DEVELOPPEMENT DE LA LITTERATURE NATIONALE
"aspirations pour cotte ])rovinre ont toujours été de " lui voir jouer dans la confédération lo rôle ijuc joue " la France en Euro])e.
" Kctranchez de la civilisation européenne la parti- ^" cipation de la France, eidevez dans les arts et les scien- " ces ses maîtres et ses ])enseurs, quel vide se produi- "rait!"
Le successeur de lord DulTerin, le nianjuis de Tiorne, a ex])rinié le même sentiment ])endant son séjour au (*aiiada.
Avant de finir je n'ai (ju'un mot à ajouter.
Tout ce qui précède pourrait sembler injuste si l'on ne considère ])as ([ue la vérité, (juel(|ue désa^n*éal>le «lu'elle ])uisse être, est toujours proclamée avec profit.
]\[oii l)ut au demeurant n'était pas de louer mais de réveiller notre conscience de sa douce léthargie.
LE FËMINISME
Conférence faite à P Asile d€ la Providence.
PI 1^ II! de quoi vous parlerais-je, Mesdames, si ce n'est
de " nos affaires? " Je crois même que c'est le seul moyen de me faire absoudre de ma hardiesse. Il paraît que c'est une prérogative masculine que de parler haut, du moins à cet égard, l'usage fait loi, et il faut toujours respecter la loi quelque injuste, je veux dire, quelque sévère qu'elle nous paraisse.
Il me semble que tout ici autorise l'audace. Le bruit de notre voix qui nous effraie toujours un peu, trouve entre ces murs, un écho sympathique et rassurant.
Xous nous sentons presque justifiée d'oser nous affirmer à l'ombre de cette institution puissante qui est l'œuvre de mains, surtout, de cerveaux féminins.
J'ai besoin de croire d'ailleurs que nous sommes
entre nous ", et, " qu'officiellement ", il n'y a ici qu'une femme s'adressant à des femmes. Si par hasard il s'était glissé dans cet auditoire quelques représentants du sexe fort, je veux l'oublier. Si pourtant leur dignité m'impose l'évidence, je me persuade qu'ils sont tous des féministes. Il ne faudrait pas qu'ils protestassent parce qu'alors je serais très dure pour eux. Je les com})arerais à des paralytiques guéris disant du mal des béquilles: oui, je les appellerais des ingrats!
Féministes, Mesdames, quoi qu'ils disent, tous les» hommes le furent une fois, et ils le redeviendront, n'avez crainte. Ils Te seront quelque jour, comme les vieillards (pTabrite ce toit hospitalier le sont, et quand ils ressentiront toute la vérité de cette parole de rEsju'it- Sairit ; " Malheur à l'infirme qui n'a que des cœurs
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(rhoniines et dos mains (riumiiiics aiitnui- df ses doiileiirs,"
Ils le seront iiiriin' dans racccplioii la plus étcndiu' du UM»1, clwKiuc fois (|Ut' par l'ahsenee du soutien naturel, eoniuie cela arrive si souvent, ils déj)endront dans leur jeune.-;se })Our rexislence, Tinstruetion et l'éducation d'une i'eninie, euniulant dans ce cas les fonctions du père et de la mère sans (jue son c(eur vaillant, sans (jue ses faibles é])aules faillissent à la tâche. I^t n'est-ce |)as logique? Chez qui la femme recruterait-elle des ])artisans dévoués si ce n'est parmi co témoins authcnti- ((ues de sa valeur?
Le Canada est, sans s'en douter peut-êti'e. un (\v>^ pays où le féminisme est plus ancien et sûrenuiint celui qui lui doit le plus.
