1824); — Léocadie^ 3 actes (1824); — le Maçon, 3 actes (i825) ; — la Fiancée, 3 actes (1829); — Fra Diabolo, 3 actes (i83o);
— Lestocq, 4 actes (1834) ; — ^^ Cheval de Bronie, 3 actes (i835) ; — Actéon (i835) ; — les Chaperons blancs, 3 actes ;
— r Ainbassadrice , 3 actes ; — le Domino noir, 3 actes (1837); — Zanetta, 3 actes (1840); — les Diamants de la Couronne, 3 actes (1841) ; — le Duc d'Olonne, 3 actes (1842) ; — la Part du Diable, 3 actes (1843) ; -— la Sirène, 3 actes (1844) '-> — ^^ Barcarolle, 3 actes (1845) ; — Haydée, 3 actes (1847) 5 — Marco Spada, 3 actes (i853) ; — Jetiny Bell, 3 actes (i855) ; — Manon Lescaut, 3 actes (i856) ; — la Fiancée du roi de GarbCy 3 actes (1864) ; — la Circassienne, 3 actes (i865) ; — Un Premier Jour de Bonheur, 3 actes ; — Rêve d'àmour, 3 actes^ d'Auber.
Quelle heureuse fécondité ! Quel riche emploi d'une longue carrière glorieusement
remplie! Auber avait plus de quatre-vinots ans quand il fit la Circassienne qm abonde en motifs pleins de fraicheur et ne laisse pas voir un seul instant la trace des années. Un peu plus tard, Un Premier jour de bonheur fut représenté cent fois de suite. Une part de succès est due à Capoul qui joua et chanta très bien le rôle principal.
Les livrets de tous les opéras comiques que nous venonsd'énumérer sontde Scribe, excepté les deux derniers. Un Premier Jour de Bonheur et Rêve d'amour qui ont pour auteurs Dennery et Cormon.
Revenons sur quelques-uns de ces ouvrages pour en faire une revue rapide.
Le Concerta la Cour est une perle. Tout y est excellent. Ponchard, Vizentini, Lemonnier^ M"""" Rigaut et Boulanger formaient un très bon ensemble et M'"' Rigaut faisait des [merveilles de vocalise dans le rôle d'Adèle, (i)
(i) Le Concert à la Cour me rappelle une magnifique représentation donnée le 4 mai 1828
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Léocadie fut un brillant succès. Je suis surpris que depuis longtemps on n'ait pas songé à reprendre cette œuvre intéressante, comme pièce, et parfaitement agréable comme musique.
Le Maçon fut joué plus de sept cents fois et était encore au répertoire il y a quelques années. Je connais peu de pages musicales aussi spirituelles que le duo des voisines au troisième acte du Maçon.
à rOpéra, au bénéfice de Dérivis père. On commençait par le S"'** acte d'Œdipe à Colonne, y[G\\Q Prévost, Antigone; Dérivis père, CEdipe. Puis le Philosophe sans le savoir, joué par Baptiste aîné, Armand, Cartigny et Me'i« Mars; le Concert à la Cour, M*^"*^ Ginti (depuis M^e Damoreau) dans le rôle d'Adèle avec un divertissement où paraissaient M''^'® Taglioni et tous les premiers sujets de la danse. On finissait par le 3"^® acte à'Otello avec Donzelli et M'"*' Malibran. Chose étrange ! il y avait peu de monde, peut-être par ce que le prix des places était doublé. Remarquons que c'était encore inférieur aux prix ordinaires d'aujourd'hui. C'est une des plus belles soirées théâtrales auxquelles j'aie assisté.
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La Fiancée a été plusieurs fois reprise. Elle reçut tout d'abord le meilleur accueil et l'exécution première confiée à Chollet, Tilly, M""'^ Pradher et Boulanger était des plus satisfaisantes. Chollet avait alors une jolie voix de ténor fraiche et pure. Il la dirigeait bien et n'avait pas encore donné dans le faux goût, comme il fit plus tard. On aimait beaucoup M"" Boulanger pour sa bonne grâce, sa belle humeur et sa voix charmante. Elle était parfaite dans les Reudei'POus bourgeois et chantait avec un brio entraînant le rondeau: « Allons^ plus de tristesse.... y) M'"'' Pradher était bonne comédienne, cantatrice agréable, et, ce qui vient beaucoup en aide au talent, la plus jolie femme des théâtres de Paris; je pourrais ajouter la plus honnête, ou, si vous le voulez, Tune des plus honnêtes. Jamais elle ne donna prise à la plus légère médisance.
