LA POUTRE
(Viin livre intitulé " l.fx (li'wns vl les CIki/s '" ([u'il place cette grande vérité au hénélice des aiiiiiiaiix.
11 ne s'agit pas ici (rime revendication, i^a femme qui vote, je veux hien pour aujourd'hui, messieurs, en sourire avec vous; j)our celle (pii pérore en public, je vous pardonne votre moue de pudeur alarmée; je vous passe même Tépitliète méprisante de hus-hlni pour celle qui écrit.
il me semble cependant (pril serait curieux de faire un petit examen de l'emploi abusif (pie nos prétendus modèles font de leur privilège de parler seuls. J'aimerais a démontrer aux partisans du silence absolu de la femme, qu'ils perdent tous les jours de belles occasions de se taire et (pie leur victime pourrait au besoin leur en enseigner l'art ])récieux.
Je revenais l'autre soir ])ar les rues silencieuses de la ville. Au milieu du calme de la nuit commenc^ante, j'entendis tout-à-cou]) un Iiruit é|)ouvanta])le, des cris de bêtes féroces proférés ])ar un grou])e d'hommes qui s'avançaient, armés de bâtons, fra])])ant à grands coup sur les poteaux des réverbères. J'en eus un grand saisissement, mais, il n'y avait pas de (juoi. Ces énergumènes, poussant des rugissements sauvages aux seuils des demeures endormies, ce n'étaient... cjue cpielques étudiants de bonne faniille revenant de leurs cours!
Les femmes aiment à s'associer dans la mesure de leur pouvoir au mouvement intellectuel. Les questions de science et d'art ne les trouvent pas indifTérentes, aussi les rencontre-t-on partout où ces (pu'sti(ms s'agitent et se débattent.
Eh bien, là même, à ces solennités scientifiques, à ces fêtes littéraires auxquelles on les convie respectueusement, on trouve s]u'rituel de rééditer des ])laisanteries us(Vs sur la loipuicité de la femme.
l'n grave philosophe, discutant les problèmes les ])lus abstraits, croit du dernier bon goût de faire. ])our di-
200 NOS TRAVEBS
vertir une partie de 8cs auditeurs, de grosses insinuations contre l'autre, celle qu'on invite avec tant de déférence.
La badauderie applaudit, mais, après tout, je dois dire qu'amuseur et amusés me paraissent également manquer de tact et de logique.
Il n'est pas un banquet où, au milieu de clameurs assourdissantes, un festoyeur ne se lève, le verre à la main, Fœil allumé pour proposer la santé des dames. Alors dans une allocution où la tempérance des paroles se ressent de celle qui l'a précédée, on en dit long sur les femmes.
Si quelques-unes ont assisté à cette exhibition de vertu masculine qui s'appelle un banquet, je leur conseillerais de se retirer à- ce moment. Elles auraient vite fait de conclure qu'un silence absolu sur leur compte vaudrait mieux que vingt apothéoses de ce genre.