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LA VIE DES CHAMPS

-'''Il

'aime cette paj-ole (\\\n saint, qui fut en uiênie v^ temps un homme d'esprit — ce qui ne gâte rien : "^'^ '^ Il faut demeurer en la barque en la(|uelle on est."

Il y a au delà de deux cents ans que l'aimable évêque de Genève, François de Sales, écrivait cela. 11 est donc à présumer qu'on voyait déjà de son temps, des gens cbercbant le bonbeur dans l'impossible et en debors de la spbère où Dieu a voulu qu'ils le trouvassent.

Ce travers est commun de nos jours. Souvent la tranquillité, le contentement, l'aisance sont là tout près de nous et nous faisons de grands frais pour courir les chercber au loin.

Quand on voit des milliers de nos frères vivant sous un ciel étranger, on se demande avec tristesse si notre pays n'était pas assez grand pour les contenir^ ou si les lois en étaient trop dures ou le climat trop inhospitalier.

Dans aucune de ces alternatives on ne trouve la raison déterminante de l'exil de nos compatriotes. C'est pour d'autres motifs qu'ils vont porter le trésor de leur activité, le formidable effort de leur nombre et les ressources du génie national chez une nation étrangère que ce concours enrichit, comme, sous Louis XIV, les Français huguenots le firent en faveur de l'Angleterre et d'autres pays ennemis.

Pourquoi ce ])esoin contagieux de s'expatrier?

D'où vient cette insouciance qui fait qu'on passe d'un cœur léger de la situation de maître chez soi à

I,A Vil'] DKS Cil A. Mrs

l'état de serviteur de l'étranger, «(u'oii change l'air libre du clianij) natal pour l'eniprisonnement du IciiriiH'ii/ (Iv^i villes nianiiract ui'ici'es des States?

lv<t-ce pour trouvi-r loin de la patrie, plus di' loisii-s. pins de jouissances, plus de fortune et moins de travail?

Non: pas plus (pie le Canada, la grande K*é|)ul)li(pie n'est lin ])ays de Cocagne |)oiir les paresseux. La lutte pour la vie. au conti'aire, est plus rude, plus féroce j'oserais dire, de l'autre côté de la rronlièi-e (pie partout ailleurs.

Mncoi-f une l'ois, ([Uelle est donc la raison tpii t'ait préférer l'esclaNage de l'usine américaine à la lièi-c existence du citoyen canadieny

C'est (pi'on s*ol)stine à ne p;is vouloir i-ester dans la l)ar(pie en la(|Uelle le Hon Dieu nous a mis.

l)an> notre beau et i-ielie pays la l'rovidence a manifestement \(>ulu (pi'on exploitât les ressources du sol. La fertilité de nos vallées. l'alHindance de nos inépuisables forêts f;it igueraient le> Itfas de bien d'auti-es na- I ioîis.

Si le Cannlien obéissait au eomiiiiMitlemcnt de Dieu <pii le destine à la })lus noble, à la |)lus libi-c de toutes les professions, l'agriculture», il n'y aurait pas de race plus heureuse et plus pros])ére (pK^ la n(')tre. L'habitant dans nos campagnes, plus indépendant (pi'un roi, mangerait un pain (ju'il ne doit (pi'à lui-même: son pied ne foulerait, son (eil n'embrasserait (prun domaine dont il est le maître et le toit sous le(piel il vieillit, après avoir abrité ses ancêtres, conserverait encore son sou- M'iiir à la génération de ses enfants.

Les douces m(eurs d'autrefois i-eileui-iraieiit et notre race re\iendrait à .>-on anti(|iie vaillance. .\u lieu d'être de mauvais yankees ou des Anglais inférieurs, nous serions do vrais (^madiens, fiers de notre origine ( ( loyaux au drapeau libéral ((ui nous abi'ite.

Disons donc à nos tilles <pie rien n'est plu- noble (pie d'être une bonne fermière.

Prenons garde (iircllcs, ik; dédaignent cette belle existence à laquelle peut-être la Providence leur fait la J'aveur de les a})peler et dont plus d'une citadine leur envie la douche liberté, le calme et l'indépendance.

Poiii- moi rien n'est au-dessus du cultivateur. Je salue avec respect sur le seuil de leurs demeures ces braves familles qui vivent au sein de la belle et honnête nature, dans la pure atmosphère des champs, plus près de Dieu que nous. Pour un de leur jour serein et laborieux je donnerais un mois de nos vaines agitations.

Enseignons aussi à nos fils, s'ils sont nés au milieu des champs, qu'un brevet de médecin, d'avocat ou de notaire ne les élève pas. Qu'ils soient fiers de recueillir la succession paternelle et qu'ils n'avilissent pas, en la méprisant, une profession qui n'a pas de supérieure.

Instruisons-nous, si nous voulons et sachons, en la relevant, faire de l'agriculture, l'aristocratie de notre peuple.

C'est d'elle, aussi bien, que nous vient ce que nous avons de meilleur. C'est des réserves de nos campagnes, c'est du sein de leurs familles patriarcales que surgissent constamment les hommes qui font l'honneur de notre pays.

Si l'on a le boniJieur d'y appartenir, restons-y attachés. Ne changeons pas de barque.

Prions plutôt que les malheureux galériens des grands centres songent à quitter leur bord pour devenir de joyeux nautoniers voguant entre les rives fleuries d'un ruisseau campagnard.

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