‹ Nos voyageurs, Association catholique des voyageurs de commerce du Canada [microforme]Chapitre 8 sur 57 · LE CHRÉTIEN · texte numérisé non relu

LE CHRÉTIEN

Vous n'avez sans doute pas oublié ce que nous avons dit, à savoir que l'Association forme le Voyageur et, dans le Voyageur, le Chrétien.

La vie, la vraie vie des individus, comme celle des sociétés, a besoin de la religion pour fondement. Sans elle, on bâtit sur le sable. Sans religion, on prétend faire tenir une pyramide sur sa pointe. Et combien ne voit-on pas d'hommes aujourd'hui marcher de la sorte, la tête en bas ! Ce qui explique bien des misères, n'est-ce pas? À qui comparer ces Messieurs, si ce n'est aux êtres dont parle l'auteur des Métamorphoses :

Ron auREs once

Pronaque cum sbectent animalia caetera terram...:

Tandis que les autres peuvent s'appliquer congrument la suite :

Os homini sublime dedit, cælumque videre Jussit et erectos ad sidera tollere vultus. ?

Nos voyageurs, Dieu merci, portent haut leur front marqué du signe auguste de la croix, sans jactar assurément, sans panache, mais aussi sans crainte allègrement : ils ont le sourire ! Nous le constaterons plus d'une fois.

Ici encore, l'Association est pour eux une aide puis- Sante. Dès le seuil, elle pose nettement ses conditions d'entrée. La première est d'être « catholique Pratiquant ». Elle ajoute : « Avoir une bonne conduite, jouir d'une bonne réputation et pratiquer la sobriété...» Et si l'on se rappelle cet article des Statuts qui recommande aux membres, tous les ans, une retraite fermée, et cet autre qui exclut résolument les indignes, on reconnaîtra que ce christianisme n'est

! Pendant que les autres animaux, inclinés, regardent la terre … tL marche le front haut, et, les Yeux tournés vers le ciel, en contemple les splendeurs.

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pas à gros grains, qu'il ne prend pas que les Gloria Patri du chapelet, qu'il est de bonne marque enfin.

Il est, de plus, éclairé. L'intelligence que le Voyageur doit avoir peu commune pour le succès de son métier, il la met au service de sa religion. Il en étudie l'histoire, la doctrine, l'organisation, les œuvres : il fait sur ces matières des conférences, il en écoute d'autres: il se compose un stock d'arguments dont il use à l'occasion dans ses courses. Entend-il une objection qu'il ne peut résoudre, il la note et, de retour au Cercle, il la dépose dans la « Boîte aux objections ». A la réunion suivante, l'aumônier donne la solution avec les éclaircissements convenables. De la sorte, les Voyageurs parviennent à une singulière connaissance de leur religion et une facilité d'expression sur ces sujets, que pourraient leur envier plus d'un disciple de Thémis ou d'Esculape.

Lors de la campagne menée à Montréal en faveur de l'instruction obligatoire, une dizaine d'amis étaient réunis, le soir, chez un notaire. La conversation tomba vite sur la question brûlante du jour. Le maître du logis ayant opiné pour la dite obligation scolaire, | les autres, en bons moutons de Panurge, suivirent docilement. Mais pas tous. Deux personnes firent exception : l'une était une jeune fille remarquablement renseignée sur l'objet du litige: elle sut instruire en même temps que charmer. L'autre, un Voyageur du Cercle de Montréal, qui vint à la rescousse de la préopinante, le fit avec un luxe d'arguments et de

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Statistiques qui surprit tout le monde et les laissa tous deux maîtres du terrain. «II n'y avait aucun mérite de me part, ajoutait le Voyageur qui narrait le fait : quelques jours auparavant, un avocat de la ville, mêlé à toutes les bonnes œuvres, avait, de concert avec le Père Aumônier, donné au Cercle une causerie fortement documentée sur l'instruction obligatoire; j'avais Ça encore tout frais dans le coco ».

Il se lève, va droit à l'insuiteur. ..

Un sergent du « Corps médical » de Montréal racontait la scène dont il avait été témoin au € Queen's ».

