CHAPITRE PREMIER
Le Cercle de Montréal
Sommaire
Fondé le 20 septembre 1914. — Débuts. — Organisation. — Le rôle important du Conseil. — Sujets d'étude. — Pas de politique ! — Les comités : celui des anecdotes ! — Que d "œuvres ! — Les « quatre grandes dates du Cercle ».
Le Cercle de Montréal était fondé. Sans retard, il demanda et obtint du Provincial des Jésuites, avec l'autorisation de l'Ordinaire, un aumônier, le R. P. Louis Arcand; puis, ce fut pendant des semaines et des mois, la gestation, si l'on peut dire, et l'enfantement laborieux des constitutions. Disons toutefois ici, à l'honneur de l'Association catholique de la Jeunesse Canadienne française, que les statuts du Cercle des Voyageurs de Commerce sont un décalque des statuts de l'A.C.J.C, décalque heureux, intelligemment fait et ajusté à la taille des nouveaux sociétaires, qui se trouvaient ainsi à naître, comme le premier homme, à l'âge d'hommes parfaits. Rien d'étonnant donc si Mgr l'archevêque de Montréal, dans sa première lettre d'approbation du Cercle, dit ôt ses constitutions : (( Je les trouve parfaites )).
Le nom du Cercle était naturellement : « Cercle Catholique des Voyageurs de Commerce de Mont-
réal )) ; il prenait pour patronne la Sainte Famille de Jésus, Marie, Joseph; pour devise : (( Dieu et Patrie )). Comme l'Association, dont il devait être l'inspirateur et le fondateur, il se proposait pour but d'organiser les forces éparses des Voyageurs et de les orienter vers l'apostolat religieux et social. Comme elle encore, il faisait une franche déclaration de principes, à savoir, (( la soumission à l'autorité de l'Église et l'attachement aux directions du Saint-Siège )).
Le sceau du Cercle deviendrait, dans son ensemble, celui des autres Cercles et de l'Association générale : la croix de Malte inscrite dans un cercle et, au milieu de la croix, le poisson symbolique et le mot ^X^^V (tel qu'expliqué antérieurement) qui prête à la chose comme une apparence de mystère, de mot de passe, comme un petit goût de Catacombes.
Le Cercle est administré par un Conseil de onze membres, dont l'un des plus importants est l' aumônier-directeur, (( arbitre obligé dans toutes les questions qui touchent à la religion et à la morale )). Les officiers du Conseil sont élus annuellement par les membres de l'Association à la première réunion régulière de septembre qui suit les vacances.
Notons ici les trois conditions reconnues essentielles pour le succès d'un Cercle :
I. La retraite fermée, faite par chaque membre et qui incruste dans l'âme l'esprit fondamental du Cercle, c'est-à-dire, cet esprit de bonté, de zèle, de charité, de dévouement à toutes les belles et nobles causes, qui est proprement l'esprit d'apostolat, lequel est aussi, nous l'avons vu, l'esprit capital de l'Association entière.
2. L'action incessante d'un aumônier non seulement zélé et résolu, mais apte à ce genre d'œuvre et, sur toutes choses, ayant le temps de s'y livrer sans répit : car le feu de l'apostolat doit être entretenu vif et brillant, en le tisonnant au besoin et en le chargeant de combustible.
3. L'observation intégrale des statuts : réunions, comités, admissions, etc. Une condition que l'on pourrait appeler secondaire, mais qui est d'une très grande importance, c'est — disons-le sans rabaisser en rien la valeur des autres officiers — le choix du secrétaire, qui est ordinairement la cheville ouvrière de toute société.
Il est pourvu à la piété des membres par l'engagement qu'ils prennent sur leur honneur d'observer leurs devoirs religieux, de communier fréquemment, de faire autant que possible dans les douze mois, une retraite fermée. Il y a communion générale le jour de la Sainte-Famjlle (19 janvier), fête patronale du Cercle, ou le dimanche suivant.