Tenez, voulez-vous (jue nous disions un peu de liieii des femnu's? l)'al)oi"d je vous avouerai (pie j'en meurs d'envie, et puis c'est ma manière à moi de traiter cette im|)ortante (piestion sociale. Car il ne faut ])as s'attiMidre à ce (pie j'en fasse l'historicpie rigoureux. \\u choisissant le sujet de cette ])etite causerie, je n'avais aucun système en vue. de ne voulais ])as non ])lus faire ra])ologie du féminisme, (jui se défend bien tout seul.
d'ai |)ensé (|u'il serait intéressant de dis.<erter un |)eu avec mes congénères, les Canadienne.^-Françaises, que je savais devoir êti'e brillamment représentées ici ce soir, sur un événement (pli nous concei'ne et au(piel elles ne pouiTont pas longtemps rester étrangères.
11 importe de voir ce (jue signilie ])our notre pays ce terme vague, d'invention moderne: "Le féminisme." il importe aussi de nous remire com])te que si le nom est nouveau, l'teuvi'e (pi'il représente ne l'est ])as autant (pi'on le pen.<e. Il serait malaisé ])ourtant de le délinir exactement ])arce (pi'il n'a pas de ])rogramnu' (ixe et (pie ses tendances varient selon les pays. Kn tous cas c'est uiH' force (pli ne demande (pi'à être dirigée. \\\\ considérant ce (pi'elle produit de meilleur chez les au-
très, nous apprendrons à la faire servir à notre plus grand bien.
Nous disions donc qu'à part les lois (dont on se plaint beaucoup), il n'y a guère de bienfaits nationaux auxquels la femme n'a pas contribué chez nous.
Faut-il rappeler son initiative, son courage égal à celui des plus vaillants, sa souveraine influence dans la fondation de la colonie? Voudrait-on que je fisse la nomenclature des innombrables institutions que son zèle diligent a fondées depuis, sur la surface de notre immense territoire? Est-il bien des formes de la misère et de la souffrance humaines, dites-moi, auxquelles elle ne se soit attaquée et qu'elle n'ait réussi à pallier?
La meilleure réponse à ces questions c'est que l'Etat, se désintéressant de l'éducation supérieure des filles, de l'assistance publique et des œuvres de bienfaisance en général, s'en remet entièrement à l'initiative et à la compétence féminine pour tout ce qui s'y rapporte.
Tout favorise donc, en ce pays, l'expansion du féminisme! Et l'expérience du passé et les facilités que cette expérience donne à l'avenir, et la liberté dont nous jouissons, car si nous sommes bienvenues à vivre dans une complète oisiveté, selon qu'il nous plaît, on nous laisse également libres de participer, nous privilégiées, dans la mesure de nos forces, à l'amélioration du sort des moins favorisés. Un pays ne repousse pas les services de ses enfants. L'histoire, au contraire, nous montre les nations acceptant avec bonheur le salut de la main d'une femme, ce qui fait qu'il n'y a pas beaucoup d'Etats qui n'aient eu leur époque féministe également. On dirait qu'à cette lumière de l'histoire, la femme, réalisant tout à coup la virtualité de son pouvoir, a eu l'idée d'organiser, de centraliser ses forces éparses: d'où le féminisme moderne.
A quoi vise cette agitation dont le mouvement comme une marée puissante s'étend à tous les pays du monde? Que signifie cette levée volontaire d'une armée active, ardente mais pacifique?
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Oe mouvoniont, c'est un vvwW de la rosponsabilito féniiiiiiic. Ce à (|ii()i il li'iid? Par cssi'Ik-c et dans ses manilestations «^^''iiérales, à rien (|ue de juste, ({lie de désintéressé, (|ue de raisonnable. Son action s'eiîectue sous l'égide de la reli<,non à l'ondjre de la loi.
Hntre l'injustice de l'aristocratie et la colère des social iste.s ])ar ses attaches avec l'une et sa bonté envers les autres, la femme en Angleterre et aux Etats-Unis, sert de tam])on. Son ministère contribuera sans doute largement à réconcilier dans le vieux monde comme dans le nôtre, deux éléments sociaux dont le choc est toujours terrible.
