‹ Nos voyageurs, Association catholique des voyageurs de commerce du Canada [microforme]Chapitre 14 sur 57 · ENT · texte numérisé non relu

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Il était naturel que l'apostolat du bon exemple fût en tête de liste. On ne donne bien que ce qu'on a. Le bassin d'une fontaine se remplit d'abord avant de se répandre. Rappelez-vous le mot du Catholique d'Action : « Le vrai moyen de se donner aux autres, c'est de se donner à moi». Une devise de Jeanne d'Arc était : « Dieu premier servi ». Dieu avant le prochain. Jusqu'au grand apôtre Paul qui se traitait durement au service de Dieu, « de peur, disait-il, qu'après avoir prêché aux autres, je ne sois moimême réprouvé ». Les Voyageurs de Commerce ont su mettre à la base de leur apostolat leur sanctification personnelle, et pour l'établir solidement, ils choisirent le moyen le plus court à la fois et le plus fort, je veux dire la retraite fermée.

On sait en effet que s’il est au monde une puissance capable de retourner une âme, convertens animas, de tournée qu'elle était vers le pérhé la retourner face à Dieu, son Créateur et Seigneur, et pour toujours, c'est la retraite fermée. Tout y conspire : l'éloignement de la famille et des affaires, le silence, la prière, les visites au Saint Sacrement, l'exemple entraînant de ses voisins, les lectures, les chants pieux, — c'est du surnaturel tout pur, de la viande sans os, — les instructions appropriées au groupe, plus encore le travail personnel intense de la méditation, enfin et surtout, planant au-dessus des âmes et les fécondant de sa grâce, l'Esprit du Seigneur qui avait fécondé les eaux chaotiques au matin de la création. Et c'est bien ici encore une création, création nouvelle de l'homme nouveau, Secundum imaginem ejus qui creavit illum, à l'image 4: celui qui l'a créé (Col. III, 10). — De là, pour le Voyageur, deux résultats essen-

tiels de la retraite : 1. Fidélité à Dieu, en particulier et en public; 2. Et comme conséquence nécessaire, fidélité à la maison qu'il représente, en y mettant tout son cœur et une honnêteté professionnelle absolue.

Ainsi refait, remis, retapé, le cœur dans la joie et le front dans la lumière, le Voyageur part, il va son chemin : avec « le geste auguste du semeur » il sème l'Évangile, et Par son seul exemple fait lever des moissons de pur froment.

Outre le bon exemple, il sème la bonne parole, la bonne conversation, et en ce point, comme en bien d'autres, « on ne le reconnaît plus », — c'est le terme consacré. Il s'est rappelé le proverbe chinois : « Les maladies entrent par la bouche, les malheurs en sortent ». Sa verve native lui permet facilement — sauf respect — de tenir le crachoir. Elle lui permet aussi de faire dérailler soudainement une mauvaise conversation ou de l'aiguiller sur une voie meilleure: et ce, nonobstant cet autre proverbe chinois : « Qui est à cheval sur un tigre n'en descend pas aisément ». Le Voyageur accomplit sans peine ce tour de force.

Dans un hôtel de village, une douzaine d'hommes, dont deux ou trois Voyageurs de Commerce, causaient ensemble de choses et autres, lorsque la conversation tomba sur le nouveau curé de la paroisse. Tout de suite l'un des gros bonnets de l'endroit s'éleva avec violence contre ce qu'il appelait les extravagances du curé qui, disait-il, avait entraîné la paroisse, en un temps de gêne pour elle, à lui bâtir un beau presby-

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tère.

Comme il fallait s'y attendre, la gent moutonnière

qui l'entourait emboîta Je pas. Heurter de front le matador n'eût fait qu'empirer l'affaire. C'eût été sauter à pieds joints devant le tigre. La tactique était plutôt d'amener l'entretien sur une autre voie.

n voyageur s'en chargea. D'un ton dégagé, souriant, son brûle-gueule entre le pouce et l'index, il raconta l'histoire d'un curé jouissant de beaux revenus, ne parvenant pas néanmoins à se défaire de sa vieille

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