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LA VIE DE FAMILLE

•; pi 1:1 TH joie saine de la vie de famille est ])oiir la jeii- - Jl liesse sa sauve<rarde dans le ])résent, un <ra<i:t' (\v *^^ bonheur ])our l'avenir, et une eonsolation ])ou!la vieillesse, ([u'elle illiiiniih' de ))()éti((Ues souvenirs.

Ainsi soif-il, devrait-on réj)()iidre en clKeur à la ))ciisée d'aussi excellents résultats.

.Malheureusement, si Ton prononce cet Aiiini, c'est du hoiit des lèvres, sans conviction, car il ne pai'aîî pa< (|ue dans notre société on fasse de <irands eil'orts |)our cultiver res|)rit de famille, (jui ce])endant. jv le ré))ète, (\<t la meilleure «garantie des honncs nueurs comm" du honheiir intime des ména^ics.

Je défie le jeune homme (|ui a xécu au conl.icl de sa mère et de ses sœurs de parvenir à l'aire un mauvais mari, et la steur qui a su rendre Tiiitérieur attrayant pour ses frères de ne ])as dcNcnir un(^ épouse charmante.

On va ré))étaiit (pie la vie conjufrale n'a pas d(> noviciat. Ses dupes et ses victimes surtout le proclaïucrit sur un ton lamentahle.

Mais (pi*est-oe donc (pie cette intimité de la famille chrétienne, où chacpic incinhre élève ou ahaisse, si l'on peut dire, le diapason de sa note ])ersonnelle ])our concourir à l'accord «général: où la sceiir exerce envers ses frères cet instinct de douce sollicitude (pii est le si,2:ne prématuré de sa vocation de mère, et où le frère a])- ])rend à couvrir de sa o^énéreuse et comjilaisante protection la faiblesse féminine ?

T.ies angles d(>s caractères s'arrondissent au frotte-

ment quotidien; et si, d'un côté, les plus réfractaires gagnent pour le moins des apparences honnêtes à ce bienfaisant commerce, d'autre part les natures délicates qui n'y auraient pas été assujetties ne posséderont jamais le vernis, le poli qu'il donne à notre manière d'être.

Dans une société où le fils du plus humble des citoyens peut s'élever rapidement, par son instruction et son intelligence, aux premiers postes et obtenir la main des femmes les plus raffinées, on a lieu de déplorer dans bien des cas certaine rudesse extérieure et les vices de formes résultant d'une éducation domestique négligée.

Ces défauts de surface chez des hommes d'ailleurs accomplis sont comme la traditionnelle épine à la rose. Sans enlever quoi que ce soit à leur mérite, ils les rendent difficiles à pratiquer. Les innombrables piqûres qu'ils font chaque jour à une nature sensible, pour n'être pas profondes, n'en sont pas moins cruellement ressenties.

Je parlais " d'accord général " dans la famille. Chacun a son rôle à jouer dans cet ensemble harmonieux. Le père y doit apporter la note grave sans abuser de ces éclats tonitruants qui effarent, énervent, révoltent plus qu'ils ne soumettent. Il n'est rien de si persuasif qu'une autorité sympathique et de si puissant qu'un maître sachant sourire. Tout en réservant ses droits de haut justicier, le chef de la maison peut être l'ami et le confident de ses enfants.

La mission de la mère est une mission de paix. La paix est un don divin. Elle s'achète au prix de mille petits sacrifices journaliers surabondamment récompensés à la fin. La maison où elle règne est désignée par une appellation populaire ; on dit : " C'est la maison du Bon Dieu."

Le jeune homme ou la jeune fille qui aura appris sous le toit paternel à goûter ce bien suprême: la ])aix. le prisera le reste de sa vie au-dessus de tous les plaisirs.

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La concorde absolue au sein de la famille est l'œuvre de la mère. La première — (|iiels (jiie soient ses tracas et ses croix — elle doit donner l'exemple de la résignation sereine et digne. Les malheurs domestiques sont allégés dvi^ trois (piarts si les regards anxieux des petits lisent dans celui de leur mère l'expression d'un courage presque joyeux.

