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LA VIE DE MÉNAGE I

négligé de préparer leurs forces et leur volonté à affronter coiirageiisiMneiit le ])r{)saïsnie de la vie et qu'elles voient dans leur avenii une esjjèee de conte de tee où minuit ne sonne jamais ])our l'heureuse Cendrillon.

Il ne faut ])as conijjter uni(iuement sur la bonté et la tendresse d'un époux ])our la ])aix du ménage. Une femme n'est heureuse que si elle achète son bonheur par de ronstants efforts, que si elle le sait mériter ])ar sa correspondance aux bons sentiments (pi'on lui témoigne.

Kn un mot, pour assurer Tharmonie qu'on rêve de voir régner dans son ménage, il faut moins se préoccuper de ce qui nous est dû que de ce (jue nous avons à faire nous-mêmes.

("est l'oubli de cette règle charitable qui est la cause des nudentendus si fréquents au début de la vie conjugale. La nouvelle é])ouse, sous prétexte de ne pas laisser" j)rendre de mauvais ])lis " à son mari, é])ie ses paroles, le ton dont il les dit, jusqu'à ses moindres gestes, et ])rétend corriger par des bouderies enfantines ce qui lui dé])laît dans sa manière d'agir. Maintenant, pour peu (|ue celui-ci s'alarme de la tournure que semblent l)ren(lre les habitudes de sa chère moitié et qu'il se mette aussi sur la défensive, le jeune couple jouira de la lune de miellé la plus nuageuse jusqu'à ce qu'un bon jour, cédant aux instances de leur affection, les nouveaux mariés se décident à déposer les armes pour s'évertuer à se plaire tout bonnenuMit l'un à l'autre.

La dignité (pii sait garder une mesure dans hi démonstration (lu dévouement est louable du moment (|u'elle n'est ])as exagérée et qu'elle ne donne pas aux ra|)port.s matrimoniaux un caractère égoïste.

Pour être plus ])rati(puv, nous passerons des idées générales à des faits particuliers, et nous indi(|uerons la cause la ))lus commuiu» du désordre et de la ruine de tant de familles.

La notion ou plutôt Tentente de l'éconoinie fait défaut non seulement à la femme canadienne, mais à notre

nation toute entière. Je voudrais qu'on me citât le nombre de nos hommes d'Etat ayant approfondi la science de l'économie politique.

Cette impéritie de la classe dirigeante et gouvernante, pour laquelle (à quelques exceptions près) l'équilibre financier est le secret du sphynx, se retrouve dans nos institutions publiques et privées.

Elle est la plaie de nos familles où le chef lui-même, qui gagne avec plus ou moins de facilité peu ou beaucoup d'argent, ne sait pas le plus souvent fixer le chiffre de la dépense et abandonne au hasard, à la fantaisie de sa femme ou de ses enfants le règlement de cette question.

C'est pourquoi l'on voit tant de gens vivant — selon Texpression bien connue — ^' au-dessus de leurs moyens," et un si grand nombre de familles réduites à la pauvreté par la disparition du père, après avoir connu des années de grande prospérité.

La femme que l'on blâme le pins souvent dans ces sortes de désastres n'est cependant ni la seule ni la première coupable. 11 est avéré que la Canadienne est une femme d'intérieur, une ménagère bien intentionnée et laborieuse, une mère d'un dévouement exemplaire.

Mais son amour de l'ordre, mais sa volonté de bien faire, toutes ces qualités, avec les courageux efforts qu'elles inspirent, ont besoin d'être dirigés.

Dans sa famille d'abord une jeune fille devrait être mise au fait du chiffre de la fortune paternelle, et aj)prendre à se contenter de ce qu'on peut raisonnablement lui accorder pour sa bourse personnelle. Au lieu de cela, les enfants grandissent dans rhal)itude d'obséder leurs parents pour arracher à leur faiblesse le plus qu'ils peuvent. On songe trop tard à s'adresser à leur raison, et quand, forcé par la nécessité, un père se voit réduit à imposer des privations à son entourage, ceux que sa prodigalité a gâtés sont prêts à l'accuser d'injustice.

