SOCIÉTÉ ROYALE DU CASADA
Jeannot Je suivait ä sa besogne rude,
L'école, Pensuit-il, en ferait une prude..,
Puis, elle avait dix ans, savait lire et conipter, Et les enfants, au reste, il faut bien les dompter, Si l'on veut que plus tard, en face de l'ouvrage,
En face de | cpreuve, Ils aient quelque courx
Tancrède était Compris. La pauvrette croyait Qu'elle devait soutfris pendant que l'on choyait Sa sœur plus bulle, Aussi, Jétnais une réplique, Jamais!
Elle * touchait,” ce jour-là. Je m'explique, Müis Vous savez encor, fers enfants de nos bourgs,
* que c'est que * toucher * dans Je temps des labours Tête au vent et pieds nus, eile t “nait les guides
Et fouettait de su hart le dos des buts placides ; Elle aHongeait je Pas. Trottinis de bon cœur,
Pour suivre là chasrn et le vieux liboureur,
La poussièr souillait ses pebles mains blanches, Elle comptait toujours, rendue au bout des planches, Dans la vaste Pure un sillon noir de plus,
Un rayon vert de moins, Mais, soucis superflus,
La tiche d'; üjourd'hui ne peut être achevée
Que bien tard, 1] faudra toute là relevée,
T'aucrède sentait bien que son front se mouillait, Il se dressait souvent. et son regard fouillait Les gréles peupliers qui cachaient mal l'église,
Et ses clochers plus hants que leur ramure grise. Ce jour-là, bien des “ens, endimanchés, ravis, Etaient venus
asseoir dans l'ombre du parvis,
Or, dès la matinée, à Ja lueur des cierges,
Sous leurs manteaux fleuris, dans leurs robes de vierges, Les cloches, toutes Lois, pareilles à trois sœurs, Avaient eu le baptême, À Dieu, dans les hauteurs, Elles pouvaient parier car leur voix était pure, Marraines et Parrains, très fiers, avec mesure
Avaient mis leurs écus dans le plateau d'argent.
Tancrède, marguillier nouveau, se rengorgeant, Etait allé s’assecir aussi, dans {out son lustre, Sur un siège du chœur, au iilieu du balustre ; Mais il avait ensuite enlevé le gilet,
Endossé la bougrine et repris le boulet,
1 disait maintenant à son enfant docile :
SE | titan
[LE May] NOS TROIS CLOCHES —POËÊME RUSTIQUI “Les cloches sonnent turd, C'est done bien difficile De les pendre Hehaut à leur solide essieu Tiens! j'entends quelque chose enfin! Ecoute ut peu,
Ecoute, ma Jeannette, oui, voilà que çu sonne! Tu ris, petite, et moi, c'est drôle, je frissonne Jeannette souriait Il ôta son chapeau,
Et, s'essuiyant le front, il murmura:
est beuu!
[RE A mon tour, ve soir-là, par la sente des chauines J’amenuis Le troupeau, .} us que dans leurs dons Les bois berçaient des chants nouveaux. C’étaient des sons Mieux cadencés encor que nos airs de chansons,
Le dirui-jez Jamais, dans nos rustres domaines, N'avaient ainsi clamé FAngélus Quel émoi
Fit alors tressaillir mon âme! Devant nw
Les génisses, les beufs, qui marchent à tile, N'avaient plus maintenant leur allure tu quille, Mais semblaient délirer de plaisir. Leurs fronts roux S'élevaient tour à tour en des mouvements fous
Que scanidaient à la fois leurs orgucilleuses cornes,
Une fermière, au loin, près des éiables mornes, Appelait son troupeau, L'appel était pressant,
Un peu rude tantot ct tantôt caressant,
Mais bétail et berger ne voulaient pas entendre,
Car c'était fête au champ.
\lors je vis s'étendre Des vols capricieux sur les grands bois voisins.
Les oiseaux me semblaient grisés par les raisins,
Et le soleil couchant, qui s'échappa des brumes, Fit jaillir des ravons de leurs mouvantes plumes,
Et le dirai-je au<si? Je vis, en même temps, Voltiger sur les prés, comme anx jours dn printemps. Des papillons poudrés d'or et des libellules,
Je vis des grillons roirs qui fuyaient leurs cellules, Et des criquets gaillards qui chantaient l’oraison, Comme ils font en été, pendant la fenaison.
SOCIETE ROYALE DU CANADA Et tout près, dans le ch
Les bœufs ne Ils souflaient doucement une tic front bas sous le joug.
Le u, les traits De la hart qui tombait sur leur Alors qu'ils tir,
amp que labourait T'ancrède, marchaient plus.
e vapeur.
ballants, sans peur
croupe indolente,
ion trop lente, Puis, debout
ant partout,
un homme qui cherche,
#Æ soleil scintilla sur la perche
On bras, Et je
aient mal où de Ils paraissaient dormir où rêv Contre le clos de cèdre, et, regard Anxicux, agité, comme Tancrède! 1]
Où s'appuyai Sourire à la
‘ai vu, le vieux, es yeux.
1e Cn S'essuvant |
Et pendant ce temps-là L'enfant
dans le abour, tout proche, Un peu lasse. Une roche ellleurée en
s'était couchée, Que la charrue avait Lui servait d'oreiller.
io
Jassant Un trèfle encor naissant
cachait sors ses pieds frileux,
Des chicorées Penchaient leu
rs fleurs d'azur sur Sous sa tête
ses boucles dorées.
le alors,
s bras, Et, sans remords,
se d'un baiser avait clos St prunclle,
it l'oiseau qui dort la té Fatigué de voler.
mutine et Presque be Elle avait replié Un an C'ét
te sous son aile, Dans cet instant de Elle rôvait, l'enfant, à se À ce sol éventré par de] À ce vieux laboureur Et tant qu'il fe
paix S bœufs sous Je faix, ongues blessures,
tenant, de
Ses nains sûres, ra jour,
les mineherons de bois,
Et tout lui semblait noir, |
ämentable, sans voix.
Mais alors tout
à coup, dans Je deuil de Ja Elle voit la Prairie encore froide, austère, S'étendre, s'élargir Jusques à l'horizon, Et les sillons obscurs qui coupent le
Deviennent radieux,
terre,
zon Ils montent vers Jos Et trois anges, chantant des st Apportent la sem nee Leur geste est solennel Pour dire les
nues, * ances inconnues,
à ce labour divin,
+ Tout effort serait vain
CCbtS qui tombent de leur bonche,
De leur narine tiède
ÎLE ay] NOS TROIS CLOCHES,—POÈME RUSI IQUE
Jeannette se réveille et, de <a rude couche, Elle crie au vieilla 4
qui ünce songeur:
* Quel beau rêve j'ai fait!" [33 fixant la rougeur
Du couchant où fluttaient les feux du crépuscule :
* Je les vois, les entends, là sur le monticule!.… Is chantent en semant pour le ciel!... Ils sont trois !
Nos trois cloches sonnaient pour la première fois,