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LES ENFANTS GATES

T^A condescendance outrée envers nos '' chers petits " vient du plus pur égoïsme.

"^^ Pourquoi bourre-t-on un malheureux marmot de pâtisseries, de bonbons et de fruits au détriment de la tranquilleté de son sommeil, du frais coloris de ses joues duvetées et de Téclat nacré de ses quenottes ? Pourquoi comble-t-on, devance-t-on même ses moindres désirs, ses plus extravagantes fantaisies?

Uniquement pour se donner à soi-même une jouissance; pour s'offrir le spectacle de cette joie enfantine, intense et complète, si délicieuse à la vérité, si bonne à voir.

Mais ces petites lâchetés sont payées trop cher à la fm. Elles rendent d'avance toute règle impuissante, font des exigeants, des égoïstes et enlèvent à la jeunesse le sens pratique de la vie.

Une discipline, une règle, un système, voilà le nerf de toute éducation sérieuse. On ne pourrait sans injustice reprocher aux mères canadiennes de manquer de bonne volonté, car eiles sont des modèles d'abnégation, ne comptant pas leurs peines et se tuant souvent dans l'ardeur de leur zèle à assurer le bonheur de leurs enfants. Quel dommage qu'un si beau dévouement se trompe quelquefois de chemin! Voit-on tout le bien que pourraient produire d'aussi courageux efforts inspirés seulement par un principe supérieur. Celui qui guide leur conduite généreuse est trop souvent erroné en ce qu'il tend à éviter tout sacrifice à leurs petits élèvçs çt à ne leur refuser aucune jouissance n'offrant

LKS ENFANTS CATKS 1S3

pas (le (lan«(ors iinnicdiats, ([iiand, au contraire, elles devraient ne niaïKiiier aucune occasion de les familiariser avec la nécessité du renonceuient, et preiulre l)ien «,^arde de ne leur laisser contracter la démoralisante habitude des satisfactions faciles. T.a vie, (jui n'a pas ([ue des roses, ])unit, sans les corri^rer, ceux ([u'on a accoutumés à ne rechercher exclusivement i[ue le plaisir. On cil a la }3reuve dans le fait cjue les enfants élevés de cette fac^'on ne sont pas ])lus heureux que les autres; on pourrait même dire avec vérité (pi'ils le sont moins.

Ces sacrifices nécessaires pour la formation d'un caractère hicu trem])é, on n'est ])as à la peine de les inventer. Ils s'imj)()sent de honiu» heure. La santé, la conservation de leur héhé, font aux ])arents une ol)li^^ation (le le contrarier, de lui interdire tel jeu ou tel plaisir. Ce sont ces devoirs im])érieux, proportionnés à chaciue â^e, et (|ui vont se multi])liant à nu^sure que Ton p:randit, (|u'il faut faire acce])ter aux enfants sans faiblesse.

.\ K'ur é])ar<îner les ])etites misères de l'enfance, à excitt'r en les satisfaisant toutes leurs exi<rences, on n'arrive (|u'à a))])esantir le fardeau (pii, un jour, retombera sur leurs éj)aules, et qu'à rendre lâches devant la vie les victiuu's de notre inintelligente dévotion.

A-t-on remar(|ué (pie les hommes sérieux et qui réussissent dans le monde comme les femmes les ])lus accomplies sont souvent les membres de familles nombreuses où cette sollicitude ])assionnée et exclusive des ])arents est inconnue? La discipline indispensable au bon ordre d'une grande maisonnée, les coiu-essions (pi'on vM forcé de se faire entre frères et sœurs assou- ])lissent le caractère et rendent fort devaiit les difficultés de la vie.

Les mères canadiennes, il faut le répéter, ne sont ])as des Cornélie, aussi leurs fils sont-ils bien rarement des (îrac(pu's. Combien. ce))endant, seraient stu])éf;iites si on osait leur dire (prelles n'aiment i)as ou (pi'elles aiment bien mal les pauvres petits. Kn les gâtant, elles

obéissent non pas à un sentiment louable, mais tout simplement à un instinct.

Cet instinct maternel, en lui-même, est admirable sans doute, mais il a besoin d'être régi par la raison.

Conserver, entretenir la vie des êtres que Dieu lui a confiés au péril de la sienne; ne rien épargner pour leur avancement moral; sauver leur âme à tout prix, telle est la redoutable tâche départie à la mère de famille. La plupart, cependant, l'assument sans trembler, et quelques-unes subissent avec une espèce d'inconscience ce rôle dont elles ne comprendront jamais toute la dignité.

Ce ne sont pas toutes les mères qui pénétrées de la gravité de leur responsabilité, se préoccupent de trouver les meilleurs moyens de s'acquitter de leur difficile mission.

Bien peu, doutant de leurs propres lumières, demandent à des esprits éclairés, aux auteurs compétents qui ont traité de l'éducation, la ligne de conduite qu'elles doivent suivre. Les livres qui les instruiraient sur leurs devoirs et les guideraient dans les situations délicates manquent presque totalement dans leur bibliothèque. L^ne bibliothèque, du reste, est une chose de première nécessité qui, aux yeux du plus grand nombre, passe pour un luxe superflu.

On croit avoir tout fait en envoyant pour quelques années ses filles et ses garçons dans des maisons d'éducation. Que peuvent faire cependant les maîtres les plus zélés de cerveaux incultes que rien n'a Jamais réveillé de leur assoupissement et qui sont faits déjà à leur inertie ? Quel pouvoir a leur autorité sur des tempéraments lympathiques ne trouvant d'énergie que pour se révolter contre la règle, pour rechercher avec avidité les plaisirs du jeu et de la gourmandise qui les ont façonnés dès l'âge le plus tendre à une sensualité dominant tout en eux ?

La plupart des " malheurs de famille " doivent être

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