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FEMMES SAVANTES

f(lï)M ous avez donc réellement peur, ni<3B.sieurs, que JT^t nous devenions des femmes savantes, (m " croyant l'être "? Rassurez-vous. ¥A si cette crainte est le secret de certaines hostilités hatez-vous de rengainer.

Disons tout d'abord qu'on ne prend pas ici les armes au nom des " femmes savantes."

Défendra qui voudra ces phénomènes si amusants, que je n'ai jamais rencontrés qu'au théâtre.

Il faudrait, pour aspirer au titre de "lettrée " seulement, une éducation plus complète que celle que reçoivent les femmes en ce pays. Il faudrait un entraînement, une discipline scolastiques moins rudimentaires, une atmosphère intellectuelle autre que celle qu'on respire ici pour espérer d'égaler dans les lettres françaises nos compatriotes d'outre-mer.

Nous avons, nous canadiens-français, isolés du berceau de notre nationalité au sein d'un élément étranger, ce malheur d'avoir quelque peu oublié notre langue. Cette ancienne et fidèle compagne, comme une amie négligée, a maintenant des secrets pour nous : elle semble revêtir, quand nous la rencontrons face à face, dans sa patrie ou dans les œuvres du génie français, un air de supériorité, ces façons différentes qui mettent une gêne dans les rapjports entre étrangers ou bien entre gens qui ont cessé depuis longtemps de se bien comprendre.

C'est ce qui fait que ceux de nos écrivains qui ont le loisir et le courage de lutter avec une persévérance iu-

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défectible contre la situation (li'lavoral)!^ ({ui est faite aux littérateurs canadiens, ceux ([ui, ayant beaucoup (le talent, se livrent à un travail <)[)iniritre, j)euvent seuls espérer d'occuper une place convenable dans les lettres franç;aise8.

Xous n'ignorons ])as combien d'efforts il nous reste encore à l'aire avant de devenir seulement instruites.

Mais d'où yient (pie les hommes prennent comme une démarche agressive les tentatives (|ue l'ait la femme pour s'élever? J)'oii vient (pi'ils s'elfarent à ce point fpiand nous ])arlons de chan^^er notre train de frivolité en une vie ])lus sérieuse?. . .

Si la terreur de se voir égalés ou sui|)assés les inspirent, (pi'ils nous jxM'mettent encore une fois de calmer kurs alarmes.

Xous sommes si éloignées de leur ])ortei- ombrage (pie (piand nous parlons d'étudier ou de cultiver la littérature, nous n'entendons (pie dissiper un ])eu les voiles de notre ))rot'()n(le ignorance.

L'aveu nous est pénible, mais l'iiKpiiétude du sexe supérieur, ou "croyant l'être," l'exigeait.

Par consé(pient, avec ou sans la permission de ces messieurs, nous continuerons de chercher à nous instruire, sans craindre l'excès (pi'on a la bonté de croire si yuès d(^ nous.

UN USAGE INOPPORTUiN

mm 'est celui, selon nous, d'ajouter à la fête toute re- ^^' ligieuse d'une première communion, un appareil "^' ■ mondain et profane.

Comment se résigne-t-on à mêler des préoccupations futiles aux aspirations mystiques d'une jeune âme toute ravie dans les délices de ses premières communications avec le ciel?

En permettant à une idée de vanité ou à une satisfaction d'un ordre matériel de se glisser parmi les joies spirituelles de la première communion on gâte absolument le saint enthousiasme qui fait de ce jour unique le plus beau de la vie.

En manque-t-il des occasions d'étaler des toilettes ou de recevoir des présents pour qu'on rabaisse le grand jour — celui dont le souvenir surnageait dans la mémoire de Napoléon au-dessus de ses plus éclatants triomphes — au rang d'un banal anniversaire.

Il semble que, pour prévenir toute distraction dans l'esprit de l'enfance, on devrait avertir les communiants qu'ils auront la toilette la plus simple et que la fête à laquelle ils se préparent étant celle des dons surnaturels et de la visite de Dieu, il ne leur sera pas permis de recevoir de cadeaux profanes.

Ce n'est pas le chapelet de nacre qu'offre une mère à son séraphin qui le détournera des pieuses pensées qui alors sont seules permises. Les souvenirs que les parents et les amis ont pris l'habitude aujourd'hui d'envoyer en si grand nombre risquent au contraire de

UN USAGE INOPPORTUN 6l

coniproniettre iréinédiableiiiont l'eiïet bienfaisant (|iu' les grâces d'im jour exce))ti()iiiu'l exercent sur toute la vie.

Rien n'est plus (lé})la('é (jue l'étalage des bibelots n»al appropriés à la sainteté de la circonstance, et que le })aj)otage des convoitises enfantines autour de l'exposition des cadeaux dont raiigéli(|U<' coniniuniante fait les honneurs avec l'air triomphant d'une fiancée.

On les expose ainsi à l)ien des tentations d'amourpropre, d'envie, d'égoïsnie, nos petits anges. Encore une fois, on leur gâte une joie céleste qu'ils ne retrouveront plus.

Je voudrais (jue la mère res))ectât le bonheur de son enfant et ({u'elle écartât tout ce (pii ])eut empêcher l'âme blanche de s'élever d'un vol libre comme une divine colombe vers le ciel.

Si l'on s'obstine malgré ses ])rières à a('ca))ler le ])etit

de présents, que sa main discrète éloigne, au moins pour

un temps, ces sujets de dissipation; qu'elle garantisse

ainsi la joie pure et la paix ineffable de la petite âme

visitée ])ar Dieu.

Je souhaite (pi'on le ('omj)rcune, et qu'on ne prive pas nos chers enfants du privilège d'être des anges une fois dans leur vie et durant tout uii )our.

(^Jîr^v^tr^t^

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