De fait, il existe une *' iJgue internationale de la paix ■' recrutée parmi les })lus grandes dames des deux hémisphères, lesquelles sont associées aux philosophes et aux hommes d'Etat les ])lus ilhi.-tres. On sait que leur inlluence a été un ])uissant facteur dans cet événement récent: l'entente de deux grands Etats pour régler toute querelle, à l'avenir, — non par la guerre, non par le sang lunnain versé — mais au moyen d'une commission d'arbitres. Il y a des choses que l'homme, entraîné ])ar la jia.^sion, oublie facilement. Dans la patrie comme dans la famille la voix de la femme doit faire entendre les ])aroles aj)aisantes (|ui rappellent au devoir et à l'humanité.
^fais, sans s'arrêter à ce rôle diplomatique, le Féminisme accom])lit, surtout dans l'économie de la vie nationale, une (vuvre ])rodigieiise.
Il faut lire l'ouvrage de Mme Rentzon, sur la "Condition de la femme aux Etats-Unis", pour voir ce que dans la seule ville de Chicago, il fait de bien à l'âme comme au corps, et comment il peut tranformer, non seulement une ])opnlation, mais l'aspect d'un ])ays.
Ces dames — ])our ne mentionner qu'un détail — ont entrejiris de réaliser ce qui a toujours été déclaré impossible: elles ont résoin de débarrasser leur cité, — " Tieine de l'Ouest, — de la fumée (pli. en toute saison.
endeuille et souille sa beauté. Elles sont en train d'y réussir... Vous connaissez le proverbe arabe: "Ce que veut une belle est écrit dans les cieux "? Nos congénères américaines veulent découvrir le firmament, afin qu'on y puisse lire cette précieuse écriture.
En somme, la conscription spontanée de ces milliers de recrues du monde élégant, riche et heureux, met au service des autorités religieuses et civiles, une armée d'auxiliaires puissantes et intrépides, prêtes à entreprendre les plus rudes tâches; elle fournit des escouades d'ambulancières laïques qui cherchent dans les taudis, les tavernes et les cachots, les blessés du combat Journalier, les mourants à la vie morale.
Cet enrôlement sous un même drapeau d'une classe où ont presque toujours régné en souveraines l'oisiveté, la frivolité et la jouissance, a pour but principal: d'être utile.
'' Etre utile ", Mesdames, il paraît que ce n'est pas pour autre chose que nous avons été mises sur cette planète. Si le bon Dieu nous a donné ces belles longues journées dont un nombre compté compose notre vie; s'il nous prête chaque matin sa lumière, des gens dignes de foi nous assurent que ce n'est pas pour vaquer tout bonnement au soin de notre nourriture, de notre vêtement et de notre divertissement. C'est dommage qu'il y ait d'aussi maussades commentateurs des décrets divins! Ne pourraient-ils, ces juges sévères, s'entendre avec d'autres hommes plus indulgents, qui assignent à la femme ce rôle exclusif, païen, mais charmant: ^^ plaire?"
Asurément, les premiers ne nous commandent pas d'être déplaisantes — ce serait trop exigeant. — Ils admettent volontiers cette obligation de plaire (chère à la moins coquette), mais ils ne veulent pas démordre de ridée de soumettre le sexe faible à la loi d'utilité morale aussi bien que matérielle. Ils nous parlent de nos responsabilités, de la nécessité d'amasser quelques mé-
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rites... cl (lu temps <|iii ne rcviciil plus... Il> nous font réaliser la " l'iiilc roi'iiiidaMc do instant.-, ci' *;li.<semcnt {\v riicurc "'. coiiinic dit Maiipassaiil, "cette cour.-e iiMperceptil)lc, aU'olante (piaiid ou y songe, ce délilé iiilini des petites secondes pres.^ées ([ui grignotent le corps et la vie des iionunes.'' Si bien (pie leurs scrupules nous gagnent à la fin et qu'on ne se sent pas la conscieiu'c en ])ai\ le soir — malgré les encouragements de (piel(pu's-uns — si, tout le jour, on n'a rien fait (pU' de se laisser vivre. On en arrive niiMne, le croii-ail-on? à n'oser j)lus s'ennuyer!
