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et puis, fidèle à ses résolutions, ne manquer aucune de ses communions, chaque dimanche.
Voici qu'un jour, racontait un autre Voyageur, ce gueux de N. me tombe dessus comme une bombe ; il ne venait pas du ciel, par exemple ! Son haleine de tonneau entr'ouvert en disait long.
— Comment ça va ? vieux m... Z., fit-il d'une voix éraillée.
— Très bien, mais toi ?
— Très mal !... J'ai perdu ma femme: elle était si bonne !... J'ai perdu ma position, j'ai perdu mon courage, je perds mon argent...
— Tu perds la boule, et tu es en train de perdre ton : âme par dessus le marché. Et toute cette dégrin- ! golade, parce que tu n'as pas su frapper à la bonne | porte.
— Où çà?
— À la porte des retraites fermées. — C'est là que tu retrouveras la paix, le courage, et une position que je t'obtiendrai, si tu m'obéis.
L'entretien en resta là. Il partit, songeur. Je! téléphonai à M. Galipeau et lui demandai une place pour mon client. «Oui, répondit-il, à la condition que vous savez : d'abord une retraite fermée ».
Le lendemain, mon type revint décidé.
— Tu as raison, Z. J'ai fait le fou. Mais ça va changer. A quand la prochaine retraite fermée ? ‘— Le 9 janvier, à la Villa Saint-Martin. Nous sommes déjà trente. Ce n'est pas tout, Après la retraite, tu demanderas ton admission au Cercle: tu entreras ensuite chez M. Galipeau. A la fin de janvier, nous partirons pour le bas du fleuve, où je te piloterai, je te présenterai à nos clients. Mais tu
l'hôtel. Conclu ?
Il promit tout. Ce programme fut suivi de point en point. Et la tempérance compte un adepte de plus dans ses rangs.
Il faut bien avouer qu'on ne réussit pas toujours. Le poisson s'ouvre parfois une maille dans le filet et... file.
Un marchand juif de Montréal avait à son emploi un voyageur qu'il considérait comme d'emblée Je plus fort de ses vendeurs. Il ne Jui trouvait qu'un défaut : non Pas d'aller au fond de l'eau, comme le canot de la chanson, mais plutôt d'avoir l'eau en hor- ‘<ur, Sauf l'eau de vie. Et cela à un tel point que le marchand devait incessamment le congédier.
Sur ces entrefaites se présente un Voyageur Cu Cercle de Montréal, qui lui demande Pour son homme
le conduira à Ja Villa Saint-Martin, où l'on a le remède qu'il faut Pour ce genre de maladie. 4 C'est
ajouta que le Patron aimerait peut-être à Payer luimême les frais de séjour. — « Combien sera-ce ? » (€ Quinze Piastres, à peu près », — « Ce n'est pas cher, Pour un cas pareil, »
Et le Juif promit tout. Pour plus de sûreté, il Voulut amener lui-même Son employé en automobile. Rendu à Ja Villa, il parcourut l'établissement et le trouva de son goût : Pour un gold cure c'était bien
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pareil et une sobriété de chameau. Ce ne fut pa long, malheureusement.
Quinze jours ne s'étaient pas écoulés que l'incorri gible buveur prenait une cuite des mieux condition nées. En le mettant à la porte, le Juif se content: de remarquer : « Il me semblait aussi qu'avec quinz. Piastres, on ne pouvait pas avoir grand'chose !)
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Il est un autre apostolat mené de front par les. Voyageurs : celui des bonnes lectures, bons livres, bons journaux, revues, tratcs, almanachs, feuillets de propagande. C'est une corde de plus à leur arc. L'une cessant de fonctionner, une autre est là tout prête. Et ainsi l'arc toujours vibrant ne cesse de décocher ses traits sur quelque ennemi de la foi ou des mœurs. Dans l'espèce, ce sont les mauvaises lectures dont on a dit : « Le mauvais livre, c'est la conversation mau-
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incorri- * idition- ; ntenta quinze ose !» À
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vaise, secrète, renouvelable à volonté. » En certains endroits c'est le manque de lectures : on ne lit rien. Dans ces cas le bon livre fait coup double.
Plus que les livres, et aujourd'hui plus que jamais, les journaux sont la nourriture des foules. Telle presse, tel peuple. Le Père Ramière, le grand apôtre du Sacré Cœur, disait : « La presse, c'est Ja parole élevée à sa plus haute Puissance ». Elle peut tout Malheureusement, c'est le mal qui en profite davantage : et ce n'est que trop naturel, puisque le moindre effort est de ce côté-
dessinent des articulets légers, folâtres, éhontés, qui font songer aux gambades et aux grimaces des ouis-
Le Père Ramière disait encore : (Les écrivains catholiques doivent avoir toujours devant les yeux ces trois livres ouverts : Le cœur de ceux à qui leur plume s'adresse, leur Propre cœur, et le Cœur de Jésus ». Si tous nos écrivains, les journalistes surtout — certainS journalistes — suivaient ce conseil, quel amas
Portant haut l'honneur du Canada français, les Voyageurs eurent vite fait de classer les périodiques, non d'après la quantité de leurs pages, mais d'après leur qualité. C'est Ja bonne mesure : voyez comme modèles, les quotidiens de France. — Que certains
de nos journaux en aient souffert, c'est plus que probable; mais à qui la faute? Qu'ils rentrent dans le rang, qu'ils reviennent aux traditions vraies de la race. — Quant aux 2zettes hostiles à la religion ou Contraires aux bonnes mœurs, il est trop évident que le geste du plus profond mépris doit seul y répondre. En 1915, un grand mouvement s'esquissa chez nos frères séparés : il fallait introduire dans la province de Québec « ce qui avait une si belle vogue aux États-Unis, en Angleterre et dans l'Ontario », à Savoir, déposer une Bible dans chaque chambre de chaque hôtel de Ja Province. «L'Association Chrétienne des Voyageurs de Commerce » par le moyen d'une de ses branches filiales, appelée les Gécéons, se chargeait de la Propagande. C'était, dans une Province catholique comme celle-ci, une attaque osée contre la foi de:ses habitants. L'Association Catholique des Voyageurs de Commerce, — alors composée du seul Cercle de Montréal, — releva le gant, mais Sans bruit, pour ne point causer d'éclat inut..e. Elle Suivit partout l'adversaire et s'appliqua à faire dis- Paraître tranquillement les bibles que l'on enibusquait dans les hôtels. En lieu et place, ils posèrent des images du Sacré-Cœur, avec l'espoir qu'un jour des fondés suffisants leur Permettraient de répandre une édition populaire des Saints Évangiles.
