‹ Nos voyageurs, Association catholique des voyageurs de commerce du Canada [microforme]Chapitre 44 sur 57 · VILLA ST-MARTIN · texte numérisé non relu

VILLA ST-MARTIN

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lieu du rendez-vous. Le choix était heureux. C'est à la Villa, on s'en Souvient que l'idée première de l'Association avait germé et pris corps. Elle y reviendrait donc comme l'enfant aimé et aimant au foyer qui l'a vu naître.

Seulement les enfants voulurent orner leur berceau et lui donner une tournure de gaîté et de solennité inconnues jusque-là. La Villa, en bonne personne avisée et serviable, se prêta aimablement à cette Ornementation de grand style. Ses lignes sévères disparurent sous les drapeaux, les guirlandes et les banderoles. A l'intérieur, même déploiement de décorations, trophées, inscriptions, festons, girandoles. Sans compter un piano luxueux et un phonographe de très grand Prix. Pour couvrir ces dépenses, la maison Dupuis, qui tient en si haute estime ses Voya- Beurs, avait mis à leur disposition une somme de deux mille dollars.

Deux jours furent assignés pour la tenue de ce qu'on appela les « Journées sociales » de l'Association, le Samedi 28 et le dimanche 29 septembre 1918.

La matinée du sam di vit arriver les Voyageurs de Commerce de tous les points de l'horizon. Comme Jérusalem au temps de sa gloire (Is. IX, 4 et 5), l'Association pouvait d''à sentir son cœur tressaillir et se dilater, mirabitu: 2t dilatabitur cor tuum, en contemplant ce magnifique rassemblement, omnes isti Congregati sunt, venerunt tibi, en voyant ses fils venir de loin, filii tui de longe venient : ils venaien de Montréal, de Québec, de Ja Beauce, de Saint-Hyacinthe et même d'Ottawa et de Hull, bien que ces deux Cercles ne fussent Pas encore fondés. Cent cinquante

délégués se trouvèrent bientôt réunis. Il y avait de plus un bon nombre d'invités spéciaux : outre plusieurs Pères de la Compagnie de Jésus de Québec et de Montréal, nous relevons les noms du KR. P. Lelièvre, O.M.I., de M. l'abbé Fortin, aumônier des Syndicats ouvriers catholiques de Québec, de M. le chanoine Senécal, aumônier du Cercle de Saint-Hyacinthe, de M. le chanoine Decelles, supérieur du séminaire de Saint-Hyacinthe, et de M. l'abbé Morin, professeur de philosophie au même séminaire. Les trois grands journaux catholiques, le Devoir, l'Action Catholique et

le Droit, avaient leurs représentants officiels.

Les Voyageurs arrivaient donc par groupes, et tout de suite se mettaient chez eux, fraternisaient les uns « “ec les autres, et se lançaient dans tous les jeux inscrits au programme : sauts, palets, souque-à-la-corde, courses poids légers, poids lourds. C'était vraiment un spectacle ravissant que de voir, dans les allées du parc et sur les pelouses, ces hommes redevenus enfants et s'amuser ensemble comme de vieux amis qui se retrouvent. Cetce bonne et franche camaraderie sera la note intime du Congrès, elle dilatera les cœurs, elle les attachera plus fortement les uns aux autres, et du même coup leur fera estimer davantage une Association qui leur donne de tels frères. A plusieurs reprises on entendit cette exclamation : « Comme c'est beau ! »

Après les jeux, le dîner. Puis, à 3 heures, l'ouverture du Congrès. A la suite du discours de bienvenue par le président du Cercle de Montréal, M. B. Charbonneau, venaient quatre conférences de vingt minutes chacune, entremêlées de chants et de musique orchestrale et d'une causerie du KR. P. Louis Lalande, S.J.,

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inspirateur de l'Association. Le R. P. Georges Lebel S.J., aumônier-directeur de l'A.C.V. et du Cercle de Montréal avait, avec ses conseillers, tracé le plan des travaux du Congrès et assigné aux divers Cercles leur part respective. Pour emprunter un mot de l'Action Catholique résumant le tout : « Programme idéal, parfaitement rempli ».

Nous ne donnerons ici que les titres des conférences et les noms des conférenciers : car les pages qui précèdent nous ont suffisamment familiarisés avec la substance de ces fortes harangues.

