‹ Nos vieux proverbesChapitre 22 sur 26 · COUTANT · texte numérisé non relu

COUTANT

Coûtant était le nom du donneur de consultations.

Etait-ce à Paris ou à Bruxelles ?

Etait-ce un homme d'affaires ou un officier de santé? Je ne sais plus. Mais l'inscription produisait l'effet le plus comique.

On a plustot appris une langue En cuisine qu'en une escole.

Que de fois je l'ai entendu proclamer !

Mais les principes ! disent les puristes.

Les principes viendraient après. Laisse?-nous d'abord apprendre ce qu'il faut pour les nécessités de la vie. Plus tard, vous nous apprendrez la grammaire.

Et nous ne la comprendrons que mieux.

Après quarante ans,

La place de mémoire est prise au cerveau.

Prise, non pas tout à fait 1 mais il est certain

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qu'elle s'agrandit difficilement. A cinquante ans, les choses présentes ne font plus que passer. On dirait qu'il n'y a plus pour elles moyen de prendre la queue des vieux souvenirs.

Ceux-ci refleurissant au contraire de plus belle. Vous vous rappelez les détails insignifiants de la jeunesse, et vous avez peine à ressaisir le fait important qui s'est passé l'année précédente.

A quoi tient cette irrégularité choquante ? car la mémoire devrait se mesurer à l'intérêt des choses.

On dirait que notre case cérébrale n'a jamais été qu'un laboratoire de photographe ; il peut immagasiner un certain nombre de plaques. Une fois au complet, la porte reste fermée.

Il me semble pourtant que notre mémoire a la vie plus dure qu'autrefois.

Je crois aussi que le nombre des rabâcheurs a fort diminué. Dans ma jeunesse, j'entendais la même histoire répétée cent fois avec la même complaisance par des hommes qui n'étaient pas les premiers venus. Cette perpétuité de redites ne se rencontre plus si fréquemment, grâce sans doute à la multiplicité des communications qui établit un courant intellectuel plus vif.

Dans les petites villes où la vie plus tranquille d'autrefois figeait un peu la mémoire, on vivait de vieux souvenirs constamment rebattus. Les ren-

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tiers qui avaient fait un voyage le contaient pour la millième fois comme une nouveauté. Les rengaineurs de garnison désolaient aussi les tables d'hôte d'officiers. J'en connus une où le capitaine X., vieil Africain, faisait imperturbablement chaque semaine le récit d'un passage du col de Mouzaïa.

Le récit était fort long, peu intéressant d'ailleurs. Les camarades ennuyés finirent par trouver leur vengeance. Comme le même texte était invariablement reproduit, ils attendaient le moment où arrivaient ces mots:

«...Enfin le brouillard se dissipe, et nous entendons les clairons du 7"*® léger. . .»

Se faisant aussitôt un cornet de la main, les convives sonnaient la charge avec furie.

Le narrateur étourdi s'arrêtait court, portait la main à son front, et s'écriait :

« Ah 1 sapristi I î . . . Ah ! mille noms 1 . . . Messieurs, je vous demande pardon. Du diable, si je me doutais que vous la connaissiez déjà. . . Vieille bête que je suis ! »

Et il recommençait huit jours après, toujours avec son final de clairon. C'était plus fort que lui Pour celui-là vraiment, on pouvait répéter:

Apprendre trop tard rien ne sert.

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Compagnon bien parlant.

Vaut en chemin chariot branlant.

PROVERBE bien ancien, car Publias Syrus disait déjà : « En voyage, un compagnon qui parle bien, vaut une voiture. « — Longtemps, le mauvais état de nos routes donna un charme de plus aux

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causeries de piéton, car il augmentait les cahots de voiture, et le voyage à pied ou à cheval était mille fois préférable.

Une bonne bibliothèque Sert d'estre à Paris.

Hé, sans doute ! N'êtes-vous point avec elle en un vrai centre intellectuel ? Ne vous suffit-il pas de prendre un volume, d'en tourner le premier feuillet, pour vous ménager les récréations les plus variées?

