‹ Nos trois cloches [microforme]Chapitre 3 sur 4 · SOCIETE ROYALE DU CANADA · texte numérisé non relu

SOCIETE ROYALE DU CANADA

Depuis un an peut-être une rumeur volait,

Mourant et renaissant comme un eri de tolet

Quand la rame déchire, en son rvthme sévère,

Le sein des flots, héz nous, un bruit qui persévère Pren:! toujour: la couleur di quelque vérité,

Or, plusieurs allirmaient avec autor

Que le curé lui-même, une âme un peu lyrique, Verrait avec plaisir notre vieille fabrique

Donner l'exemple, agir, piquer de Faiguillon,

Et ionter au clocher le premier carillon,

On parlait de cela tout bas, tout haut, ensemble... * Un carillon, éest beau sans doute, mais il semble Que Dieu goûterait mieux l'accord de nos esprits, ce

Le plaisir agitait l'âme douce et mystique

est moins coûteux, bien sûr, et c'est d'un plus grand prix.

Qui voit dans chaque temple un céleste portique, Mais un amer dépit troublait le sermonneur

Qui prétend qu'on perd tout quand on donne au Seigneur.

Le voile fut levé tout à fait. Un dimanche,

Avee un geste altier qui déploya la manche

De son large surplis éclatant de blancheur:

De la chaire où sa voix avertit le pécheur, Stigmatise le tiède et console le juste,

Le curé déclara que Dieu, le Maître Auguste, Pouvait être loué par les sons de l’airain,

Comme il l'est par la voix du peuple souverain ; Qu'il fallait aujourd'hui, sans craindre les reproches, Mettre, dans le elocher vaillant, trois belles cloches Qui diraient nos douleurs, nos plaisirs, notre amour, Et pleureraient sur nous à notre dernier jour.

Il se fit tout à coup, sous la voûte, un murmure

Pareil au bruit du vent dans l'épaisse ramure,

Et l'auditoire entier s'agita dans les bancs,

Plus de doute, les mots tombaient très claire, très francs. Un nouveau marguillier, notre voisin Tancrède,

Un dissident par goût, prit l'air dur, le ton raide

Qu'il prenait au conseil dans nos fréquents débats:

Et saint Louis, dit-on.—je ne l’affirme pas—

Le bon roi saint Louis, patron de la paroisse,

Dans son cadre doré laissa voir de l’angoisse,

[LE may] OS TROIS CLOCHES =POËÊME RUSTIQUE 39

Le trouble ne dura qu'un moment, Par degré Dec lé nouveau le silence sucré,

Peut- que chacun se faisait la promesse

De dire sa pensée, au sortir de la messe

Mais le curé, woujours char able ot plaisant, Ajouta quelques mots, el ce fut auilisant.

Comme sur une source, au hainmp, lon voit les hôtes Pencher leurs fronts, ait “'inclinérent les têtes Un peu dures, parf avait dit ceci:

. de ses bons paroissiens,

Jésus aïma les siens, Et c'est sa charité qu'en vos âmes je sème, Le beau, comme le bien, mène au Dieu qui vous aime, Embellis Faites chants bros... et le curé paiera,

le temple et Dieu vous bénira :

Voici l'automne, 11 est comme un vicillard agile Qui descend à grands pas de nos coteaux d'argile, Avec sur -on épaule une gerbe de blé,

Il est comuie un ruisseau qui va, souvent troublé Par le rameau qui tombe où l'agneau qui s'abreuve, Se jeter triomphant dans le sein du grand fleuve, C’est le ti mps des fabours, c'est le te mps des guérets,

L'éteule à voilé d

* plus d'un clos, les forêts

Ont dénoué déjà leurs discrètes ceintures.

Dans les champs moissonnés que nos longues clôtures Enlacent, semble-t-il, comme un traître seau,

Le travailleur se hâte, Au logis, le fuseau,

Devant une fenêtre ouverte, tourne et gronde.

Tancrède labourait. Une lumière blonde Noyait l'herbe. On eut dit des reflets printaniers, La terre allait remplir de nouveau les greniers, Et la paix descendrait &: s toutes les demeures. Tancrède aurait voulu que le jour eut plus d'heures, T1 savait tenir ferme et droit un mancheron.

Quelquefois cependant ii lâchait un juron, Et l’éclair de son âme allumait sa paupière:

C'était lorsque le soc efleurait une pierre, Et faisait quelque peu dévier le sillon.

: I était un artiste en labour, ce brouillon.

Page 1