Ses différends avec son époux ne se règlent jamais en j)résence des enfants. A la table de famille à lacjuelle elle j)réside, aucune discussion acrimonieuse n'est tolérée, aucune querelle n'est vidée, et les arrêts de la justice paternelle sont réservés ])()ur d'autres nioments que ceux des repas. Ceux-ci sont de véritables aga|)es familiales où dans les bornes d'une tenue décente tout est gaieté, abandon et liberté d'esprit.

Une mère vraiment sage sait étouffer dans l'œuf ces germes de discorde (jui tendent à se faire jour entre les enfants d'une même famille, et dégénèrent si on n'y })r('nd garde en hostilité déclarée.

11 ne faut pas que la susce))til)ilité existe entre des frères et des sœurs, qui ne se doivent pas ménager les conseils et les avertissements. On est bien heureux dans les grandes familles d'être entouré de criti(iues bienveillants (jui redressent nos petits travers et nous éclairent sur nos défauts.

J'ai toujours })laint les enfants uniques conservant toute leur vie certains ridicules dont ])ersonne ne se croit autorisé à les reprendre.

Ne connaissez- vous pas de ces maisons où l'on ne saurait se dire la moindre des choses sur un ton convenable? Ces gens-là, le plus souvent, s'aiment bien au fond, mais ils semblent tous afîectés d'une irritabilité nerveuse qui fait trouver suprêmement agac^-ant tout ce que les autres disent ou font. A force de se tendre les nerfs ainsi, on arrive à se faire mutuellement une vie d'enfer.

Je reçus un jour l'aveu d'un<' mère ((ui allait bien-

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tôt mourir. " Mon oxintence s'est usée, disait-elle, A soutenir et à aiguillonner le courage toujours défaillant d'un hypocondria(|ue qui était le jjère de mes enfants, et à épargner à ceux-ci les effets de son humeur atra1)ilaire; à chercher enfin, seule, et contre tous, à maintenir dans la maison une atmosphère de calme, sinon de gaieté. J'ai été constamment comme, un tampon entre la violence de mon mari et les révoltes de mes enfants, recevant, pour l'amortir, le choc des deux côtés. Je ne regrette rien, ajoutait-elle, car je prévois que mes petits sacrifices porteront leur fruit."

Le souvenir de cette femme en effet est vénéré ])ar ceux qui lui survivent, et son exemple héroïque reste pour eux un enseignement toujours vivant.

Après avoir pacifié, il reste donc encore à la l)onne mère de famille à égayer son intérieur, de manière à y retenir autour d'elle tout son monde — père et enfants. Les plus fières tiennent à honneur de ne point voir grossi par les leurs le nombre des abonnés des Cercles.

Toute leur autorité, jointe à celle du chef de la i'amilie, doit tendre à soustraire leurs fils au fléau so^inl nue constituent ces associations ruineuses pour le ])ien iriatériel et moral des familles — les clubs.

Car, qu'on me le laisse dire en passant, en dépit de toutes les raisons spécieuses qu'on entasse pour expliquer ou excuser ces Edens masculins, il n'y a qu'une circonstance oui puisse absoudre un homme d'aller au club, c'est qu'il ait une femme vraiment. . . mais là, vraiment insupportable. D'aucuns disent qu'il y en a. Certains maris sans âme ont bientôt fait de se décerner — en considération des bénéfices — ce certificat commode. 11 appelleront ainsi une femme insupporta- •ble celle qui est justement indignée de leur inconduite; celle dont la santé est mauvaise et, à cause de cela, l'humeur un peu mélancolique, etc. Avec un égoïsme inqualifiable, ils fuient la pauvreté, la tristesse de leur

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fovcr l't les ennuis doiiiesticiuos en se réfugiant sous les lambris dorés de k-ur séjour favori.