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i)\ïv les maris ne se désespèrent pas trop tôt. Il est encore temps au début du maria«;e j)our rectifier sur ce point l'éducation d'une bonne petite femme et lui enseigner la science de l'économie. Encore faut-il vpie les susdits maris la connaissent eux-mêmes cette science.

Il y a cliaiicc ([u'à l'école des all'aires ils aient appris l'art essentiel de balancer sagement la recette et la dé))ense.

(^uels (|ue soient l'état et l'étendue de sa fortune, (ju'un liomme commence donc par en instruire sa jeune femme. Qu'il l'initie à ses affaires, non ])as seulement ])our l'inquiéter de ses soucis et de ses préoccupations (la femme a ses proj)res ennuis cpfon augmenterait ainsi inutilement), mais j)()ur l'intéresser à l'entreprise commune et lui permettre d'adjiiinistrer sa part en associée intelligente.

N'envions jamais le sort des femmes à (pii on permet de dépenser sans compter. Nulle fortune ne résiste à ce .système; le temps vient inévitablement où il faut crier à celles (pii en ont usé: ** llalte-là! " Kt alors il est trop tard pour ré])arer ses folies.

Moi je conseillerais à l'iiomme à (pii je veux du bien de s'asseoir dès le lendemain de son mariage à côté de sa ])etite femme, devant une feuille de papier, avec uii crayon à la m;nn et de lui dire gentiment sans craindre de gâter l'exipiise ))oésie des premiers moment de bonbeur, tàcbant d'en {)roliter au contraire:

— Voici, ma cbérie, l'énorme... ou le modeste cliilfre de nos revenus. Avec cela il faut confectionner un cadre aussi commode que possible pour notre bonbeur. Nous ne nous lai>serons ])as prendre au dépourvu si vous êtes de mon avis. . .

Elle ue mancpiera pas ici d'interrompre:

— \'oi1à que vous dites encore mus! j)ayez l'amende.

— \'in(s aussi.

' — Encore!

— Eh bien, si tu le veux, ma chère femme, nous allons ensemble nous arranger une bonne petite vie.

— Une bonne lofigue vie.

— Soit, une longue vie bien tranquille, bien sereine à l'abri de toute inquiétude, de tout tracas et de tous remords.

— Ainsi soit-il.

— Ecoutez-moi . . . suis moi bien, mon ange. Alors, ramenant doucement son esprit enjoué au

sérieux de la question, il fixerait avec elle la somme à affecter au loyer, en prenant soin de ne pas obérer trop sérieusement le budget avec ce seul article, ainsi que cela se pratique souvent. Ils conviendraient tous deux du montant à dépenser pour la table, le domestique, la toilette. De cette façon les petits sacrifices que la jeune femme peut être appelée à faire, elle sera la première à en comprendre la nécessité et à se les imposer sans qu'un mari délicat se voie dans l'obligation de les demander.

Pendant qu'ils seront en frais de réfléchir et de raisonner, nos sages amoureux en arriveront à reconnaître l'urgence d'un fonds d'épargne pour. . . pour l'Imprévu.

Voilà un intrus avec lequel — tout imprévu qu'il est — il faut compter. C'est souvent dans les dentelles d'un berceau qu'on le voit apparaître un bon matin. Mais hélas, il ne sait pas toujours se présenter sous une forme aussi gracieuse.

Quand on est jeune et heureux on ne craint pas l'Imprévu. Je répugne à jouer le rôle d'un phophète de malheur. Et cependant, il faut bien avoir le courage de dire à ceux à qui tout sourit dans le présent: Songez à l'avenir; sachez envisager bravement la possibilité de ce que vous craignez le plus, et ne vous laissez pas prendre au dépourvu par le malheur.

(>'est vivre au-dessus de ses moyens que de ne rien réserver pour les éventualités futures. La cigale de la

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