Fra Diavolo figure souvent encore sur Tafîiche. Ce fut un des rôles les plus brillants de Chollet et M"'" Prévost était
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ravissante dans le rôle de Zerline. Fra Diavolo est une des meilleures partitions d'Auber qui s'y montre tout entier dans la plénitude de ses exquises qualités.
Lqs Chaperons blancs ne réussirent qu'à demi. Auber en éprouva un véritable chagrin. Il comptait beaucoup sur cette partition et bien des années après il en détacha plusieurs morceaux pour la Corbeille d'oranges^ opéra en 3 actes, où chantait Alboni.
L'Ambassadrice, le Domino noir^ les Diamants de la Couronne, la Part du Diable, Haydée ne sont jamais restés longtemps sans reparaître sur l'affiche. La musique d' Auber essentiellement française est la grâce même. Tout y est mélodie. Il y à plaisir sans fatigue à Tentendre. On y reviendra toujours et Ton fera bien.
A propos des derniers ouvrages que nous venons de citer, n'oublions pas deux talents de premier ordre^ Roger et surtout M"™'' Damoreau. Roger dans la Part du Diable et Haydée, M""' Damoreau
dans V Ambassadrice et le Domino noir ont laissé des souvenirs qui sont loin d'être effacés. Si iM"" Danioreau ne perdit rien à quitter l'Opéra pour TOpéra Comique, j'ai toujours pensé que Roger avait eu grand tort de quitter l'Opéra Comique pour l'Opéra. Comme comédien aussi bien que comme chanteur, il avait de précieuses qualités pour l'Opéra Comique tandis que la scènede l'Opéra était trop vaste pour lui. Il lui fallait forcer sa voix et il n'avait plus là les rôles de genre qu'il jouait si bien.
Marie, 3 actes ( 1 826) ; — Zampa, 3 actes (i83i) ; — le Pré aux Clercs, 3 actes (i832) sont les trois opéras qui ont placé Hérold au premier rang des compositeurs français. La partition seule de Zampa suffirait pour immortaliser son nom. Si la pièce avait été bien faite, Zampa aurait eu plus de représentations que le Pré aux Clercs^
autre chef-d'œuvre, qui a été joué douze cents fois. Il est fâcheux d'avoir ainsi à tenir compte de l'influence du livret. Je Tai dit déjà, bonne ou mauvaise, mais le plus souvent mauvaise, elle est incontestable et il faut compter avec elle.
La première représentation du Pré aux Clercs eut lieu en décembre i832 et fut accueillie par un véritable enthousiasme que confirmèrent celles qui suivirent.
Hérold jouit bien peu de son triomphe.
Atteint depuis quelque temps d'une affection de poitrine, il mourut un mois après, le 19 janvier i833, à Tâge de quarante deux ans. Il allait être nommé membre de l'Institut. L'art musical ne pouvait faire une plus grande perte. Si Hérold avait vécu plus longtemps, nul doute qu'il n'eût doté notre première scène lyrique de quelques belles œuvres qui auraient donné à son nom encore plus d'éclat.
L'ampleur qu'on admire dans son style justifiait cet espoir qu'une mort prématurée a transformé en amers regrets.
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Antérieurement à Marie, Hérold avait fait jouera TOpéra Comique les Rosières, 3 actes, en 1817, la Clochette, 3 actes, en 18 18, et le Muletier. Je pourrais encore citer Lasthénie, un acte à T Opéra, et Em- ?nelirîe, 3 actes, à TOpéra Comique. Nous retrouverons aussi le nomd'Hérold, quand nous parlerons des ballets.
Il eut pour librettistes de Planard, de St-Georges, MélesvilleetThéaulon. Scribe ne fit rien pour lui. On peut croire qu'il avait toute préférence pour Auber.
Le Solitaire, 3 actes (1823) ; — le Valet de chambre, ( 1 823) ; — Masaniello, 4 actes (1827); — Jenny, 3 actes (1829); — la Violette, 3 actes ; — la Prison d'Edimbourg, 3 actes, de Carafa^ né à Naples en 1785. On lui a souvent reproché d'avoir un peu trop imité Rossini. Quand on donna la Dame du Lac à TOpéra sous le titre de Robert Bruce, ce fut Carafa qui fit le travail d'à-
daptation. Rossini n'avaitpas voulu toucher à une note. Cette besogne ne lui plaisait pas et il en avait chargé Carafa, son ami intime. Il ne pouvait mieux choisir. C'était un maître qui faisait faire quelques retouches à son tableau par Tun de ses meilleurs élèves. Mais si Carafa a laissé voir dans ses partitions une préférence accentuée pour les formes rossinierines, il n^en est pas moins vrai qu'il eut sa valeur propre à laquelle il dût de remarquables succès. Le Solitairement la vogue et Masaniello souffrit à peine du voisinage de la Muette de Portici qui fut donnée deux mois et demi après. L'immense succès du chef-d'œuvre d'Auber n'empêcha pas Masaniello d'attirer pendant longtemps la foule à l'Opéra Comique. Une forte part d'applaudissements revient ici à Ponchard, Valère et M'" Prévost.
