DEUXIEME PARTIE
OÙ les Voyageurs vont ouvrir les portes de leurs Cercles devant nous et nous en faire les honneurs.
Origine et développements de l'Association
L'Association Catholique des Voyageurs de Commerce a pris naissance dans une retraite fermée : fille accomplie d'une mère plus belle encore, d'après le vers célèbre de Boèce — {si parva licet componere magnis) — où le poète chante le Créateur et sa création :
Pulchrum mente gerens mundum, pulcherrimus Ipse. ^
Qui s'étonnera que la retraite fermée ait donné ce fruit ? Comme la piété, dont elle est essentiellement composée et qui, au dire de saint Paul, (( est utile à tout )), elle a, comme elle, (( des promesses pour la vie présente et la vie future )).
Le lecteur a sûrement remarqué, en lisant les lettres d'approbation de nos évêques le soin qu'ils prennent à relever le fait que l'Association des Voyageurs est basée sur le roc des retraites fermées. C'est pour
* Portant dans sa pensée un monde splendide, Lui la splendeur même.
eux le gage le plus certain de persévérance dans la voie droite.
Dès 19 12, quatre Voyageurs faisaient une retraite fermée à la Broquerie.
Ils étaient quatorze en 19 13. L'un d'eux racontet-on, un gros homme, muni d'une grosse valise, suait sang et eau en plein soleil, sur la route du quai à la Broquerie, un bon mille. M. B. toujours secourable, s'approcha : (( Donne-moi donc ça, que je la porte un bout )). — (( Non laisse-moi m. . . : je veux la porter tout seul, jusqu'au Calvaire ! ))
Hélas ! le Voyageur était surtout inquiet pour le contenu . . . liquide de sa valise. (C'était avant 19 14 ! et c'est pour rappeler encore une fois la distance parcourue depuis., que nous citons ce fait). On s'en aperçut vite à la Villa et tout aussitôt les flacons disparurent. Le retraitant, pris dans l'engrenage de la retraite, la fit de bon cœur, avec une réelle édification pour ses collègues.
Nous arrivons au mois d'août de l'année 19 14. Pendant qu'on préludait en Europe à l'effroyable guerre mondiale, vingt-cinq Voyageurs de Commerce mieux inspirés, se réunissaient à la Villa Saint-Martin pour y suivre les exercices de la retraite. Au dernier jour, dans la conférence des œuvres, le prédicateur, le R. P. Louis Lalande, leur suggéra l'idée d'une association qui tendrait à conserver les fruits de la retraite et, au besoin, à les accroître et à les répandre. Pensée mille fois bénie, tombée du ciel dans le cœur d'un apôtre, et contenant en germe la belle et grande Association dont s'honorent l'Église et la Patrie.
Ce germe sauveur tombait à son tour dans une bonne terre. De retour à Montréal, deux ou trois Voyageurs ne tardèrent pas à se rendre au scolasticat de r Immaculée-Conception, n'ayant rien de bien défini en vue. Ils se disaient : (( Ça finira toujours par se débrouiller )). Ça se débrouilla en effet. Le R. P. S. Bellavance, que le prédicateur de la retraite leur avait indiqué, se présenta : « Bonjour, Messieurs;
soyez les bienvenus. Vous voulez ? . . . )) — (( Nous voulons. . . Mon Dieu ! C'est pas très clair; mais enfin nous voulons faire du bien parmi nos gens ...» — (( Oh ! alors, c'est très bien. Je vais vous mettre sur la voie )). Le Père alla chercher à la bibliothèque les statuts du Syndicat des Employés du Commerce et de l'Industrie de Belgique. Ils causèrent quelque temps, puis résolurent de convoquer une réunion de
Voyageurs aussitôt que possible. Quatorze d'entre eux donnèrent leur nom et furent fidèles au rendezvous.
L'assemblée eut lieu le 20 septembre. C'est là que les Quatorze jetèrent les bases de ce qu'il appelèrent d'abord « Association Catholique des Voyageurs de Commerce», mais que, réflexion faite et dans un louable sentiment de modestie, ils dénommèrent ensuite « Cercle Catholique des Voyageurs de Commerce ». Le terme Association devait revenir à la prochaine fédération des premiers Cercles.