Outre la piété, le Cercle réclame de ses adeptes l'étude et l'action. La première a son plein exercice dans les réunions du Cercle, qui se font tous les quinze jours, excepté pendant les mois de juillet et d'août. Les membres étudient ensemble les questions religieuses, nationales, sociales et commerciales, « qui sont les plus immédiatement utiles à leur profession et à leur milieu )). Pour rendre cette étude plus précise, plus claire, plus pratique, et empêcher l'éparpillement des efforts, le vagabondage de l'imagination ab hoc et ab hac, le Conseil se réunit lui aussi tous les quinze jours, une bonne heure avant le Cercle, et là, après avoir réglé les diverses questions de son
ressort, il trace avec soin le programme de la prochaine séance, la procédure entière, depuis l'article i, (( Prière par le Père Aumônier )) jusqu'au dernier, « Conclusion et prière par le Père Aumônier ; )) et, entre ces deux points extrêmes, d'abord le sujet de la prochaine conférence et le nom du conférencier, de plus, le sujet de la conférence suivante, un mois d'avance par conséquent; puis toute une série de questions, d'indications, de propositions, — lo, 15, 20 numéros — le tout communiqué à l'assemblée qui se tient im.médiatement après le Conseil.
Nous avons sous les yeux les listes d'une année entière. Il est facile de constater l'extraordinaire sollicitude du Conseil à tout prévoir et à bien noter les sujets où devra se concentrer l'attention des Voyageurs. Il saute aux yeux que ce soin est un gage assuré de succès et la marque d'une volonté inflexiblement tendue vers le but à atteindre.
Parmi tous les sujets d'étude on cherchera en vain les questions proprement politiques. On comprend en effet que dans une Association de ce genre — nous parlons ici non seulement du Cercle de Montréal mais de tous les Cercles — la politique soit bannie absolument. J'ai dit (( questions proprement politiques )). C'est qu'il ne faut pas prendre le change et, avec certains esprits timiorés, ou d'autres malveillants, exclure du champ d'opération des Voyageurs les questions politico-religieuses, c'est-à-dire, celles qui par quelques côtés touchent à la politique et à la religion. Pour tout vrai fils de l'Église la foi primant tout, lorsque ces questions mixtes se présentent, il les traite et les juge sereinement, le regard fixé sur les droits, les enseignements, la direction certaine de
l'Église. N'avons-nous pas vu que le Voyageur, de par ses constitutions, est le champion de l'Église aussi bien que de la Patrie ? Aussi lisons-nous, dans l'admirable diplôme que l'Association confère à chacun de ses membres, la sentence si noble et si forte que voici : (( En foi de quoi, croyant à sa ferme intention ... de toujours mettre la cause religieuse et patriotique au-dessus des intérêts d'un parti politique quelconque, nous lui octroyons le présent diplôme )).
Qu'on nous permette de citer un exemple frappant de cette attitude très digne et, dans ces temips d'opportunisme veule ou de partisanerie têtue, si courageuse et si méritoire. Les faits sont connus.
Aux approches de la dernière élection provinciale (juin 19 19), le nom d'un député qui se présentait de nouveau attirait l'attention non seulement de son comté mais de toute la province. Cet homme, remarquable par sa ténacité, aspirait à doter la province d'une loi sur l'instruction obligatoire. La campagne qu'il avait faite à l'Assemblée législative, il l'avait portée de-ci de-là devant le grand public et jusque dans des milieux exclusivement protestants.
Cette obligation scolaire — dont se passe admirablement notre province, puisque, sans elle, la fréquentation scolaire de ses enfants l'emporte sur celle des autres provinces qui en sont douées — cette obligation scolaire avait été clouée au pilori à Montréal dans une conférence retentissante et derechef et plus copieusement démolie dans une brochure faisant suite à la conférence. On craignait néanmoins que, par suite d'une poussée de l'esprit de parti, le protagoniste de l'instruction obligatoire ne fût reporté à l'Assemblée législative par le vote de ses commettants surtout
si l'appui du ministère — ce qui est, comme on sait, l'une des plus grosses planches de la plate-forme électorale — lui était assuré.