Première snnférence : Le Voyageur de Commerce : ce qu'il est, son rôle, son influence; par M. Girouard, président du Cercle de Saint-Hyacinthe.

Deuxième : Comment se bréparer à exercer cette influence : a) Par les retraites fermées; M. Vincent, premier président du cercle de Montréal.

Troisième : b) Par les Cercles Catholiques des Voyageurs de Commerce; M. Trépanier, troisième président du Cercle de Montréal.

Quatrième : c) Par la Bonne camaderie entre les membres de l'A.C.V.: M. Pelletier, un vétéran, qui redit sur un ton quelquefois badin, d'autres fois émouvant, la prodigieuse métamorphose des Voyageurs de Commerce.

Après ces conférences, une détente était bien permise. Elle se fit au grand air par la répétition déso- Pilante des jeux de la matinée.

À 6 heures, la bénédiction du Très Saint Sacrement réunissait les Voyageurs aux pieds de l'autel. C'était un avant-goût de la sainte communion du lendemain et de la messe solennelle. De là, ils passèrent à la salle du banquet : agapes ultra-fraternelles,

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comme bien l'on pense, où rien ne manquait de ce qui peut charmer l'œil, le palais, l'oreille et le cœur.

Les santés apportèrent un surcroît de lumière pour l'esprit en même temps qu'une puissante impulsion pour les volontés. Le Pape et le Clergé fournirent à M. Henri Bourassa le thème aimé de son discours. Après la santé du Roi, la Race française échut à M. l'abbé M. Fortin, l'Œuvre des retraites fermées au R. P. J.-P. Archambault, SJ. la Presse catholique à M. ©. Héroux. — On ne pouvait mieux choisir. Les pensées très hautes et très nobles se traduisaient en exposés lumineux et parfois en de splendides envciées que ponctuaient, à des intervalles rapprochés, les bravos et les applaudissements de l'auditoire. — L'enchantement d'un concert, exécuté par la chorale S.- Louis-de-France, termina harmonieusement la première journée du Congrès.

La seconde était le dimanche 29 septembre. Le Pretaier grand exercice fut la messe solennelle, à 9 h., où le R. P. Archambault s'appliqua, dans son sermon, à tracer le parallèle saisissant entre le bon Samaritain de l'Évangile et le Voyageur de Commerce. Le Voyageur a trouvé sur sa route le corps et l'âme du Canadien rongés par les trois grandes plaies qu'on peut appeler nationales : le blasphème, l'alcool, l'apathie religieuse. Il les a soignées toutes trois par le plus excellent des remèdes, qui est le bon exemple.

M. Martin, maire de Montréal, présént à la sainte messe et devant retourner immédiatement à !a ville, voulut, avant de partir, adresser dans la grande salle quelques bonnes paroles aux congressistes. Il les loua

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de chercher dans la religion le principe de leur action; il se félicita lui-même d'avoir fait tout récemment Sous ce toit béni une retraite fermée. Ce qui donna au Directeur des retraites l'occasion d'ajouter que M. le Maire avait déjà commencé son apostolat, en déterminant un échevin à venir aussi faire une bonne retraite.

Après quelques amusements, tout le monde se réunit sur la véranda pour entendre la première conférence du jour. Il y en aurait trois. Reprenant la pensée de la veille, à savoir, l'Influence des Voyageurs, et la poussant plus haut et plus loin, le programme indiquait les Manières d'exercer cette influence :

a) Pour la cause religieuse : le bon exemple, les conversations, la sobriété, etc. — par M. l'abbé H. Morin, du Cercle de Saint-Hyacinthe, dont la conférence très belle, très littéraire, mais aussi très pratique, se termina par une péroraison empoignante où se dégageait lumineuse, ardente, cette maîtresse pensée que « la volonté constante de vaincre est le gage de la victoire }.

b) Pour la cause batriotique : la langue française dans les hôtels, les chemins de fer, au téléphone, etc.—par M. Grégoire, président du Cercle de Sainte-Marie de Beauce.

c) Pour la cause religieuse et patriotique : la propagande des bons livres, etc. — par M. J.-A. Bernier, deuxième président du Cercle de Montréal.

La conférence de M. l'abbé Morin terminée, la salle du banquet s'ouvrit toute grande aux congressist-s. [ls saluèrent dans les santés les quatre Cercles qui formaient le premier noyau de l'A.C.V.

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