S'ennuyer, Mesdames! .l'admets avec vous que voilà un mot ridicule. Si l'on n'a })as fait de l'ennui un péché ca])ital, c'est qu'on devait le réserver i)our la punition des ignorants et des égoïstes.
Au fait, y a-t-il des femmes oisives ou des femmes fort occupées, si l'on veut, à ne rien faire d'utile? Soyons franches, Mesdames; admettons que l'Américaine, et surtout la Canadienne — dans la société aisée — est une reine à laquelle on ne demande rien; (pie l'on décharge prescpu» complètement du soin d'élever ses enfants. C'est à ces riches que le Féminisme réclanu' les miettes de leur table, — cpiand leur famille a été largement servie, — c'est cette menue monnaie des minutes et de.=5 heures perdues par les mondaines, (|u'il recueille ])our en former un capital profitable aux miilluMireux.
l'n grand nombre répond à son appel; c'est ])()ur- (pioi l'on voit des nuiisons connue celle (pii nous abrite en ce monuMit, si ])ros])ères. Mais n(nis sommes encore une iuHuense majorité en dehors de ces ceuvres admira])les. Or justement mille besoins réclament dans notre société, des dévouements nouveaux. Quand je dis; " nouveaux ", je voudrais être bien comjirise.
Ce (pialificatif n'a rien d'agressif. I^a nouveauté ici est synonyme de " progrès ", et le progrès est la seule route (]ui mène à la jxM'fection. T.e Féminisjuo no doit
donc pas être représenté comme une révolution qui bouleverse, mais comme une évolution naturelle dans l'ordre providentiel des événements. L'une de ces tendances est de cultiver les dons de l'esprit et c'est une attache de plus à la tradition chrétienne, qui, toujours, — depuis saint Jérôme jusqu'à Fénelon et jusqu'à Dupanloup, — a mis l'étude à côté de la prière.
Cela m'amène à parler des adversaires du mouvement qui nous occupe, car il en existe . . . qui se convertissent d'ailleurs tous les jours. Parmi eux, il s'en trouve qui croient en vouloir à la chose, et qui au fond, ne s'objectent qu'au nom; ils ont été les premiers à utiliser, hors du foyer, celles que le foyer ne réclamait pas constamment.
Il y en a d'autres qui se croient obligés de parler au nom de l'homme et du mari. Ils aperçoivent un danger pour la famille et la société dans cette apparente émancipation. Quelle raison ont-ils donc de suspecter l'amour et le dévouement maternels à ce point? Oublient-ils que le voilà le plus sincère et le plus sûr gardien du foyer: l'amour maternel! Aurait-il attendu si tard pour se démentir?
Mais, c'est en exagérant ce prétendu danger qu'on arrive à se persuader que la sécurité pour tous est dans l'obscurité, c'est-à-dire, la nullité de la femme. Quelle erreur! Plus nous serons instruites et éclairées. Mesdames, et plus nous serons de bonnes mères. Le P. Lacordaire le savait, lui qui reconnaissait à la femme une influence extrêmement puissante, surtout dans la société chrétienne et qui recommandait à l'une de ses amies de lire Homère, Plutarque, Cicéron, Platon, David, saint Paul, saint Augustin, sainte Thérèse, Bossuet, Pascal et d'autres semblables.
Cela étonnera bien certains, de nos écrivains qui mettent de temps à autre devant nos yeux leur idéal de femme ménagère — et rien que ménagère.