C'est ce dernier point que le Cercle de Montréal, entrant en scène, voulut éclaircir. Il mit de côté toute attache de partis pour ne considérer que le bien général. Un télégramme fut envoyé au premier ministre de la province. On le priait de dire (( si ce candidat recevait l'appui du gouvernement )). La réponse fut que le ministère (( laissait aux électeurs de choisir entre les candidats qui briguaient leurs suffrages )). L'étai principal qui soutenait la plateforme était retiré : elle s'effondra lamentablement, en enfouissant l'homme et sa thèse sous ses débris.
Le Cercle de Montréal ne veut rien laisser à l'imprévu, au petit bonheur : il organise tout. Les comités qu'il forme et qu'il surveille ont un double but : aider le Conseil du Cercle, qui sans cela serait à maintes reprises bloqué par l'ouvrage comme un train de l' Intercolonial dans un banc de neige, et, secondairement intéresser le plus grand nombre de membres aux œuvres du Cercle. Le gage de leurs succès est double aussi : parfaite fidélité aux réunions du comité, coopération de tous les membres aux efforts du comité. Par exemple, s'agit-il du Comité de placement, tous les membres du Cercle sont aux aguets pour découvrir les places vacantes de Voyageurs dans le commerce ou l'industrie et en informer le comité. Il en est de même pour le comité des malades : qui sont les malades ? où sont-ils ? etc.
Outre certains comités spéciaux dont nous dirons quelque chose un peu plus loin, il y a sept comités
plus importants : un Comité de Placement, pour améliorer la position des membres et de leurs fils, ou en obtenir une à ceux qui n'en ont point, rendre le même service aux autres Cercles de l'Association, la préférence étant donnée aux Voyageurs qui ont fait leur retraite fermée. Les réponses à la circulaire que le Comité adressa aux principaux marchands de Montréal, montrent en quelle estime sont tenus les Voyageurs du Cercle et comme on s'empresse de choisir parmi eux les candidats aux places vacantes.
Il y a encore un comité de la bibliothèque; un comité de la vente des livres; un comité des retraites fermées, de qui relève l'organisation des divers groupes de retraites fermées pour les membres du Cercle et les autres Voyageurs, comité si actif que les cinq groupes que les Voyageurs fournissent annuellement à la Villa Saint-Martin, ne suffisent plus et qu'il en faudrait deux autres, au grand embarras du P. Directeur des retraites, qui se demande où les sandwicher.
Il y a, de plus, s'il vous plaît, un comité des anecdotes !... Sa constitution ne laissa pas que d'intriguer les Voyageurs. — Des anecdotes ? . . . quelles ? . . . Et comment présenter ça?... L'aumônier ayant expliqué la chose et le but que l'on se proposait, un Voyageur s'amène dans le petit cercle et raconte le fait suivant : Notre ami Loulou, vous savez, là, qui bégaye un peu, arrivait au quai de la Malbaie. Il était sur le pont du bateau examinant la foule, lorsque du quai une voix lui crie, celle de son ami Max. . .
— Tiens, Loulou, c'est toi. . . Que je suis content ! Il y a si longtemps qu'on s'est vu, hein ! Pourtant, je t'aurais ben r'connu parmi cent mille bœufs !
— Vrai ! riposte Loulou sans une seconde d'hésitation, eh ben, t'es-es plus fort que moi ! Moi je t'au-aurais pas r' connu ! . . .
L'aumônier reprit : (( Pas mal, . . . mais tâchez tout de même d'y mettre une petite note d'édification )). Les Voyageurs ne sont jamais à court. — En voici une, Père, où l'on voit un bel effort pour rendre service, ce qui est bien édifiant, n'est-ce pas ?
Trois chasseurs à l'ours s'avançaient bravement dans un bois des Laurentides. Tout à coup, là-bas.