La Prison d'Edimbourg fut beaucoup plus jouée en province qu'à Paris. C'est une œuvre digne de grande estime. La pièce qui est de Planard et de Scribe est
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bien faite et présente un intérêt soutenu. Elle n'a jamais été reprise à Paris et je crois qu'elle aurait pu l'être avec succès. Il est bien entendu que je parle du passé. Il ne serait plus temps aujourd'hui, mais j'ai tenu à constater le talent non moins C^racieux qu'élevé de Carafa qui, à mon avis, n'a pas été mis à la place qui lui était due.
Outre la Prison d'Edimbourg^ Planard a fait pour Carafa le Solitaire et la Violette.
Masaniello est de Moreau et Lafortelle et le Valet de chambre de Scribe et Mélesvilie.
Le Dilettante d'Avignon. (1829); — l'Eclair^ 3 actes (i835); — les Mousquetaires de la Reine., 3 actes ( 1 840) ; — le Val d'Andorre, 3 actes (1848) de F. Halévy, à qui son bel opéra de la Juive a fait une juste célébrité. Il n'en compta pas moins un certain nombre
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d'insuccès. J'ai parlé déjà du Juif errant et de la Magicienne qui furent très froidement accueillis. Il en fut de même du Drapier^ 3 actes à TOpéra, de Valentine d'Aiibigny, 3 actes, de la Dame de pique ^ 3 actes, et des Souvenirs de Lafleur^ un acte, à rOpéra Comique. Et quand on pense au temps qu il faut pour monter un opéra en cinq actes, c'est une cruelle déception s'il ne dépasse guère dix ou douze représentations. Prenons pour exemple la Magicienne. De St-Georges met trois mois à faire le livret, Halévy au moins autant à écrire la partition. On répète pendant un an. Décors, costumes, mise en scène représentent des dépenses énormes et tous ces laborieux efforts soumis au public, après quinze jours à peine, disparaissent aux feux de la rampe pour tomber dans l'oubli. Qui se souvient aujourd'hui de la Magicienne et de quelques centaines de pièces dont nos théâtres ont depuis lourdement ressenti la chute ?
Halévy est un classique moderne. Sa
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musique brille plus par le style que par l'inspiration. Les motifs qui charment et enlèvent n'abondent pas et quand on écoute ses œuvres d'une facture si correcte et sî distinguée, à Testime qu'on accorde sans réserve au compositeur se mêle par moment un peu d'ennui.
Halévy avait un vrai talent littéraire et -e serait fait un nom comme écrivain. Il est mort à Nice en 1861.
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Le Chalet, (1834); — le Postillon de Lonjumeau, 3 actes (i836) ; — le Brasseur de Preston, 3 actes (1837); — la Reine dun jour, 3 actes ; — Giralda, 3 actes d'AiWphe Adam, Télèveaiméde Boïeldieu.
Nous lui devons une foule de bonnes soirées bien employées à entendre de la musique agréable; plaisir facile qui a bien -on prix. A suivre longtemps les maîtres lans les hautes régions de Tart musical, l'oreille se fatigue, ainsi que les yeux à
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suivre le vol de Taigle. Il est des oiseaux chanteurs que j'aime, qui me charment et Fauteur du Chalet en est un. Qu'il ait travaillé trop vite, qu'il ait improvisé ses opéras, c'est possible. Mais je répondrai que le temps ne fait rien à TafFaire et que je ne me suis jamais ennuyé à entendre un opéra d'Adam.
Le Chalet a été joué plus de mille fois. Tout le monde connaît ce petit chef-d'œuvre. C'est comme la Dame blanche et le Pré aux Clercs et ce rapprochenent est le plus bel éloge que je puisse adresser à Adolphe Adam.