Le lecteur a pu remarquer, jusqu'à présent, que chaque essai d'apostolat des Voyageurs, chaque petit drame intime de conversion, avait son dénouement dans une retraite fermée. C'était, pour tous les
maux qu'ils rencontraient, qu'ils entreprenaient de guérir, le remède universel, la vraie panacée. 1] était naturel qu'il en fût ainsi, puisque, d'une part, ils y avaient eux-mêmes trouvé la lumière, la force et la joie de leur âme, et que, d'autre part, l'on sait assez qu'une retraite fermée, faite avec soin, donne la solution à tous les problèmes éclaire, relève, fortifie et, neuf fois sur dix, établit une base solide de persévérance dans le bien. On y forme — pour la dresser ensuite contre l'élite du mal, — l'élite du bien.
Saint Paul sur le chemin de Damas.
Tout naturellement donc les Voyageurs, se les appliquant d'abord à eux-mêmes chaque année, Suivant leurs statuts, s'en sont fait les propagandistes inlassables. Ils ont magnifiquement accompli ce mot du Sauveur dans le Catholique d'Action. « Nul n'arrive à ma gloire, s'il ne m'a fait aimer, Songes-y, chrétien, toute ta vocation est |là : aimer et faire aimer ).
L'un des Voyageurs disait plaisamment qu'il leur arrivait en retraite le contraire de ce que saint Paul
avait éprouvé sur le chemin de Damas : Je gra Apôtre y avait perdu la vue en voyant Notre Seigneur tandis qu'eux la recouvraient !
L'apostolat est contagieux. Un marchand di Montréal, induit enfin par un Voyageur à faire Je retraite, prit feu à ce contact. Il devint si zélé, qu'il amena en peu de temps cent vingt retraitants à Ja Villa Saint-Martin. Pour être plus sûr de son coup à l'égard de certains Prometteurs douteux, il allait lui-même les prendre en automobile.
Si l'on veut constater encore une fois l'impression profonde produite dans l'âme par les exercices de la retraite, il n'est que de suivre ce Voyageur montréalais, qui n'appartenait pas encore au Cercle. Maintes fois sollicité de se rendre à la Villa, il avait toujours victorieusement résisté, lorsqu'un beau jour il se trouva soudain enchaîné par une promesse brusquement faite pour se débarrasser. En homme de parole, il fut fidèle au rendez-vous. Interrogé, le troisième jour, à la conférence des œuvres, sur ses impressions de retraite, Voici quelques-unes des réflexions que nota un ami après la séance : « Vraiment, Messieurs, je ne connaissais pas les bons Pères Jésuites sous ce jour. Je leur dois beaucoup de reconnaissance et je ne sais vraiment pas comment les remercier. Un peu plus, je me ferais Jésuite ! tellement je me sens porté vers eux. Mais... il y a ma femme !... qui a bonne envie de vivre. .-. et puis mes enfants... Jamais je n'oublierai les jours passés dans cette maison bénie. Mes amis, j'ai vu déjà bien des
crucifix, de toutes les formes. de toutes les tailles, de tous les prix, et j'ai prié à leurs Pieds. Mais jamais je n'oublierai le crucifix de ma chambre de retraitant
grand à la Villa Saint-Martin. Celui-ci m'a parlé au cœur, igneur, ...il m'a parlé comme jamais aucun n'avait fait
avant lui,... il m'a dit des choses que je me sens nd de incapable d'exprimer... » Très ému, les larmes aux aire la
é, qu'il cs à ja 1 coup
allait
‘ession de la éalais, aintes 1jours il se Isquele de Jé, le Ir ses des Vrai- Pères p de it les tellea ma mes dans \ des s, de mais tant
yeux, il dut s'interrompre et reprit son sège au milieu de l'émotion générale. # Après Ja conférence il dit au président du Cercle : « Je sollicite la faveur d'entrer dans votre Cercle : Faites de moi ce que vous voudrez )}.
Le zèle déployé par les Voyageurs pour le recrutement des retraites fermées a largement contribué à leur succès. Ce point sera démontré, avec chiffres à l'appui, au chapitre des « Œuvres » de l'Association.
De même aussi nous dirons dans une autre partie ce que les Voyageurs ont fait pour les intérêts de la race et en particulier pour la langue française. Nous avons préféré nous limiter d'abord à l'apostolat moral et religieux.
Nous savons mainienant, ce qu'est l'Association Catholique des Voyageurs de Commerce, sa nature, son but, les moyens qu'elle emploie. I] est temps de dire son origine et ses développements — ce qui reviendra à relater la fondation successive des huit Cercles dont‘elle se compose. Nous le ferons briève-
ment, sauf pour le Cercle de Montréal : la raison en est qu'il apparaîtra le Premier devant nous, et comme les autres Cercles lui ont emprunté à peu près tous leurs Statuts, en fixer les traits et en dévoiler l'organisme sera faire connaître les autres.
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