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LE SPORT VERSUS L'ESPRIT

^01 'est-tl pas vrai ([ue les bicyclistes abusent un peu û&{(- *^^ ^^ liberté qu'ils ont de se suicider et d'assas- ^-^ siner les autres? Le temps est peut-être arrivé de faire des lois de la bicyclette comme on en fit pour le duel et de réglementer le nouvel art de tuer.

Que ne va-t-on à la gaierre si l'on est fatigué de l'existence, ou si l'on est tourmenté par l'instinct féroce du meurtre?

Je propose qu'on enrôle tous les vélomanes et qu'on les envoie à Cuba, pour rendre la circulation des rues aux citoyens animés d'intentions honnêtes. Il y a beau temps que ceux-ci n'ont pas eu leur tour et vraiment la majorité pacifique des piétojis a droit à une petite vacance qui favoriserait la guérison des névroses contractées dans la traversée périlleuse de nos chaussées.

11 serait ridicule d'entretenir un espoir trop optimiste et d'attendre qu'ils soient tous morts pour faire notre cure. Les cyclomanes ressemblent à cette espèce d'ins:ctes mnlfniFnuts qui sont trois fois aïeul en douze ]iGure>. Pour i:u qui se niissuiro il eu naît dix; et les chances de suivre des gens fidèles au moyen de locomotion naturelle, deviennent de plus en plus rares.

De fait, on ne peut aller une fois en ville sans être le témoin d'accidents plus ou moins graves: frictions spontanées, rencontres impromptues dans lesquelles les deux parties contractantes, bourreau et victime sont également maltraitées. C'est une mince consolation. Vraiment, ceux qui marchent debout devraient avoir quelque répit!

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Si c'est trop loin, Ciiha, (|iroii prenne (Vaiiirc^s inesures pour assurer le salut ])ublic.

Pounjuoi ne pas céder un espace de terrain aux perlurl)!i(eurs assis, hors de la ville, loin de nous.

On pourrait alors aller regarder — de ce côté-ci de la clôture — cette sorte de centaures civilisés se livrer librement à son l)esoin de destruction et s'entr'écraser à loisir.

\'ous au<iui('re/ mal de mes dispositions à l'égard des coureurs immobiles par ce (pii ])réci'de; je ne vous ai pourtant encore rien dit de la peste qu'ils sont dans Tordre moral.

Ils sont là bien autrement et j)lus gravement perturbateurs, en ce ((u'ils sont constamment partis. Les absents ont toujours tort; c'est surtout vrai des ])ères de familles, des écoliiTS et des jeunes 111 les. Pour ces (\v\\\ dernières catégories, le tort se double par le fait (pi'ils sont partis. . . ensemble.

(^uand des parents compbiisants otficnt uiu' paire de roues à leur ingénue, c'est comme si, de leurs propres mains, ils lui accrochaient des ailes ))our s'envoler loin d'eux. Cela é(|uivaut à sigiuM" volontaii'cment l'abdication de son autoi-ité.

(^uand (»n |)ossè(]e une bicyclette, n'est-ce '«pas, ce n'est pas uni(|uenu'nt pour faire des ronds devant la ])orte, sons le vigilant regard maternel.

Ces roues sont d'atVamées numgenses d'espace, gourminides des longs chemins unis, folles du vertige de la vitesse. Ces \éloces montures ne bougent ])as (prelles ne s'emballent ; il leur faut les grandes routes libres et leur })remiei- bond les met déjà hors de vue.

Si ce n'est encourager et consommer rémancipation (h' S(»s enfants (pu' de leur faii-e un pareil cadeau, jo voudrais bien (pie l'on m'in(li(piât une plus libérale fa- (;on de leur doniU'r la clef i]v> champs.

d'ai hâte de voir aussi (|uel téles<'ope on inventera ])our l'usage des mamans ol)èses, nuiis iiupiiètes de ce

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qui peut advenir do leurs filles sur les grandes routes. J'en connais beaucoup d'attachées aux anciens préjugés qui^ en attendant cette merveilleuse longue- vue. ne se résigneront pas à ,1'empire du sport révolutionnaire.

L'une de ces intransigeantes le jugeait l'autre jour d'un mot cruel en parlant des habitudes d'une voisine: — '^ Ça sort à des heures impossibles, ça rentre on ne sait quand, ça va, on ne sait où . . . des mœurs déplorables, des mœurs de bieyclistes quoi! "

Ce que je crains moi, c'est que le règne de la pédale et du guidon ne nous fasse nne génération de filles athlètes en bottes carrées, en jupon court et aux mains déformées.

Que deviendront les arts gracieux entre ces mains alourdies? Que deviendront- le piano, le pinceau et l'aiguille! Que fera-t-on des livres et ,qu'adviendra~til de la science déjà si délaissée, si ignorée de la conversation !

Pauvre '^ conversation ", toi à qui on dédia des livres au plus beau temps du règne de l'esprit; toi qui fus le charme et l'ami de la beauté; prestige et talisman, à quel degré d'oubli n'es-tu pas tombée!

Et quel pire sort t'attend encore ,avec le démembrement des familles dont le culte du sport nous menace! Te restera-t-il quelques partisans? Subsistera-t-il quelques maisons où les amateurs ,du beau langage, les délicats de l'esprit te retrouveront honorée. Oui, sans doute et ces familles au sein desquelles l'art de la causerie intelligente aura été cultivé seront des oasis, der- ^niers refuges des gens qui 'pensent au milieu du mécanisme universel.

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