C'était en 1918. Devant une bouteille de Scotch, un commis-voyageur protestant déblatérait contre la religion et le clergé catholique. Non loin de lui se tenait M. N. de l'Association, qui manie l'anglais aussi bien que le français. Il se lève, va droit à l'insulteur et, déposant cinq dollars sur la table, le provoque à une discussion immédiate sur les deux religions comparées. On s'attroupe autour d'eux. L'autre qui ne sait pas à qui il a affaire, accepte. Mais il est si impressionné par le ton, la dignité, la force aussi des argumunts du Voyageur que, se déclarant Vaincu, et poussant son billet de banque à travers la table, il saisit Ja bouteille de Scotch, s'en va à la fenétre, la brise sur le rebord et revient en déclarant : € No more of that ! » Puis, serrant la main de son rival, € Thank you, Sir, for your illuminating statements }.

Orner l'intelligence est une partie essentielle de toute éducation; mais elle n'est pas la seule; elle n'est peut-être pas la plus importante. Savoir est bien, vouloir est mieux. C'est par là que le caractère se forme et qu'il se montre: c'est par là qu'on est homme. Que de puissance se cache dans ces deux petits mots : ( Je veux », prononcés par un homme ! Et qu'il fait bon rencontrer de ces hommes dans les diverses classes de la société, dans les plus humbles comme dans les plus hautes ! Ils sont le levain qui fait lever la pâte. Les autres sont... eh bien, oui, les autres sont... la pâte! Le Voyageur de l'AC.V. n'est point pâteux ! Ce n'est pas à lui que le Catholique d'Action pourrait décocher ce trait : Mon fils, tu n'as pas encore compris que trois cœurs vaillants valent mieux que trois cents lâches ».

Les Voyageurs l'ont bien compris et leur Association qui, nous l'avons constaté, s'occupe de meubler leur intelligence, sait également tremper leur volonté. L'exacte observance des Statuts si virils de l'A.C.V. est déjà un fier aiguillon.

A cet effort constant et discipliné ajoutez l'exemple des camarades, leur tenue, leur Conversation, leurs Projets où, se mariant à Ja gaîté la plus aimable, tout respire le courage, l'élan, le sens chrétien énergiquement vécu. Ajoutez-y surtout les éléments de force

la pratique des retrai’es fermées. Nous y reviendrons. Cette conformité Parfaite des esprits et des cœurs Procure aux membres de l'Association les plus douces Satisfactions et parfois les plus inattendues.—Quatre vieux amis d'enfance se rencontraient par hasard, un Soir, dans un hôtel de Québec. Ils ne S'étaient pas, revus depuis vingt ans. Partis chacun de son côté, ils se retrouvaient tous Quatre bien et dûment armés (Chevaliers de la valise ». Je vous laisse à penser S'ils s'en donnèrent en fait de souvenirs d'enfance et de jeunesse, de ces Petits événements comiques ou graves qui composaient la vie au Village natal. Avant de monter à leur chambre pour la nuit, trois d'entre eux demandèrent au garçon de les éveiller à 7 heures. Quelle ne fut pas leur surprise et leur joie, le lendemain, de se revoir tous trois à la messe de Sept heures et demie à la basilique, et de faire ensemble la sainte Communion ! C'était un premier vendredi du mois. Au sortir de l'église, rien de plus pressé que de s'interroger et d'apprendre qu'ils étaient membres de différents Cercles de l'AC.V, La même pensée leur

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vint spontanément à l'esprit : autrefois le premier Vendredi passait comme ies autres vendredis du mois;

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aujourd'hui, il est le plus beau trait d'union des Voyageurs.

Si nous voulons savoir ce qu'il y a de bonté, de zèle intelligent, de calme énergie dans ces hommes, revenus de loin parfois, écoutons le récit de l'un d'eux qui avouait devant tous, ingénument, qu'il avait fallu un an et demi de sollicitations pour l'amener à sa première retraite fermée. «Mais cette retraite,

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ajouta-t-il, ah! mes amis, quelle retraite ! quelle date ! quels jours de paradis ! » — Nous laissons au récit sa bonne Simplicité. Nous abrégeons seulement.