Le voici, mes vieux, je vous le rapporte. . . .vivant !
se frayant un passage à travers les broussailles, voici maître Grizzli, de belle taille, certes. Brrr ! La frousse saisit nos braves qui déguerpissent en se rabattant sur le chemin du Roi. Ils enjambaient la clôture, lorsqu'un de nos Voyageurs arrive sur les lieux. (( Eh bien, Messieurs, Messieurs, voyons, qu'est-ce que c'est ? Vous avez l'air tout épouvantés)) . . . Les chasseurs lui disent leur aventure. L'ours est là, pas loin, il s'en vient de ce côté. (( Donnez-moi
un fusil, réplique le Voyageur; ah ! ah ! les ours, ça me connaît ! je vous le rapporte dans un quart d'heure ! )) Il part, s'enfonce dans le bois. Cinq minutes ne s'étaient pas écoulées que pan ! pan ! deux détonations éclataient coup sur coup, puis . . . tableau ! Notre ami, débouchant du bois à toutes jambes, nu-tête, les cheveux au vent, les bras en l'air, criant, à l'instant même où l'ours, goguenard, avançait sa grosse tête au travers d'une touffe de branches : (( Le voici, mes vieux, je vous le rapporte. . .vivant ! ))
(( C'est mieux, fit l'aumônier, pas très convaincu, mais ce n'est pas encore ïarticle. )) L'article vint enfin : il vint de tous les Cercles de l'A. C.V. et ce sont les anecdotes qui émaillent ces pages, comme des pâquerettes sur une pelouse, ou plutôt hélas ! comme des fleurs desséchées dans un herbier : car pour présenter ces historiettes telles que dites, si vivantes, il faudrait y mettre le ton, le geste, le piquant, le juteux dont les Voyageurs ont notoirement le secret.
Un autre comité qui marque bien l'esprit de charité qui anime les Voyageurs et prouve, comme disait l'un d'eux, qu'ils n'ont pas. Dieu merci, une patate à l'endroit du cœur, c'est le (( Comité des malades )) Le président, le secrétaire et les trois conseillers ont leur résidence en des quartiers différents de la ville pour être à même, je suppose, de porter plus tôt les secours opportuns, tout comme on dispose aux bons endroits les postes de pompiers. L'un des Voyageurs, gai luron, connu comme Barabbas dans la Passion, raconta un jour au Cercle ses doléances de n'avoir pas été visité autrefois (avant les beaux jours du Cercle), alors qu'il était malade : trois grosses maladies, qui
l'entortillaient et le tordaient comme une torquette de tabac canayen, capables chacune, de l'envoyer ad patres; seize mois sur le dos; à part sa famille, combien de visiteurs parmi ses nombreux amis ? Pas un chat ! Une autre fois, vingt et une semaines au lit. Et même vide autour de sa couche. Échappé comme par miracle des griffes de la mort, il s'était bien promis de faire de la visite des malades une partie de son apostolat.
Un jour qu'il en était à sa vingt-neuvième visite quotidienne à l'un de ses co- voyageurs, celui-ci, déjà muni des derniers sacrements, lui dit : (( Prends la petite table du salon, place-la en face de la fenêtre qui donne sur l'église Saint-Stanislas, puis viens me lever et m'asseoir dans la chaise berçante près de la table. )) Une fois installé, continue le bon Samaritain, les mains jointes et ses pauvres yeux fatigués se levant de temps à autre vers la croix de l'église, il commença par supplier saint Joseph de l'aider à accomplir un acte qu'il méditait. Qu'était-ce donc ? Demander pardon à sa femme qui sanglotait à côté de lui, et à moi aussi pour les scandales qu'il aurait pu me donner par la liberté de ses paroles... Ce qu'il fit avec une humilité ravissante. Puis il pria lat Sainte Vierge d'intercéder pour lui auprès de Notre-Seigneur, afin de lui obtenir le pardon de ses péchés. Il offrit à Dieu le sacrifice de sa vie, et après avoir fait les adieux les plus touchants à sa femme et à moi, il me demanda de réciter le chapelet. Épuisé de forces, il ne pouvait répondre que par le mouvement de ses lèvres. Il entra bientôt en une longue agonie qui se prolongea jusqu'au soir, où il rendit paisiblement son âme à Dieu.