Au fait, j'oubliais une dernière catégorie d'anti-féministes. Ceux-là sont plus amusants que sérieux et
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personne ne tient à les convertir. Pour mieux combattre le fléau, il.^ emploicnit et le sarcasme, et la foudre, deux armes trop ()j)p()sées pour ([ue leur alliance hybride cause grand ravage. D'ailleurs, ces gens-là ne sont pas convaincus. A leurs lieures ils sont d'acharnés féministes; j'en connais parmi eux (pii exigent uiu' singulière investituri' de la femme, devant laquelle ils s'incliiii'iil. Il faut (lu'elle ait eu des relations avec le diable, comme la pseudo Diana Vaughan. (1) La condition est dure. Tout cela n'em])êche pas (pie dans les diftlcultés et les dangers de notre époque critique, on se tourne de plus en plus vers la femme pour lui demander aide et conseil.
M. J^runelière — l'un des premiers critiques de France, écrivain dont le nom est universellement respecté — parle de "refaire l'éducation de la femme, ])arce que, à titre de nu''res, les femmes sont avant tout, les éducatrices de la génération future." Après avoir remarqué en passant que si les " ])édantes " sont isupportables, les sottes n'en sont ]ias pour cela d'un plus agréable commerce, il conclut ainsi: "Quand on voudra vraiment " réformer nos lycées de garc^^ons, il faudra commencer " par réformer nos lycées de filles."
La France a souvent été représentée comme l'un des pays les plus opposés à l'énuincipation du sexe faible, et pourtant, je connais un bien vieux féministe français:
Le bonhomme Montaigne disait, il y a trois cents ans: "Il est ridicule et injuste que l'oisiveté de nos femmes soit entretenue de notre sueur et de notre travail."
La France nous offre tous les jours le s|>ectacle d'hommes illustres se ralliant, pour ' des motifs plus élevés, au mouvement féministe.
(I) AHusioii i\ un joxiniaHste quî'btH'oIs fervent adepte de la p.seudo IManii Vanghuii et, t-n ni^ine temps, antiréininisle achariK*.
Le regretté Mgr d'Hulst a exprimé, avant de mourir, un vœu que vous me permettrez de citer en finissant.
" Vous n'avez pas oublié, Madame, — écrit-il, — l'appel ardent que Mgr Dupanloup adressait, il y a trente ans déjà, aux femmes chrétiennes pour les attirer au travail de l'esprit. Il voyait là, pour elles, un puissant moyen d'influence sur l'âme de leurs maris: non pas que la femme doive faire au même degré, ni de la môme manière, toutes les études que fait l'homme; mais elle doit en faire de telles que rien de ce qui intéresse ou remplit ou surcharge la vie de son époux, rien de ce qui occupe l'intelligence de ses fils, ne reste pour elle chose étrangère et inaccessible.
D'autres peuvent ne pas partager cette manière de voir, ils peuvent croire que la femme serait mieux dans son rôle, en renonçant à l'influence intellectuelle pour s'enfermer dans le domaine de l'action purement morale. Mais qu'importe cette préférence ? Elle ne changera pas la tendance du siècle. Elle n'empêchera pas qu'autour de nous, beaucoup de femmes recherchent la haute culture et que, pour leur donner satisfaction, de grands efforts se fassent, de grandes institutions se créent, des méthodes s'élaborent, qu'en un mot, tout un système de haute éducation féminine s'organise en France et ailleurs.
Cela est presque partout un fait accompli.
Or, à ne considérer que notre pays, il faut reconnaître que l'initiative est partie des ennemis de notre foi. La discussion parlementaire qui a précédé l'établissement des lycées de filles en a fourni la preuve évidente. Les catholiques ont bien vu le péril, mais ils ont cru le conjurer par l'abstention, en tenant leurs filles éloignées de ces centres intellectuels suspects, sans se préoccuper d'en créer de meilleurs.
Le résultat a été, pour beaucoup de femmes chrétiennes, un état d'infériorité, et, pour toutes celles qui ont voulu en sortir, la nécessité d'aller chercher, dans
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un milieu neutre ou hostile, ce qu'elles ne trouvaient l)as dans un milieu chrétien.','
Qu'on s'en réjouisse ou qu'on le regrette, la haute culture est devenue un besoin pour les femmes. Une seule question désormais se pose: Convient-il que les femmes croyantes trouvent cette culture parmi nous ? Ou veut-on qu'elles soient réduites à la chercher ailleurs ?