Le Postillon de Lonjumeau reparait de temps en temps sur Taffiche. Il y a là un rôle de prédilection pour les ténors légers. Les plus laids et les plus mal bâtis n'hésitent jamais à chanter : a Ah ! quil est beau le postillon de Lonjumeau ! .... »
M"*^ Miolan, depuis M""" Carvalho fit son premier début dans Giralda. C'était alors une frêle jeune fille qui se tenait mal, avait une voix assez faible, mais une excellente
méthode. Elle savait déjà chanter et devint une admirable virtuose. Je place dans mes meilleurs souvenirs et comme une merveille d'incomparable exécution musicale, Tair du page des Noces de Figaro chanté par M'"*" Miolan Carvalho. Mais à ses débuts dans Giralda c'était simplement M"*" Miolan. Elle avait peur, comme toute débutante, et fut peu remarquée.
Nous ne devons pas oublier plusieurs opéras comiques d'Adolphe Adam dont nous dirons quelques mots quand nous nous occuperons plus loin une fois encore du Théâtre lyrique.
La Double Echelle (1837) ; — le Perruquier de la régence^ 3 actes (1828) ; — le Panier fleuri', — Alina, 3 actes; — le Caïd, 2 actes ( 1 849) ; — le Songe d'une Nuit dété, 3 actes (i85o) ; — Psyché, 3 actes (1857); — le Carnaval de Venise,
3 actes; — Mignon^ 3 actes (i866) d'Ambroise Thomas, talent correct, rarement inspiré. « Quand les idées lui manquent « et elles lui manquent souvent, a dit <( Tun de nos plus savants critiques, « M*" Amhroise Thomas en déguise Tab- « sence si habilement par le métier,, que « le public s'y trompe fort bien. »
Membre de T Institut, directeur du Conservatoire, Commandeur de la Légion d^honneur, Ambroise Thomas a eu toutes les satisfactions d'amour-propre et toutes les bonnes chances possibles. Ainsi à la trentième de Mignon on pensait à retirer la piè.ce qui ne faisait pas d'argent. Les recettes remontent de quelques centaines de francs, on fait ses frais; le succès s'accentue et l'on va à cent représentations.
Nous aurions encore à citer un nombre important d'œuvres de mérite qui, de i85oà 1870, alimentèrent le répertoire de l'Opéra Comique. La liste en serait bien
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longue ; mais je ne pourrais passer sous silence sans commettre le plus injuste oubli: Les Deux Reines ( 1 83 5) ; — le Luthier de Vienne (i836); — Piquillo, 3 actes (1837) de Monpou. élève de Choron, né en 1804, mort en 1841. Talent remarquable empreint d'une véritable originalité. Il eut un succès de vogue presque sans pareille avec l'Andalouse^ d'Alfred de Musset qu'il mit en musique avec un entrain, une crânerie tout à fait dignes des vers charmants de notre grand poète. Monpou était haut placé dans l'opinion et il est à croire qu'il aurait été l'un de nos premiers compositeurs, si la mort ne l'avait pas frappé à 37 ans.
Le livret de Piquillo est d'Alexandre Dumas p^re, en collaboration avec Gérard de Nerval. Je ne connais pas d'autre opéra comique de Dumas. Mais il n'a pas fait que cela ! Que n'a-t-il pas fait, cet esprit fécond et charmant, drames, comédies, romans, mémoires, récits de voyage, et l'on irait bien à cent volumes sans compter
tout ce qu il a signé de confiance, après y avoir à peine touché !
La Fille du régiment^ 2 actes, Tun des 66 opéras de Donizetti ; — les Noces de Jeannette \ — Galatée, 2 actes, de Victor Massé. Deux grands succès.
Le rôle de Galatée fut créé de la façon la plus brillante par M'"'* Ugalde qui était entrée peu de temps auparavant à rOpéra Comique dans de fort modestes conditions. Elle venait de la province et avait été engagée au Théâtre lyrique pour les Monténégrins^ un opéra de Limnander. Le théâtre ferme : les Monténégrins passent à l'Opéra Comique et sont mis en répétition. On ne savait à qui confier Tun des rôles importants de la pièce. On cherche, on fait plusieurs essais qui ne satisfont pas. M'" Batton, un compositeur distingué, professeur au Conservatoire, se trouvant là par hasard, dit qu'il avait vu ce rôle fort bien répété au Théâtre lyrique par une débutante dont il ignorait le nom ; « C'est bien ce qu'il vous faut, dit-il au
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<c directeur ; elle ne vous coûtera pas cher. » Ce qui fut dit fut fait et le lendemain M"'* Ugalde vint répéter les Monténégrins à rOpéra Comique.
