CHAPITRE DEUXIÈME
BUT DE L'ASsnCIAT:0N
Sommaire
L. — Formation du Voyageur. — Réunions, conférences, bibliothèque technique. — Un silencieux qui retrouve sa faconde. — Esprit de corps. — Aide mutuelle. — Bureau de placement. — ; exemple de l'effet produit par le bouton. — Estime du Voyageur chez les non-Catholiques.
IL. — Formation du Chrétien. — Sursum ! — Trois vers d'Ovide. — La première condition d'entrée et les autres. — Christianisme éclairé. La Boîte aux objections. Deux jolies victoires. — Christianisme décidé, plein aussi de gaîté. Rencontre de quatre Voyageurs. — Une conversion bien gagnée. — Un contre sept. — Comme les deux disciples d'Emmaüs.
III. — Formation de l'Apôtre. — L apostolat, la plus belle fleur de la charité. — Le grand éteignoir de l'Apostolat : le respect humain. Pas de ça chez les Voyageurs ! — Zèle discret ; sauf chez deux « Fils du Tonnerre »: menace de gifle; la gifle.
Le but de l'Association est triple : formation du
Voyageur en tant que Voyageur, formation du Chrétien, formation de l'Apôtre.
C'est-à-dire qu'elle vous prend son homme, qu'elle le réforme, le conforme et le transforme de fond en comble : du moins, elle l'essaie. et qui dira qu'elle n'a pas la main heureuse ? Voyons le procédé.
LE VoYAGEUR
Il s'agit de sa formation professionnelle pour arriver au succès. Il faut bien, n'est-ce pas, s'occuper du côté matériel des choses. On se dirige vers le ciel, c'est entendu, mais en marchant sur la terre.
La profession du Voyageur, comme toute profes- Sion, a sa science propre, Son art, sa technique, sa Pratique, ses industries, en un mot, son secret du métier. Le Voyageur trouve dans l'Association une aide, un secours particulier. Ce sont d'abord les réunions fréquentes et régulières du Cercle, tous les quinze jours. On a là, soit des causeries familières sur un sujet donné à l'avance, soit des conférences préparées avec plus de soin, variées, instructives, pratiques, suivies d'une discussion générale, soit encore parfois des débats contradictoires en règle, avec tribunal, plaidoiries, juges et sentence motivée.
Pour fournir aux membres les éléments essentiels de ces divers travaux on met à leur disposition une bibliothèque technique, qu'on enrichit peu à peu, et où se coudoient les livres sur la religion, l'histoire du Canada, le commerce, l'industrie, l'économie politique et sociale.
Autant que possible les membres donnent eux-mémes les conférences : c'est le bon pain de chaque jour. Mais on ne veut pas se priver de mets plus rares. Aussi invite-t-on, de fois à autres, des conférenciers étrangers à l'Association, que leur compétence reconnue en telle ou telle matière signale à l'attention des associés. Les sujets les plus instructifs, les plus
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actuels y sont abordés. Nous relevons, par exemple, dans le bilan de l'un des Cercles, la liste suivante : Ja guerre, le socialisme, la question romaine, la question juive, les immunités ecclésiastiques, les notes de l'Église, l'organisation professionnelle, l'instruction dans la province de Québec, l'instruction obligatoire, les écoles bilingues de l'Ontario, les bons livres, la presse catholique, l'alcoolisme, Ja colonisation, etc.
Les Voyageurs en général sont assez connus pour leur faconde. Une langue bien pendue, c'est en un sens le premier effet de leur sac : il faut faire l'article. Mais tailler une bavette et Parler en public sont deux choses, comme on sait. Tel d'une verve endiablée dans la Conversation, mâche des Patates chaudes devant un auditoire. Affaire de timidité, d'inexpérience. Or la fréquence des Causeries, des conférences. des discussions au Cercle rompt justement cette crainte, vcire cette terreur de la galerie. On remarque en effet chez jes Voyageurs une facilité de plus en plus grande pour s'exprimer en public, et même souvent pour le faire avec une véritable éloquence.
L'appréhension de la parole publique était le seul motif qui retenait en dehors de l'Association un Voyageur de commerce, d'ailleurs très habile dans sa branche. A Ja fin, un ami S'interposa pour de bon : « Et si l'on te Promet que tu n'auras jamais,
jamais un mot à dire en public ?...» 4« Dans ce cas,
très bien; mais là, absolument !» Le jour de l'admission, le président se lève : « Monsieur N., accepté à notre dernière réunion à la majorité ou plutôt à l'unanimité des voix, devient aujourd'hui, membre du
ve, puis se rassied sans
Cercle ». Monsieur N. se lè
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dire un mot, comme à l'« Académie silencieuse ». , la réunion suivante, le sujet débattu lui était familier et de plus lui touchait sin gulièrement au cœur: 1:
discussion marchait, aler te, vivante, pleine de répar:
ties, à un moment donné notre hommen'ytient plus il se lève, mû comme par ur
ressort : (Monsieur le
président, voici mon opi-
Monsieur le président, voici nion », et en deux ou troïs mon opinion.
phrases brèves, judicieuses, un peu saccadées, il donna son avis. La glace était rompue. { Aujourd'hui, nous confiait l'aumônier du Cercle, c'est un de nos meilleurs debaters ».
Par leur esprit de corps, leur esprit de famille, leur aimable camaraderie, les Voyageurs trouvent dans l'A.C.V. un support mutuel des plus appréciés. Ils s'entraident de toutes manières; par exemple, ils se vendent les uns aux autres ce dont ils ont besoin, au prix du gros, avec le plein consentement de leurs patrons; ils se visitent dans la maladie: ils recommandent à leurs clients tels et tels trafiquants d'autres marchandises que représentent certains de leurs collègues, et en voici un justement qui survient à point.
Ils ont en outre un Bureau de Placement parfaite-
ment organisé. Son but est de fournir une situation
aux Voyageurs sans emploi. Pour cela, il s'est mis | en communication avec les maisons de gros. A sa ! circulaire d'avril 1919, nombre de marchands et d'in- ! dustriels répondirent dans les termes les plus flat- |