Certains esprits chagrins prétendent même que les auteurs gagnent à être connus ainsi, ce qui est fort possible, les auteurs n'étant pas plus exempts d'imperfections que leurs lecteurs.

Le plus difficile est de la constituer, cette bonne bibliothèque. L'argent ne suffit pas toujours; il faut un certain goût, un esprit éclairé. Jules Richard a dit là-dessus d'excellentes choses dans son Art déformer une bibliothèque.

L'art de former les bibliothèques a perdu singulièrement, de nos jours, à cette manie de brocanter qui fausse tout. On collectionne presque partout avec Tarrière-pensée d'une revente à bénéfice.

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Les enchères publiques ayant donné de Timportance à ce qui était tiré à petit nombre sur papier exceptionnel, l'exception est devenue la règle. On s'inquiète beaucoup plus du papier que du texte. C'est un agiotage sur la rareté qui, comme tous les agiotages, réserve de cruelles surprises aux spéculateurs.

Hors cette petite Bourse de la librairie, et si j'excepte quelques grands et vrais amateurs comme le duc d'Aumale, le temps n'est pas aux bibliothèques. Dans beaucoup de familles appartenant à la classe aisée, on ne trouve que des journaux et quelquefois une revue périodique. Et dans beaucoup de maisons opulentes, on n'a pas même sous la main les dictionnaires indispensables. On ne saura comment écrire le nom d'une commune faute de dictionnaire géographique ; on se livrera à des discussions stériles sur un fait important ou sur l'âge d'un artiste célèbre sans pouvoir recourir à un dictionnaire biographique ou historique.

Je sais qu'à Paris le livre tient trop de place et que les loyers sont chers. Mais relativement les petits réduits sont mieux garnis de livres que les grandes demeures. Nous ne sommes plus au temps où les Du Barri et les Pompadour, comme les plus

épais fermiers-généraux, s'honoraient de posséder une bibliothèque.

Le cheval a tué les jouissances de l'esprit. Tout est aux entrainements du sport. Tel qui paiera sans hésiter vingt mille francs pour un attelage reculera devant l'acquisition d'un Larousse. Toute récréation intellectuelle est primée par les jeux de course, par les concours hippiques, par les rallyepaper et autres récréations qui doivent avant tout être d'importation britannique. Nous n'aurions jamais voulu du crocketi, si nous avions su que c'était l'ancien jeu de mail français, ni du lawn-tennis si on nous avait dit que c'était notre vieux jeu de paume.

Enfin, les jeux du cirque sont fort bien portés; la femme accomplie n'en est plus à suivre une grande chasse; elle y tue son nombre de pièces, et manie le fusil comme le fouet du cocher.

Les premiers accès de cette fièvre sportive datent du grand prix institué sous le second Empire; elle n'a fait que croître sous la troisième République. Notre ancienne classe dirigeante semble se consoler ainsi de n'être plus rien dans l'État.

Tel seigneur.

Tel page et serviteur.

ON a dit plus tard seulement : tel maître, tel valet, et aussi : telle est la maîtresse, quelle est la chambrière. Pour compléter Tégalité d'aspect, il eût fallu que notre valet ne se croisât

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point les bras, mais le fouet est devenu un sceptre que le maître conserve avec fierté.

Le fer à cheval n'est- il point obstinément rappelé par nos têtes d'épingles. La chaîne de montre n'at-elle pas cédé la place à un petit bridon d'écurie merveilleusement imité ?...

Ah l nous sommes, pour ce qui regarde le bridon, à la hauteur des institutions de la vieille Angleterre. Nous n'avons pas encore sa ténacité, son grand sens politique, son esprit national, devant lequel s'effacent tous les partis.

Mais nous avons ses chevaux, ses clowns et ses bookmakers...

Nous avons encore autre chose. Je voyais dernièrement à une vitrine un porte-monnaie de cuir fauve, au-dessous duquel on lisait :

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