Cela dura trois mois. Personne ne faisait attention à la nouvelle venue. Un jour M"'' Lavoix qui devait jouer dans l'Ambassadrice^ fait dire qu'elle est malade. L'affiche était posée. 11 fallait changer le spectacle; ce qui est toujours désagréable. M""" Ugaldesepropose timidement pour remplacer M"*" Lavoix dans le rôle d'Henriette qu'elle a souvent chanté en province. On y consent en hésitant un peu. On en sera quitte pour faire une annonce. M'"^ Ugalde chante à merveille et est rappelée plusieurs fois. Le lendemain à mon cercle on parlait de ce succès inattendu, et j'entendais dire que M"'^ Damoreau était égalée. Il y avait là sans doute de l'exagération; mais dès ce jour M'"*' Ugalde prit la première place à l'Opéra Comique. Elle était applaudie à plusieurs salves dans le Domino noir y le
Pré aux Clercs et les Diamants de la Couronne. Vint ensuite Galatée qui fut pour elle un véritable triomphe. Elle enlevait la salle entière dans les couplets de Bacchante du second acte.
Quant aux Monténégrins ce fut une chute ou à peu près.
J'ai insisté sur cet incident de la vie artistique de M""" Ugalde, parce qu il offre un de ces nombreux exemples de la part énorme du hasard et de l'occasion dans les choses du théâtre- Et ce n'est pas au théâtre seulement. La carrière des arts a cela de terrible que des hommes de talent à qui il ne faudrait que l'occasion, meurent sans qu'elle soit venue.
Lalla-RoukJi., 2 actes de Félicien David- Ce charmant ouvrage de Tauteur du Désert a été repris plusieurs fois.
Le Voyage en Chine ^ 3 actes^ de F. Bazin. Cent représentationsde suite. Musique agréable. Excellent livret d'Eugène Labiche; c'est plein d'esprit et de gaieté. Je ne sais plus quel directeur de province
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avait un beau jour jugé à propos de supprimer la musique de la Dame blanche, parce que, disait-il, elle ralentissait l'action. La plaisanterie était parfaitement mauvaise. En vérité elle le serait moins à propos du Voyage en Chine qui est une pièce des plus amusantes où Tabsence de la musique serait peu remarquée. Elle a été jouée ainsi, sans musique, à Saint-Pétersbourg, avec beaucoup de succès.
Cette longue énumération me paraît prouver avec une incontestable évidence que jamais théâtre ne fut plus richement pourvu que notre Opéra Comique. Mais presque tout cela n'appartient plus qu'au passé. L'opéra comique est près de sa tin; L'opérette a pris sa place et je crois avoir dit ce que, sans excèsr de sévérité, il est juste de dire de l'opérette où le grotesque et la charge vont de pair
avec la musique et deviennent les éléments nécessaires du succès. Ajoutez, comme complément sur Taffiche, un nom en faveur, une étoile de minime grandeur. Aujourd'hui c'est Judic, c'est Jeanne Granier. Mais demain le public en voudra d'autres et les choses se passeront ainsi jusqu'au jour où l'opérette disparaîtra pour céder la place à l'inattendu que l'avenir nous réserve.
Avant d'en finir avec Topera comique et pour commettre le moins possible d'oublis immérités, j'ai un mot à ajouter à ce que j'ai dit du Théâtre lyrique installé d'abord vers i85i, au boulevard du Temple, puis, en i852, place du Châtelet où il fut incendié en 1871 à la fin de la Commune. Les opéras comiques qui ont le plus réussi à ce théâtre sont:
Si j'étais Roi l 3 actes i852 ; — - le Bijou perdu^ 3 actes ; — la Poupée de
Nuremberg, d'Adolphe Adam; — la Fanchonnette^ 3 actes (i855) de Chapisson, le plus grand succès obtenu au Théâtre lyrique ; — la Fanchonnette a été reprise il y a quelques années à la salle Favart ; — la Perle du Brésil, 3 actes, de Félicien David ; — la Reine Topa{e, 3 actes, de Victor Massé; — les Dragons de Villars^ 3 actes, de Maillard. Cette œuvre remarquable fait maintenant partie du répertoire de rOpéra Comique et parait souvent sur Taffiche.
Des artistes de mérite ont paru sur la scène du Théâtre lyrique et les noms de la plupart ne sont pas oubliés.
Je citerai Léon Achard, Monjauze, Meillet, Ismaël, Barré, M'"*^' Carvalho, Christine Nilson, Marie Cabel, Gueymard- Lauters, Viardot^ Marie Sasse, Ugalde, Caroline Duprez, Marimon, Meillet et Daram.