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LA CONVERSATION

i: inilit'U (1*1111 nioiule insi<rnifiant, ()(CU])p de rmicans et de niaiseries, riioiiune ou la t'ennne dont l'esprit a été formé par des entretiens instructifs sur des sujets plus élevés ,(|ue les ridicules du prochain ou les potins de salons, dominent aisément. Cette éducation intime par la sim])le conversation de famille est le secret d'un grand nombre de ces fortunes singulières dans notre monde ])oliti(|ue ou social.

Les ])arents roul)lient trop souvent : Ce (pii se dit à la table paternelle et autour de la lam])e dans les veillées en commun, voilà la semence qui, plus que las le(,'ons de l'école, germe dans l'esprit des 'enfants et porte des fruits.

r()iir(|ii()i les tils et les Hlles d'iioiniues intelligents et eux-mêmes sujets brillants à l'école, oublient-ils tout ce (pi'ils ont ap])ris et sont-ils souvent empêchés de faire leur chemin dans le monde aussi bien que d'autres?

C'est que ratmos})hère de la famille en est une d'abrutissement ])our eux: e'est qu'en dehors des études tliéori(|iies de la classe, rien d'intelhctuel ne tient leurs facultés en éveil.

11 y a des homnics instruits, occupés tout le jour de (|uestions intéressantes et qui semblent accrocher leur cs])rit en entrant chez eux au même clou que leur chapeau, pour le reprendre en sortant. Ils subissent autour d'eux des discours ])uérils, vulgaires et médisants: ils en soulfrent peut-être en silence sans songer un instant (|iie c'est à eux de changer le ton de la conversation et de la diriirer d'une façon plus raisonnable.

l6 NOS TRAVERS

Ijv tact délicat de la mère de famille doit s'exercer à élever ces entretiens familiers au-dessus de la médisance ou même de l'inutilité. Quand son infériorité la rend indigne ou incapable de ce rôle, je ne comprends ])as les maris qui laissent rétrécir les idées de leurs enfants à la mesure de son petit cerveau. Il serait si aisé de les faire causer de leurs études; de former leur jugement en provoquant des opinions sur les questions du jour; de cacher dans renonciation d'un fait ou le rérit d'un événement, un principe de probité, un conseil salutaire. Le mot " élever ses enfants " n'a pas d'autres sens que celui-là.

Si l'on pouvait mettre ses griefs, ses ressentiments contre le prochain ou ses petites querelles de côté dans la vie commune on verrait combien l'on y gagne.

On ne saurait trop le répéter: le ton de la conversation de famille est le principal facteur dans la formation du caractère.

J'imagine que l'élégant et profond auteur des *^ avis spirituels aux femmes du monde " est de yos connaissances. Vous avez peut-être lu le chapitre oii il enseigne " ce que doit être la conversation."

Vous savez alors avec quel sens élevé il traite des rapports mondains et avec quelle largeur de vues il sait allier toutes les grâces à l'esprit religieux dans ce qu'il appelle, non pas les plaisirs, mais les devoirs d'une femme du monde.

Voici donc le petit conseil qu'il donne à propos des entretiens féminins : " Donnez la préférence aux conversations sérieuses. . . Eelevez-les sans pédanterie si on les laisse promptement tomber. Il est assez ordinaire aux jeunes femmes de trouver " triste " une conversation sérieuse; c'est que les esprits frivoles confondent la raison avec la mauvaise humeur, ou s'ennuient d'être forcés de penser."

Si la jeune fille était plus sérieuse, si elle mettait dans sa vie une préoccupation, un but, n'importe les-

LA COXVERSATTOX I7

(jucls, si elle SI' doiiiiail iiiic mission <|iii rendit à son ink'lli<^('iicr un peu d'activité, la l'rivolité n'imprimerait pas à sa pci'soiiiie comine à son es])rit un r-achet de banalité.

Dans d'autres ])ays les IVniines ont au moins, un prétexte ])()ur mener une vie futile. Tant d'objets intéressants, un si ^rand nombre d'oceasions sollicitent leur curiosité et les entraînent dans des habitudes de joyeuse dissijiation.

^Fais en ce coin de terre, étraiiofer aux brillantes séductions des grandes villes et ou les distractions sont l'ares, la frivolité n'est (|u'un violent effort ]iour s'étourdir, un petit tourbillon factice qui dissimule mal le ])rofond eiiTiui, le vide d'une existence inutile.

Le Canada est peut-être un des rares pays où les femmes d'une certaine classe soient si absolument inactives et adoptent volontairement un mode d'existence si comnlètement nul.

Au sortir du couvent elles commencent à traîner leurs journées paresseuses et à s'évertuer à tuer le t(Mn))s: elles vont ainsi s'ennuyant de plus en plus et attra])ant, dans la tristesse de cette végétation, une sorte de jaunisse morale, un pessimisme qui les fait se trouver à cbarii'e à elles-nu'mes.

Or, qu'arrive-t-il? C'est que leur conversation se ressent de la stérilité de leur esprit.

Dans combien de salons " cause-t-on '' aujourd'hui? Je dis '" causer '' et non ])as pajioter, potiner ou, pis encore, user de ces ])ropos é(|uivo(|ues — grossiers substituts de l'esprit (|u'on n'a pas — ])our susciter le rire et la gaieté.

Toutes les soirées mondaines — à peu d'exceptions ju-ès — se ressemblent d'uiu^ façon désolante. On n'en comble le vide moral qu'avec du bruit, du mouvement, de la danse, du ])iano, les cartes.

Kt s'il vient un moment ou vous vous lassez du bruit et du mouvement, que reste-t-il à ces réunions sociales?

î8 NOS THAVEBS

IJiu; l)ana]ité écduiranie, un lourd einiui.

Quelques idées circulant dans cette atinospiière épaisse, une discussion, seraient coinine un souflle vivifiant r^ui ranimerait les esprits paralysés.

Bien sûr, que parmi tous les figurants d'une fête mondaine il ne manque pas de gens ayant de l'esprit, mais voilà, les salons sont justement l'endroit où ils ne s'en servent pas. Il faut se conformer au ton général d'insiguifiance et de médiocrité.

11 ne tient qu'à la femme pourtant de changer tout cela et de remettre en honneur le commerce de galanterie honnête et spirituelle de la société d'autrefois.

Mais comment voulez-vous, vraiment, que les adorateurs, nés du beau sexe ne perdent malgré eux Tintérét et la vénération craintive qu'inspire- toute énigme devant la poupée mondaine sans une idée dans la tête, sans un secret dans son cœur. Rien d'idéal, rien de mystérieux chez elle ne provoque la curiosité et n'impose le respect.

C^est cette curiosité sympathique c'est ce respect plein d'égards cependant, qui font tout le charme des relations sociales et les empêchent de devenir les fonctions insipides, la corvée qu'elles sont de nos jours le plus souvent.

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