Dans une de ses visites au collègue qu'un terrible cancer à la gorge tenaillait à l'hôpital des Incurables, il voulut lui procurer une suprême consolation, pendant qu'il en était encore temps, celle de communier ensemble dans la chambre même du malade. Il avait demandé, la veille, à l'aumônier du Cercle d'obtenir l'autorisation nécessaire. Ils étaient là le lendemain matin, le Jésuite et le Voyageur, fidèles au rendez-vous : le malade se confessait, puis les deux amis, côte à côte, émus jusqu'aux larmes, recevaient le Pain de Vie, le Dieu de toute consolation; et l'action de grâces, faite par le prêtre lui-même mettait le comble à l'émotion comme au réconfort de ces âmes magnifiques.
Le comité d'informations clôt la liste. C'est le plus important après celui des retraites fermées : de lui dépend le choix des membres, et l'on conçoit que, lorsqu'il s'agit d'une société d'apostolat religieux et social, il en faille surveiller de près le recrutement. Voyons comment on s'y prend eu Cercle et au Comité.
Un des membres du Cercle propose, en séance publique, un ou plusieurs xandidats qu'il a en vue. Un autre membre doit appuyer cette candidature. Le nom, l'adresse, le numéro de téléphone du candidat, avec le nom, l'adresse, le numéro de téléphone et le genre de commerce de la maison qu'il représente, sont transmis par écrit au secrétaire qui en fait immédiatement la lecture. Le président demande ensuite à l'assemblée de faire connaître, en temps opportun, au Comité d'informations les empêchements à cette candidature, s'il y en a.
C'est alors que commence le travail sérieux du Comité : il s'enquiert des aptitudes du candidat, de sa
situation, de sa conduite personnelle; il recueille et classe les renseignements reçus. Si l'enquête est favorable, le président du Comité remet une formule d'adhésion avec une copie des statuts généraux et des constitutions du Cercle, à celui qui a proposé le candidat, pour la faire signer lui-même à celui-ci. Autrement plusieurs candidats qui ont reçu leur formule d'adhésion à signer, ne répondent pas. Puis sur réception de la formule d'adhésion dûment signée, le président du Comité présente au Conseil son enquête signée par au moins trois membres du Comité. Si le vote des deux tiers du Conseil est favorable, le président et l'aumônier signent la formule, et le candidat se trouve officiellement admis. Le secrétaire lui envoie l'avis officiel de son admission. A la séance suivante de l'assemblée, le président du Cercle, après s'être assuré (les affaires sont les affaires ! ) que le trésorier a reçu la cotisation, proclame publiquement le nom du nouveau membre qui, présent et debout, est acclamé par ses confrères. Dans le cas où il n'aurait pas encore fait de retraite fermée, il doit promettre de la faire le plus tôt possible.
Tels sont les sept comités principaux du Cercle. Il en est d'autres moins importants, plus spécialisés, institués pour promouvoir certaines œuvres. A peine une œuvre est-elle adoptée par le Cercle qu'un comité se jette dessus, comme une araignée sur la mouche tombée dans sa toile. Ainsi l'enquête sur les cinémas, sur la présence d'une certaine revue dans les trains du C.P R., sur le travail des Juifs à Montréal le dimanche.
Nous trouvons encore au crédit du Cercle son envoi de cent dollars au collège du Sacré-Cœur de Sud-
bury, et de cent autres dollars à l'Association d'Éducation canadienne-française de l'Ontario, pour l'aider dans son admirable défense des droits du français, la remise à l'hospice Gamelin d'un chèque de cinq cent dollars prélevés sur un souper aux huîtres, et l'obtention pour cet hospice d'une diminution de trois cent dollars dans la taxe d'eau annuelle. Nous le verrons contribuer efficacement à la fondation de la plupart des autres cercles, et prendre, en 191 8, une part prépondérante aux premières journées sociales des Voyageurs de Commerce.
Tous ces travaux, ces manoeuvres, ces résultats n'ont été possibles que par la fidélité aux réunions, et Dieu sait s'il y en a !
Réunions du Cercle, tous les quinze jours, sans faute : y manquer serait, au dire de l'aumônier, un crime de lèse- Association. Il y a en plus des assemblées extraordinaires assez fréquentes.