Nous habitions, ma femme et moi, commença le narrateur, un quartier de la ville où nous avions pour voisins un couple apparemment fort heureux. Un jour, tout changea. Le mari était revenu, le soir, en boisson. Je dois dire tout de suite que la femme était une Sainte. Imaginez ce qu'elle souffrit de la part de ce buveur qui s'enfonçait chaque jour de plus en plus dans sa passion. Ah1 maudite boisson d'enfer ! quand est-ce qu'elle Y retournera toute ! Entre temps nous avions perdu de vue le couple, par suite de notre déménagement. Ne voilà-t-il pas qu'au mois d'octobre, quelques jours avant le premier anniversaire de ma retraite, je Vois arriver chez moi la pauvre femme. Aux Premières paroles, elle éclate en sanglots : à grand'peine, peut-elle me dire qu'elle est bien malheureuse, qu'elle est découragée. € J'ai pu Supporter la honte d'une telle vie, les mots durs, les affronts; mais les Coups, je ne le puis. Et pourtant il en est là !...»

Je me dis : Mon vieux, voici une belle affaire pour toi; tu as promis, à ta retraite, de faire le bien autour de toi. Marche ! — J'allai prendre des forces aux Pieds de Notre-Seigneur dans une église voisine et me dirigeai vers la maison de cet homme. Vous dire sa Surprise en m'apercevant, et son embarras ! Qu'est-ce que je venais faire chez lui ? Qu'est-ce que je voulais ? Je lui expliquai doucement le but de ma visite : le désir de l'aider à bien faire, à surmonter sa passion pour l'alcool, à rétablir la paix et le bonheur à son foyer... Rien n'yfit. Je compris qu il fallait recourir

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aux grands remèdes. 4 Mon ami, lui dis-je, si vous recommencez vos violences, c'est à moi que vous aurez affaire. »

Le lendemain soir, sa femme m'annonce au téléphone que le malheureux a récidivé: que faire ? — {Tandis qu'il cuve son vin, prenez une feuille de papier, écrivez dessus que, fatiguée d'une pareille vie,

“vous le quittez; mettez cette feuille bien en évidence

sur sa table; arrangez-vous ensuite une petite valise, et montez dans l'autc que je vous envoie, elle vous amènera chez moi, ma femme vous attend ».

Ce que j'avais prévu, arriva. Mon type, dégrisé, le jour suivant, avait aperçu la note sur la table : grand émoi, grande douleur aussi, car très bon au fond, comme tous ces ivrognes, il adorait sa femme. Où était-elle ? Il se souvint de ma menace. C'est lui, se dit-il, il doit savoir. Un coup de téléphone : « Où est ma femme ? » — « Je n'en sais rien. Au reste, je suis pressé : venez me voir ce soir, mais à la condition expresse que vous ne preniez pas une goutte de toute la journée, ‘> m'en apercevrai». Le soir, j'avais à peine avalé ma dernière bouchée, qu'il s'amenait en bon état, rasé, propre. Sa première question : « Où est ma femme? Vous le savez». Pour le tirer d'inquiétude, je lui déclarai que je l'avais placée en un lieu sûr, et qu'elle n'en sortirait pas sans mon consentement. Le pauvre homme fondit en larmes; il s'excusa, fit de bonnes promesses et termina par sa première demande : Où était-elle? Je tins ferme. Mais à cause de son repentir, je m'engageai à le lui dire, le lendemain soir, pourvu, encore une fois, qu'il ne prit pas un seul verre. La femme, placée dans une chambre voisine, avait tout entendu: l'espoir lui

revenait au cœur; elle passa une Partie de la nuit en prières.

Fidèle au rendez-vous et mieux disposé encore que la veille, mon client se présenta. Le moment était venu de frapper le grand Coup : je lui fis promettre solennellement que si je lui disais où était sa femme, il viendrait avec moi le lendemain soir à la Villa Saint- Martin suivre la retraite des Voyageurs de Commerce. Il le promit. Et alors, pour ne Pas prolonger je martyre de sa femme, je l'appelai. Elle parut à la porte, des larmes de bonheur dans les yeux, les bras tendus. Je ne vous décrirai pas la scène extrêmement touchante de leur rencontre. I] semblait que tout le mauvais passé fût aboli. Je les gardai sous mon toit, la nuit Suivante et le lendemain. Nous prîmes nos repas en famille. Le soir venu, j'accompagnai mon type chez lui, car je ne voulais pas le quitter d'une semelle, craignant quelque mauvais tour du diable. Il se rasa, S’habilla, et, en route vers la Villa Saint-Martin, lui pour la première fois, moi pour la seconde.