(.'e sont de telles défections (|ue l'épouse et la mère avisée essaie de préveiiii- clu'/. les hommi's qu'elle est np))elée à formel".

Ses lilles, pour mériter le litre (/'(UK/rs du fi)i/n\ doivent aider de tout le |)restige de leurs séductions à y eneliaîner leurs frères, (liez chacun d'eux dort ))lus nu moins ])rorondénient un enfant ])rodi<,nie. I/âme à la l'ois naïve et avide des jeunes hommes ressemble ;iu\ iilouettes se ])ren:int si fiicileiiu'nt aux pièircs (pii miroitent. Les ailes (pie le poète prête aux douces fées du hoiHc leur serviront donc h mascpier l'éclat du miroir trom|»eur aux regards trop curieux. Ce charmant a|)ostolat, il faut le ré])éter, est payé com|)tant par la joie d'une communion intime l'iitre les membre^ d'une même famille.

»rentendis l'autre Jour deux jeunes gar(;ons. arrêtés à l'angle d'une rue, se demander d'un air perplexe: " Qui' t'erons-nous ce soir?

Je rélléchissais en m'en allant. Ces jeunes gens n'ont donc pas une mère à entourer, à égayer, à distraire a])rès sa journée laborieuse et monotone de maîtresse de maison ? il n'y a donc ))as d'anges à leurs foyer? l-'t je me prenais à rêver vaguement d'une jolie espèce d'Armée du Salut (om|)osée de sieurs dévouées (jui recueilleraient ces âmes en |)eine, tous les égarés de cette nature, et les ramèneraient doucement — sans tfimboiir — au bercail déserté.

^^ais les tils eux-mêmes se figurent-ils (jii'ils n'ont ))as eux aussi un devoir à remplir? Sont-ils donc exem]its de toute obligation, ces enfants }:ciitvii de la création?

Sans compter celles imj)osées par la piété filiale qui les astreint, au même degré (pie les filles, à consoler, à soutenir, à récomjxMiser par leur reconnaissante .sollicitude les ])arenfs (pii cnnimeiicent à lléehir scuis le |>oids

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(les années, je vois clairement tout le bien qu'ils peuvent faire en s'associant avec leurs jeunes sœurs pour entreprendre quelque travail, quelque étude de nature a développer l'intelligence de celles-ci.

En les détachant doucement de leurs préoccupations souvent frivoles, en leur inculquant le goût des choses élevées, ils accomplissent une bonne œuvre.

Ils préparent pour quelques-uns de leurs semblables des femmes intelligentes qui seront par le fait d'excellentes mères.

Le prochain peut-être leur revaudra ce bon office^ et usera envers ces bienfaiteurs de leur sexe, d'agréables représailles.

Le bien qu'ils auront fait à leurs beaux-frères, la Providence sûrement pourvoira à ce qu'il leur soit rendu au centuple.

Les courtes années pendant lesquelles des enfants, unis par le lien fraternel, vivent sous un toit commun avant de se disperser pour suivre chacun sa voie, peuvent être profitablemênt utilisées en vue de l'avenir. La sage Providence évidemment a voulu qu'elles servissent de creuset ou de laminoir d'où les individus destinés à vivre en société sortiraient, polis, assouplis, corrigés.

Une habitude funeste que la mère prévoyante combat énergiquement dans le petit groupe qu'elle dirige c'est le relâchement dans les manières et la tenue.

L'égoïsme naturel de l'homme se trahit dans cette tendance à rejeter au milieu des siens toute contrainte, et à prendre ses aises au détriment de ceux qu'il ne croit pas utile de ménager, auprès desquels il sent moins la nécessité de plaire et de se faire valoir.

A qui pourtant la charité aussi bien que l'intérêt commandent-ils de se rendre agréable, si ce n'est aux personnes de son entourage, à celles de qui dépendent après tout la sérénité de notre atmosphère et la tran- (juillité de notre vie?

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