‹ Nos voyageurs, Association catholique des voyageurs de commerce du Canada [microforme]Chapitre 15 sur 57 · RAD · texte numérisé non relu

RAD

Soutane en démence,

Parce que tout son avoir passait aux miséreux, à l'éd

ucation de quelques orphelins, au complément du pauvre salaire de l'institutrice. Cette

histoire en déclancha une autre, puis une autre, et nos moutons de partir encore une fois à la file; c'était à qui maintenant rapporterait des exemples tout pareils de bienfaisance chez notre admirable clergé.

Il leur suffit parfois d'une phrase brève, d'un mot jeté à l'improviste pour détourner l'attention, faire

+ Ps 0. ON,

réfléchir. Invité à donner son nom pour une retraite fermée, un jeune homme crut se débarrasser du solli-

citeur im: ortun en affirmant : « Je n'ai jamais le temps de faire une retraite fermée ». — « Mais vous avez toujours le temps par exemple d'aller au diable », rétorqua le Voyageur d'un ton mi-sérieux mi-bonhomme. — « Diable ! s'exclama l'autre, vous me faites peur !... Attendez donc...» Et l'affaire se bâcla. — Un bon vivant déclarait devant ses amis qu'il ne fallait pas se gêner pour mener la vie grand train. € Il suffit, voyez-vous. de faire dire des messes après sa mort et le ciel est à nous ». Un Voyageur présent se contenta d'observer : « Le ciel ne s'achète. pas, Monsieur, il se gagne ».

Dans leur ardeur à Promouvoir les conversations honnêtes, les Voyageurs se devaient de faire la guerie au blasphème. Ils avaient là, comme on sait, un champ malheureusement très vaste. Îl ne faut pas exagérer sans doute, et plusieurs mots qualifiés blas- Phèmes ne sont que des jurons, répréhensibles assurément, mais sans gravité; pour Préciser, rappelon: des mots comme sacré, maudit. Mais quand ces termes ou d'autres semblables se disent avec colère ou avec mépris, en joignant avec advertance le nom de Dieu, de Jésus-Christ, de la Sainte Vierge, des Sacrements, des choses saintes, objets plus immédiatement consacrés au culte, il y a blasphème, c'est-à-dire une locution injurieuse à Dieu ). Et c'est en soi le péché le plus grave contre la vertu de Religion. On connaît l'appel suppliant de Notre-Dame de Ja Salette, à combattre, outre la violation du dimanche, l'habitude du blasphème : « Ceux qui conduisent les

Charrettes ne savent pas parler sans y mettre le nom de mon Fils au milieu. Ce sont les deux choses qui appesantissent tant le bras de mon Fils ». — L'inadvertance, l'habitude, peuvent diminuer la faute ou même la supprimer, pourvu que l'on fasse effort pour se corriger; sans quoi le péché est là, parce qu'on ne s'inquiète pas d'en supprimer la cause.

Il faut donc se garder de deux excès : l'un, d'estimer blasphématoire tout juron malsonnant ; l'autre, de ne voir dans de véritables blasphèmes que des propos déplacés. En cette matière, comme en bien d'autres, l'appréciation commune d'un pays, d'une région, doit servir de règle. La raison en est que les mots et les manières de parler ne tirent pas leur valeur de la seule signification grammaticale, mais encore du sens que l'usage leur donne, — conformément au vieux précepte d'Horace :

...si volet usus,

Quem penes arbitrium est et jus et norma loquendi.

Un fait indéniable est que notre peuple, j'entends le peuple des travailleurs, sacre trop, et blasphème beaucoup. La première manie, souverainement messéante, lui enlève de sa distinction native et l'abaisse au rang des goujats; la seconde, de tous points criminelle, l'expose aux plus rudes coups de la vengeance divine. On fait assez souvent remonter cette double habitude à la vie débridée des premiers coureurs des bois; les hommes de chantiers en auraient hérité: puis, du haut de nos montagnes elle serait descendue

! L'usage. . .en qui l'on trouve l'arbitre, les droits et la règle du langage. +

dans la plaine et auraient infesté les travailleurs des villes et des campagnes.

Quoiqu'il en soit de son origine, le mal existe. Et c'est à l'extirper ou du moins à l'affaiblir peu à peu que les Voyageurs consacrent une bonne part de leur zèle. C'est un apostolat obscur, on le conçoit, restreint, d'homme à homme, ou tout au plus dispensé à :jpetits groupes au bonheur des rencontres. Mais ie s'encouragent par cette pensée familière aux saint: que, ne réussiraient-ils, dans une randonnée, a: à faire rentrer dans la gorge un seul blasphème. i!: -'e. timeraient encore heureux.

Nous avons déjà rappelé l'aimable intervention d'un Voyageur de commerce auprès de sept hommes 4 chantiers, beeux sacreurs. Un de ses collègues re fut pas aussi heureux auprès d'une équipe de chommes qui faisaient le pied de grue dans une gare près de la frontière américaine. Le chef de la bande Surtout, posant en matamore, semblait s'ingénier à fabriquer des blasphèmes tout flambant neufs, pour épater la galerie. Le Voyageur s'approcha doucement et le pria de vouloir bien avoir pitié des personnes qui remplissaient la salle d'attente. Ce fut une explosion nouvelle de jurons et de blasphèmes. Pour faire cesser le Scandale, le Voyageur se vit forcé de rappeler 1a loi qui poursuit et punit sévèrement le blasphémateur. 1] menaça d'y recourir à l'instant même. Au grand soulagement de tous, le malheureux rengaina ses propos de mufle.

Le même Voyageur lévisien s'attaqua d'autre façon au cocher qui le conduisait à travers les campagnes de la rive sud pour ses ventes à domicile. Ils n'avaient PaS encore fait un quart de mille que le phaéton

Sacrait, c'est le cas de le dire, « comme un Charretier » Sacrait et blasphémait. « Écoutez, mon ami, jui di: le Voyageur, si vous voulez que je me serve de vou: pendant ces deux jours, permettez-moi de vous donne: un coup de poing à chaque blasphème. Sinon, je retourne et j'en prends un autre ». — « Correct ! » dit l'homme. Et les voilà repartis. Ah !... ouiche -.. Au premier écart du cheval, ce fut un coup de fouet assaisonné d'un blasphème. Tout de suite le cocher reçut, à la troisième côte, un de ces coups de poing qui font époque dans la vie d'un homme. « Aie !

Aie! Aie !.... Vous m'avez fait mal 1...

Aie ! cria-t-il, s... m... etc,... vous m'avez fait mal ! » Mais, vlan ! un second coup lui tombait dessus pour ce nouveau blasphème. Au quatrième, le sacreur dut rendre les armes. Et tout le reste du voyage s'effectua sans une seule faute.

Le zèle est ingénieux. Pour adoucir ce qu'a toujours d'un peu pénible l'intervention même la plus courtoise auprès d'un biasphémateur, les Voyageurs voulurent se faire accompagner et quelquefois précéder du Maître adoré qui s'est dit lui-même « doux et humble de cœur ». Ils firent imprimer à des milliers

etier », # lui dit le vou:

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