La retraite opéra merveilleusement son œuvre de Conversion. J'étais au comble du bonheur. Je le suivis après la retraite. Je le fis entrer dans la société de l'Adoration nocturne. Durant l'année, il eut deux rechutes : ce n'était PaS trop mal pour lui. Douze

Elle parut à la porte, les bras tendus.

autres mois après, nous retrouvant ensemble, je lui posai la grosse question. « Dieu soit loué, s'écria-t-il, tout fier, cette année rien, mon vieux, rien ! »

Comme on disait au temps des troubadours : Icy finit la geste du bon serviteur de Dieu.

S'attaquer à plusieurs à la fois demande plus de force d'âme. Les Voyageurs en ont autant que de sang froid et de persévérance. L'un d'eux attendait dans le fumoir de première classe du train des Trois- Rivières pour Saint-Maurice. Voici que surviennent forts en. ..bouche, rieurs, turbulents, avec une mèche dans le goulot, sept hommes de chantiers, leur poche sur le dos. Ijs se rendaient à La Tuque. S'apercevant qu'ils sont en première, l'un d'eux dit : « Mes amis, c'est pas not'char : c'est le char des Messieurs ». Les autres de répondre : «On est aussi Monsieur qu'eux autres }, et avec force jurons, mêlés de blasphèmes,... « On va rester icitte ! » Ils empilent leurs poches les unes sur les autres dans un coin, et s'asseyent avec le Voyageur qui, les observant du coin de l'œil, continue de fumer tranquillement sa pipe.

Le conducteur passa dans le couloir; l'un des hommes en fit la remarque et ajouta : « Il va nous | RU dehors ». Ce qui souleva un tourbillon de jurements et de propos blasphématoires. Alors le Voyageur ôta Sa pipe, la déposa sur le rebord de la fenêtre et, de son bon regard franc et calme faisant le tour de ses cornpagnons : ,

(Mes amis, fit-il, il me semble que vous êtes de braves gens, vous avez de bonnes figures de Canadiens, mais pourquoi gâtez-vous cela par vos blasphèmes? Vous pourriez faire vos remarques, n'est-ce

lui #pas, sans y joindre à tout coup un blasphème ? Est-ce

-il, digne de vous, bons chrétiens, j'en suis sûr ? » —

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Mais pourquoi gâtez-vous cela par vos blasphèmes ?

rs « Tiens, tiens, s'exclama l'un des Sacreurs, c'est-y un

S- prêtre celui-là ?... Oh ! les gas, on a affaire à un curé

de sans soutane !»

e. Æ —«Monsieur a raison, reprit un autre, à qui les

n- Æparoles sensées et le ton sympathique du Voyageur

5 2 étaient allés droit au Cœur, nous blasphémons trop et

ts pour rien. C'est pas correct. C'est seulement une

a % Mauvaise habitude, ben sûr. Faudrait corriger Ça ».

n Pendant ce temps, le Voyageur avait ouvert son

1- Sac et retiré sept belles images du Sacré-Cœur avec Ælinscription : « Ne blasphémez pas !» Il en donna

le Æune à chaque homme en leur recommandant de la

+ # placer dans leur chantier et de la regarder de temps à

- Mautre, et le soir de faire devant elle leur prière. 4« Qui

Æsait, ajouta-t-il, si l'an prochain, ou même plus tôt,

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Vous ne communiquerez pas à d'autres le bon conseil Que je vous donne aujourd'hui?» Ils acceptèrent de bonne grâce l'image et la suggestion. L'esprit de foi, en eux, était toujours vivant au plus profond de leur âme; déposé Par une première éducation de famille foncièrement chrétienne, les chocs de Ja vie, les chutes mêmes n'avaient pu l'entamer ; l'intervention du Voyageur le ramenait à la surface, prêt, semble-t-il, à faire œuvre de sauvetage.