Réunions du Conseil du Cercle, tous les quinze jours, une heure avant le Cercle, sans compter maintes séances extraordinaires durant des deux et trois heures.
Réunions des Comités du Cercle, selon l'urgence des œuvres entreprises.
Réunions du Comité général de l'Association, également tous les quinze jours, et parfois plus souvent, en séances extraordinaires. Cette fréquence, jugée nécessaire, a limité jusqu'à présent le choix des officiers du Comité général aux membres du cercle de Montréal, un seul excepté, venant très régulièrement de Saint-Hyacinthe.
Terminons cette étude sur le Cercle de Montréal, par l'énoncé de ce que le Cercle appelle ses (( quatre grandes dates )) de l'année — lesquelles, avec les réunions, les comités, les œuvres, tiennent en haleine tout le Cercle comme une ruche au temps des fleurs.
La première — au bas de l'échelle — est le souper aux huîtres. On sait le rôle important que ces intéressants mollusques jouent aujourd'hui dans la société : leur emploi bien réglé procure d'une part un plaisir à peu près sans mélange et de l'autre des fonds appréciables pour maintes bonnes œuvres.
Ce souper est pour les seuls membres du Cercle. Soirée charmante, intime, de famille, où s'improvisent des danses, des charades; où les gagnants à certains jeux sont couronnés. Mais les prix ne se mettent pas toujours sur la tête : tel ce superbe dindon qui se promenait librement parmi les tables; tel encore ce petit cochon de lait, qui — l'ingénu ! — renouvela sur la scène un épisode des Plaideurs de Racine. . .
La deuxième date est la grande soirée sociale, littéraire et musicale, où le conférencier, choisi parmi les meilleurs, expose, à un auditoire- qui remplit toujours à déborder l'immense salle du Monument National, l'une des graves questions qui intéressent le plus les esprits. C'est ainsi que sur l'estrade ont défilé tour à tour le Comte de Mun, la Revanche des Berceaux, le Problème noir aux États-Unis, Dollard des Ormeaux.
La troisième se rapporte à la retraite pascale des Voyageurs de Commerce. Retraite ouverte à tous les Voyageurs quels qu'ils soient, prêchée à l'Immaculée-Conception par un Père missionnaire, et réunissant chaque année jusqu'à cinq et six cents voyageurs.
Un trait qui ne surprendra point ceux qui sont au courant des choses, c'est que les plus assidus à ces retraites ouvertes sont des habitués des retraites fermées. Il est en effet admis que les retraites fermées non seulement n'empêchent pas l'assistance aux retraites et aux missions de paroisses, mais préparent plutôt pour ces grands réveils des âmes leurs plus fermes et leurs plus ardents auxiliaires. C'est un fruit naturel, et surnaturel, de l'esprit d'apostolat puisé aux retraites fermées.
La quatrième date qui domine toutes les autres et rappelle le principe même de la vie du Cercle — comme de toute l'Association — est la date des retraites fermées. Elles s'échelonnent chaque année dans le ciel des Voyageurs presque aussi nombreuses que les signes du zodiaque. Les membres du Cercle se succèdent sous le toit de la Villa Saint- Martin. Ils font plus. Nous avons constaté, dans la première partie de cet ouvrage, que le zèle pour les retraites fermées est une des plus belles formes de l'apostolat des Voyageurs. Ceux du Cercle de Montréal ont à leur actif un chiffre imposant. Pour ne mentionner que les deux dernières années : en 191 8, sur les 1347 retraitants de la Villa Saint-Martin, deux bons tiers y furent dirigés par des Voyageurs montréalais; des 1734 retraitants de 19 19, un grand nombre subirent la même douce mais quasi irrésistible poussée de nos bons Voyageurs.
Il y aurait beaucoup plus à dire sur la vie intime et les œuvres extérieures du Cercle de Montréal, mais il ne doit pas accaparer l'attention du lecteur et, fraternellement, il passe la main au Cercle qui le suit immédiatement par ordre de fondation.