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AUTREFOIS

:,(M^^ iiutri'l'ois! C'est \v iii<»t, c'est le soupir, c'est li'ii. l'arrêt des bonnes ^ens au clu'l' l)ranlant et dé- "^'^^ })()uillé (le cheveux conniu' de toute ** illusion " (c'est ainsi (|ue s'a))))elle la jeunesse (|uand on l'a ])erdue).

A les entendre rien n'est Ixui (|ue ce (|ui n'est plus.

— Jadis, nous ressassent -il s. ce n'était pas comme aujourd'hui ...

— (''est pas domma*i'e! iMS(|Uci'a là-dessus (pu'hprin- >olent toupet (pli, s'il est issu du ci'âne dénudé, ira se coucher j)our avoir fait cette remarcpu' iri'évérencieuse.

— Jadis, reprendra le ])hilosoplie au l'ront sans limites, on savait s'amuser. Les plus sages conservaient une fraîcheur de sensation, une certaine candeur qui vous fiTait sourir(> vous autres hs belles perruques d'aujourd'hui'

Tenez, ])our ne ))arlci- (pie des têtes de Noël et du Jour de l'An — ])uis(pie justement nous y sommes — quelle fièvre, (piel enthousiasme on ap])ortait à leurs pré j)a rat ifs!

Cela commençait un mois à l'avance. Tout le louii" de l'Avent, qu'on avait enc(M'e rin<i:énuité de considérer comme un tem])s de ])éniteiu'e, on était tourmenté et réjoui tout à la t'ois, ])ar la vue des précieuses réserves accumulées ])our le carnaval. Ah! la franche gaieté (pli s'allumait dans la veillée de Xoël!

La messe de .Minuit avec son carillon, ses chants poétiques et son touchant mystère était la brillante ou- \(M-ture de la saison d(>s iu'tes. Emporté j^ar l'émotion

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générale, il n'y on avMil pas un qui n'y allât (l<i so.s plus 1)(>1]('S noies dans rimissoii du "('a bergers".

J^]t le Réveillon!... I^es savoureuses vietuailles en étaient toutes ])i]nentées comme d'un arrière-goût de fruit défendu. Il eii'culait autour de la tabh; avec le café fumant et les vins généreux, une belle humeur fringante, le montant d'une joie émancipée.

Mais, mes enfants! c'était le Jour de l'An qu'il fallait voir nos pères, et nous aussi, parbleu, suivant gaillardement leurs pas.

La grande affaire, après les matinales effusions de famille, c'était la visite aux dames.

Les plus graves barbons donnaient à leur paletot un suprême coup de brosse qui renchérissait sur les précautions de la ménagère, lissaient d'une main soigneuse leur bonnet de fourrure et relevaient avec préméditation les bouts de leur moustache. Car, les prétextes d'embrasser les cousines les plus jolies et les plus éloignées se multipliaient en ce jour d'immunités providentielles. Pour lors, le père de famille, flanqué de ses fds, partait en tournée chez les amies.

Nulle tempête ne les arrêtait. Le ciel pouvait verser ses avalanches sur les épaules des galants pèlerins, ils n'en arrivaient que plus joyeux dans les salons où les atendaient un grand feu, un sympathique accueil et le plateau garni des petites coupes de fin cristal taillé 011 scintillent l'opale, le rubis, l'ambre et le grenat des " cordiaux ", créés à leur intention par l'art de l'hôtesse.

Sur le plateau, la croquignole poudrée, enlaçant ses anneaux d'or accompagnait toujours les verres mignons dans lesquels on buvait à " la santé ", au ^^ mariage ", à la " longue vie " de ces dame», quelques goût-

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tes (1*1111 lu'clar onctuoux (nii n'avaiK-ait ^mutc les afîaires, mais (iiriiiiportc!

Vos <::raii(riiirrrs. de ))()Tiiir heure, revêtaient leurs atours.

'^^roiite la journée, les piétinements ûl'h visiteurs, secouant la nei«;e de leurs eliaussures dans le tainhour sonore, les souhaits, les hoinnia^es sans cesse renouvelés étaient à leurs oreilles eomme le concert i)rolon»;é d'une fête de raniitié. Ces civilités à nos dames, c'étaient la *j:raeieuse redevance de féaux sujets aux reines de la société. C'était une fonction de sociabilité (|ui, malgré sa frivolité ai)))arente, avait sa poésie et, surtout, son importance morale.

Dame! les cousines n'étaient pas toutes éloi<Tnées. ni toujours jolies: mais, c'est é«^alî La helle humeur ambiante ins])irait des indul<rences plénières.