La réponse ne saurait être douteuse. 11 ne reste plus qu'à déterminer les moyens prati({ues de satisfaire à ce besoin.
Il nous a semblé ([ue l'Université catholique, créée pour l'instruction supérieure de la jeunesse masculine, pouvait assurer aux jeunes filles les ressources intellectuelles qu'elles réclament.
Il s'agit d'occuper utilement les (pichpies années qui s'écoulent d'ordinaire entre la lin des études et le mariage.
La musi(pie, le dessin, le monde ne suffisent pas à remplir cet intervalle. Il faut que l'intelligence ait sa part, la principale, et qu'elle exerce sur tout le reste une action directrice.
Voici le programnu' de l'éducation nouvelle préconisée par l'illustre prélat:
— La religion : dogme, apologétique. Bible, histoire de FEglise:
— La philosophie dans ses grandes lignes:
— L'histoire, et particulièrement l'histoire contemporaine; l'exposé des conditions qui président à la vie des sociétés modernes ;
— Les principes de l'économie politique et de la sociologie;
— Les éléments du droit civil et du droit politique;
— La littérature française, les littératures étrangères et les littératures anciennes;
— Les principales découvertes modernes dans l'ordre des sciences physiques et naturelles;
— Enfin, Festhétique et Thistoire de l'art.
" Et quand on songe, ajoute la directrice du " Féminisme chrétien^', revue française où nous avons puisé cette citation, — que ce plan d'éducation supérieure pour les Jeunes filles est Fœuvre d'un homme qui, il y a moins d'un an, se prononçait ouvertement contre le féminisme, n'est-on pas fondé à dire qu'une cause est gagnée quand elle a fait d'un adversaire de cette taille le promoteur d'une institution qui est pour le. féminisme tout à la fois, une éclatante victoire et le plus précieux auxiliaire dont il ait pu souhaiter le puissant concours? "
Devant les progrès récemment accomplis en cette ville par l'Université anglaise, nous avons nous-même, il y a quelque temps, dans un article de journal, demande la même chose à notre Université catholique.
Maintenant, on me dira peut-être que j'ai négligé le gros reproche qu'on fait au féminisme, qui est de réclamer les droits politiques.
En effet, il y a des femmes assez hardies pour aspirer à l'égalité avec leurs maîtres. Elles allèguent, pour s'excuser, qu'elles ne feraient pas du billet de scrutin, un plus mauvais usage qu'eux, à moins peutêtre, qu'on ne leur octroyât, avec lui, tous les autres privilèges masculins . . .
Enfin, que cete prétention n'effraie pas trop le sexe fort; d'alDord elle est loin d'être partagée par toutes et puis il est absolument en son pouvoir à lui qui fait les lois, de la reconnaître ou d'y répondre par une fin de non-recevoir.
A ce propos, un prêtre éminent du clergé de Paris, en est venu à dire à nos amies du " Féminisme chrétien " : — " Vous avez peut-être tort de ne pas revendiquer les droits politiques. C'est peut-être par le bulletin de vote de la femme que la France sera sauvée ".
— Merci! aurions-nous répondu si cette parole nous eût été adressée.
LE FKMINISMK
Ne brûlons pas les étapes. Nous trouvons encore dans le eliani]) étendu de la bienfaisance à occuper nos loisirs.
.Nous avons un rôle à jouer dans la société avant d'en jouer un dan.< le ;^^ouvernenïent.
Kt puis. . . laissez-nous nous préparer à l'art nécessaire de plaire, mais à celui (pii, au moyen des grâces de l'esprit, attacdie et retient les nuiris au foyer: à celui (jui fait aussi ''trouver" des maris sérieux.
Kn prati(iuant cet art élevé, en cultivant notre intelligence, nous exercerons indirectement Tintluence politi(jue (pie vous nous soubaitez, car nous serons en état d'enseigner à nos iils à bien voter.