Lorsque le voyageur s'apprêta à descendre à Saint- Maurice, les sept gaillards l'entourèrent et lui donnèrent une chaude poignée de mains. Ils portaient dans le regard une expression d'estime, presque d'admiration, et aussi de gratitude qui en disait long. La bonne corde de la lyre qu'est l'âme humaine, selon

le mot de S. Augustin, avait été touchée, et bien touchée.

Une marque authentique de sincérité dans l'exercice de ses devoirs en général et de ses obligations particulières, est leur mise en Pratique toute bonne, toute simple, lorsqu'on est seul ou que l'on se croit seul, ! comme devant témoins. Deux voyageurs revenaient ! des Cantons de l'Est, en chemin de fer. Assis l'un près de l'autre, ils causaient à la bonne franquette. Leur conversation roulait Sur leur chère Association : : ses œuvres, son expansion, les conférences prochaines, ! la retraite de l'année, le tout entremêlé d'histoires ! joyeuses, où les ivrognes convertis avaient leur grosse ! part. Non loin de Montréal, un homme occupant le ! siège immédiatement devant eux et qu'ils n'avaient Pas remarqué derrière son haut collet de fourrure ! (on était aux premières neiges), se lève tout d'un COUP :

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et se retourne vers eux. C'était un prêtre vénérable de la ville. « Savez-vous, Messieurs, leur dit-il en se penchant sur la banquette, que voilà bien une demiheure que vous m'empêchez de dire mon bréviaire. Mais je ne vous en VEUX pas, au contraire! Votre conversation m'a tout simplement captivé. J'avais souvent entendu parler en bien de votre Association :

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Votre conversation m'a tout simplement captivé.

je n'imaginais pas que ses membres en fussent si intimement remplis et qu'ils en vécussent vraiment. Vous m'avez profondément édifié ». Puis d'une voix émue et recueillie : « Ma première visite en arrivant chez moi sera faite à l'autel du Sacré-Cœur, pour remercier le bon Maître d'avoir inspiré une aussi belle œuvre, et de la soutenir si manifestement. »

Que les Voyageurs aiment singulièrement, j'allais dire passionnément leur Association, cela se voit en toutes rencontres. Ils l'aiment pour les avantages matériels qu'ils en reçoivent, plus encore pour les fruits spirituels qu'elle leur offre. Ils ne font pas difficulté de reconnaître que, dans leur désir de rester | fidèles aux résolutions des retraites, ils trouvent en | elle un appui difficilement remplaçable. C'est ce |

qu'avouait ingénument un Voyageur naguère un fervent de la dive bouteille.

Il avait fait avec l'un de ses amis, buveur non ! moins assidu, une bonne retraite. Ni l'un ni l'autre ! n'appartenait à l'Association. L'ami resta en dehors après sa retraite; au bout de quelques mois, sa passion avait repris le dessus. Notre homme au contraire avait inscrit en tête de ses résolutions celle d'entrer au Cercle de Montréal. « Voilà ce qui m'a sauvé, disait-il, le Cercle, ses réunions fraternelles, ses conférences, les bons exemples de mes camarades ».

Ils ne s'entr'aident pas qu'au Cercle. Ayant le cœur sur la main, ils le mettent en branle à la première occasion. Des voyageurs du Cercle de Québec faisaient une retraite à la Villa Manrèse. L'un d'eux confia à deux de ses camarades je ne sais quelle «emmanchure » : il se trouvait tout de travers, l'idée de sa confession le bouleversait : il désirait la faire, mais n'osait se présenter. Il n'en fallait pas plus aux deux copains. Leur plan très simple est vite dressé : ils l'exposent à l'un des Pères de la maison : ils vont jeter dans sa chambre, tout à l'heure, un retraitant qui a peur de se confesser. Très bien. Le Père se déclare prêt à lui mettre le grappin dessus. Les deux conspirateurs vont chez leur victime, lui propo-

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sent gentiment de venir faire une petite marche sur la allais À galerie, au grand air. I] accepte. Pour se rendre au it en @ Promenoir, il fallait passer devant la chambre du tages | confesseur; les trois amis se Suivaient, le trembleur ir les À au milieu. Arrivés en face de la chambre du Père, :pas le premier fait demi-tour, le troisième ouvre la porte, rester À it en st ce !

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