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LES ENFANTS

^-v ES chers petits êtres que l'on aiiiu' avec le meilleur (le son aine, et qui nous tombent du ciel parés de ^^ toutes les f^i'Aces, avec ce charme im])érieux des faibles et des désarmés, m'apparaiss'iit toujours comme de redoutables éni^çmes.

Ces sphvnx int^énus me font profondément réfléchir.

(}ue de mystères sous ce petit crâne déplumé. L'avenir est là nébuleux et problématicpie. Les germes de certains défauts, de certaines vertus y sont nichés déjà et dans rafj:itation d'une menotte à fossettes, dans la façon qu'ont les enfants de manifester leurs sensations, jusque dans la plainte que leur arrache la douleur — inséparable et précoce compagne, s'attachant comme un lichen à la ])auvre humanité — on se ])rend à chercher des particularités accusatrices, à tâcher de saisir les secrets de leur destinée future.

Et l'on réfléchit, tout en caressant le l)él)é dont le sort nous préoccupe, que tous ceux que l'on admire, que Ton craint ou (pie l'on méprise; que les hommes célèbres, que les femmes adorées de l'heure actuelle, c(unme aussi les persécutés, les méconnus, les imbéciles enfin, coudoyés chaque jour, ont tous revêtu cette uniforme livrée de l'enfance innocente et gracieuse sans que l'œil le plus perspicace, sans que même la curiosité ])assionnée d'une mère aient jamais ])u surj)rendro, dans l'éveil confus de leur intellect le secret du destin, ou pressentir seulement parmi tant de vocations diverses, quel lot leur devait incomber.

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Dans l'affaire de réducation la nature a le rôle initial et prépondérant.

De l'argile qu'elle nous livre dépend, en grande partie, le succès de notre participation. La culture la plus assidûment appliquée n'a d'efficacité qu'autant que la nature a été généreuse dans la formation de la " matière première."

Elle semble quelquefois se faire un jeu de ruiner les espérances les plus raisonnables et en apparence les mieux fondées.

Cette singulière conduite de sa part en a mené plus d'un au pessimisme.

Témoin cet homme illustre qui se consolait ainsi de n'avoir pas d'héritier mâle pour perpétuer son nom:

— Je ne prive que les gens qui vivront dans vingt ans de dire: Voyez-vous cet idiot? C'est le fils d'un homme intelligent!

Il ne faudrait pourtant pas exagérer la part de la Grande Ouvrière dans la responsabilité des enfants qui tournent mal.

Donnons à chacun son dû et admettons que plus d'un mauvais sujet eut pu être au moins un citoyen passable avec une consciencieuse direction.

Mais voilà! la direction manque pour le moins aussi souvent que les aptitudes chez le sujet à élever.

C'est qu'il y a une sorte d'héroïsme à ne faiblir jamais dans ce devoir difficile de réformer ou de bien diriger ses enfants. Aussi n'est-il pas rare quand il s'agit d'une correction que le plus puni soit encore celui forcé de sévir.

Il faut être doué d'une force d'âme peu commune, on le reconnaîtra, pour savoir au besoin refuser une friandise à la gloutonnerie si amusante et jamais satisfaite des bébés.

Et c'est justement dans ces questions de détails en apparence insignifiantes, qu'on laisse surprendre sa vi-

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gilance et (ju'on s'hal)itiie à des fail)lesses et à des concessions dangereuses.

Car il faut bien prendre garde (|ue ponr coi^ êtres mignons dont la volonté si' manifeste si ])rématurément, on ne î)eut user trop tôt de fermeté et de méthode.

A cet âge tendre, du reste, l'instinct ])rimant la raison, ils se font tout naturellement à un système. Si Ton accoutume, ])ar exem{)le, les enfants à ne manger <|u'à de certaines heures fixes sans exciter leurs convoitises en dehors di^ ces heures, leur traditionnelle gourmandise sommeillera indéliniment.

Cette règle éminemment hygiéni(jue a aussi sa portée morale.

Vax même temps qu'elle fait des gaillards à l'estomac solide, elle donne du ressort au caractère.

Quelle énergie, quelle sohriété, quelle retenue peuton attendre d'un sujet dont l'enfance n'a été qu'un gavage continuel et (pii n'a eu pendant des années, pour ohjet, pour récréation, ])our récompense que la s<itisfaction un peu bestiale d'une gourmandise démesurée?

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