D'ailleurs, en cette circonstance solennelle, on avait d(s vues plus hautes. On agissait en vertu d'un principe: l'acquittement des devoirs de l'homme envers le Beau Sexe. A nos yeux attendris, les exceptions désavant ageiises reiMlaient la règle ])lus chère.

Ah, ]o bon tem})s où la société était, comme elle doit l'être, la réunion des deux éléments qui la constituent. Oui, le beau temps, où les femmes savaient retenir des compagnons qui ne songeaient point à l(^s déserter!...

C'est ainsi que j'entendis un jour Tune des têtes les plus sévèrement épilées par les ans, terminer par ce soupir la narration de ses regrets.

Une j<die blonde parmi la compagnie qui l'avait écoutée, se récria :

— Par exemple! quelle bizarre conclusion. Ce seraient donc nous, les seules res])onsables du divorce qui sévit depuis (|uel(iues années dans notre société? "

'^ 11 y aurait ample matière à discuter là-dessus, messieurs!. . .

" Avec toute l'humilité du monde, pour ma part, je

ne saurais admettre que nos amis les hommes se soient

tellement élevés, ou que nous ayons tellement baissé,

que la raison de la rupture soit toute entière dans cette

disproportion/^

'' Cependant, si vous êtes de mon avis, nous ne ferons pas de procès. Ces sortes d'éclaircissements sont dangereux. Mais, pour vous prouver nos bonnes dispositions, nous vous tendons la branche d'olivier."

" On dit aux enfants que c'est le plus raisonnable qui fait le premier pas. Ce n'est pas que nous prétendions l'être bien plus que vous, mais, dites-moi, n'avonsnous pas souvent tenté des démarches conciliatrices en vous attirant chez nous, sous divers prétextes, en vous gâtant même au point de vous dispenser du sacrifice de votre cigare en faveur de notre compagnie? Mais ne parlons plus de cela."

" De quelque côté que soient les torts . . . nous les pardonnons."

" J'ai une idée. Ecoutez : Ce beau, ce poétique, ce chevaleresque passé qu'on nous vante, jouons-le, pour essayer, voulez-vous?"

" Ne se déguise-t-on pas encore avec les robes à paniers, la perruque poudrée, la culotte de satin pour danser le menuet et faire valoir des grâces que nos mœurs ne fournissent aucune occasion de déployer?"

" Faisons les galantes gens d'autrefois, rien que pour rire! "

" Ce sera vous qui commencerez. Vous ferez le personnage du gentilhomme de jadis."

" Le jour de l'An vous iriez dans les maisons amies," rendre vos devoirs à la dame de céans ", et lui exprimer dans un compliment délicatement tourné (il faudra piocher les vieilles formules) votre reconnaissance de

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ses bons j)rocé(lés: invitations, etc., durant le cours ck-s douze mois passés."

" \'ous vous informeriez de son jour et réclameriez la laveur d'v venir lui pi-ésentei' (|uel(|uefois vos hommages ou lui demander une tasse dv thé — ([ue vous seriez sûrs de boire au milieu d'une très charmante compagnie."

'' Vous ap])ren(li-ie/ à papilloiiiu'i- dans un sal<»n, allaut librement de Tune à l'autre avec un mot gracieux pour toutes et sans crainte de troubler les tête-à-tête, ennemis de tout entrain dans une réunion nu)ndaine."

"Enfin, de notre côté, nous tâcherions de tenir dignement notre rôle. Xoiis nous étudierions à mettre assez de verve dans la riposte pour (|ue vous preniez intérêt à ce tournoi de galanterie."

"Ce serait charmant, je vous a>suri', et, il me semble (|ue, chacun de noti'e côté, nous gagnerions (|uel(|ue chose à ce jeu. Quand ce ne serait (pie de nous habituer aux façons de la jolie comédie.

" pour nous, les femmes, ]o profit serait que ce (pie nous ])ouvons avoir d'esprit s'aiguiserait, se développerait à la faveur de cet exercice. Ce serait, encore, de nous donner le goût et le soin d'une culture nécessaire pour tenir tête à nos interlocuteurs."

" Au commencement, il serait entendu que nous fernu'rions les yeux suj- les gaucheries des débutants. Tous, nous aurons besoin d'indulgence."

"Ah, jouons au passé. Ce serait si joli!"

Ainsi ])arlait la blonde beauté, avec l'approbaticm d'une nond)reuse assistance féminine. 1/histoii'e ne dit ))jis (piel fut le sort de son rêve gracieux, ni si la froide toml)ée des ])etits cirtc^ns blancs, cessa d'ensevelir sous leur neige, le seuil de sa demeure.

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